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Serge Adry, 40 ans de syndicat

Ecrit le 7 mai 2014

Lors de la dernière commission exécutive de l’union locale CGT, au mois de mars, avant de laisser son poste de secrétaire général, Serge Adry a informé les membres de son désir d’organiser avec son épouse, un pot d’amitié, pour revoir tous ceux et celles qui ont milité pendant ces 30 années et qui l’ont aidé dans ce mandat. Laissons-lui la parole pour rappeler quelques dates et les raisons de son engagement à défendre les intérêts individuels et collectifs.

Comment je suis arrivé à la CGT ? je rentre dans la société Huard en août 1973, je pars à l’armée en février 1974, pour un an pour mon service militaire, mais, à mon retour en 1975 je ne peux réintégrer la société Huard qui, déjà à cette époque, avait des problèmes d’activité. L’entreprise comptait environ 1000 salariés.

Nous étions plusieurs à avoir fait la demande de revenir travailler chez Huard. Le syndicat CGT Huard dont Paul Rabel, et Guy Fraslin, ont exigé notre réintégration dans l’entreprise. Une fois réintégré dans la société Huard en février 1975, le syndicat CGT m’invite à prendre ma première carte syndicale. En 1976 auront lieu les élections professionnelles dans l’entreprise, on me sollicitera pour me présenter en tant que délégué du personnel.

Au fil des années je serai présenté au comité d’entreprise, puis la section syndicale CGT me donnera la responsabilité de suivre la branche machinisme agricole au niveau national (une première pour moi : c’était une aventure de monter à Paris où je n’étais jamais allé), j’allais intervenir dans une réunion où étaient présents des militants de toute la France du même secteur que mon entreprise, le machinisme agricole, cela a été mes premières responsabilités importantes.

 Union Locale

En 1979 je rentre à la commission exécutive de l’union locale CGT de Châteaubriant dont le secrétaire général était Guy Fraslin. A cette époque on me pressentait pour prendre la relève, mais j’avais déjà pris des responsabilités dans mon secteur professionnel la Métallurgie. C’était une grosse responsabilité sur Châteaubriant et sa Région, J’avais pris cette responsabilité suite à des départs en retraite, mais aussi à des militants qui avaient été licenciés, donc je cumulais plusieurs mandats (délégué dans l’entreprise Huard, mandat au niveau national dans la branche machinisme agricole, secrétaire général de la métallurgie de Châteaubriant et militant sur Nantes à USTM (union syndicale des travailleurs de la Métallurgie).

En 1981, le syndicat CGT Huard, me présente à la commission exécutive de l’union départementale de Loire Atlantique. Après un premier mandat à cette commission exécutive de l’union départementale pendant 3 ans on me demande d’être le secrétaire général de l’union locale de Châteaubriant. Ma première interrogation était d’en discuter avec ma femme. Je devinais un peu ce qu’elle me dirait, et a toujours dit, ’’il faut des gens qui se dévouent pour défendre les salariés’’. Donc mon premier mandat en tant que secrétaire général de l’union locale date de 1984 au 18e Congrès.

Pendant ces 30 années beaucoup de bons souvenirs, et des moments plus difficiles dans l’activité syndicale dans l’entreprise où j’ai passé 40 ans et 7 mois avec pas moins de quatre plans de licenciements où plus de 50% des effectifs ont été licenciés. Je me souviens de grands moments de lutte, avec de grandes manifestations professionnelles, mais aussi des initiatives interprofessionnelles en invitant les autres entreprises à se mobiliser pour le maintien des effectifs dans cette entreprise. Mais aussi pour ne pas perdre des emplois sur le castelbriantais en sachant que perdre un emploi chez Huard c’est perdre trois emplois dans les services extérieurs.

Adry-Doussin Photo : Serge Adry Serge Doussin

 Je me souviens ...

Je me souviens des moments d’interventions auprès des responsables politiques mais aussi auprès du préfet de région lors de la Foire de Béré, des ministères industriels sur Paris. D’autres moments ont été pour moi un investissement important pour défendre l’outil de travail comme par exemple les 500 salariés de l’usine ameublement Provost. Avec l’appui de l’union départementale, dont le secrétaire était Serge Doussin, nous avons passé plus de quinze jours avec les salariés, il y a eu de grandes manifestations, une activité syndicale au jour le jour avec des rebondissements, parfois des réactions des salariés contre nos délégués, parfois des réactions de colère comme la décision de bloquer les bureaux de vote pour les élections politiques le dimanche si nous n’obtenons pas une table ronde avec les éventuels repreneurs ainsi que les pouvoirs publique .

Grâce à cette pression des salariés nous avons obtenu cette table ronde, malgré cela nous n’avons pas pu sauver l’entreprise et ses salariés. Pour nous, CGT, il y avait eu trop de directeurs successifs chez Provost qui ont mis à mal l’outil de travail et sa structure financière.

Là aussi cela a été pour moi une expérience enrichissante, préparer chaque jour des interventions avec les salariés, vivre au jour le jour, être détaché de mon emploi pendant plus d’une semaine, apprendre avec Serge Doussin comment rédiger une prise de parole, mettre de la ponctuation, de la couleur pour que le discours soit plus attractif.

Je me souviens de points plus positifs, lors de négociation sur les 35 h à la clinique Ste Marie : pendant plusieurs semaines nous avons réuni le personnel (ce n’était pas facile car les horaires de ces salariées, surtout des femmes, étaient différents et sur toute la journée). Le seul moyen de les réunir était le soir vers 22 h, nous réussissions à réunir dans cette salle une soixantaine de salariées, Serge Doussin et Annie Guyomarch étaient présents pour animer les débats qui duraient plusieurs heures. Un accord a été validé par les salariées.

Je me souviens des luttes intensives contre le CPE (Contrat Première Embauche), pendant plusieurs semaines, des prises de paroles avec les lycéens, les organisations syndicales. Sur Châteaubriant plusieurs milliers de salariés et de retraités se sont battus pour le retrait du CPE, on voit aujourd’hui une tentative du patronat de ré-ouvrir cette forme de SMIC jeunes, attention danger.

Tous ces moments que je viens de relater, ont été vécus grâce au soutien permanent de camarades sur Châteaubriant, tous les écrits, prises de parole, décisions ont été élaborés avec le secrétaire adjoint Paul Rabel (beaucoup de travail en commun, je m’appuyais beaucoup sur son expérience). Ceux qui m’ont mis dans l’activité CGT, Maurice Marchand, Guy Fraslin, qui m’ont appris à rédiger un tract, qui m’ont fait confiance, qui m’ont poussé à militer à l’union locale, je les remercie car sans eux je n’aurais pas connu cette expérience de solidarité, d’amitié, de convivialité.

Adry-Rabel Photo : Serge Adry Paul Rabel

D’autres camarades m’ont permis de pouvoir m’exprimer à un niveau supérieur, activité à l’union départementale, à l’USTM, à la fédération de la métallurgie, au comité départemental du souvenir, à l’UFM. Parmi ces camarades, Serge DOUSSIN, pendant plus de 20 ans, est venu à l’union locale CGT de Châteaubriant, nous apporter son savoir, apporter aussi la réflexion sur tous les sujets de la société et de l’actualité, je remercie Serge de m’avoir donné autant de temps pour que je puisse répondre aux attentes des militants CGT de Châteaubriant.

Je terminerai ce discours en remerciant tous ceux et celles qui ont participé à la commission exécutive tout au long de ces 30 années. Enfin je viens de passer le témoin, au poste de délégué syndical et responsable de la section syndicale à Jean Claude Taillandier chez Kuhn Huard. Et à la tête de l’union locale CGT, à Régis Guyomarch.

Guyomarch - Adry et Mado Robin Photo : Guyomarch - Adry et Mado Robin

Je ne quitte pas l’union locale, car j’ai été réélu lors du 28e congrès de l’union locale à la commission exécutive, je vais m’occuper du secteur propagande en direction des entreprises où nous ne sommes pas implantés (négociation de protocole électoral, information, etc.…).

En dehors de cette responsabilité syndicale, j’ai été élu président du comité du souvenir de Châteaubriant, j’ai à charge d’animer l’activité locale pour ne pas oublier ceux qui ont été fusillés, pour défendre notre liberté.

Une autre activité me prendra un peu de temps, dans l’association de l’union fraternelle de la métallurgie (UFM), centre de formation syndicale et de loisirs.
Un point important en retraite c’est de faire des voyages, de passer du temps avec mon épouse, mes petites filles, je crois que vais pas m’ennuyer.

Je ne peux terminer cette intervention sans avoir une pensée à tous ceux et celles qui nous ont quittés trop vite.

Ma référence tout au long de mes responsabilités à été d’être à la hauteur, d’être fidèle à ce que mon grand père René Adry m’a transmis : une ligne de conduite sans faille, là où il est j’ai toujours une pensée pour lui.

Merci encore une nouvelle fois à tous et toutes.

Signé : Serge Adry


Ecrit le 13 mai 2015

 Le décès de Serge Doussin

Serge Adry (à g) avec Serge Doussn

Serge Doussin est décédé le mardi 5 mai 2015 après une lutte exemplaire contre la maladie.

L’Union locale CGT rend un vibrant hommage à cet homme qui, en tant que Secrétaire Général de l’union départementale de Loire Atlantique (de 1995 à 2007) est venu tous les mois à Châteaubriant, pendant 20 ans, pour participer à la Commission Exécutive de l’union locale de Châteaubriant.

Serge Doussin a participé aussi à toutes les luttes menées par les salariés castelbriantais pour la défense de sites industriels (Huard, Focast, etc). Il a apporté aussi, dans le cadre de négociation sur les 35 heures, ses connaissances, sa manière d’aborder ce sujet avec les salariés par des réunions, en s’adaptant aux horaires des salariés pour avoir le plus d’échanges. Par exemple avec le syndicat CGT de la clinique Ste Marie, les réunions se passaient le soir vers 22 h avec une participation d’une soixantaine de salariés .

Serge Doussin, à été présent pendant de longues semaines à Châteaubriant lors de la fermeture de l’entreprise Provost où plus de 300 salariés ont été licenciés,

Serge Doussin a passé beaucoup de son temps sur la route Nantes–Châteaubriant, il connaissait bien Châteaubriant, sa popu-lation, son tissu industriel. Pour l’union locale CGT de Châteaubriant, c’est une grande perte pour le mouvement syndical, une grande perte pour les camarades qui ont lutté au côté de lui.

Au nom de l’union locale CGT de Châteaubriant, nos pensées vont à sa compagne Annie et à ses enfants.

signé : Serge Adry