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Accueil > Châteaubriant > Histoire autour de Châteaubriant > L’avenir vient de loin

Evocation de la Sablière 2013

L’avenir vient de loin

Ecrit le 20 octobre 2013

Trois anciens Résistants avec leur petit fils ou leur petite fille.

Dis, Grand-père ...

  • P : On fête quoi Papy comme anniversaire aujourd’hui ?
  • GP : On ne fête pas vraiment, on commémore la fusillade des 27 hommes qui sont tombés à la Carrière de Châteaubriant Mais aussi à Nantes, au Mont Valérien, à Souges.
  • P : C’est triste alors comme anniversaire ?
  • GP : Oui !
  • P : Alors pourquoi on le fait ?
  • GP : Pour ne pas oublier …
  • P : Quand je suis triste, tu me dis toujours « oublie, ça passera »… Faudrait savoir !
  • GP : Il y a des choses dans l’histoire qu’il ne faut surtout pas oublier

Des femmes et des hommes de 1940 se placent en fond de scène.

  • P : Comme quoi par exemple ?
  • GP : Comme le courage des femmes et des hommes Résistants qui ont dit :
  • TOUS : NON !
  • GP : Et qui nous ont sauvés du Nazisme et du Fascisme !
  • P : C’est quoi le Nazisme et le Fascisme ?
  • GP : C’est la bête …Hitler, Mussolini, Franco…

Début de la chanson « Les loups » de Serge Réggiani, par tous.

Les loups ououh ouououh
Les loups étaient loin de Paris, en Croatie, en Germanie,
Les loups étaient loin de Paris,
j’aimais ton rire, charmante Elvire
Les loups étaient loin de Paris
  • Des femmes, des enfants, des hommes, avec les étoiles jaunes, triangles roses (homosexuels), triangles bleus, rouges, noirs, bruns (tsiganes), mauves (religion) se placent en avant-scène.

  • 1 - Un homme (triangle rouge) : La bête c’est l’interdiction des organisations démocratiques,
  • 2 - Une femme (étoile jaune) : la réduction du droit des citoyens,
  • 3 - Une femme (triangle vert) : l’arrestation de toutes celles et ceux qui résistent et veulent faire quelque chose.
  • 4 – Une femme (triangle rouge) : Le 5 octobre 1940, des centaines de militants syndicalistes, des Communistes,
  • 5 - Un homme (triangle bleu) : des patriotes et des anti-franquistes espagnols sont arrêtés et internés dans les camps en France :
  • 6 - Un jeune homme 1 : des jeunes !
  • 7 - Une femme : des ouvriers, des ingénieurs, des médecins et des élus de la Nation !
  • 9 - Un homme (triangle rose) : On arrête les gens pour leur opinion, leur homosexualité ! Leur religion !
  • 11 - Une femme Tsigane (triangle brun) : Leur différence !

Extrait du chant Tsigane « Ederlezi » par le chœur féminin de Méli-Mélo  

  • 12 - Un jeune (étoile jaune) : J’ai eu conscience d’être juif le jour où j’ai porté l’étoile et qu’on m’a interdit toutes les choses.
  • 13 - Une jeune fille : Quand j’ai commencé à lire à six ans, je lisais sur les murs : « Mort aux juifs » et aussi en gros : « les juifs sont des chiens » et aussi devant les
  • cafés : « Interdit aux juifs »
  • 14 - Une jeune mère : 1942, on est en France. On arrive avec un convoi pour le camp de concentration. Le convoi s’arrête toujours en dehors de la gare, loin de la gare, et toujours à l’aube pour ne pas qu’on sache où l’on est.
  • 15 - Un homme : On nous dit : « Laissez toutes vos affaires, on vous les apportera, venez » Alors on marche sans savoir où on va.
  • 16 - Un enfant : Tout à coup, de loin, on voit scintiller des petites lumières. On voit des ombres qui courent avec des couvertures, et tout d’un coup on voit des baraques.
  • 18 - Une femme : C‘est un camp, entouré de fils barbelés, double barbelés,… Il y a la gendarmerie.
  • 19 – Un homme : Et d’un coup, il y a un officier qui vient et qui dit : « Ecoutez, on va pas vous faire de mal mais on va seulement séparer les hommes d’un côté et les femmes et les enfants d’un autre côté ». Là vraiment, c’est affreux…
  • 20 - Un homme : Les femmes commencent à crier, des cris de désespoir. Les hommes s’accrochent, les femmes s’accrochent et ils ne veulent pas lâcher.
  • 21 - Une jeune femme : C’est une chose qui marque à vie le déporté ou l’interné : la séparation, le déchirement, les coups, les bruits …

Ils se retournent tous ensemble très doucement vers la droite et marchent lentement vers le fond de scène. Deux jeunes femmes se retournent, les autres continuent à marcher et à fredonner le couplet des « Loups ».

Le premier n’avait plus qu´un œil
C´était un vieux mâle de Krivoï
Il installa ses dix femelles
Dans le maigre square de Grenelle
Et nourrit ses deux cents petits
Avec les enfants de Passy... alors ...
  • 22 - Femme : Il y avait des baraques en bois, sans fenêtre, avec de la paille par terre, il y avait beaucoup de républicains espagnols qui avaient fui Franco, les baraques étaient prévues pour quarante et nous étions soixante.
  • 23 - Charlotte Delbo : … Du convoi des 31000,
  • 22 - Une femme : C’est le matricule tatoué sur nos avant-bras,
  • 23 - Charlotte Delbo : Les 230 femmes Résistantes, de nombreuses militantes communistes… comme Danielle Casanova, enfermées au camp d’internement de Romainville sont transférées au camp d’Auschwitz, le 24 janvier 1943.
  • 23 - Charlotte Delbo : … « Toute l’humanité ne périra pas ici… dans cet enfer…. Il y aura encore des enfants !… Moi je veux rentrer pour leur raconter… » Nous ne sommes que 49 survivantes … miraculées… alors… j’écris… j’écris ….

De dos, sauf Charlotte Delbo, les hommes et les femmes qui viennent de témoigner chantent face à d’autres hommes, femmes et enfants qui eux-mêmes chantent face public.

CHANT « Les loups »
Les loups ououh ouououh
Les loups sont entrés dans Paris,
soit par Issy soit par Ivry,
Les loups ont envahi Paris…
Cessez de rire, charmante Elvire
Les loups ont envahi Paris.

Un autre Grand Père et un autre Petit.

  • P : Hitler c’est le loup ?
  • GP : Oui !
  • P : Un loup… c’est pas méchant…c’est la maîtresse qui me l’a dit !
  • GP : Oui, mais ça peut le devenir très vite !… … Hé ?…2013 ! Tu sais ce qu’on fête aussi ?
  • P : Comme anniversaire ?
  • GP : Oui ! …Les 70 ans de la création du Conseil National de la Résistance !
  • P : Les Résistants n’ont pas 70 ans puisqu’ils sont morts !
  • GP : Ils ne sont pas tous morts ! Ceux qui restaient, se sont réunis en cachette en 1943 pour créer le Conseil National de la Résistance !
  • P : Pourquoi faire ?
  • GP : Pour réfléchir à faire des lois pour qu’on vive heureux, après la guerre ! Comme protéger ceux qui n’ont rien, les personnes malades ou les anciens qui ont beaucoup travaillé et qui ont besoin de repos … Tu vois… … ma retraite… si je passe du bon temps avec toi, que c’est même un grand bonheur ! … Regarder voler les mouettes à Pornic !
  • P : OUI ! Ou manger une barbe à papa sur le remblai !
  • Tous les enfants font : HUMMMMM !
  • GP : Hummmmm ! Ouiii !…eh bien …C’est grâce à ces résistants, dès 1936 et même avant ! Ils avaient pensé au « Bonheur » ! Et manger une barbe à papa avec toi…ça, c’est du pur… pur bonheur !!
  • P : Enfin …y a bien des fois où je t’énerve quand même ? Tu me l’as déjà dit !!
  • GP : Oui… quand tu joues longtemps à tes jeux vidéos de guerre par exemple ! Ça, j’ai du mal !
  • P : Mais tu ne comprends rien toi papy !!
  • GP : …Je ne comprends pas la guerre !

Un temps.

  • P : Personne n’a vu qu’il était « méchant fou », Hitler ?
  • GP : Si ! Beaucoup de personnes le savaient mais ne pensaient pas qu’il allait être élu ! Hitler voulait le pouvoir ! En 1933, quand il a été élu, l’Allemagne était pauvre, il y avait « la crise économique » de 1929 qui durait, Hitler a décrété que c’était, entre autres, à cause des étrangers et des juifs, que leur pays allait mal ! Il a trouvé des boucs émissaires.
  • P : C’est quoi des « boucs émissaires » !
  • GP : C’est quand on ne sait pas, qu’on a peur, qu’on veut une réponse toute trouvée, qu’on ne réfléchit pas ! On accuse l’autre sans chercher plus loin !
  • P : Ils étaient bêtes les gens ?
  • GP : Non ! L’Allemagne était un des pays les plus civilisés d’Europe ! Seulement avec « la crise », les gens avaient peur du chômage, de la misère et Hitler a profité de cette peur pour prôner la haine et il parlait de manière tellement exaltée ! Il les enrôlait !
  • P : Mais il y avait des Résistants en Allemagne… ?
  • GP : Bien sûr que oui !

Deux jeunes gens, Hans et Sophie arrivent se tenant par la main :

  • Hans : Hans Scholl, je suis Allemand.
  • Sophie : Et moi Sophie Scholl, sa sœur !
  • Hans : J’avais 22 ans, j’étais étudiant en médecine, j’ai été envoyé sur le front de l’Est comme infirmier, et là, j’ai vu le sort réservé aux juifs et aux prisonniers de guerre russes.
  • Sophie et Hans : 300 000 Juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. Nous avons écrit et distribué des tracts :
  • « Prouvez par l’action que vous pensez autrement ! Déchirez le manteau dont est recouvert votre cœur, rejetez l’idée d’impérialisme et de puissance. Seule une coopération généreuse entre les peuples européens permettra les fondements d’un
  • nouvel ordre. A bas Hitler ! » 
  • Hans : Nous avons été vus, dénoncés, arrêtés, torturés, j’ai dit à mes bourreaux « dans quelques temps, c’est vous qui serez à notre place ! »
  • Sophie : Oui, j’ai lancé ces tracts, je suis membre de la Rose Blanche, et j’en suis fière ! 
  • Hans : Nous avons été guillotinés le 22 février 1943.
  • Une femme : Les premiers camps de concentration, Dachau et Oranienburg, ont été ouverts dès mars 1933. Ils ont été construits pour et par les prisonniers allemands opposés au nazisme !
  • Un homme : De 1933 à 1939, un million d’Allemands ont été arrêtés. Des communistes comme Thaelmann, le secrétaire du Parti Communiste Allemand mais aussi des Chrétiens. En douze ans, les tribunaux civils du IIIe Reich ont prononcé 16 000 condamnations à mort.
  • 24 - La femme : L’extrême violence du régime nazi s’est d’abord portée à l’égard des Allemands !

Des hommes et des femmes arrivent avec des outils et commencent une rythmique : « percussions de travail. »

  • NANTES : « Nantes la grise » de Michel Scheid Nantes 1940, 1944
  • N1 : Elle n’était pourtant pas si grise ! Nantes la Grise ! (Ils ont des outils métalliques)
  • N2 : Ǎ la veille de ces terribles années 40, il fallait la voir, non pas dans son ciel souvent couleur acier, mais dans sa nature de cité laborieuse entre toutes !
  • N3 : Au petit matin retentissent les sirènes des chantiers navals, des biscuiteries, des conserveries, de la métallurgie, de l’aviation avec la SNCASO où les meilleurs avions du temps « les Moranes » sortent de la chaîne,
  • N 4 : le ferroviaire avec les Batignolles, et le dépôt du Grand Blottereau où les locomotives étaient des reines, et le port avec ses ballets de grues !

On entend par-dessus les percussions métalliques, l’accordéon qui joue et tous chantent : « Allons au-devant de la vie » de Jeanne Perret / Chostakovitch .

Ma blonde, entends-tu dans la ville,
Siffler les fabriques et les trains ?
Allons au devant de la bise,
allons au devant du matin.
Refrain : Debout, ma blonde, chantons au vent ! Debout, amis ! Il va vers le soleil levant, notre pays !
 
La joie te réveille ma blonde,
Allons nous unir à ce chœur,
Marchons vers la gloire et le monde,
Marchons au devant du bonheur.
Refrain
 
Amis, l’univers nous envie,
nos cœurs sont plus clairs que le jour,
Allons au-devant de la vie,
allons au devant de l’amour.
Refrain

Arrivent des jeunes avec des enfants de l’école René Guy Cadou.
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  • J N1 : Les cheminots, ils nous voyaient en bas !… Des fois, on pouvait être une vingtaine, ils nous jetaient des morceaux de coke, du charbon !
  • J N2 : Une pelletée pour la loco, une pelletée pour nous ! Comme ça… On pouvait manger chaud !

Arrivent deux hommes, au fond de scène, on s’écarte pour les laisser passer. Un bruit de bottes progressif (bande son) élimine doucement la percussion métallique.

  • Colonel Werner : Le 19 juin 1940, moi colonel Werner je franchis les grilles de la mairie avec l’adjoint Edmond Prieur, ancien combattant de14-18,
  • Edmond Prieur : Toutes les horloges de la ville seront désormais réglées sur l’heure allemande. Je ne peux retenir mes larmes. [Bruit de cloches qui sonnent sur bruit de bottes].
  • Tous : Quatre années de plomb commencent.

Tous baissent la tête, sauf un homme qui vient se placer devant un micro en « chuchoté-parlé ».

  • C 1 : Et les combattants de l’ombre se levèrent dès ces premières heures sombres sous la botte ennemie. Voici parmi d’autres réseaux celui de « Buckmaster Oscar » de Châteaubriant où les gars n’auront pas froid aux yeux !
  • C 2 : Le réseau Bock–Adam de Nantes qui dès le 15 septembre 1940 fait sauter 35 camions,
  • C 3 : Attaque à la grenade de la Soldatenheim, foyer des soldats allemands, Place Royale à Nantes le 26 décembre.
  • Marin Poirier : Je suis cheminot, je m’appelle Marin Poirier, je suis arrêté, et je serai le premier Nantais fusillé.
  • D’Estienne D’orves : Nous ! Maurice Barbier, Yann Dornic, et moi, commandant D’Estienne D’orves, nous allons réaliser la première liaison radio avec Londres depuis Chantenay ! Notre sacrifice ne sera pas vain !
  • Maurice Barbier : Il va faire germer d’autres révoltes.

 50 Otages

Trois jeunes gens : Gilbert Brustlein, Spartaco Guisco, Marcel Bourdarias (1941) se mettent devant des micros sur pied.

  • J 1 : Ce lundi du 20 octobre 1941, il fait encore brun comme on dit à Nantes, le jour peine à vaincre la nuit.
  • J 2 : Deux officiers allemands sortent du café du Nord où ils viennent de boire leur café matinal.
  • J 3 : Ils passent rue du Roi-Albert à Nantes pour se rendre à la Kommandantur, place St Pierre.
  • J 1 : Soudain deux jeunes résistants surgissent, deux coups de feu. L’un des deux Allemands s’écroule,
  • J 2 : C’est le Feldkommandant Karl Hotz, un haut gradé de l’armée allemande d’occupation.
  • J 3 : Prévenu dès l’après-midi de ce 20 octobre, Hitler entre en rage et exige la vie de 100 otages.
  • J 1 : Il y en aura 50 en région nantaise. Exactement 48 qui seront fusillés le 22 octobre. 27 hommes tombant sous les balles à la Sablière de Châteaubriant, 16 hommes … fusillés au Terrain de Tir du Bêle à Nantes, 5 hommes… fusillés au Mont-Valérien à Suresnes le jour même le 20 Octobre.
  • J 2 : Le gouvernement français a défini la liste des otages. C’est Chassagne, sous l’autorité de Pucheu qui en est chargé.
  •  J 3 : Les 5 premiers de la liste étaient des syndicalistes communistes.

Arrivent des hommes mains liées derrière le dos.

  • O 1 : Charles Michels (cuir et peaux),
  • O 2 : Jean Poulmarch (produits chimiques),
  • O 3 : Jean-Pierre Timbaud (métallurgie),
  • O 4 : Jules Vercruysse (textile),
  • O 5 : Désiré Granet (papier-carton).

Des hommes et des femmes viennent témoigner.

  • Femme : Pierre Chassagne les connaissait très bien ! Il établit la liste et la propose à Pierre Pucheu, ministre de l’intérieur de Pétain, qui était au moment du Front Populaire, un des dirigeants du patronat français !
  • Homme : il pouvait enfin, grâce à l’occupation allemande « Plutôt Hitler que le front populaire » prendre sa revanche sur ceux qui leur avaient imposé les quarante heures et les congés payés !

  • F 28 : Le plus jeune, Guy Môquet, avait dix sept ans, l’un des premiers Résistants de la jeunesse ! Arrêté pour avoir distribué un tract ! Il est le fils de Prosper Môquet, député communiste, emprisonné avec une trentaine de députés aussi communistes comme Ambroise Croizat, un des pères de la Sécurité Sociale, enchaînés à Maison Carrée en Algérie, ancienne colonie française.
  • J 31 : André Le Moal 17 ans, cinq mois plus âgé que le petit Guy Môquet, avec des parents communistes, est arrêté pour une rixe, à peine prouvée, avec des soldats allemands. Il fut lui aussi sacrifié au Terrain de Tir du Bêle.
  • F 32 : Les martyrs de Châteaubriant arrêtés dès octobre 1940 étaient résistants politiques au camp de Choisel, à Châteaubriant. (...)

Femme : Viviane Dubray-Snoec internée au camp de Choisel raconte,

Châteaubriant ! Choisel !
Carrière sanglante ! (...)
Dans le silence s’avancent les otages :
Ils saluent poing levé, criant ferme :
« Courage ! »
Calmes, simples, fiers, sublimes
et si beaux qu’ils semblent les vainqueurs de leurs tristes bourreaux. (…)
Des camions… des soldats… des moteurs grincent… grondent…
Je risque un œil… Je vois Timbaud, Ténine…
Ils montent dans le triste fourgon, mains liées ,
mais leurs voix libres frappent près d’eux tous les chiens aux abois.

[CHANT : On entend le chant de La Marseillaise],

Soudain, La Marseillaise et l’Internationale. Ils nous chantent leur foi ! C’est leur lutte finale ! Le camp répond, le chant vole, s’enfle, grandit… Ils partent… Les rumeurs s’estompent, c’est fini…

(Le spectacle se poursuit avec des extraits de la dernière lettre de Jean Poulmarch), puis :

Un groupe d’hommes : (Ils se retournent doucement et viennent se positionner ensemble, regardent le ciel et disent ensemble d’après le poème de René Guy Cadou)

« Nous sommes appuyés contre le ciel… nous ouvrirons les yeux et tournerons les cœurs… avec la vie derrière nous » (...)

  • Un homme Ch 1 : René Char le poète résistant a écrit : « Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût, nous devons les faire partager, afin d’élever et d’élargir notre action comme notre morale. »
  • Une femme Ch 2 : « AUX PRUDENTS : Il neige sur le maquis et c’est contre nous chasse perpétuelle. Vous dont la maison ne pleure pas, chez qui l’avarice écrase l’amour ….dans la succession des journées chaudes, votre feu n’est qu’un garde-malade. Trop tard. Votre cancer a parlé. Le pays natal n’a plus de pouvoirs. »
  • Une femme Ch 3 : « Nous sommes pareils à ces crapauds qui, dans l’austère nuit des marais, s’appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d’amour toute la fatalité de l’univers. »
  • Une femme Ch 5 : « À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide, mais le couvert reste mis. »

[Puis c’est l’évocation de Stalingrad, et du Procès des 42].

  • Une femme russe : Nous avons subi des bombardements énormes, 180 jours sans une minute de répit ! Trois mois et demi d’horreur… la plus féroce, la plus barbare des batailles, le froid gèle les morts et transforme les vivants en fantômes… mais le 2 février 1943, la guerre a fait demi tour… Du 19 Novembre 1942 au 2 Février 1943, quatre millions de Soviétiques hommes, femmes, sont engagés corps et âmes contre les blindés de l’Allemagne,
  • Tous : L’espoir de la Libération renaît ! Avec la victoire de Stalingrad !
  • (...)

On voit Jean Moulin près de Fernand Grenier au milieu, reliés par l’écharpe rouge, en guise de réunification entre De Gaulle et les combattants de l’ombre.

  • Jean Moulin : Mon Général ! Les élites qui devraient être avec vous, ne le sont pas ! Vichy et Pétain les ont appâtés, ils collaborent au profit du grand patronat !
  • De Gaulle : Vous, Jean Moulin, vous avez comme mission l’Unification du Peuple Résistant Français ! Dites-leur que je me présente comme leur chef ! (...)
  • Fernand Grenier : Mon général, moi Fernand Grenier, je vous le dis, vous devez aider la Résistance et proclamer votre attachement à la République et à la Démocratie !

(Aux hommes et femmes Résistants) :

  • Jean Moulin : Vous, combattants de l’ombre, vos organisations sont nombreuses ! Vous êtes isolés, avec des difficultés de circulation sans aucune vue d’ensemble sur l’action militaire à mener en prévision du jour J. : La Libération !
  • Fernand Grenier : Pour des raisons stratégiques et techniques, Il nous faut une action étroitement coordonnée par l’Etat Major allié !
  • Tous les combattants de l’ombre : Subordination : NON ! Coordination, OUI !
  • Fernand Grenier : Mon général, vous devez reconnaître l’extraordinaire mouvement de Résistance !
  • Tous : De toutes les régions de France ! Dans les maquis, dans les administrations, même dans l’armée de Vichy ! (...)
  • Jean Moulin : Général ! Vous devez aussi reconnaître la place des ouvriers, des syndicats et l’organisation clandestine du Parti Communiste.
  • Général De Gaulle : Oui ! Le colonel Rémy me le confirme ! Notre armée secrète est constituée !

Un homme arrive et chante. « La rose et le réséda » de Louis Aragon

 Les femmes

  • FR 1 : Nous les femmes, nous jouons un rôle très important !
  • FR 2 : Je suis agent de liaison FTP, c’est dangereux ! Je cache des enfants juifs et j’arrive à les faire passer clandestinement… 
  • FR 3 : Et moi, je transporte des explosifs, j’espère passer inaperçue avec mon sac à provisions !
  • FR 4 : Marianne Cohn, qu’on appelait Colin, fût arrêtée en même temps que les enfants juifs qu’elle convoyait clandestinement vers la Suisse. Elle sera assassinée, à coup de bottes et de pelles, le 8 juillet 1944, à l’âge de 23 ans. Son poème est magnifique…

Marianne Cohn :

Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
Aujourd’hui arrachez-moi les ongles !
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage, Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues. Vous avez aux pieds des chaussures, avec des clous.
Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre.
Il ne me faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis.
Pour abjurer le pain et le vin.
Pour trahir la vie. Pour mourir.
Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau.
La lime n’est pas pour le bourreau.
La lime n’est pas pour le barreau.
La lime est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire.
Je trahirai demain.

 Le Conseil National de la Résistance !

Des hommes et des femmes arrivent.

  • U 1 : Le mouvement ouvrier est dans le collimateur, la résistance ouvrière, celle de la grande grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais de 1941, comme celle des cheminots et d’autres professions a joué un rôle déterminant pour la réunification syndicale en avril 1943.
  • U 2 : Au Perreux en banlieue parisienne, la nuit du 17 avril 1943, quatre syndicalistes se réunissent, en pleine clandestinité ! Robert Bothereau, Louis Saillant de la CGT réformiste, Henri Raynaud, André Tollet de la CGT révolutionnaire.
  • Robert Bothereau et les autres : Malgré nos dissensions à propos du pacte germano-soviétique, les nécessités de la lutte contre le Service du Travail Obligatoire le « STO », la charte du travail et le besoin d’unification avec la résistance intérieure, nous obligent à nous réunir !
  • U 3 : C’était en fait, les premiers actes de l’Unification de la Résistance. Et le mois suivant le 27 Mai 1943, rue du Four à Paris dans l’appartement d’un patriote René
  • Corbin, qui avait travaillé au cabinet de Pierre Cot, s’unifie en grande clandestinité et sous l’égide de Jean Moulin, l’ensemble des Mouvements de Résistance Français.
  • Le Conseil National de la Résistance est né !
  • U 4 : Avec le C.N.R., De Gaulle prouve aux Alliés que la France est derrière lui ! (...)

 DE GAULLE face aux Alliés

  • A 1 : Les Alliés ont libéré l’Algérie !
  • A 2 : Le meilleur allié de De Gaulle reste l’opinion publique internationale.
  • A 3 : C’est que le Général De Gaulle incarne aux yeux de la plupart des députés une certaine moralité politique, que le président américain et son fidèle lieutenant britannique ont manifestement négligée en installant au pouvoir en Afrique du Nord, qu’ils venaient de libérer, un collaborateur avéré comme l’amiral Darlan !
  • (...)
  • Alfred Costes : C’est un scandale ! Darlan a présidé quatorze mois un gouvernement de collaboration, promulgué les lois répressives et le statut des Juifs... [Darlan sera assassiné le 24 décembre 1943. Les anglo-américains choisirent Giraud pour succéder à Darlan],

Roosevelt (en catimini avec un micro, en chuchotant) :

  • « Il conviendra que les petites nations libérées, dont la France, restent désarmées. La Grande-Bretagne et l’URSS aidées pendant un an ou deux par l’Amérique, feront fonction de gendarmes du continent »
  • A 8 : Giraud ne le perçoit pas ou s’en accommode ! Il est évincé par De Gaulle, qui le prive progressivement de toute responsabilité, politique puis militaire.
  • De Gaulle : Je veux traiter d’égal à égal avec les Alliés quand l’heure de la Libération sera venue.
  • De Gaulle : « Sans le C.N.R., il n’y aurait pas eu une Résistance, il y aurait eu des Résistances. A la Libération, il n’y aurait pas eu un peuple rassemblé mais un peuple éclaté. »

 « Les jours heureux »

  • L 1 : Le 15 mars 1944 était adopté le fameux programme du CNR, mis en œuvre à la Libération : « Les jours heureux »
  • L 1 : Le retour à la nation des grands moyens de production, des sources d’énergie : le charbonnage ! les compagnies d’électricité et de gaz, nationalisations de Renault, Gnome et Rhône, Air France, les grandes banques de dépôt et plusieurs compagnies d’assurances.
  • L 2 : Le rétablissement du suffrage universel et la liberté syndicale, le maintien et l’amélioration des lois sociales acquises par les travailleurs avant 1939 !
  • L 8 : L’essentielle Sécurité Sociale, avec Ambroise Croizat et Pierre Laroque, complétée par l’établissement de régimes complémentaires de retraite et la création du régime d’Assurance chômage.
  • L 4 : Par la suite, Fernand Grenier va arracher le droit de vote des femmes !

 Combattre la bête

On voit revenir des anciens du début :

  • Tous les trois : Ils sont partis cette année… Jacqueline Weil.. Georges Abbachi, Henri Crotti.. Stéphane Hessel… nos amis Résistants …partis…avec dans le cœur… le devoir de mémoire … pour demain 
  • Une femme : « Nous devons dire aux générations nouvelles que c’est surtout dans les moments de crise que surgissent les discours anti-démocratiques, xénophobes, homophobes, racistes, anti-sémites et anti-Rroms dans lesquels elles doivent discerner les thèses de ceux qui ont exterminé les Juifs d’Europe, massacré les Tsiganes, les homosexuels, déporté et fusillé les Résistants. ». Nous devons définir ensemble le « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui, eux-mêmes, se nourrissent des injustices sociales.

Tous : Combattons sans cesse la Bête !

Chant final : l’Age d’Or

Evocation écrite et mise en scène par Claudine Merceron et jouée par
une centaine de comédiens amateurs.

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