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Ukraine, zone troublée en 2014

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Ecrit le 2 avril 2014

« René » qui parle le Russe, connaît l’Ukraine et y a de nombreux amis, nous écrit (nous avons gommé les noms) :
 
Ceux qui ont des avis tranchés ne connaissent sans doute pas la complexité de l’Ukraine.

Le briquet qui a allumé le feu a été le refus, à quelques jours de la signature prévue, de l’accord avec l’Union Européenne (qui était loin d’une intégration à l’Europe, et posait des exigences importantes de réformes économiques et juridiques à l’Ukraine, dont les Ukrainiens de base n’auraient sans doute pas tout de suite vu le côté positif). Mais un rapprochement avec l’UE était souhaité par beaucoup de gens que je connais, avec l’idée que les Européens vivent matériellement mieux qu’eux, et que nos régimes politiques sont quand même moins pourris que le leur. J’ai entendu en octobre un recteur d’université dire qu’il avait été heureusement surpris de constater que Yanoukovitch voulait signer cet accord.

Et patratrac, 3 jours avant, il y renonce, sous la pression et le chantage de Poutine. C’est vraiment ce qui a mis beaucoup d’Ukrainiens hors d’eux.
 
La suite a été un grand mouvement populaire, assez bon enfant au début, qui s’est durci en face de la résistance de Yanoukovitch et sous la pression de l’extrême droite. De tous les témoignages dont j’ai eu connaissance, celle-ci n’a cependant pas été majoritaire. Par exemple Klim (...) était sur Maidan après le travail et me disait « nous devons être forts pour lutter contre Yanoukovitch et ses bandits ». Maintenant il craint fort une guerre qu’il ne souhaite pas, et que, pense-t-il, les Russes ne veulent pas non plus.

Tania, de famille russe, était aussi très remontée contre les « bandits » (mais dans la ville Dnieprorudnoe tout était calme). Elle disait cependant que le nouveau gouvernement ukrainien était dans l’erreur en mettant en question la reconnaissance de la langue russe comme deuxième langue (le président a suspendu cette décision depuis) et en ne nommant pas de ministres de l’Est. Cette intransigeance des nationalistes ukrainiens vis-à-vis de la langue est un point sensible et non-conforme aux accords signés dans le cadre de l’OCDE.
 
Ce « jusqu’au boutisme » de certains extrémistes dessert la cause ukrainienne. Et les mouvements « secteur droit » et « svoboda », très organisés, desservent aussi la cause, devenant dans la presse et la télé russes les uniques acteurs des événements.
 
L’information (peut-on appeler cela comme ça ?) du côté russe est à sens unique et reprend les slogans bien vivants chez les anciens du fascisme (le mouvement nationaliste ukrainien a effectivement collaboré au début de la guerre 40 avec Hitler en qui il voyait un libérateur du communisme : ils en avaient tellement bavé dans la décennie 30).
 
L’affaire de la Crimée (que j’ai parcourue bien des fois) est encore plus compliquée car ce territoire n’est ukrainien que par des décisions arbitraires. Il se complique du problème du retour des Tatars déportés sous Staline et qui reviennent et demandent à reprendre leurs propriétés (60 ans après). Comme ils sont musulmans, ils vont sûrement en baver après le rattachement à la Russie. Je me souviens avoir logé chez une famille à Sébastopol qui travaillait comme tous pour la marine russe et en était très fier. Mais ils vivaient sans plus de problèmes que les autres Ukrainiens, et les tensions ont été très artificiellement provoquées par Poutine. La presse française n’est pas entrée dans les détails : suppression des télés ukrainiennes et même de certains sites internet, coulage de deux bateaux dans un lac du nord pour bloquer la marine ukrainienne, champs de mine dans l’entrée de la péninsule, blocage des régiments urkainiens dans leur cantonnement. Et surtout non respect des accords d’intangibilité des frontières signés par la Russie.

Et puis il y a comme toujours les adeptes du complot. Tout cela aurait été organisé par les Etats-Unis ! C’est faire beaucoup d’honneur aux Etats-Unis que de penser qu’ils peuvent encore diriger les événements à leur idée ! En tout cas je peux vous dire que tous ceux que je connais et les nombreux étudiants avec qui je travaille, ne sont ni manipulés ni payés par les Etats-Unis. Par contre tous ces étudiants ou profs d’université ne sont pas forcément d’accord avec ce qui s’est passé à Maïdan, avec le mouvement populaire revendicatif qui s’est durci et a abouti au renversement du gouvernement et à la fuite du président Yanoukovitch
 
Mais ma grande inquiétude, outre le risque que Poutine n’en reste pas à l’annexion de la Crimée, est que le nouveau gouvernement qui sortira des élections de mai n’ait pas la capacité de résoudre assez rapidement les problèmes économiques et que rapidement un mouvement contestataire se mette en place et qu’on ait soit l’anarchie, soit un retour de balancier comme lors de l’élection de Yanoukovitch. Il n’y a pas vraiment de leader incontesté et le chantier est si difficile.
 
Cela m’empêche parfois de dormir, car je pense à tous ceux que je connais !

René


 Conférence le 15 avril 2014

Après plus de trois mois d’une mobilisation populaire symbolisée par les rassemblements et les affrontements Place Maïdan, le peuple ukrainien a imposé le départ du Président Ianoukovitch et de sa clique d’oligarques corrompus. Mais ce mouvement a donné du poids à des partis d’extrême-droite anti-russes et xénophobes, tandis qu’un « gouvernement d’union » s’est rallié aux projets de « partenariat » ultra-libéral avancé par l’Union européen-ne avec le soutien des Etats-Unis. De son côté, la Russie de Poutine a instrumentalisé les peurs des russophones ukrainiens en organisant la sécession de la république autonome de Crimée.

De nombreuses questions se posent concernant le sens de ces événements et l’avenir de l’Ukraine.

  • - Quel avenir pour l’Ukraine, tiraillée entre l’Union Européenne et la Russie ?
  • - Quelles possibilités, quelles formes d’autodétermination, d’auto-organisation pour la population ukrainienne ?
  • - Jusqu’où veulent et peuvent aller les grandes puissances, Russie, Etats-Unis et Union européenne, dans leurs luttes d’influence ?
  • - Face aux plans d’austérité du FMI, aux oligarques corrompus et aux milices nationalistes, quel avenir démocratique et social pour l’Ukraine ?
  • - Quelle est la situation des minorités nationales et des les russophones ukrainiens ?
  • - Il y a-t-il une gauche politique en Ukraine et quel rôle peut-elle jouer ?
  • - Quelle solidarité la gauche européenne doit-elle construire avec les peuples d’Ukraine ?

*Militante altermondialiste, spécialiste de l’Europe centrale et orientale, Catherine Samary collabore régulièrement à de nombreuses publications de gauche dont le Monde Diplomatique

Cette conférence débat est organisée par le Mouvement Ensemble, le NPA et le Parti de Gauche, mardi 15 avril 2014 à 20 h, Maison des Syndicats, 1 place d ela gare d el’Etat

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Note du 14 avril 2014, empruntée au journal Le Monde

 Dialogue de sourds

Crise en Ukraine : le Conseil de sécurité réuni
Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU a tourné cette nuit au dialogue de sourds entre Occidentaux et Russes. Les premiers accusent Moscou d’avoir orchestré la tension dans l’est de l’Ukraine ce week-end, alors que Moscou mettait Kiev en demeure de « cesser d’utiliser la force contre le peuple ukrainien ».

Cette rencontre avait été demandée par la Russie à la suite des déclarations du président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, annonçant une « opération antiterroriste de grande envergure » contre des insurgés armés prorusses dans l’est de l’Ukraine, en réaction à une série d’attaques, visiblement coordonnées par des hommes armés portant souvent des uniformes sans insigne, dans la région. « Le sang a déjà été versé et il faut éviter d’urgence une nouvelle escalade », a averti l’ambassadeur russe, Vitali Tchourkine. « C’est l’Occident qui déterminera si la guerre civile en Ukraine peut être évitée », a-t-il ajouté.

Son homologue américaine, Samantha Power, a, elle, accusé la Russie d’avoir « créé et orchestré l’instabilité ». Les récents événements dans cette région « sont une copie conforme des tactiques utilisées par les forces russes dans les premières étapes de la crise en Crimée », a-t-elle affirmé.

« Le scénario auquel nous assistons rappelle à un mois d’intervalle les événements qui se sont déroulés en Crimée », a lui aussi estimé l’ambassadeur français, Gérard Araud. Il a appelé la Russie « à s’engager dans la désescalade et à condamner, avec l’ensemble de ce Conseil, les tentatives de déstabilisation conduites pas des groupes armés dans l’est de l’Ukraine ». La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, dispose à ce titre d’un droit de veto et peut bloquer toute tentative de trouver une position commune sur la question.

Programme de soutien à l’Ukraine

Un point de vue de gauche

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