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Torture en Algérie

(Ecrit le 4 décembre 2001)
voir aussi page 409

Au procès du Général Aussaresses, poursuivi pour apologie de la torture, le militant Henri Alleg, 80 ans, journaliste arrêté et torturé par les parachutistes en 1957, a expliqué qu’il souhaitait "témoigner pour mettre en garde les jeunes contre tout retour à la barbarie".Pudique sur le sort qu’il a subi durant un mois dans une villa de la région d’Alger - « électricité, étouffement sous l’eau, coups », résume-t-il, il se remémore « les cris » des Algériens qui subissaient le même sort. « C’est ce souvenir, encore plus qu’un autre, qui est resté dans ma mémoire », dit-il.

Cet auteur du célèbre ouvrage « La question », l’un des premiers témoignages sur ces sévices, publié en 1958, rappelle que la torture était une pratique « institutionnalisée » par l’armée française. La gorge nouée, il raconte les « viols » des femmes algériennes, que beaucoup ont dissimulés par honte. « Il y a encore aujourd’hui des dizaines de milliers de femmes qui n’ont rien dit et portent en elles les atrocités qu’elles ont subies », lâche-t-il en étouffant un sanglot.Simone de Bollardière, veuve du général Jacques de Bollardière, un des rares officiers français à avoir dénoncé la torture en Algérie, vient ensuite raconter « le calvaire » des soldats français obligés par leur hiérarchie à pratiquer ces exactions. « Aujourd’hui encore ils n’en parlent pas parce qu’ils sont démolis. Il y a un abcès à l’intérieur d’eux, ils n’ont jamais vu de psychologue », dit-elle, tremblante.Ce procès tombe au même moment que la campagne mondiale d’Amnesty International contre la torture. Le 23 novembre dernier, la section de Châteaubriant invitait à un débat sur médecine et torture

La participation de médecins nazis à des actes de torture massifs et systématiques pendant la Seconde Guerre mondiale a profondément choqué l’opinion publique en général et le corps médical en particulier. La volonté d’empêcher que de telles atrocités se reproduisent a joué un rôle essentiel dans l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme et a également donné une impulsion aux travaux sur les codes internationaux d’éthique médicale.

Ne jamais leur porter préjudice

L’Association médicale mondiale a adopté en 1949 un Code international d’éthique médicale indiquant que les médecins avaient l’obligation d’exercer pour le bien de leurs patients et ne devaient jamais leur porter préjudice. Depuis, de nombreux organismes ont mis en place des codes d’éthique interdisant aux membres des professions médicales de participer à des actes de torture. Les Nations Unies ont adopté en 1982 les Principes d’éthique médicale applicables au rôle du personnel de santé, en particulier des médecins, dans la protection des prisonniers et des détenus contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Le Protocole d’Istanbul

Pour lutter contre la torture, il est indispensable de disposer d’informations précises et détaillées. L’absence d’une documentation solide permettant d’étayer les allégations formulées par les victimes de la torture permet aux gouvernements de nier la réalité et de se soustraire à leurs responsabilités. Un manuel sur les moyens d’enquêter et de recueillir efficacement des informations sur la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, connu sous le nom de Protocole d’Istanbul, donne des lignes directrices sur la manière d’évaluer et de consigner les traces de torture médicalement constatées. Rédigé par des spécialistes de médecine légale, des médecins, des observateurs des droits humains et des juristes originaires de 15 pays, le Protocole d’Istanbul a été adopté en 1999.Ce document fournit des lignes directrices détaillées, tant médicales que juridiques, pour l’examen des personnes qui affirment avoir subi des actes de torture et des mauvais traitements, ainsi que pour la communication des résultats de cette évaluation à l’appareil judiciaire et à d’autres organes. Dans de nombreux pays, l’ordre des médecins ou l’association médicale a pris position contre la torture. Mais au Chili l’association médicale a dû attendre le début des années 80 pour pouvoir de nouveau élire ses propres dirigeants, après avoir été contrôlée pendant près de dix ans par des personnes nommées par le gouvernement qui l’ont obligée à « rejeter les informations selon lesquelles des médecins avaient assisté à la torture ou aux mauvais traitements infligés aux détenus dans les centres administrés par les forces de sécurité ». En Turquie, six membres du comité exécutif de l’association médicale turque ont été au centre d’un long procès politique, pour avoir écrit au gouvernement, en 1985, une lettre dans laquelle ils demandaient que les médecins soient dispensés de participer aux exécutions. L’association condamne sans ambiguïté la participation de médecins à la torture en Turquie et encourage activement la mise en œuvre des normes éthiques internationales.

Le rôle des médecins et auxiliaires de santé est de vérifier, entre autres, que les autorités responsables des prisons et autres lieux de détention prennent les mesures pour améliorer les conditions mettant en péril les prisonniers ou pouvant porter atteinte à leur santé (surpopulation aiguë, nourriture ou eau insuffisantes, installations sanitaires insuffisantes, exposition à des températures extrêmes ou à des maladies infectieuses, refus d’accorder des soins médicaux aux détenus malades, etc.).

La torture ne vise pas à faire parler

Françoise Sironi, dans son livre « Bourreaux et victimes » (Ed. Odile Jacob) explique qu’on croit à tort que la torture vise à faire parler. « Rien n’est plus faux, la torture vise à faire peur, veut faire taire tout un groupe, voire un pays tout entier ». Les méthodes de torture sont identiques d’un pays à l’autre. Ceci est dû au fait que des formations sont organisées sous le nom de « Techniques de communication » et qu’on peut en retrouver la trace. On ne naît pas bourreau, on le devient. Cela peut se faire en trois mois : d’abord on valorise l’identité initiale des futurs tortionnaires, puis on déconstruit cette identité à l’aide de techniques traumatiques (coups, exécutions répétées d’ordres parfaitement absurdes, harcèlement moral et physique ...). La troisième phase correspond à l’arrêt des mauvais traitements et à la construction de l’identité finale, celle qui fera d’eux des êtres « à part ». La première chose qu’on leur demande est alors de torturer quelqu’un. Ces personnes, rendues à la vie civile, « deviennent de véritables bombes humaines, habituées à être au-dessus des lois, autorisées à tout, la violence étant une façon d’être au monde »


(écrit le 16 janvier 2002)
(après les attentats du 11 septembre 2001, sur les tours de New-York)

L’emploi de la torture

Relevé dans le Monde Diplomatique de Janvier 2002 (sous la signature d’Ignacio RAMONET) : « Le recours à la torture a été ouvertement réclamé dans les colonnes des grands magazines américains. Sur la chaîne C.N.N., le commentateur républicain a été très explicite : la torture ce n’est pas un bien . Mais le terrorisme c’est pire. Aussi dans certaines circonstances, la torture est un moindre mal. Steve CHAPMAN, dans le Chicago Tribune, a rappelé qu’un Etat démocratique comme Israël n’hésite pas à appliquer la torture à 85 % des détenus palestiniens ».

Effrayantes références. L’Amérique impérialiste de Deubeuliou BUSH est en pleine résurgence du Maccarthysme, et il n’y a pas tellement de décennies où les « décideurs » des démocraties européennes disaient : plutôt HITLER que le Front Populaire.

D’ailleurs depuis cette époque, l’Amérique n’a pas perdu la main (il y a eu le Vietnam) et les Pays d’Europe n’ont pas perdu la main (il y a eu les guerres coloniales). Actuellement toutes les démocraties, sans exception, renforcent les « lois sécuritaires » et dans tous les pays, à des degrés divers, des libertés sont en danger.

Les défenseurs des droits de l’homme ont heureusement informé les Américains que la torture est interdite, et ce par une convention internationale


L’HONNEUR DES RESISTANTS

Note du 26 Novembre 2010, par Michel Kerninon

Des hommes et des femmes ont souffert, ont été torturés, sont morts en Algérie parce qu’ils refusaient la barbarie. Ils ont été l’honneur de la France et de la conscience. Il ne faut pas les oublier. Et les survivants ne réclament pas de commémoration.

Jacques Pâris de Bollardière, né le 16 décembre 1907 à Chateaubriant (44), est mort à Guidel (56) en 1986. Officier de la Légion et ancien résistant dans les Forces françaises libres, et après cinq ans de guerre en Indochine, il est nommé au commandement de deux brigades de rappelés dans l’Atlas algérien, près de Blida, en 1957. En décembre, il est nommé général de brigade, devenant ainsi le plus jeune général de l’armée française.

Dans ce secteur de l’Atlas, Bollardière met tout en œuvre pour rétablir la confiance avec la population, jusqu’au début de la bataille d’Alger en janvier 1957. Il se déclare alors en désaccord total avec la stratégie gouvernementale de la IVe République et absolument hostile à tout emploi de la torture, que beaucoup de politiques et de militaires couvrent.

Bollardière demande à être relevé de son commandement et rentre en France. Il y soutient publiquement son ancien subordonné, sous-lieutenant en Algérie, le journaliste et directeur de l’Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber, que ses articles ont conduit à être inculpé pour atteinte au moral de l’armée. Jacques de Bollardière lui-même écope de 60 jours d’arrêt de forteresse. Il démissionne de l’armée en 1961, au moment du putsch des généraux à Alger.

On peut se référer à son témoignage dans l’ouvrage « Bataille d’Alger, Bataille de l’Homme », Desclée de Brouwer, Paris-Bruges 1972

Dans les années 1960, de retour à la vie civile, Jacques de Bollardière s’exprime par son action de militant non-violent et anti-nucléaire. A ce sujet, on pourra retrouver un autre témoignage sur son action dans « La Guerre et le Désarmement », Robert Laffont, Paris 1976

Mais Bollardière n’est pas le seul à avoir activement dénoncé la torture. En 1957, paraît « Pour Djamila Bouhired » de Georges Arnaud et Jacques Vergès qui dénoncent les tortures des militaires français.

Arrêtée pour actes terroristes, la jeune Algérienne Djamila Bouhired , officier de liaison du Front de Libération Nationale, est torturée et condamnée à mort. Grâciée, elle deviendra l’épouse de l’avocat Jacques Vergès.

Toujours en cette année 1957, le témoignage de l’ethnologue Germaine Tillion, grande spécialiste de l’Algérie et de ses populations, publie « L’Algérie en 1957 ». C’est un tonitruant cri d’alarme sur ce qu’elle juge être la perte des valeurs de la France dans cette guerre coloniale.

Enfin, paraissent coup sur coup, en 1958, « La Question » de Henri Alleg, journaliste juif franco-algérien membre du Parti communiste algérien, torturé en 1957, pendant plusieurs semaines -( Alleg fut néanmoins interdit de séjour par le régime algérien à l’indépendance)-et « L’Affaire Audin » de l’historien Pierre Vidal-Naquet. Maurice Audin, membre des étudiants communistes algériens, était un ami d’Alleg, il fut arrêté la veille à son domicile et torturé jusqu’à la mort.

Ces ouvrages ont tous été publiés par les Editions de Minuit, créées clandestinement par des résistants pendant l’occupation nazie.

La Question a été interdite par le gouvernement français à sa parution. Réédité 15 jours plus tard en Suisse, le livre a rapidement été distribuée à 150000 exemplaires, en France. Clandestinement.

MICHEL KERNINON - source : Médiapart du 26 novembre 2010 - http://www.mediapart.fr/club/blog/michel-kerninon/261110/contre-la-torture-en-algerie-lhonneur-des-resistants

voir aussi page 1764 et pages suivantes

Document visuel : la torture en Algérie