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Focast (16)

Page 414. Commencée le 4 février 2004 . Mise à jour le 8 septembre 2004


Ecrit le 4 février 2004

Focast, Douvaine, Saint Dizier
Les dépôts de bilan se suivent et se ressemblent

Le vote de défiance des salariés de chez Focast, à l’égard du « plan de reprise » de leur directeur local (lire La Mée du 28 janvier 2004) a provoqué une réaction d’incompréhension de la part de celui-ci qui dit, en substance : « on n’a jamais vu des salariés refuser une reprise » et encore : « ne vous faites pas d’illusion : ce n’est pas une prime de licenciement de 10 000 euros qu’ils toucheront, ce sera 3000 euros au maximum ».

La section CGT,
sous la signature de Jean Pierre Boucher,
répond :

« La direction n’a sans doute pas compris le message des salariés. Il y a pourtant de nombreuses questions à se poser.
– QUI dirige l’entreprise depuis 4 ans ?
– QUI a signé le protocole avec la Communauté de Communes en promettant le maintien des effectifs et le développement du secteur grosses pièces ?
– QUI ne respecte pas ses engagements ?

La Direction parle de la confiance que lui accordent les clients et les pouvoirs publics, ainsi que les partenaires. Pourtant à ce jour les membres du Comité d’Entreprise n’ont toujours pas été officiellement informés du projet de reprise. N’est-ce pas un délit d’entrave au fonctionnement du CE ?

La CGT est prête à discuter, sous l’égide de M. le Sous-Préfet, d’un VRAI projet industriel qui prendrait en compte les intérêts de tous. C’est dans ce but que nous avons demandé une table ronde avec tous les partenaires concernés.

Quant aux 10 000 euros que M. Lebret trouve excessifs, nous reprenons le chiffre proposé par M. Ron Hobbs, PDG du groupe Valfond, lors du comité de groupe du 14 janvier 2004. Il est du devoir de la CGT de défendre les intérêts de tous les salariés qui ont travaillé dur, même aux dépens de leur santé »
(communiqué du 26 janvier 2004)


Dans la presse nationale

Les difficultés de Valfond, sur ses différents sites, ont le triste honneur de la presse nationale : l’Usine Nouvelle, Les Echos, l’Humanité et même Le Monde (ce qui est rare pour ce dernier)

Dans l’Usine Nouvelle, le 28 janvier 2004, Michel Queruel signale que Valfond Douvaine est en règlement judiciaire. Il écrit :

« En proie à de sérieuses difficultés de trésorerie, la fonderie Valfond Douvaine à Douvaine (Haute Savoie) vient d¹être placée en règlement judiciaire par le Tribunal de Nanterre avec mise en observation pour une période de 6 mois. Spécialisée dans la production, par injection sous pression, de pièces en aluminium, zamak et magnésium (pour PSA en particulier), cette filiale de Valfond Alliages légers (longtemps baptisée Lachenal Industries) est confrontée à une baisse régulière de son chiffre d’affaires et de ses résultats depuis plus de deux ans.

L¹entreprise s’appauvrit aussi sur le plan humain puisque ses effectifs sont passés de 180 à 126 salariés en l’espace de 18 mois . A noter que l’usine Valfond de Thonon-les-Bains (Haute Savoie), elle aussi dans le giron de Valfond Alliages Légers mais jugée plus productive, a récemment été reprise par le groupe de fonderie Rencast.

NB : heureusement, il reste (provisoirement ?) le site de Meyzieu (69) avec sa vingtaine de salariés pour sauver les apparences...

Le journal Les Echos du 30 janvier 2004 précise : « En juillet 2002, l’ensemble des collectivités locales et l’Etat avaient signé un accord avec Valfond-Saint-Dizier. Moyennant une aide de 5 millions d’euros, l’entreprise s’engageait à moderniser le site d’ici à 2006, à le mettre aux normes environnementales, à augmenter sensiblement la production et à recruter 66 personnes ». Résultat : l’établissement est en dépôt de bilan, il doit être repris par son actuel directeur avec licenciements à la clé ! Une situation qui ressemble étrangement à celle de Châteaubriant, et à ce qui s’est passé dans la plupart des usines du groupe Valfond.

Selon l’Humanité du 30 janvier 2004 « Les salariés [de Saint Dizier] sont jetés à la rue comme des malpropres. Et, cerise sur le gâteau, le site doit être dépollué aux frais... des contribuables. C’est le scénario Metaleurop. ».

A Châteaubriant le directeur Jean-Paul Lebret se targue du soutien total de la Communauté de Communes du Castelbriantais pour « garder la moitié du personnel ». Ce n’est pas ça qui était prévu ! La Communauté de Communes s’est engagée financièrement en échange du maintien de TOUS les emplois. On en est loin. Mais les élus locaux se gardent bien de dénoncer cette situation à la veille des élections régionales et cantonales, tout comme ils gardent un silence pudique sur la liquidation de la CIC, sur les 8 licenciements de Novembal, sur les retards de salaire chez Edwimode et sur les difficultés de la SOFRED à Rougé.

Allons, parlons d’autre chose ........un chargé de mission a été nommé pour s’occuper de l’emploi dans les secteur de Châteaubriant.


Ecrit le 11 février 2004 :

Valfond Saint-Dizier :
le tribunal repousse sa décision

Le tribunal de commerce de Saint-Dizier (Haute-Marne) a finalement repoussé au 27 février 2004 sa décision sur le sort de l’usine de fonderie de cette ville, en dépôt de bilan depuis octobre dernier. Cette filiale à 100 % du groupe Valfond, qui emploie 223 salariés et dont l’actionnaire principal est l’Union des Banques Suisses, est menacée de liquidation judiciaire. Pour l’instant, le seul projet de reprise pressenti provient de l’actuel directeur de l’usine. Il prévoit la sauvegarde de 160 emplois sur 223. Les conséquences sociales et environnementales que risque de provoquer la fermeture du site inquiètent grandement les élus locaux, qui redoutent de voir apparaître un « nouveau Metaleurop ».

Les collectivités locales ont dénoncé mardi 27 janvier le non-respect des engagements pris par les dirigeants de la fonderie tant sur le plan de l’emploi que sur la mise aux normes environnementales sur lesquels Valfond s’était engagé.

La fonderie APM Bléré-Laval dépose son bilan

La fonderie de fonte APM Bléré-Laval, installée sur deux sites à Changé (Mayenne) et Bléré (Indre-et-Loire), a déposé son bilan vendredi 30 janvier 2004. Le dossier sera examiné par le tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine) mercredi 4 février. La société, ex-entité de Valfond (UBS Capital), connaît toujours d¹importantes difficultés de trésorerie malgré un plan social qui s’est traduit l¹an passé par la disparition de quelque 160 emplois sur les deux sites. Pour Patrick Migeon, président du holding APM Group Bléré-Laval, le poids du passé continue à peser sur les comptes. « Toutes les conditions d’exploitation n’ont pas pu être réunies lorsque nous avons repris la société. Il nous a manqué plus de 2 millions d’euros (...). Et le plan social a été minimalisé. A cela, vous ajoutez le marasme du secteur automobile que nous avons pris de plein fouet lors du second semestre 2003 et des prix de vente largement sous-évalués... Nous ne pouvons plus supporter l¹apurement de la dette qui est colossale. La déclaration en cessation de paiements était la seule solution. » a-t-il déclaré au journal l’Usine Nouvelle.

Fort de la revalorisation, à compter de janvier, du prix de certaines pièces, le dirigeant doit présenter au tribunal de commerce un plan de continuation avec un retour aux bénéfices attendu à la fin 2004. Mais la fonderie ne devrait pas échapper à un nouveau plan social.

FOCAST Deux plans pour Châteaubriant

Pour Châteaubriant, deux plans de reprise seraient en piste, dont l’un émane de Pebeco, un industriel qui semble bien connaître la fonderie. Il ne garderait cependant que le secteur grosses pièces (en regrettant beaucoup que la fermeture des petites pièces soit aussi engagée). Il se séparerait d’une centaine de salariés. L’autre plan émane de Green_Recovery spécialiste des « boites » en difficulté.

Date limite de dépôt des dossiers : 13 février. Décision du Tribunal de Commerce : sans doute le 3 mars 2004.


Ecrit le 18 février 2004

105 à 108 licenciements ?

Comme prévu, deux projets de reprise de la fonderie FOCAST ont été déposés le vendredi 13 février 2004.

L’un émane de la société Pebeco, un industriel de fonderie et sidérurgie. Il se propose de conserver 79 salariés.

L’autre émane de Green_Recovery, un fonds d’investissement avec lequel s’est associé le directeur actuel de Focast, Jean-Paul Lebret. La société « Focast Industries » est en attente d’immatriculation au Tribunal de Commerce de Rennes. Ce plan prévoit de conserver 76 salariés.

79 ou 76 salariés, sur 184, cela fait 105 à 108 licenciements. « Cela risque de très mal se passer, disent les salariés, on risque de nous entendre »

Dans l’immédiat, la « table ronde » demandée par les syndicats, va se tenir le mercredi 18 février 2004 avec la Sous-Préfecture, le Conseil Général, le Conseil Régional, le député et le maire-président de la CCC   « pour tenter d’atténuer le drame social »


Ecrit le 18 février 2004

UBS va bien

UBS, actionnaire de VALFOND (fonderie FOCAST), est la première banque suisse et numéro un mondial de la gestion de fortune. Elle a affiché en 2003 le second meilleur résultat de son histoire, avec un bénéfice net de 6,3 milliards FS (+ 81 %), et cette tendance devrait se poursuivre en 2004, une année qui « a bien commencé ».

« 2003 s’est révélé être à la surprise générale une bonne année pour les marchés financiers, et un cru exceptionnel pour l’UBS », qui va distribuer un dividende record à ses actionnaires.

En 2003, la banque a réussi à drainer 50 milliards de Francs Suisses (31 milliards d’euros) d’argent frais dans son activité gestion de fortune, des fonds qui venaient notamment d’Europe de l’Est et d’Asie, a indiqué M. Wuffli directeur général de la banque. En revanche, en Suisse, la banque a perdu des fonds sous gestion au 4e trimestre 2003 parce que, selon M. Wuffli, la population est vieillissante, et a eu besoin de liquidités en fin d’année.

« En 2003, nous avons été la meilleure banque mondiale, la banque d’investissement de l’année et la meilleure banque mondiale de gestion de fortune », s’est félicité M. Wuffli. A la fin 2003, la banque gérait 2.207 milliards FS, contre 2.037 milliards FS à la fin 2002.

Pour le seul quatrième trimestre 2003, le bénéfice net a été de 1,859 milliard FS, (francs suisses) soit le meilleur résultat trimestriel depuis trois ans.


Ecrit le 18 février 2004

Pauvre patron : + 52,2 %

Le patron d’UBS, Marcel Ospel, n’a vu son salaire augmenter que de 52,2 % en 2003 à 17,2 millions de francs suisses (ce qui représente 10,750 millions d’euros dans l’année, soit 896 000 € par mois, soit le salaire de 822 SMICards) Ainsi, avec le tiers de son salaire, il aurait de quoi payer tous les salariés de Focast ! et il lui resterait tout de même 597 000 € par mois. ... Whah !
(Les Echos du 11 février 2004)


Ecrit le 3 mars 2004 :

Primes et déprimes chez Focast

Focast était en grève mardi 24 février 2004 : parce que, malheureusement, il faut que, dans une entreprise au bord du gouffre, les salariés se battent pour leur avenir.

Le groupe Valfond avait promis à la Communauté de Communes, en échange d’un apport financier, de développer le secteur grosses pièces et de conserver 185 emplois. Promesse non tenue : 105 à 108 licenciements sont annoncés dont une soixantaine de licenciements « secs ».

Le groupe Valfond avait promis 10 000 € à chaque salarié qui partirait. [Cela représente environ 10 mois de salaire. Pas de quoi tenir longtemps]. Mais cette promesse-là non plus n’est pas tenue. M. Thierry Rivez a reçu du groupe Valfond une certaine somme qu’il est chargé de répartir entre les salariés licenciés de Châteaubriant, ceux de St Dizier et l’apport au repreneur éventuel. Quand il donne plus à l’un, il donne moins aux autres.

Or, jeudi dernier, 19 février 2004, les salariés apprenaient qu’ils n’auraient que 3000 euros sur les 10 000 promis. Lundi matin, les syndiqués avaient arraché 5000 € mais le blocage était complet. Ils se sont donc mis en grève mardi matin, dès 5 h, et ont barbouillé les murs de l’usine « 105 virés » « Victimes de spéculateurs », etc.

M. Rivez ne croyait pas que les salariés feraient grève. Les salariés savaient que cette grève était dangereuse car, en l’absence de production pendant deux jours, les finances de l’entreprise virent au rouge et l’administrateur judiciaire doit liquider l’entreprise. La négociation s’est donc jouée sur une corde raide et, mardi 24 février les syndicats avaient arraché 7000 €.

Le tribunal de commerce va se prononcer le 3 mars 2004 sur les deux dossiers de reprise, avec 75 ou 79 salariés conservés (sur 184). De l’avis des experts, les dossiers ne sont guère solides sur les plans industriel et commercial. Celui qui « colle » le moins mal à la réalité de Focast est celui de Pebeco.

Les salariés sont tellement écœurés qu’ils n’ont pas confiance dans la pérennité de cette reprise. Cette histoire est un énorme gâchis : les salariés aiment leur boulot (même s’ils n’aiment pas leur entreprise), et les licenciements massifs seront un traumatisme pour les familles.

Retraite anticipée pour certains

Sur les 105 à 108, une quarantaine environ bénéficieront d’une « mesure d’âge » (retraite anticipée). Il y aura 60 licenciements secs.

Pour une fois, les autorités locales ne fanfaronnent pas. Lors de la réunion qui a eu lieu le 18 février 2004, la Communauté de Communes du Castelbriantais a promis le transfert du crédit-bail au repreneur. Et mettra à disposition un bureau pour la cellule de conversion.

Le Conseil Général prendra en charge, à la place de Valfond, les aides à la mobilité, et, comme à Cholet, mettra des assistantes sociales à disposition des familles.

Le Conseil Régional apportera les aides prévues aux entreprises qui reprendront des salariés de Focast.

Mais cela fera toujours 60 postes en moins sur la région : l’entreprise qui embauchera quelqu’un de Focast n’embauchera pas ailleurs.

Les syndicats CFDT et CGT se battent pour que la situation soit la moins pire, mais ils déplorent ce drame social, qu’ils voient venir depuis des années et sur lequel ils ont depuis longtemps attiré l’attention des autorités.

Focast est victime de requins depuis qu’elle appartient au groupe de Michel Coëncas, puis à l’Union des Banques Suisses (UBS). Celle-ci a réalisé des profits records en 2003 mais préfère les thésauriser pour qu’ils « fassent des petits » comme on dit.

Mais chez nous « les petits » ont le sentiment d’avoir été sacrifiés sur l’autel de la spéculation financière. (voir ci-contre le point de vue du journal Libération)

Les élus se fâchent

Cela se passe à St Dizier, autour de l’usine Valfond. Selon Le Journal de la Haute Marne, « les élus (de Droite) représentant les collectivités locales engagées dans le redressement de Valfond ont décidé de mettre une pression maximale sur le groupe et son actionnaire principal UBS, lors d’une conférence de presse donnée à l’Assemblée nationale le 28 février 2004. Un parallèle a été fait avec le cas de Metaleurop dans le Pas-de-Calais » : une entreprise lâchée par ses dirigeants, laissant des centaines de salariés sur le carreau et un site pollué. Valfond Saint-Dizier est une filiale à 100 % du groupe Valfond, détenu lui-même à plus de 99 % par le groupe bancaire suisse UBS, ont rappelé les élus.

Patron voyou

« Les collectivités locales croyaient au protocole signé. Il ne s’agissait pas de sauver un moribond mais de développer cette entreprise, cruciale pour le secteur de Saint-Dizier » : les élus dénoncent l’attitude de Valfond qui « laisse filer » : « Valfond avait 44 sites, il en reste quatre aujourd’hui, dont trois sont en redressement judiciaire ».

En termes plus médiatiques, l’avocat Philippe Brun assène : « C’est la révolte des Champenois contre un patron voyou ! ». « Dans le meilleur des cas, c’est une soixantaine d’ouvriers sur le carreau, plus une quarantaine d’intérimaires », note un représentant des salariés de St Dizier.

La bataille officielle est lancée puisque les collectivités, à St Dizier, entendent récupérer l’argent déjà versé. A Châteaubriant, les élus n’ont pas les mêmes intentions ?


Ce qu’en pense le journal LIBÉRATION
Article de Muriel Gremillet 25.02.2004

« UBS, investisseur maso »

La banque suisse UBS se révèle désormais au cœur du fiasco financier et industriel de Valfond. Un imbroglio qui s’est noué en 1999, quand l’Union des banques suisses (UBS), l’un des plus gros établissements financiers européens, rachète ce groupe spécialisé dans la fonderie, avec ses 39 entreprises, en France et en Europe, et ses 10 000 salariés. Sa filiale en capital investissement, UBS Private Equity, pense alors développer une stratégie industrielle cohérente pour revendre Valfond en touchant, au passage, une confortable plus-value.

Cinq ans plus tard, le désastre est total : le groupe est proche du gouffre et se voit menacé de poursuites judiciaires. Retour sur les mystères de cette affaire.

Un groupe hors de prix

Première interrogation : le prix payé par UBS. En 1999, les Suisses n’hésitent pas à débourser près de 1,6 milliard de francs pour racheter Valfond. Une somme démesurée pour un groupe qui affichera la même année des pertes de 82,3 millions d’euros. Pourquoi UBS a-t-elle accepté de payer aussi cher un groupe dont elle connaissait la situation financière difficile ? Le vendeur a-t-il « arnaqué » l’acheteur ? Certes, l’ancien propriétaire du groupe, Michel Coencas, est un professionnel de l’embrouille, un homme sulfureux qui a fait deux séjours en prison en 1995 et 1997 pour malversations financières, ex-président du club de football de Valenciennes durant l’affaire OM-VA, et qui vient de se voir interdire par la justice de diriger des entreprises. Pourtant, UBS ne s’affole pas de la situation de Valfond... Un directeur, Frédéric Roure, est nommé, pour « nettoyer les comptes ». Son plan doit permettre une réduction progressive des pertes. Raté.

En 2000, le résultat est dans le rouge pour 79,6 millions d’euros. « Il fallait restructurer tout de suite et moderniser, explique un proche du dossier. Rien de tout cela n’a été fait. Par malhonnêteté ou par incompétence ». Un ancien du groupe va même plus loin : « De deux choses l’une : ou Coencas a été très malin et a arnaqué UBS. Ou cet investissement cache des choses moins avouables ». Les plus suspicieux évoquent des opérations de blanchiment, qui auraient permis à UBS de recycler de l’argent sale à travers Valfond

Des besoins de financement minimisés
Après avoir dépensé, UBS ferme brutalement le robinet. Le PDG, Frédéric Roure, est remercié en 2001 et remplacé par un financier anglais d’UBS, Ron Hobbs. A charge pour lui dès 2002 de démanteler Valfond et de vendre ce qui est encore vendable. Mais avant cela, l’actionnaire principal va devoir remettre la main au portefeuille en réinjectant dans Valfond 100 millions d’euros à l’automne 2002 pour éviter un dépôt de bilan général. 100 millions, là où les études d’un cabinet comptable mandaté par les syndicats évaluent les besoins de refinancement à 1 milliard d’euros. Insuffisant. Au final, on ne sait pas combien UBS a laissé dans l’affaire, le banquier se refusant à chiffrer le coût global de l’investissement.

Une stratégie incohérente

« On a vu débarquer dans les usines des types qui ne connaissaient rien à la fonderie », raconte un élu local. « J’ai vu un directeur obsédé par le rangement de dossiers empilés sous un escalier », explique un ancien cadre. « Le reste, l’usine, les investissements, ça ne l’intéressait pas. Il est parti au bout de quelques mois ». De 1999 à 2002, Valfond annonce des réorganisations des usines en pôles de production. Puis on revient à une organisation par produit. Les ingénieurs quittent l’entreprise. La productivité des sites dégringole, les clients préfèrent acheter leurs pièces ailleurs. « Les plans sociaux servaient tout juste à faire des économies sur la masse salariale pour diminuer la dette », se souvient un ancien cadre.

Le laisser-aller : le coup de grâce

Chant du cygne, Valfond se tourne vers les pouvoirs publics pour obtenir de l’argent frais alors que le groupe frôle le dépôt de bilan en 2002. L’Etat accorde un moratoire sur la dette fiscale et sociale de 40 millions d’euros. Les collectivités locales (1), comme la ville de Saint-Dizier (Haute-Marne), débloquent 5 millions d’euros d’avance remboursables à Valfond. En contrepartie, le groupe s’engage à créer 66 emplois d’ici 2005. Aujourd’hui pourtant, après avoir dépensé des centaines de millions d’euros, UBS Private Equity n’y croit plus. La banque cherche à se débarrasser des dernières usines de Valfond à n’importe quel prix, quitte à se satisfaire de faillites. « Valfond a injecté beaucoup d’argent dans ses entreprises, affirme le groupe. Nous ne pouvons faire plus ».

(1) Note de la rédaction : cet article de Libération explique bien la situation vécue à Châteaubriant. Là aussi Valfond a obtenu de l’argent des contribuables. Il avait promis de moderniser les grosses pièces et de garder 185 salariés. Le mercredi 3 mars 2004 on saura ce qu’il en est quand le Tribunal de Commerce de Nantes aura choisi le repreneur. Il ne restera alors qu’une mini-fonderie. Et pour combien de temps ? Quel gâchis !


Ecrit le 8 septembre 2004 :

UBS va bien (suite)

Notre vieille amie UBS (Union des Banques Suisses) va bien, très bien. Après avoir laissé tomber le groupe Valfond (dont dépendait la fonderie Focast de Châteaubriant), après avoir largué Valiance (relire La Mée du 1.09.04), elle vient de racheter la division des marchés des capitaux de Charles Schwab, pour 265 millions de dollars.
Voir Valiance