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Les ultra-R et les ultra-P

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Ecrit le 12 mars 2014.

 Les ultra-R et les ultra-P

Deux informations se sont télescopées cette semaine, l’une sur les ultra-Riches, l’autre sur les ultra-Pauvres. Deux mondes si différents !

Les 1645 ultra-riches sont plus nombreux que l’an dernier et plus riches aussi. Le premier Français est une femme, Liliale Bettencourt, qui est 11e avec 34,5 milliards de dollars (soit 4,5 milliards de plus que l’an dernier). Le deuxième Français est 15e, c’est Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, sa fortune personnelle est passée de 29 à 33,5 milliards en un an, indique le magazine Forbes. Alors, oui, c’est sûr, la crise est bien finie, là-haut, même si nous, pauvres de nous, nous ne parvenons pas à comprendre comment on peut s’enrichir de 4 500 000 000 dollars en un an. Cette somme représente le revenu annuel de 830 000 personnes ’’bénéficiaires’’ du RSA   (Revenu social d’activité). On se demande d’ailleurs qui est bénéficiaire !

Deux études menées par la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques) permettent d’approcher les conditions de vie et de logement des ’’bénéficiaires’’ de minima sociaux, selon le type de prestations sociales, à la fin 2012. Elles dévoilent une forme de pauvreté largement répandue.

 Au moins huit

Percevoir un revenu minimum garanti ne permet pas toujours de vivre décemment . Plus de la moitié des allocataires de minima sociaux, sont considérés comme pauvres en termes de conditions de vie, en France à la fin 2012 . Ils cumulent au moins huit difficultés parmi les vingt-sept retenues par l’Insee, entre contraintes budgétaires , retards de paiement, restrictions de consommation et difficultés liées au logement.

Cette pauvreté, plus large que la pauvreté monétaire, se traduit essentiellement par des privations : 60 % d’entre eux en souffrent, soit deux fois plus que les plus modestes de l’ensemble de la population.

Les privations alimentaires sont les plus répandues (20 %). Par manque d’argent pour se nourrir , 9 % ont recours aux colis alimentaires ou aux distributions de repas.

Plus du tiers des bénéficiaires de minima sociaux déclarent ne pas avoir les moyens financiers de « manger de la viande, du poulet ou du poisson (ou l’équivalent végétarien) tous les deux jours ». Les bénéficiaires du RSA   socle sont de loin les plus touchés, avec 44 % de personnes concernées. Ces derniers sont trois fois plus nombreux que les personnes les plus modestes en population générale à déclarer avoir passé, eux ou un autre membre du ménage, « une journée sans prendre au moins un repas complet », par manque d’argent, au cours des deux dernières semaines (24 % contre 8 %)

 Santé

Leur santé est également touchée : alors qu’un quart se déclare en mauvaise santé, 18 % ont renoncé à consulter un médecin et 29 % un dentiste, contre respectivement 1 % et 10 % pour l’ensemble de la population.

Les liens entre santé et conditions de vie sont à double sens : de mauvaises conditions de vie peuvent affecter l’état de santé, mais les problèmes de santé peuvent générer un surcroît de dépenses difficile à couvrir ou compliquer l’accès aux ressources nécessaires pour s’assurer de meilleures conditions d’existence. Au-delà des problèmes de santé physique et de handicap, plus du tiers des bénéficiaires de minima sociaux sont en détresse psychologique .

 Logement

Ne pas accéder à un logement est un autre marqueur de la pauvreté. Un allocataire sur quatre n’a pas son propre logement. Ils sont alors hébergés par des proches (18 % ) ou occupent un logement d’emprunt, les autres vivant en foyer, en résidence sociale, en centre d’hébergement, à l’hôtel, dans une habitation mobile ou sont sans domicile. Parallèlement, plus du tiers des allocataires de minima sociaux vivent dans un logement social.

Globalement, leurs conditions d’habitat sont très difficiles. Les normes du confort de base, notamment sanitaires (eau chaude, toilette intérieure, chauffage...) ne sont pas toujours respectées. En outre, un allocataire sur cinq vit dans un logement surpeuplé, soit trois fois plus souvent que l’ensemble des Français.

Ces tensions dans les conditions de vie et de logement, plus ou moins marquées selon la nature des prestations, frappent beaucoup plus les allocataires de minima sociaux que les autres ménages les plus modestes .

Les contraintes budgétaires peuvent dé- boucher sur des interdictions de chéquier ou des interdictions bancaires ou sur des situations de surendettement .

Vivre en région parisienne, être né à l’étranger ou être isolé, sont autant de facteurs aggravant cette pauvreté. Les personnes ayant des difficultés à se déplacer à l’extérieur en raison de problèmes de santé ou d’un handicap sont également plus exposées. Les plus jeunes semblent, eux, moins concernés. Malgré de réelles difficultés vécues au quotidien (retards de paiement et difficultés de logement), ils sont optimistes et considèrent que leur situation est transitoire. Près de la moitié d’entre eux pensent que leur situation va s’améliorer dans les prochains mois, contre à peine un tiers de l’ensemble des allocataires de minima sociaux.

En 2012, un tiers des bénéficiaires d’un minimum social ont eu des retards de paiement du loyer, des factures (électricité, gaz, eau ou téléphone) ou des impôts.

Enfin, ne pas disposer d’un véhicule personnel (voiture, moto ou deux-roues) peut constituer un frein à l’emploi pour les personnes en âge de travailler et parfois un obstacle pour accéder à certains services, notamment en milieu rural. 45 % parmi les bénéficiaires du RSA   socle et de l’AAH n’ont pas de véhicule à disposition. Toutefois, la situation varie beaucoup selon la localisation géographique du bénéficiaire : alors que 46 % des personnes vivant en milieu urbain ne disposent pas d’un véhicule personnel, elles ne sont que 20 % par mi celles vivant en milieu rural. Ces dernières n’ont souvent pas d’autres alternatives pour se déplacer. La moitié des bénéficiaires vivant en milieu rural estiment en effet que leur logement est trop éloigné des transports collectifs, contre 14 % de ceux vivant en milieu urbain.

Ces études sont issues d’une enquête menée par la DREES au 4e trimestre 2012 auprès de 8 450 bénéficiaires d’un revenu minimum garanti au cours des douze derniers mois : RSA  , ASS (allocation de solidarité spécifique), AAH (allocation aux adultes handicapés) et minimum vieillesse.

Rappelons que ces indemnités sont différentielles : une personne au RSA  , qui aurait perçu 300 € dans son mois, ne percevrait que 174,93 € de RSA  , moins environ 60 € de forfait logement !

Revenu minimum garanti selon le minimum social et la composition familiale du foyer (au 31 décembre 2012) : En euros
Composition familiale du foyer RSA   socle seul non majoréASSAAHMinimum vieillesse
Personne seule 474,93 (1) 475,41 776,50 777,17
Personne seule avec un enfant 712,4 (2) 1094,10 1164,88 777,17
Couple sans enfant 712,4 (2) 475,41 1553,18 1206,59
Couple avec un enfant 854,87 (3) 1719,30 1941,47 1206,59
  • (1) Déduire environ 60 euros de forfait logement
  • (2) Déduire environ 120 euros de forfait logement
  • (3) Déduire environ 150 euros de forfait logement

Les pauvres s’en vont à la campagne

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