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Focast (18)

Ecrit le 31 mars 2004 :

FOCAST : 103 lettres de licenciement

Le mercredi 24 mars, 103 des 185 salariés de FOCAST ont reçu leur lettre de licenciement. Les syndicats avaient demandé un jour de congé afin que les salariés soient chez eux au passage du facteur ; la direction le leur a refusé. « La direction a été lamentable jusqu’au bout » souligne Pascal Bioret, délégué syndical CFDT.

Les syndicats CGT et CFDT ont donc appelé à la grève, organisant une distribution de tracts sur le marché le matin, puis une manifestation de soutien l’après midi.

Au cours de ce rassemblement auquel s’étaient joints des salariés d’autres entreprises ainsi que des retraités, Jean-Pierre Boucher pour la CGT, puis Pascal Bioret pour la CFDT ont fait le bilan de ces licenciements et rappelé l’histoire de la fonderie.
Le rassemblement s’est terminé par une marche autour de l’usine.

Loterie

La question était sur les lèvres mais ne sortait pas : « as-tu reçu une lettre de licenciement ? ». Certains l’annonçaient aux copains ; d’autres cachaient leur peine ou avouaient à demi-mot : « je savais que mon poste était supprimé, mais c’est dur quand même ».
-Un salarié disait : « c’est mon deuxième licenciement ».
-Une jeune femme comprenait la peine de tous : « j’ai l’impression de revivre mon licenciement d’il y a 19 ans ».
-Un jeune homme, que chacun connaissait gai d’habitude, était ce jour-là ‘’cassé’’, comme vidé de toute énergie.

Le licenciement des salariés de chez FOCAST s’est fait sur des critères étonnants :
-Un jeune : « Pour moi il n’y a pas de problème. Je sais que je peux être pris, demain, dans une autre fonderie. Mais, tout de même, je ne m’attendais pas à recevoir une lettre de licenciement ».

-Un « ancien », presque 56 ans, 35 ans de fonderie, un poumon en mauvais état, un homme fatigué, usé, qu’une des solutions de « portage » mises en place pouvait mener jusqu’à 60 ans. L’homme n’était pas sur la liste des licenciés. Un syndicaliste a pris son téléphone portable, au début de la manifestation pour téléphoner à la Direction des Ressources Humaines : « Donnez-moi des explications » -« Ah mais, c’est que nous avons besoin de lui » - « Comment ? dans son état ? Mais vous vous moquez du monde. Je vous préviens nous irons à la médecine du travail et aux Prud’hommes, nous gagnerons ! » Dans les dix minutes suivantes le directeur M. Lebret, appelait sur le portable, en pleine manif’ : »Nous allons nous arranger, le licencier et en rattraper un autre...".
Jusqu’au bout, les syndicalistes ont fait leur travail. Ce n’est pas le cas de tout le monde !

Lourd bilan

Sur les 103 licenciés, 31 bénéficieront du fonds national pour l’emploi (préretraite), 10 de congés de conversion et 4 du régime d’invalidité. Pascal Bioret observe que le ministre des Affaires Sociales François Fillon a refusé l’extension du dispositif F.N.E. aux salariés de 54 ans.

Au nom de la CGT Jean-Pierre Boucher a pris l’initiative   d’adresser une nouvelle requête au ministère des Affaires Sociales, concernant deux salariés nés en 1949, l’un le 25 novembre et l’autre le 08 juin 1949. Il considère que ces deux salariés sont victimes d’une injustice puisqu’ils auront 55 ans dans l’année.

D’autre part, il monte un dossier concernant les nuisances de l’amiante, afin de permettre aux plus de 50 ans de bénéficier d’une cessation d’activité anticipée.

Restent 58 licenciements « secs »

Les délégués du personnel ne sont pas épargnés : 12 délégués sur 15, dont Jean-Pierre Boucher et Pascal Bioret, ont reçu leur lettre de licenciement.

Pascal Bioret et Jean-Pierre Boucher ont souligné la solidarité entre les salariés et rappelé que les cellules de reclassement démarreront dès le mercredi 31 mars :
« Il ne faut surtout pas rester seul et garder le contact entre nous ».

Cette solidarité est importante face à la fatigue et au stress importants que subissent les salariés de la fonderie : il est difficile de l’imaginer quand on n’y est pas confronté.


Ecrit le 31 mars 2004 :

L’intervention de Pascal Bioret
Secrétaire du Comité d’Entreprise de la fonderie Focast

Dernier adieu d’un syndicaliste

Ce matin certains d’entre vous ont reçu leur lettre de licenciement.
– Certains l’ont reçue comme un soulagement, car lorsqu’on a 55 ans et plus de 35 ans de fonderie on n’aspire qu’à se reposer.
– D’autres mettront à profit le licenciement comme une opportunité pour retourner vers leur métier de base.
– D’autres malgré la conjoncture économique vont préférer tourner la page fonderie.
– D’autres reposeront tous leurs espoirs dans la cellule de reclassement pour retrouver rapidement du travail.

Mais derrière toutes ces situations il y a des femmes et des hommes qui, pour la plupart, sont usés par la pénibilité du travail en fonderie.
– OUI nous avons en grande partie été entendus par les pouvoirs publics.
– MAIS n’était ce pas normal que l’on nous vienne en aide après que le ministère de l’industrie ait accepté le plan de restructuration présentée par le groupe VALFOND.

En effet nous sommes avant tout des victimes puisque le démantèlement du groupe accepté par le gouvernement a permis à l’Union des Banques Suisses de licencier trois fois plus de salariés que METALEUROP en faisant supporter tous les plans sociaux par nos caisses de garantie AGS et autres FNE.

Une histoire chaotique

Comment en est-on arrivé là ? En 1985 FOCAST a été créé par la cession des établissements HUARD de sa fonderie intégrée, cette cession a été faite à deux cadres dirigeants M. ROY et M. DEBRAY (directeur commercial de l’époque) qui au lieu de faire les investissements nécessaires ont essayé d’augmenter le périmètre de FOCAST par des reprises d’entreprises en difficultés (Val de Meuse et FOCAST Ardennes) ou encore par la construction d’un atelier dédié à la fabrication de ponts de camions. Cette unité fermera 7 ans plus tard. En 91 les difficultés de l’entreprise ont conduit les deux dirigeants à céder FOCAST à la compagnie financière de Valois, propriété du nébuleux Michel COENCAS. Sous cette entité financière, FOCAST ne se développera pas (investissements très en dessous de la moyenne nationale), l’homme à la tête de la financière de Valois n’ayant comme objectif que l’augmentation du périmètre de son groupe par des acquisitions et des transactions douteuses qui lui valent deux séjours en prison et une interdiction de gestion qui l’amène à vendre le groupe VALFOND à l’union des banques suisses en 1999.

UBS ayant déboursé plus de 250 millions d’euros a du mal à admettre des résultats connus de tous : pertes de 82.3 millions € en 99 et de 79.6 millions € en 2000. Ron HOBBS arrive à la tête du groupe à fin 2001 et commence le démantèlement du groupe dès 2002, en accord avec le gouvernement français qui donne quitus à UBS après une injection de 100 millions € là où nos experts chiffraient le besoin à 1 milliard €. Ce n’est pas le moratoire de 48 millions € sur les dettes fiscales et sociales qui arrangera la situation, mais il permettra à VALFOND de continuer son désengagement pour arriver aujourd’hui à n’avoir plus que 4 sociétés dont trois sont en redressement judiciaire, la 4e ne comptant que 20 salariés.

FOCAST dans cet imbroglio est l’une des plus mal loties puisque la fonderie n’a pas de rapports comme les autres fonderies avec l’automobile.

Étrange stratégie

Le groupe abonde donc le compte courant mais refuse tout investissement jusqu’au moment où il se trouve dans l’obligation d’une mise aux normes environnementales ou, en cas de refus, dans l’obligation de fermer la fonderie castelbriantaise. L’UBS ne pouvait se permettre la fermeture d’une usine de 200 personnes alors qu’en parallèle elle était en train de démanteler le groupe et procédait à une vente par appartements. Le calcul a été rapide : l’investissement avec les aides des pouvoirs publics qui en découlaient était plus intéressant (car moins onéreux) que la fermeture du site avec la dépollution et le plan social qui auraient suivi. L’investissement dans la fusion a été réalisé pour une fonderie de 185 personnes et avec un Chiffre d’Affaires de 15 millions €. On peut raisonnablement se demander comment le repreneur rentabilisera un tel surinvestissement.

L’avenir

Je voudrais dire aux salariés qu’il est indispensable qu’ils s’inscrivent dans la cellule de reclassement et qu’ils y viennent régulièrement .

Depuis pas mal d’années nous nous sommes battus tous ensemble et je vous dis que là encore nous avons plus de chance de nous en sortir ensemble plutôt qu’individuellement.

Je voudrais aussi dire aux salariés qui ont la chance de toujours travailler chez FOCAST que, conformément aux engagements que nous avons pris tous ensemble, nous avons réussi à obtenir du tribunal de commerce le repreneur qui nous semblait le plus crédible industriellement.

A LUI de ne pas nous décevoir car si les copains en ont besoin, il nous sera très facile de nous mobiliser pour leur venir en aide.

Je souhaite donc BON VENT à FOCAST et à ses 79 salariés.

Pour finir je voudrais vous dire que, malgré nos différences, malgré nos caractères, malgré des prises de position de la CFDT qui n’ont pas toujours été comprises j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec vous tous.

Si aujourd’hui, après 14 ans de syndicalisme, je me suis étoffé juridiquement et dans la façon de négocier, c’est avant tout grâce à vous, et un peu aussi au piètre niveau du directeur de site qui nous à amenés au drame d’aujourd’hui.

Alors bonne chance à tous et surtout ne baissez pas les bras car, pour la première fois, vous arriveriez à me décevoir.

P. Bioret


Ecrit le 15 avril 2004 :

Coup bas contre Focast
La lettre

Quand une entreprise ne va pas bien, un certain nombre de gens, toujours les mêmes, sont prêts à accuser les salariés qui, c’est bien connu, sont trop payés et en veulent trop. Mais, par derrière, il se passe des « coups bas » entre patrons, dont le grand public n’a pas connaissance. L’histoire ici, concerne Focast.

On se souvient que le Tribunal de commerce a désigné la société Pebeco pour reprendre l’entreprise, éliminant le groupe « Green-Recovery » dont faisaient partie le directeur du site, Jean Paul Lebret, et un responsable commercial de Focast, Monsieur X.

Ce dernier, qui est quasiment septuagénaire, ayant refusé de prendre sa retraite, a créé une société par l’intermédiaire de laquelle il continue son travail commercial. Il avait un contrat de coopération avec Focast

Vexé d’avoir été éliminé au profit de Pebeco, il a décidé de résilier ce contrat et il a écrit aux clients de Focast, le 31 mars 2004, un courrier en anglais, dont voici la traduction .

[Notre société] « souhaite continuer ses activités dans le domaine de la fonderie. Nous pensons que l’imagination est la clef du succès et nous aimerions promouvoir les meilleures solutions de fonderie avec la perspective d’assurer la compétitivité du produit final (1)

Nous pouvons vous aider à :
– Optimiser la conceptions des dessins des nouvelles et anciennes pièces (2)
– Choisir la bonne métallurgie
– Etudier de nouveaux projets
– Développer une stratégie d’achat « make or buy » de manière à atteindre le meilleur prix entre les pays industriels et les pays à bas salaires » (2)

Le nouveau directeur de Focast s’interroge :
« est-ce que cela signifie que, sans Monsieur X,
Focast manque d’imagination et de compétences ? »

Monsieur X envisage ainsi de reprendre les anciennes pièces
à la Focast, et de travailler avec les pays à bas salaires,
faisant ainsi « coup double » en quelque sorte :
exploitant les pauvres gens des pays pauvres
et mettant en péril les salariés restant à la fonderie de Châteaubriant.

Il faut signaler l’incroyable comportement de Monsieur X. Voilà un homme qui a été payé toute sa vie par la fonderie Focast et qui, maintenant qu’il a créé sa propre société, lui tire dans les pattes.

Voilà un homme qui était commercial chez Focast et qui négociait les prix, avec les clients, avec d’importantes baisses. A noter qu’il était payé au chiffre d’affaires et pas à la rentabilité. Or, avec des pièces non rentables la fonderie Focast perdait de l’argent, ce qui a contribué à ses difficultés.

Le scandaleux courrier de Monsieur X a été communiqué, par des syndicalistes, à tous les fondeurs de l’Ouest et au syndicat national des fondeurs à Paris.

voir aussi page 1752

La Communauté de communes poursuit les travaux