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Pygmalion et les rats

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Ecrit le 27 mars 2013

Pygmalion, indigné par la prostitution sacrée qui régnait en Grèce, se voua à un célibat absolu ce qui lui permettait de se consacrer tout entièrement à la sculpture. Il sculpta une femme, si belle, qu’il en tomba amoureux. Hélas, elle n’était que statue d’ivoire. Mais Aphrodite, déesse de l’amour, décida de lui donner vie. Ainsi, Pygmalion put épouser sa statue.

L’effet Pygmalion est bien connu en psychologie et s’applique notamment au monde de l’éducation : on peut influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire. Si les parents et les enseignants attendent de bons résultats et sont confiants dans l’évolution de leurs élèves, ces derniers réussiront beaucoup mieux que si l’on ne croit pas en eux.

Dans les années 60, Robert Rosenthal a réalisé l’expérience suivante :

Après avoir constitué deux échantillons de rats totalement au hasard, il informe un groupe de six étudiants que le groupe n° 1 comprend des rats sélectionnés d’une manière extrêmement sévère. On doit donc s’attendre à des résultats exceptionnels de la part de ces animaux. Il signale ensuite à six autres étudiants que le groupe des rats n° 2 n’a rien d’exceptionnel et que, pour des causes génétiques, il est fort probable que ces rats auront du mal à trouver leur chemin dans le labyrinthe.

Les résultats confirment très largement les prédictions fantaisistes effectuées par Rosenthal : certains rats du groupe n° 2 ne quittent même pas la ligne de départ.

Après analyse, il s’avère que les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient particulièrement intelligents, leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l’amitié ; inversement, les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient stupides ne les ont pas entourés d’autant de sollicitations et d’attentions.

Un étudiant raconte : « Notre rat était, selon moi, extrêmement stupide, le plus stupide de la section. Ceci s’avéra particulièrement évident dans les essais de discrimination. Cela aurait pu être décourageant de travailler avec un rat aussi stupide, mais cela ne le fut pas. Je pense que cela a pu garder nos esprits en éveil à cause de l’intérêt que nous avons eu pour notre rat. » .. Et, au bout de l’expérience, ce rat se révéla être le plus brillant du lot n°2.

Ce n’est donc pas le fait de croire que le rat est idiot qui le rend idiot, c’est le fait de se comporter avec lui en ne lui laissant aucune chance !

Finalement, c’est là le problème : ces rats ont fait tout ce qu’on pouvait attendre d’eux. Et le phénomène concerne aussi bien les adultes que les enfants.

Dans cette histoire il y a donc un double processus : celui de l’apprentissage proprement dit, et celui de l’affectivité qui l’accompagne, qu’il s’agisse de l’affectivité de l’enseignant ou de l’enseigné.

Un exemple : le vélo ! Selon Jean-Claude Croizet, chercheur à Poitiers, lorsqu’on apprend à son enfant à faire du vélo, on est tolérant, on ne s’inquiète pas de l’échec, on le considère comme normal, on ne compare pas la vitesse d’apprentissage de son enfant par rapport à celle des autres, etc. Résultat ? Tous les enfant apprennent avec succès à faire du vélo. Gageons que si l’apprentissage du vélo se faisait à l’école pas mal d’enfants ne sauraient jamais en faire…

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