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Travail, article 23

Ecrit le 20 février 2013

 Jean-Pierre Delépine, article 23

Un vrai coup de poing, ce 12 février au cinéma Atlantic   à Châteaubriant, Jean-Pierre Delépine est venu présenter son film « Article 23 ». « C’était un matin, en allant travailler, j’entends à la radio qu’un nouveau suicide a eu lieu à France Télécom. Mais la Direction dédramatise ; le ministre Xavier Bertrand et Mme Parisot patronne du Medef disent que l’homme, s’il s’est suicidé, c’est qu’il avait des problèmes personnels, sans doute ». Et, bien entendu, aucune reconnaissance de la maltraitance au travail. C’est ce que raconte JP Delépine en parlant de « la mauvaise foi des puissants, de gauche ou de droite »

Le soir même Jean Pierre Delépine écrit un scénario de film et, lui qui n’a jamais rien tourné, trouve des comédiens et un financement et, en 8 jours et demi le film est fait. « Pourquoi -et demi ? Parce que je n’avais plus d’argent ». Sorti en décembre 2012, le film a déjà été programmé dans près de 200 salles. « Et à chaque fois, pour la première projection, je me déplace pour animer un débat ».
Ce film est le destin croisé de trois personnages : Cécile (dont le mari s’est suicidé), mère de deux enfants en bas-âge et qui a absolument besoin d’un travail ; Cédric, le recruteur pervers et destructeur ; Alice qui refuse ce système. On reste scotché tout le temps de la projection, saisis par « l’horreur sociale » dont on sait qu’elle n’est que trop réelle. Car ce film s’appuie sur des faits réels, vécus par le réalisateur lui-même ou par des amis.

Alors, et l’article 23 ? Issu de la déclaration internationale des droits de l’homme, il dit :

  • « 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
  • 2- Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
  • 3- Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
  • 4- Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts . ».
  • Jean-Pierre Delépine a bien voulu recevoir La Mée et c’est avec véhémence et conviction qu’il parle des conditions non équitables, des salariés précaires qui vont travailler pour 600 €/mois et ne peuvent procurer une existence décente à leur famille. « C’est un crime contre l’humanité » dit-il. Le film « Article 23 » souhaite attirer l’attention sur le mal-être au travail, et notamment sur le harcèlement, sur les conséquences de celui-ci sur la personne harcelée et aussi sur sa famille. « C’est pourquoi mon film est vendu le moins cher possible. Et quand il sera amorti, je le passerai gratuitement » dit J.Pierre Delépine. Le film a même été projeté dans la salle de cinéma du Sénat à la demande du Sénateur Jean Desessard (EELV) « Quand j’ai parlé du harcèlement, j’ai eu droit à une écoute totale. Dans un an je reviendrai voir ce sénateur, pour faire des propositions, car le film me met en relation avec un tas de gens qui ont des choses à dire, syndicalistes, professionnels de santé, inspecteurs du travail ».

 Des propositions ?

« Si tu penses que c’est dégueulasse, prends ta carte » : Jean-Pierre Delépine estime que l’adhésion à un syndicat devrait être obligatoire. « Seul moyen de se défendre, soi et les autres ».

Il demande que, dans les entreprises pratiquant le « harcèlement managérial », les sanctions soient en adéquation avec l’ampleur de la faute : 10 millions d’euros pour un salarié suicidé, un million d’euros pour un salarié harcelé car « il meurt trois fois plus de salariés à cause du travail, que par accidents de la route ! ».

Il demande que, pour chaque suicide, la responsabilité pénale du dirigeant (et de toute sa cohorte, depuis le directeur
jusqu’au manager de terrain qui véhicule la terreur à l’employé) … soit engagée, sans qu’il y ait besoin d’une plainte des victimes.

Il demande une formation obligatoire des managers (avec des formateurs indépendants), mais aussi des salariés pour que ceux-ci soient à même d’évaluer les risques psycho-sociaux.

Il propose une visite médicale de l’entreprise (pas seulement des salariés !) avec possibilité de décréter l’état d’urgence (avec prise en main du management par une entité externe) si la santé mentale des salariés est en jeu ! « Si les managers ne peuvent changer leurs méthodes, c’est qu’ils sont incompétents … ou qu’ils le font exprès. Il faut donc en changer et s’ils le font exprès les foutre en taule. Tout patron condamné pour faute inexcusable (1) devrait se voir interdire de direction d’entreprise et de tout management humain, car la première valeur de l’entreprise, c’est l’homme ! ».

Il demande au gouvernement et à la justice de punir les pratiques de recrutement sexistes, discriminatoires, racistes, intrusives de la vie privée, et ainsi toutes celles ne favorisant pas l’emploi pour tous. (1)

Il demande qu’une loi soit votée pour obliger les entreprises à communiquer toutes leurs offres à Pôle-Emploi, et ce même s’ils décident de prendre des cabinets de recrutement, ce qui permettrait d’ouvrir les postes à tous au lieu de favoriser le recrutement externe et privé qui visiblement ne propose jamais de candidats issus des minorités !

Il demande au gouvernement d’obliger les entreprises à rendre publiques les statistiques concernant leurs embauches et en particulier les embauches de personnes appartenant aux catégories les moins souvent embauchées (c’est à dire, issu de l’immigration, femmes avec enfants à charges, senior, handicapés, réinsertion, etc …). « L’opinion publique a le droit d’être informée sur l’engagement social des entreprises en matière de recrutement, tout comme sur la qualité de son management humain et également sur sa politique salariale, de licenciement, etc …, et ainsi de décider librement de boycotter toute entreprise ayant des agissements anti-sociaux ».

Ceci permettrait a contrario aux entreprises faisant preuve d’éthique et responsabilité sociale, d’être valorisées à leur juste mesure par l’opinion publique.

Utopique ? Sûrement ! Mais l’utopie est une idée pas encore mise en application ! Merci en tout cas pour cette « croisade ».

signé : B.Poiraud

 Le harcèlement moral

On trouve tous les textes sur le harcèlement sur le site internet travail-emploi et notamment une circulaire sur la prévention des risques liés au harcèlement sexuel et moral, en tapant le mot « harcèlement » dans le moteur de recherche.

Défini par le Code du travail, le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits de la personne du salarié au travail et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Son auteur : un employeur, un collègue de la victime, quelle que soit sa position hiérarchique,…

L’employeur doit prendre toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les agissements de harcèlement moral. Les délégués du personnel disposent d’un droit d’alerte en cas d’agissements constitutifs de harcèlement moral. Ils peuvent saisir l’employeur qui doit, sans délai, procéder à une enquête et faire cesser cette situation.


NOTES:

(1) Le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Nanterre a condamné Renault, pour « faute inexcusable » dans le suicide d’un de ses salariés en 2006 et mis en examen Didier Lombard PDG de France Télécom. D’autres dirigeants d’entreprises ont été condamnés pour les mêmes raisons.