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Un chômage trop confortable

Ecrit le 2 octobre 2013

 Être privé(e) d’emploi

Le chômage, comme l’accident, ça n’arrive pas qu’aux autres. C’est une vilaine et cruelle période de la vie professionnelle, une parenthèse pleine de vide qu’il faut refermer au plus tôt, sous peine de séquelles durables. C’est envisager sa non-utilité, sa non-valeur, sa nullité. C’est voir exploser le miroir qui nous renvoyait une image de nous que l’on s’était habitué à trouver digne.

En vrai, quand survient le chômage, il y a séisme, doute, remise en cause et dégâts collatéraux. Rechercher (et retrouver) un emploi est un défi difficile, une bagarre âpre et égoïste, ponctué par une accumulation d’insuccès et de claques, voire de mépris. C’est une vraie occupation à plein-temps, et même plus si l’on y intègre les heures normalement consacrées au sommeil et qui se transforment en heures d’éveil hantées par des lendemains qui déchantent. Le chômage touche durement et brutalement ce qu’il y a de plus intime dans notre personnalité.

 Déstabilisation, usure

Si la période de chômage est courte (de 2 à 4 mois), on reste dans la course et les dégâts sont minimes et vite surmontés (stupeur et panique, doute sur sa valeur, moral et élan mental ralentis). Si l’épreuve dure, alors commence un subtil et discret processus de dégradation personnelle auquel chaque jour, chaque semaine apporte son lot toxique. Les symptômes deviennent visibles et s’enracinent.

 Le séisme

D’abord, l’esprit et le corps s’acharnent et s’épuisent à trouver de nouveaux repères dans une vie désorganisée. Il s’agit de créer un nouvel équilibre qui permette de traverser à moindre souffrance ce désert. Le risque d’addiction s’élève : tabac, boisson, … . La perte de confiance et le mépris de soi-même augmentent jusqu’au dégoût. L’horloge biologique, désorientée, se détraque. Même le caractère le plus affable devient irritable pour un rien. Les tensions gagnent le plus proche entourage, pourtant compréhensif.

 Le regard de l’« autre »

Qu’il est difficile à affronter, le regard extérieur, sorte de miroir nous renvoyant à notre propre culpabilité subie. Ah, ce maudit sentiment de honte, ou ce sursaut d’orgueil bafoué et piétiné. Les premiers impacts apparaissent dans le milieu intime du cocon familial, amenant parfois une situation invivable. Puis, bien que l’on tente de garder secrète cette situation difficile, l’information diffuse inexorablement par vagues concentriques. Les plus proches amis s’invitent moins au foyer. Le téléphone résonne moins souvent. La boite à lettre se concentre sur les factures à payer. Et ce n’est que le début de l’isolement, de la solitude sociale. Un autre palier, une autre épreuve est d’avouer à son banquier que votre contrat de travail n’existe plus. Son regard se voile, méditant déjà sur la perte de profit immédiate et anticipant sur les effets des allocations dégressives à-venir sur la tenue du compte courant !

 Papiers et robinet financier

Au lieu d’un guichet unique et discret, capable d’adresser à tous les organismes administratifs et sociaux concernés votre nouvelle situation (à l’heure des chocs de simplification !), vous avez pour devoir de renseigner une Administration Française pointilleuse. Plusieurs dossiers (en vrac, Pôle-Emploi, C.A.F., C.P.A.M, Fisc, C.M.S, G.D.F, et tant d’autres selon besoin) où faire les mêmes déclarations et joindre les mêmes photocopies sous pli payant par La Poste. Temps et argent dépensés inutilement. Oui, cela occupe, pendant des jours et des mois, que vous voudriez investir plutôt dans votre recherche d’un nouvel emploi.

Quand les revenus diminuent alors que les charges fixes continuent à courir en augmentant, des décisions financières touchant au niveau de vie du foyer s’imposent. Elles sont d’ailleurs prises bien trop tard tant l’espoir est fort de se voir proposer un nouveau contrat de travail. Il est facile (et dangereux) d’inverser le célèbre dicton : « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». La première est souvent de stopper l’effort d’épargne, ça ne dure qu’un temps. Vient ensuite la période de « désépargne » : le bas de laine de secours est grignoté. Quand on est nu financièrement, c’est la vie quotidienne qui est impactée, touchant adultes et enfants (victimes innocentes). Chaque dépense est re-mesurée à l’aune de son utilité réelle. C’est une deuxième coupure sociale, qui laisse des traces à vie. Certains ménages se tournent vers la virtuelle et suicidaire multiplication des crédits à la consommation, encore presque automatiquement accordés à ce jour.

 Dignité, lassitude et mépris

Ces trois mots contradictoires se carambolent chaque jour dans l’esprit d’un demandeur d’emploi, d’un offreur de compétences. En France, si l’on en croit les chiffres régulièrement publiés, 11 % de la population active est totalement privé d’emploi. C’est grave, très grave, et je pense particulièrement à notre jeunesse dont l’avenir professionnel est loin d’être clair. Pour autant, ce sont des êtres humains, qui tentent de satisfaire leur intime dignité et se démènent pour revenir apporter leur dû à la Société. Je souhaite rappeler ici un article gravé dans le marbre de notre Constitution :

« Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. » (préambule de la Constitution, alinéa 11).

Il ne m’appartient pas de juger si notre Nation a les moyens d’honorer sa propre Constitution. Mais le demandeur d’emploi, accumulant les refus et même (c’est la majorité !) la non-réponse, c’est du pur mépris, d’un employeur sollicité, voit sa fougue diminuer au fil du temps. Certains baissent les bras. On peut les comprendre sans pour autant les approuver. Et, dans le même temps, une part non-négligeable de notre population imagine, sans doute par méconnaissance, le statut de chômeur comme privilégié. Halte au feu, c’est faux et archi-faux. Seuls ceux qui ont vécu le chômage ou côtoyé de près ces personnes en détresse comprendront parfaitement chaque mot de cet article. Le chômage est destructeur d’espoir.

 A quoi sert de provoquer ?

Le 09/09, Europe1 (relayé par écrit par le Nouvel Observateur) invitait pour un débat contradictoire de 30 min le socialiste et ex-inspecteur du Travail M. Gérard Filoche et une certaine Mme Sophie de Menthon sur le thème polémique : « encourage-t-on suffisamment le travail en France ? ». Débat houleux, comme attendu. Il est bon de préciser que Mme de Menthon, de réputation sulfureuse mais en lien avec l’ancien locataire de l’Élysée, se déclarant « entrepreneuse » alors qu’elle pantoufle régulièrement au CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental) pour pour 3768 €/mois et est PDG à ses heures perdues de la société SDME (Société De Management des Entreprises) aime à se mettre en valeur sur les micros qui l’acceptent encore. Tapez donc sophie de menthon sur google, vous serez de suite renseigné. Dans ce débat, bien sûr, rien n’était compatible et tout y est passé.

Pour elle, pression fiscale sur l’entreprise ; coût du travail trop élevé ; dissuasion psychologique des entrepreneurs ; contraintes administratives ; etc.

Pour lui, taux de productivité de la France parmi les plus élevés ; intox de patrons cherchant d’abord le profit plutôt que l’emploi ; dividendes jamais aussi énormes ; 50 à 80 milliards de fraude fiscale ; spéculation financière et optimisation fiscale ; etc.

Bref, un débat habituel, équilibré et parfaitement inutile. Sauf qu’en toute fin de débat, dans un dérapage parfaitement contrôlé, Sophie de Menthon glisse insidieusement : « Il y a quelque chose de terrible, et c’est violent. Il faudrait parfois rendre le chômage moins confortable en France … ».

lien : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/935505-le-chomage-est-trop-confortable-en-france-le-buzz-indecent-de-sophie-de-menthon.html?utm_source=outbrain&utm_medium=widget&utm_campaign=obclick&obref=obinsource

Provocation gratuite,ciblée. Et puis quoi ?