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Alca : un bouchon, c’est pas si facile !

Ecrit le 27 mars 2013

Des bouchons de toutes les couleurs

Blancs, bleus, jaunes, rouges, verts, stream et hélicap mènent une course folle. A l’invitation de la Jeune Chambre Economique, nous visitons l’usine ALCA-Novembal de Châteaubriant. Stream et Hélicap ce sont des bouchons. Il y a aussi Novaqua 38 (bouchon de 38 mm) et Novaqua 29.4 (bouchon de 29,4 mm), et Novatwist, et les bidules. Voilà, vous savez tout. L’appellation est la même dans toutes les usines du groupe Tetra pak.

La Jeune Chambre Economique visite Alca

Un bouchon, c’est banal, mais, comme disent Hervé Guern et André Poirier, « c’est pas si facile que ça ».

Un peu d’histoire : l’entreprise ALKA (avec un K) a été créée en Suède en 1934. Traduit en français, un alka est un pingouin. Ici c’est Aluminium Kapsule : fabricant de capsules en aluminium, la capsule devant être facile à ouvrir et fermer tout en garantissant l’inaccessibilité au contenu. Une usine analogue s’est ouverte à Châteaubriant en 1962, Aluminium Capsules, ALCA. Par la suite, elle a été absorbée par le groupe Novembal qui a aussi, en 1986, absorbé la SNBP (Société Nouvelle de Bouchons et Plastiques). Enfin, en 1999 le groupe TETRA PAK chapeaute le tout ! TETRA PAK est un groupe international, il impose uniformément ses conditions, dans toutes les usines, y compris les dimensions des cartons d’expédition. L’usine de Châteaubriant n’est qu’une très petite partie de ce groupe !

Des bouchons pour la crème fraîche ou pour les briques de lait ou les yaourts à boire, des bouchons pour les bouteilles d’eau ou de javel, des capsules inviolables pour le vin, des bidules (obturateurs pour le champagne quand il est en préparation dans les caves), des bouchons spéciaux pour médicaments effervescents : tout cela est fabriqué à Châteaubriant.

Le personnel travaille sur des périodes de 8 heures et fait les 5x8 c’est à dire : deux matinées, deux après-midi, deux nuits, et quatre jours de repos. Les semaines n’ont plus de sens, les samedis-dimanches-jours de fête n’existent plus, il n’y a plus que le service des machines. Quatre-vingt personnes travaillent ainsi en décades. Mais les ouvriers sont heureux, nous a-t-on dit, et fiers de leur usine. [ndlr : notons qu’ils sont heureux … d’avoir du travail ! Mais que le rythme 5x8 désorganise la vie sociale ! Il y avait récemment un couple, lui à Novembal, elle à l’hôpital. Avec des horaires si décalés qu’ils n’avaient un week-end ensemble que tous les trois mois ! Notons aussi que les salaires ne sont pas mirobolants … sauf pour les salariés qui peuvent avoir des primes].

Antique machine à faire des joints, chez Alca

Blouse blanche jetable, bonnet bleu jetable (cachez bien vos cheveux) : partons pour la visite, nous sommes dans l’alimentaire ici, même si on ne mange pas les bouchons. Les normes de protection sont sévères, et fréquemment analysées et les Américains, soupçonneux, tiennent à faire eux-mêmes leurs analyses régulièrement : les produits sont envoyés, pour cela, à un laboratoire de Chicago. L’usine est certifiée iso-9001, iso-14000, iso-22000, garantissant à 99,99 % des produits conformes à ce que veut le client et respectant l’environnement (bruit, qualité des eaux, déchets), etc).

Première chose que nous voyons : une étagère étiquetée où sont stockés des échantillons de produits, mois par mois, sur trois ans. C’est pour la traçabilité. Il faut pouvoir retrouver les produits en cause, s’il y avait un problème. L’entreprise n’utilise aucun plastique de récupération. Les granulés arrivent directement des usines de production en citernes de 25 tonnes.

Sur la table voisine, il y a des bouteilles en verre, avec de l’eau où trempent des bouchons, pendant des jours. Là viennent régulièrement travailler les « renifleurs » et les « buveurs ». Les « renifleurs » soigneusement choisis, ont un nez capable de dépister une odeur suspecte : il ne faut pas que l’eau sente le plastique ! Les « buveurs », eux, goûtent régulièrement cette eau pour être sûrs qu’elle n’a pas « goût de bouchon ».

Un sas à double porte, un petit jet de purification des mains, des protections d’oreilles si vous voulez : entrons dans l’usine. Les machines sont couleur acier, ou jaune-paille, ou bleue, des portiques sont rouges, le sol clair est très propre.

Tchak … Tchak … Tchak … Tchak … Les robots frappent à intervalles réguliers pour emboutir le plastique sur les moules. Et les bouchons tombent dans un réceptacle. Une machine peut produire ainsi 4 millions de bouchons en 24 heures ! Plus d’un milliard par an.

Meuhhhhh … avec un mugissement épisodique des tapis roulants entraînent les bouchons, tandis qu’une machine siffle à côté et que des tuyaux tremblent sous la pression ! On ne sait où donner du regard. Un peu plus loin les bouchons dansent sous l’action d’une force centrifuge. Ici des bouchons blancs, là des bouchons verts. Aucun répit jusqu’au passage sous les caméras. Une machine peut comporter 16 caméras (vidéo-surveillance à la mode industrielle !) qui analysent la rondeur, la couleur, la hauteur, voire la qualité des stries. Le bouchon vibre pour que la caméra l’examine dessus, dessous, tout autour, sous tous les angles. Au plus petit défaut le bouchon est éliminé. L’erreur est humaine, dit-on. Mais les machines se trompent aussi !

Une surprise : très peu de personnel, les hommes, les femmes (l’usine se féminise), sont là pour surveiller et régler les machines quand l’ordinateur de bord signale un défaut. Et si l’ordinateur se trompe ? Alors là, ma bonne dame ….

Partout des robots derrière leurs vitres de protection. L’un coulisse et frappe, plaçant un morceau du bouchon. Tchak ! A côté un autre robot pivote à 180 degrés et frappe, plaçant un autre morceau du bouchon. Tchak ! Le rythme est fou, fascinant, impitoyable !

Et les bouchons sortent des machines. Il y a des machines qui crachent leurs bouchons, gentiment, comme du bout des lèvres. Pour d’autres le débit est plus soutenu. Finalement les bouchons sont mis en cartons. Et le conducteur de machine place les cartons sur des palettes de bois. (pour les femmes, c’est physique). Surprise : le chariot, lui, est un robot. Il introduit gentiment sa fourchette dans les trous des palettes de bois, pivote et s’en va benoîtement placer les cartons sur une chaîne à rouleaux. Le carton est poussé jusqu’à une plateforme circulaire où il tourne sur lui-même tandis qu’un robot l’habille d’un film plastique bien serré. Et un autre robot édite l’étiquette et allonge le bras pour la coller. Voilà, direction stockage puis expédition.

« Sur un petit bouchon, nous ne gagnons pas grand chose » dit le chef de production. « donc il faut produire beaucoup, et augmenter les cadences ». Alors vivent les robots qui font le travail des hommes.

Et en même temps, les hommes se désolent de ne pas trouver de travail. C’est vrai que, mener un chariot toute une journée, ce ne serait sans doute pas folichon … mais cela assurerait un salaire. Le robot, lui, n’a pas besoin de salaire. Mais il n’est pas gratuit pour autant. Chaque machine peut coûter 500 000 euros ! Quant aux bouchons, c’est machinalement que nous les ouvrons … et jetons à la poubelle !

Signé : BP