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SDF à Châteaubriant

Ecrit le 16 avril 2014

Plus de café et un rideau sale

(Courrier des Lecteurs). Je suis sdf (Sans Domicile Fixe) depuis 4 ans, à la suite d’une perte d’emploi. J’étais ingénieur informaticien, spécialisé dans la presse écrite mais la société pour laquelle je travaillais a été rachetée. A 55 ans, on m’a remercié... N’ayant plus de droits au chômage et n’ayant pas encore l’âge de la retraite (dans un an), je n’ai qu’un RSA  . Grâce à vous, en allant sur Google, j’ai découvert qu’il y avait un local pour l’accueil des sdf à Châteaubriant. J’ai contacté Mme Valérie Mary, la responsable du CCAS  , qui m’a expliqué que le week-end il fallait contacter la police municipale. Arrivé ce samedi soir vers 20 h, en stop, depuis Angers, j’ai appelé la police qui est venue m’ouvrir la porte du 23 rue du Faubourg de Béré. L’agent ne m’a pas donné la combinaison du digicode. Je n’ai donc pas pu ressortir pour aller prendre un verre (je n’avais rien mangé le midi).

Au local, très vétuste, où le CCAS   vous donne la possibilité de rester 3 jours, trois boites de conserve (haricots blancs, cassoulet, et saucisses-haricots). Ne mangeant pas de porc, j’ai opté pour les haricots blancs... réchauffés sur un réchaud électrique où une seule plaque fonctionne. Une poubelle pas vidée... Lumière blafarde, volets clos, un vieux journal local datant de 2011 sur la table collante. Des courriers datant de 2007... L’agent de police m’a prévenu qu’il n’y avait plus de café... Une machine à laver mais pas de lessive... Une douche au rideau sale..., des toilettes entartrées. Dans la chambrée, quatre lits dont un sans matelas. Des couvertures, un duvet, des draps sur l’un d’eux. Sous un lit, des baskets sans lacets, laissées là par un habitué ? Je me suis couché dans mon duvet et je me suis vite endormi, fatigué de ma route et de plusieurs nuits sans sommeil dans un foyer d’Angers.

Dimanche matin, je suis allé au café de la mairie - le seul ouvert - prendre un café après un passage dans une boulangerie où j’ai acheté un croissant. Après, à 9 h, je suis allé à l’ouverture du Carrefour pour quelques emplettes : une canette de bière, deux oranges et 25 cl de lait (ma ration minimum pour tenir le coup).

J’ai quitté Châteaubriant pour Ancenis. Je n’ai pas attendu longtemps sur la route où un jeune m’a pris en stop. Je suis arrivé là bas pour la messe de 10 h 30 où j’ai pu faire la manche à l’entrée de l’église (18 € récoltés et beaucoup de messages de courage, de soutien). Je suis allé boire une bière au PMU où j’ai retrouvé un paroissien qui m’avait fait la charité. On a discuté un moment. Au chômage, on s’est raconté nos galères. J’ai repris ma route pour Nantes où j’ai dormi dehors dimanche soir. Ce matin, « manche » en ville où il y a beaucoup de roms. 4 € récoltés : je vais pouvoir manger au McDo. Cet après-midi, je vais marcher en ville car il fait beau (le pire c’est quand il pleut). Ce soir, j’irai sans doute à la gare jusqu’à la fermeture... La nuit ? Pas question d’appeler le 115 ! Voilà ma vie actuelle... Je voulais vous raconter ces moments vrais de condition humaine.

Si vous connaissez le maire de Châteaubriant, dites-lui qu’il faudrait vraiment humaniser le local qui est une bonne initiative  , car toutes les communes moyennes ne font pas cet effort. Ses services techniques pourraient aller refaire la peinture, installer un miroir, refixer au mur un radiateur électrique, etc. Les sdf sont des êtres humains. Chacun peut se retrouver un jour dans ma situation. Je ne la souhaite à personne car la solitude, la misère sexuelle, c’est très dur. Remonter la pente lorsque vous n’avez aucun soutien, plus de famille, plus d’amis, plus de travail, suppose une énergie énorme.

Dans notre société, il est facile de critiquer chômeurs, SDF et autres assistés. On aime bien les « boucs émissaires » ! Pour se donner bonne conscience, on leur donne quelques pièces jaunes, au mieux 1 ou 2 €, des vêtements ou des chaussures dont on ne veut plus, de quoi manger. Mais ce côté matériel ne remplacera jamais un regard, un sourire, une discussion, une invitation à partager un repas, à prendre une douche, une vraie nuit de sommeil dans une vraie chambre. Un peu de tendresse et de partage. Ce sont ces gestes là, trop rares, qui permettent pourtant de reprendre pied, de rester dans le monde des vivants et d’envisager un autre avenir que le suicide ou la mort anonyme dans le froid de l’hiver de la vie.

Signé : Jean-Luc N.