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Un petit clic pour une grande claque

Ecrit le 16 octobre 2013

 Les adolescents et les mondes virtuels

Très intéressante conférence, ce 9 octobre 2013 à Nozay. Strictement réservée aux parents. Dommage, il y avait très peu de parents ! Le thème : les adolescents et les mondes virtuels, par Stephane Blocquaux enseignant-chercheur.

Un constat : il y a quelques années, on parlait de fracture numérique, évoquant la cassure entre les citoyens qui avaient internet et ceux qui ne l’avaient pas. Le sens a changé : la cassure passe maintenant entre les générations, entre les anciens qui manient des objets, et les plus jeunes qui manient des non-choses, des choses virtuelles. La difficulté pour ces derniers est de distinguer le réel et le virtuel. Cela paraît simple pourtant : le réel on peut toucher, et le virtuel, c’est pas pour de vrai. Comme sur facebook, où on peut avoir plein d’amis, mais ce ne sont pas de vrais amis. Les adolescents pensent que le virtuel est sans danger puisque ce n’est pas de la vraie vie. Faucher un CD dans un magasin, ce n’est pas bien, c’est du vol. Télécharger un film sur internet, c’est du virtuel … très concret mais cela ne semble pas être du vol.

La génération actuelle est la génération du virtuel.

  • - JE peux être un autre
  • - JE suis célèbre « aujourd’hui on m’a aimé 23 fois sur Facebook »
  • - JE suis impuni en pratiquant sur écran des violences et des vols, puisque « C’est pas pour de vrai ». Mais pourtant sur internet on peut trouver des simulateurs de viol, et des JVUV (jeux virtuels ultra-violents), du cyber-révisionnisme, de la cyber-pornographie !

 Interdire internet

Dans un petit film, un jeune, Clément, qui se dit plutôt timide, fait son marché sur internet, choisissant telle fille et pas telle autre, jouant les musiciens branchés et les sur-hommes. Il y a d’ailleurs des sites internet pour cela, de « métavers » comme World of Warcraft ou Secondlife.

Metavers ?? Ce sont des mondes virtuels, créés artificiellement par un programme informatique, hébergeant une communauté d’utilisateurs bien réels, présents sous forme d’avatars, pouvant s’y déplacer, y interagir socialement et parfois économiquement. Même si on quitte le jeu, le jeu continue, les avatars continuent à se déplacer, à agir, et il peut arriver que le jeune, bien réel lui, soit éjecté du jeu parce que son absence d’un moment a occasionné des dommages aux autres participants.

Ce cyberespace peut simuler le monde réel ou non. Il peut reproduire les lois physiques du monde réel telles que la gravité, le temps, le climat ou la géographie. Ou au contraire s’affranchir de ces limitations physiques. Les lois humaines peuvent également y être reproduites : la communication entre les utilisateurs se fait le plus souvent sous forme de textes.

On ne peut plus interdire internet, on ne peut plus couper internet, et à notre époque un jeune qui ne saurait pas manier internet serait totalement déphasé. Alors, comment faire une éducation au virtuel ?

Stéphane Blocquaux a retracé une brève histoire d’internet, depuis les années 1980 où l’armée américaine a mis en place des réseaux permettant de maintenir les télécommunications en cas d’attaque (éventuellement nucléaire). Ensuite, les différents réseaux (« net »), se sont unifiés, connectés entre eux, d’où le nom de « internet » qui peut évoquer un immense filet recouvrant la Terre et permettant de naviguer d’un point à un autre sans risque de coupure. Phénomène extraordinaire, tous les ordinateurs du monde parlent la même langue. Et chacun d’eux est localisable par son « adresse IP ». Avec un petit programme comme « Neotrace », on peut voir le chemin suivi par la requête d’un ordinateur vers un site internet. Et ce schéma est conservé une quinzaine d’années.

On trouve tout sur internet, le meilleur et le pire. Demandez à des jeunes de faire une recherche, pour un exposé scolaire, sur Martin Luther King. Il trouvera rapidement un site raciste, anti-juifs (donnant énormément de noms de personnes du monde du spectacle ou de la politique), et anti « afro-maghrébins » comme il dit !

 Milgram

On connaît l’expérience de Milgram où des étudiants ont envoyé des décharges électriques très fortes à un personnage, pour que la « punition » l’incite à mieux retenir ce qui lui était demandé d’apprendre.

L’expérience a été renouvelée avec une femme virtuelle et cette fois les étudiants savaient que leur partenaire était irréelle. Un premier groupe communiquait avec telle via une interface texte : tous les participants administrèrent les 20 chocs demandés. Les membres du second groupe étaient immergés dans un environnement graphique et voyaient une représentation tridimensionnelle de leur interlocutrice. Les trois-quarts d’entre eux administrèrent les chocs demandés, mais d’autres refusèrent, ressentant « une empathie pour des pixels ». La femme qu’ils savaient virtuelle, avait pris pour eux une existence réelle.

 Identité virtuelle

Chacun de nous est différencié des autres par son ADN. Eh bien, sur internet, les jeunes sont numérisés très tôt. Il y a eu un jour un concours des plus belles échographies. Ainsi des bébés ont eu une existence virtuelle avant même d’être nés. Certains ne sont même jamais nés...

Et Stéphane Blocquaux raconte l’histoire d’un de ses étudiants qui s’est vu refuser une place intéressante parce qu’une photo de lui, dans une attitude gênante, traînait sur internet. « Nous l’avons trouvée 353 fois cette photo, et sans doute y a-t-il encore des copies ici ou là ». Sur le net, rien ne s’efface. En payant (fort cher) on peut les faire disparaître des premières pages, mais elle peuvent réapparaître un jour. « A une époque où on se soucie beaucoup de l’employabilité future des jeunes, il faut les mettre en garde : ne vous exposez pas sur le net ». Un petit clic   sur le net peut devenir une grosse claque dans le réel.

Les jeunes (et moins jeunes) peuvent être nétaholiques, comme d’autres sont alcooliques. Une enquête a pu montrer que des jeunes passent 30 heures par semaine sur internet, 60 heures en période de vacances. Internet est devenu une cyber-nounou. La personne nétaholique est incapable de s’arrêter de « naviguer », elle manque de temps pour la famille et les amis, elle a un sentiment de vide quand elle est privée son ordinateur. « La dépendance, c’est quand on perd la liberté de ne pas consommer ».

 Contrôler

S’ils ne peuvent interdire, les adultes peuvent contrôler. Avec des programmes comme Youseemi et Shareaza, ils peuvent savoir comment le jeune est repéré sur le Net. Avec l’historique de l’ordinateur, ils peuvent savoir quelles pages ont été visitées. Avec le logiciel LogMeIn, ils peuvent même intervenir à distance sur l’ordinateur de leur enfant.

Stephane Blocquaux a donné de bons conseils aux parents : « passez un Contrat Educatif Numérique avec vos enfants, pour déterminer l’usage qu’ils font de l’ordinateur, et le temps qu’ils y passent. Mais faites l’effort de maîtriser cet outil pour pouvoir mieux le contrôler. Contrôlez sans tout interdire. Et si, certaines fois, vous devez dire NON, proposez toujours quelque chose à la place ».

Les sociologues constatent un mal-être croissant des jeunes, qui ne trouvent pas leur place dans la société. Devant un ordinateur, ces jeunes se sentent bien, ils ne fatiguent pas, ils sont dotés de pouvoirs illimités, pouvoir de recherche, pouvoir d’apprendre, pouvoir de choisir, pouvoir d’être celui ou celle qu’on aimerait être.... Internet est un outil formidable, merveilleux. Attention seulement à ne pas se brûler les ailes.

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