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Non-violence, Jacques Semelin

(écrit le 24 octobre 2001)

Jacques SEMELIN

Apprendre à réagir et à agir autrement
La non violence expliquée aux jeunes

Selon Jacques Sémelin, la violence est liée à la force vitale, à l’agressivité, à la combativité. Ce peut être une énergie positive, ou un élément de destruction quand il y a abus de la force.

« Faire en sorte que les enfants reçoivent dès leur jeune âge, une éducation, des valeurs, des attitudes, des comportements et des modes de vie qui leur permettent de régler tout différend de manière pacifique et dans le respect de la dignité humaine » . C’est ça l’éducation à la non-violence, une éducation qui est tout-à-fait d’actualité dans la période actuelle. Cette non-violence n’est pas passivité, mais prise en compte de la situation de violence, gestion des conflits dans le respect mutuel.

Problèmes dans les écoles, racket, agressions sexuelles, violences des jeunes, même si Châteaubriant est peu touchée concrètement par ces menaces quotidiennes, elles occupent l’esprit de tous, ne serait-ce que par ce que véhiculent les médias (en mal parfois de sensationnel). « Chacun a sa propre perception de la violence. L’excision des petites filles, est pour nous intolérable, alors qu’elle est rituelle dans certains pays d’Afrique »

Jacques SEMELIN, auteur du livre « La non-violence expliquée à mes filles » est venu à Châteaubriant à l’invitation de l’association Rencontres   et du CRFA, pour expliquer ce que peut être aujourd’hui le message de la non-violence. Dans un langage simple et direct l’auteur a dégagé sept manières d’agir ou de réagir face à la violence.

 1. Refuser d’être victime

Ne plus vouloir être victime, c’est le début d’une démarche non-violente. C’est le refus de la passivité, une manière d’exister face à l’autre .« Refuser d’être victime, c’est rompre une relation où l’on est perdant. »

 2. Oser dire

Lutter contre la violence, cela ne peut se faire isolément . « Il faut faire jaillir la parole. Oser dire sa souffrance. Oser dire sa peur ». Il faut avoir le courage de briser la loi du silence. Par exemple, quand un jeune se fait racketter, il est important qu’il réussisse à en parler pour que ça s’arrête.

Bien sûr, les jeunes n’ont pas toujours les mots pour dire, alors ils s’expriment avec des coups. Ils se sentent nuls alors ils cassent pour dire encore qu’ils existent. Il ne s’agit pas d’excuser leurs actes, il faut « entendre » leur violence pour les aider à évoluer vers un autre mode de communication, à s’affirmer d’une autre manière.

 3. Susciter le respect

« Plus puissant que la violence, le respect »... Facile à dire, pas si facile à mettre en œuvre ! On a tous envie d’être respecté, mais le vrai défi c’est de respecter celui avec qui on n’est pas d’accord, celui qui nous casse les pieds. Comme dans le sport, il s’agit de lutter tout en respectant l’adversaire.

On entend dire souvent qu’il faut rendre coup pour coup, qu’il faut apprendre à écraser l’autre pour se faire une place dans la société. « Dans la vie bien réelle, ceux qui respectent les autres ne sont pas des perdants. On dit d’eux qu’ils ont une parole, on sait qu’on peut leur faire confiance. Comme ils respectent les autres, ils se font respecter. Le respect, cela commence par apprendre à écouter l’autre. Alors, on sait mieux se faire entendre de lui. Et en coopérant ensemble, on peut aussi gagner ! »

 4. Faire appel à quelqu’un

La violence, cela revient très souvent à deux camps qui se battent. Sortir de la violence, c’est faire intervenir un tiers qui permette de faire évoluer le conflit. C’est par exemple une personne qui va peut-être réussir à obtenir que les adversaires acceptent de se parler. « Faire en sorte que les deux parties soient gagnantes, en renonçant chacune à quelque chose pour un bénéfice commun. »

« Le tiers, ce peut être la Loi. Quand un enfant dit « tu n’as pas le droit de me faire ça », il introduit la loi entre lui et son agresseur pour lui dire « stop ! ».

« Il est aussi important que des adultes posent clairement des limites à des jeunes aux conduites violentes. Leur donner ainsi des repères et des interdits, c’est les aider à se construire »

 5. Devenir médiateur

Le médiateur c’est celui vers qui on va pour régler un conflit. Face au conflit, il y a quatre attitudes possibles :

  • - Faire comme si le conflit n’existait pas
  • - Se soumettre ou prendre la fuite
  • - Faire preuve d’agressivité et de violence en considérant que c’est la faute de l’autre
  • - Rechercher un compromis, ce qui fait partie d’une démarche non-violente.

Le rôle du médiateur est précisément de faciliter la recherche d’une telle solution. Le médiateur n’a pas à prendre partie pour l’une ou pour l’autre mais plutôt à les aider à trouver une solution par elles-mêmes.

 6. Élaborer des règles en commun

La violence résulte souvent d’un problème collectif, d’une injustice. A l’école, au travail, quand la violence apparaît, c’est souvent le signe que quelque chose ne va pas dans le fonctionnement du groupe. Alors mieux vaut en parler ensemble et rediscuter les règles de vie. Dans les collèges difficiles, on sait que lorsque les jeunes sont vraiment associés à la définition des règles, cela va plutôt mieux après. Normal : leur parole a été prise en compte et ils se sentent reconnus.

 7. Construire un projet

« Définir le sens de ce qu’on fait, de ce qu’on vit ». Par exemple, quelles solutions proposer pour mieux vivre dans son quartier, pour que des communautés cessent de co-exister séparément, pour commencer à vivre ensemble. « La violence couve dans les situations où des groupes de gens sont mis à part. Il y a tout un travail de prévention à faire, de rapprochement, de médiation, avant qu’il ne soit trop tard »

« Certains pensent qu’il n’y a rien à faire ; sauf à mettre les jeunes en prison ou à quitter la cité. Pourtant, des méthodes existent qui consistent à permettre aux jeunes d’exprimer leur rage, aux policiers leur ras le bol, aux gardiens de HLM leurs frustrations, etc. Mais cette nécessaire expression des émotions et des besoins n’est pas suffisante. Réussiront-ils par la suite à transformer leurs rapports quotidiens et se poser la question : comment vivre ensemble ? Sur quelles bases réorganiser nos relations pour que la cité soit plus humaine ? En somme, quel projet collectif mettre en œuvre malgré nos différences ou plutôt grâce à nos différences ? C’est cela le projet de la non-violence ».

Prises isolément, ces sept manières de répondre à la violence ne sont pas suffisantes. Mais ensemble, elles constituent un tout cohérent : celui d’une pédagogie de l’action.

Pour être mise en œuvre, cette pédagogie a besoin d’être portée par des personnes déterminées à promouvoir la résolution non-violente des conflits. « A l’échelle individuelle, ce peut être chacun de nous. A l’échelle collective, ce peut être aussi bien des associations que les pouvoirs publics. Il y a mille et une manières de développer cette pédagogie de la non-violence active ». a conclu Jacques Sémelin.

Jacques Sémelin, « La non-violence expliquée à mes filles » Ed. du Seuil

Voir association « Rencontres »

Voir : violence

CRFA voir UFCV