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Mée-disances du 5 février 2014.

Ecrit le 5 février 2014.

 L’amer qu’on voit danser…

 
Europe1.fr du 30/01 : Les journalistes lui manquent décidément. A chacune de ses (rares) sorties, Nicolas Sarkozy improvise une petite discussion discrète avec les médias présents. Jeudi, dans le train qui le mène à Chatelaillon, en Charente-Maritime, où il doit remettre une légion d’honneur au maire UMP de la ville, l’ancien président n’a pas dérogé à la règle.

 
Un mea culpa. Alors que le monde politico-médiatique bruisse de son retour, et que les sondages à droite le réclament avec insistance, Nicolas Sarkozy, lui, vante le recul. « Quand rien ne se passe, c’est là que les gens réfléchissent », a-t-il expliqué. « Quand vous êtes en retrait, les gens vous regardent. Ils ont besoin de calme, on me l’a suffisamment reproché », a-t-il glissé dans une sorte de mea culpa, lui que la presse avait très vite surnommé « l’hyper président » en raison de sa tendance à réagir sur tout et tout le temps. « Ce n’est pas en s’agitant et en s’impatientant que l’on maintient le lien avec les Français », a-t-il encore ajouté. Aurait-il donc changé ? « On ne change pas, mais la vie vous améliore. » […]

 
Et son retour, c’est pour quand ? Nicolas Sarkozy laisse les autres en parler, et les militants l’espérer. Lui ne reviendra, comme il l’a déjà répété, que « par devoir » et non par envie. « Quand on est président, on a un devoir. Président on a été, président on reste », a-t-il assuré. Mais parce que ça le démange plus qu’il ne le dit, Nicolas Sarkozy a également abordé, dans un but bien précis, ses vacances sur les terres de Charente-Maritime : « Parfois les vacances me paraissaient longues, par la suite, ça ne s’est guère amélioré », a-t-il lâché en souriant, reconnaissant ensuite n’avoir « jamais eu de goût pour la contemplation. Je suis capable de faire un effort, de m’adapter... pour un temps. »

Et de rajouter une petite phrase qui fera espérer encore plus ses supporters :
« là où la mer est repassée, elle revient... »

 Courroie défectueuse

 
Nul n’est censé ignorer la loi, sauf parfois Philippe Courroye. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a rendu, mardi 28 janvier, un avis un peu déroutant qui va donner des cauchemars aux juristes et du fil à retordre aux étudiants. L’ancien procureur de Nanterre a bien violé la loi qu’il est censé appliquer, mais ce n’était pas délibéré – il n’était juste pas bien au courant. Ce n’est certes qu’à demi-rassurant pour les justiciables, mais la formation disciplinaire du parquet a estimé qu’il n’y avait pas là matière à sanction. La garde des sceaux prendra une décision d’ici à la fin de la semaine, mais les ministres suivent en général les avis du Conseil.

 
En réclamant les fadettes de deux journalistes du Monde, dans l’une des procédures liées à l’affaire Bettencourt, l’ancien procureur de Nanterre a clairement violé la loi.[...] Le CSM en est d’accord et indique que « la violation d’une règle de procédure a été constatée par une décision de justice devenue définitive ». Il admet même deux pages plus loin « la gravité de la violation de la règle ». Philippe Courroye, « magistrat expérimenté », dit le Conseil, ne pouvait pas ignorer qu’il sortait du cadre légal : la jurisprudence, depuis 1976, de la Cour européenne des droits de l’homme est « constante et réitérée », la loi sur la protection du secret des sources encadre depuis le 4/01/2010 les réquisitions de fadettes.[…]

 
Or, huit mois plus tard, le procureur de Nanterre prend prétexte d’une plainte pour « violation du secret de l’instruction » pour saisir les fadettes des journalistes du Monde et découvrir leurs sources. Philippe Courroye avait indiqué à Christian Raysséguier, premier avocat général à la Cour de cassation et sévère rapporteur de l’affaire devant le CSM, qu’il n’était pas très au fait des subtilités de la loi sur la presse. […]

 
La décision du CSM a été difficile à prendre. L’audience, un peu pénible pour Philippe Courroye, s’est tenue les 14 et 15 novembre 2013. Le Conseil devait rendre son avis un mois plus tard, il n’a pas réussi à se mettre d’accord et a remis sa décision au mois suivant – plusieurs membres du CSM avaient fait discrètement valoir que le Conseil, avec une relaxe totale envisagée dès le premier jour, risquait de se couvrir de ridicule. La décision a finalement été enlevée à deux voix de majorité, sans que le CSM mesure bien les dégâts pour son image, les magistrats et la justice en général.
 
Philippe Courroye, à son corps défendant, incarne en effet à lui seul une image détestable de la justice : hautain et peu performant – un rapport d’inspection à Nanterre a souligné son « goût peu marqué » pour la gestion –, pas trop à cheval sur les principes – il dîne avec Jacques Chirac mis en examen dans un dossier dont il a la charge, fait payer le déménagement de sa famille par l’Etat grâce au coup de pouce du ministre du budget, un certain Eric Woerth. Il rencontre au moins à huit reprises Nicolas Sarkozy, en pleine affaire Bettencourt, et un conseiller du chef de l’Etat semble même connaître à l’avance les décisions du procureur de Nanterre.

 
Nicolas Sarkozy aime bien son « cher Philippe », à qui il a remis l’ordre national du mérite le 24 avril 2009. Coïncidence, c’est aussi le chef de l’Etat qui a nommé ou fait nommer plusieurs membres du CSM. Deux des dix membres du Conseil qui ont statué sur son cas ont été désignés directement par Nicolas Sarkozy, deux autres par le président UMP du Sénat. L’audience disciplinaire était présidée par le procureur général de la Cour de cassation, J-Claude Marin, qui n’avait pas semblé, dans l’affaire Clearstream, très éloigné de la vision du dossier du président de la République.

 
« La justice ne doit pas seulement être rendue, il faut aussi qu’elle soit vue comme ayant été rendue », disait dès 1924 le lord chief justice britannique Gordon Hewart.

Ndlr : puis-je avoir confiance en la justice de mon pays ?

 La droite fait mauvais genre

 
L’Humanité.fr du 29/01 : Les délires de Farida Belghoul sur l’introduction supposée de la théorie du genre à l’école font suite à des mois de campagne des réacs de tous poils qui n’hésitent pas à manier l’intox. Depuis le 24 janvier, une centaine d’écoles – sur les 48 000 établissements publics – ont été perturbées par des absences d’élèves. À l’évidence, les appels délirant de groupuscules d’extrême droite demandant aux parents de garder leurs enfants à la maison pour dénoncer un supposé enseignement obligatoire de la théorie du genre à l’école ont malheureusement trouvé un écho.

 
L’appel à ces «  journées de retrait de l’école  », une fois par mois, remonte au 18 décembre 2013. Il est signé par Farida Belghoul. Ancienne meneuse, en 1984, de la seconde Marche pour l’égalité, cette romancière et cinéaste, désormais proche du nationaliste Alain Soral, dénonce à longueur de blog le «  gender  », cette «  théorie contre-nature  » que les pouvoirs publics auraient décidé d’enseigner dès la maternelle, avec un encouragement à la masturbation ou encore des interventions de militants LGBT devant les enfants pour leur «  apprendre  » l’homosexualité, la bisexualité et la transsexualité… Des affirmations outrancières, certes, mais qu’elle partage depuis des mois avec les catholiques traditionalistes de la Manif pour tous, les identitaires, les islamistes intégristes et une belle brochette de militants d’extrême droite et de l’UMP.

 
Dans la foulée du lancement à l’école des ABCD de l’égalité, la droite au sens large a, en effet, décidé de faire de la lutte contre une soi-disant introduction de la théorie du genre à l’école, son nouveau cheval de bataille. Un chiffon rouge agité régulièrement par l’UMP et ses proches comme Olivier Vial, président de l’UNI et fondateur d’un «  observatoire de la théorie du genre  ». On comprend mieux les hésitations actuelles de Jean-François Copé à condamner fermement les divagations de Farida Belghoul…

 
Expérimentés dans environ 600 classes depuis janvier, les ABCD de l’égalité sont une dizaine de séquences pédagogiques destinées à faire s’interroger les élèves sur les stéréotypes sexistes et les inégalités sociales qui en découlent entre les hommes et les femmes. Adaptables de la grande section maternelle au CM2, elles s’intègrent dans les matières classiques (français, histoire, sport…). Un site Internet dédié a été mis en place. «  C’est un accompagnement pour éduquer au respect et à l’égalité  », résume Vincent Peillon.
Maman n’est pas forcément destinée à enfanter et à s’occuper du foyer ? L’horreur pour une partie de la droite et les milieux religieux qui y voient une remise en cause de «  l’ordre naturel  » et de la famille «  traditionnelle  ». Les militants de la Manif pour tous ont même été jusqu’à traduire leur émoi dans des affiches qui se passent de commentaire : «  Touche pas à mon stéréotype !  » […]