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Conflits, agressivité, violence

Ecrit le 17 avril 2013

 Prévention de la violence à l’école

Prévention de la violence à l’école : tel était le thème de la réunion des parents d’élèves FCPE  , le 9 avril à Châteaubriant, avec Isabelle Jabaud de l’association IFMAN (Institut de Formation et de recherche du Mouvement sur une Alternative Non-violente). 55 personnes présentes : le sujet intéressait. Mais ceux qui auraient pu espérer une réponse tout faite ont été déçus ! « La violence est une question universelle » dit I.Jabaud au point que l’UNICEF recommande aux Etats de s’engager pour une éducation non-violente. « Mais la non-violence, ça n’existe pas ! Nous avons tous de la violence en nous. La question est de savoir comment nous pouvons être en moindre violence ensemble ».

Dessin de Moon, je suis nul - 06 87 32 77 47

« On vit dans une société de violence. La société de consommation est un exemple de violence puisqu’elle sépare les gens en deux catégories : ceux qui ont ce qu’ils désirent et ceux qui ne l’auront jamais, mais chez qui la publicité attise les désirs ». L’humiliation est une grande violence, faire sentir à l’autre qu’il est un moins-que-rien, c’est une très forte violence. Il ne faut pas dire à un enfant « tu es nul » - mais on peut lui dire « ton devoir est nul », en dissociant l’acte de la personne.

 Qui est violent ?

A l’école, qui est violent : les enfants, les adultes, le contexte ? Qui dit que tel comportement est violent ? Qu’est-ce qu’on appelle violence ? On dit qu’un acte est violent parce qu’on l’a ressenti comme violent !

Le conflit et la violence, ce n’est pas la même chose. Le conflit fait partie de la vie. Il y a entre nous des intérêts différents, des oppositions, des besoins différents. Il y a nécessité de négocier pour que nous puissions vivre ensemble. Cela peut être l’occasion de progrès. Mais cela peut être aussi totalement destructeur s’il y a domination des uns sur les autres. Un conflit peut dégénérer en violence, si on ne s’en occupe pas !

« Les conflits génèrent de l’agressivité (mais pas forcément de l’agression !). Face à une menace, si on ne réagit pas, on exerce une violence destructrice contre soi-même. L’agressivité est une énergie, elle nous permet de réagir face à une menace … mais il faut veiller à ce qu’elle ne dégénère pas en violence » dit I. Jabaud

La non-violence, ce n’est pas la soumission à l’oppression, ce n’est pas non plus la résignation face à l’injustice. Ce n’est ni la passivité, ni l’évitement.

Prévenir la violence, demande
d’écouter l’autre
de l’accompagner
sans lui donner des conseils

Mais ce n’est pas facile car on écoute toujours avec nos propres filtres, nos propres jugements, nos propres émotions. Il nous faut apprendre à écouter, même au delà des mots. Ecouter ne veut pas dire cautionner !

Prévenir la violence, ce n’est pas contenir la colère. « Une colère non exprimée, c’est un champ de ruines », qu’il s’agisse de celle de l’enfant ou de celle de l’adulte.
La colère d’un enfant peut exprimer la non compréhension, la méconnaissance, la contestation, être l’expression d’un malaise ou d’une souffrance. Une manière de signifier ce que les mots n’arrivent pas à dire, soit parce que les mots sont inconnus, soit parce que personne ne les entend. En face, par un phénomène de mimétisme, la colère de l’enfant peut déclencher la colère de l’adulte. Mais attention à ne pas prendre de décisions sur le coup de la colère. Quand un adulte en colère punit un enfant, il ne sanctionne pas ! Il se venge … et crée de l’humiliation ! Très mauvais l’humiliation !

Pour autant, il ne s’agit pas de laisser un enfant faire n’importe quoi ! Dans certains cas il faut une sanction, qui peut être contraignante, en distinguant bien : « C’est un acte qu’on sanctionne, ce n’est pas un enfant qu’on punit. La sanction doit être adaptée à la transgression, elle doit, si possible, contribuer à la réparation de la victime … mais aussi à la réparation de l’enfant qui a mal agi ! La sanction cherche à recréer un lien de confiance et de sécurité entre tous les acteurs concernés par l’acte posé ».

Conclusion … c’est pas facile d’être parent ou éducateur !

 Cadre

La mission de tout éducateur est de proposer un cadre et une relation qui permettent à l’éduqué d’apprendre à exercer une citoyenneté responsable. Il est légitime pour l’adulte de ressentir de la fierté et de la satisfaction s’il constate une évolution dans ce sens. Il est aussi légitime de ressentir de l’amertume, du découragement ou de la déception dans le cas contraire.

Pour autant, les ressentis de l’adulte ne peuvent seuls tenir lieu de critères pour qualifier l’action éducative. Eduquer n’est pas demander au jeune de se conformer aux besoins et aux désirs de l’adulte, mais bien lui proposer ce qui lui permettra de grandir en autonomie et en responsabilité pour sa propre vie.

Source : IFMAN


En complément, un lecteur nous envoie un texte de Stanislaw Tomkiewicz, psychiâtre, dont voici des extraits :

 Adolescence et violence

On parle beaucoup plus des violences DES adolescents que de celles faites AUX adolescents. La violence de l’adolescent, neuf fois sur dix, est un signe de souffrance, une contre-violence, une réaction contre celle, symbolique et matérielle, dont ils sont victimes de la part de la société organisée : absence de perspectives, situations sans issue, décalage énorme entre ce que les discours officiels leur permettent d’espérer et la dure réalité de leur exclusion, manifestée jusque dans le langage méprisant dont ils sont l’objet.

A croire la presse, la délinquance juvénile augmente constamment, les jeunes n’ont plus d’idéal, ils empêchent de vivre les adultes, ils sont insupportables, ils oublient la morale, ils se permettent tout.[ndlr : des textes semblables à ceux qu’on peut lire régulièrement dans la presse, très agressifs envers les jeunes, utilisant à peu de choses près les mêmes termes, et pour les mêmes jugements, ont été écrits par Platon et Socrate, il y a 2500 ans !]

Les sociétés immobiles souffraient, semble-t-il, moins de cette violence : les jeunes y étaient encadrés par les valeurs traditionnelles, par les familles tentaculaires. Dans les sociétés actuelles, les valeurs des parents ne sont plus celles des enfants. Devant les « progrès » en informatique, en génétique, la bioéthique, les jeunes ne savent plus comment se positionner. Voilà encore un facteur de violence, une violence aux formes multiples.

°°°

Jouer une heure par semaine à l’agresseur, à la victime et au redresseur de torts : c’est une expérience menée en classe maternelle en Belgique – Voir ici

 L’image du mur

L’enfant a besoin de se construire en tant que futur adulte, et cela signifie notamment « s’opposer » pour s’affirmer. Mais les règles qu’il va vouloir bousculer, l’autorité qu’il va remettre en cause, il en a ABSOLUMENT BESOIN parce qu’on ne peut pas s’appuyer contre du vide. C’est l’image du mur : l’adolescent qui frappe contre le mur ne VEUT pas le voir s’écrouler, il veut le voir solide. Alors oui, il va mettre à l’épreuve ces limites, l’affection aussi, il va aller là où ça fait mal pour les parents ou tout éducateur, il ne va pas faire plaisir, d’où des comportements difficiles à supporter. En plus, comme il veut prendre de la distance avec ses anciens repères, il peut passer à l’acte et se mettre en danger. Exemple : cette fille d’avocats qui va commettre un délit puni par la loi ou bien ce fils d’enseignants en rupture scolaire.

il est donc indispensable que l’autorité des parents et autres adultes soit affirmée parce que c’est une barrière de sécurité qui permet de ne pas transformer le conflit en violence. Laisser un enfant sans limite c’est lui faire croire qu’il peut être dans la toute-puissance d’une liberté fantasmée et le laisser ainsi dans une angoisse destructrice pour lui-même et le groupe.

Source : IFMAN