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Santé, bilan inquiétant

Ecrit le 25 juin 2014

 Cabinets ambulants et médecins volants

Médecin, dessin de Moon 06 87 32 77 47

Depuis plusieurs années (2009-201), les syndicats CFDT-CGT-Confédération Paysanne et les services de soins à domicile, s’inquiètent des difficultés croissantes de recours à des soins médicaux. Réactualisée en 2011 et 2013, l’enquête a montré que les choses ne s’arrangent pas, au contraire. Le Conseil de Développement (avec sa commission ’’santé’’) s’est saisi de cette question, et a organisé une réunion le 14 mai 2014 à laquelle Mme Neyrolles de l’ARS   (agence régionale de santé) a participé. Un ’’livret-santé’’ a été publié qu’on peut trouver sur son site internet et ici en pdf ->http://www.journal-la-mee.fr/documents/livret-sante.pdf].
en voici des ’’bonnes feuilles’’.

« Le pays de Châteaubriant   connaît le vieillissement : ce qui laisse présager des besoins de plus en plus importants en termes de services de proximité et de santé pour les années à venir. (il y a 21,2% de plus de 60 ans sur le Pays contre 19,7% sur le département en 2006). Les revenus plus faibles qu’à l’échelle départementale, et l’habitat dispersé, accroissent les difficultés » explique Yves Le Gall.

 La pénurie menace

Et à côté de cela, la pénurie de médecins menace :

  • Sur le département de Loire-Atlantique, 1 médecin pour 710 habitants
  • Sur le Pays de Châteaubriant  , 1 médecin pour 1621 habitants
  • La moyenne en France , 1 médecin pour 900 habitants

 Les disparités sont importantes.

Exemple : à Derval en 2011 il y avait un médecin pour 1176 personnes. Maintenant il y a un médecin pour 1761 habitants

Un médein, pour combien d’habitants ?
Canton 2011 2013
Châteaubriant 1285 1167
Rougé 2189 2186
St Julien 2609 2734
Nozay 1856 1842
Derval 1176 1761
Moisdon 1079 1721
Pays de Châteaubriant   1470 1621
France 970 970

« Le nombre d’habitants par médecin est important, et pose un problème à chaque départ. La charge de travail est reportée sur ceux qui restent ce qui, en conséquence, aggrave leurs conditions de travail et n’incite pas les jeunes à venir s’installer » dit André Tessier, en constatant qu’il y a eu aggravation de la situation sur les cantons de Derval et Moisdon.

Sur le Pays de Châteaubriant  , en 2014, on compte 36 médecins généralistes, 7 partiront en retraite dans 5 ans et 10 autres partiront dans les années suivantes, la moitié des généralistes seront à remplacer dans 10 ans. « Dans cette profession, l’épuisement professionnel est une réalité. Par ailleurs, la féminisation est une évidence : dans une promotion d’étudiants en médecine, on compte désormais 70 % de femmes » commente Gérard Haulbert.

Les professionnels qui s’installent demandent à ne pas travailler le mercredi, ou le week-end, ou le soir, ce qui paraît tout à fait légitime. « Mais si on n’anticipe pas ces difficultés, on va se retrouver dans des zones rouges où on n’aura plus de professionnels de santé le week-end à disposition même si on a une permanence des soins suffisante pour répondre aux besoins du territoire » explique Amand Chatellier.

Les médecins, comme le reste de la population, aspirent à des temps sociaux, à des temps de loisirs, à du temps libre. Les jeunes n’ont plus envie d’être généralistes, ils craignent l’isolement (préférant le travail en équipe) et l’importance de la patientèle les inquiète.

« Nous avons interpellé les présidents des trois Com’Com’   du Pays de Châteaubriant   dès 2010. Seul M. Hunault n’a pas répondu » disent les syndicalistes.

 Des solutions ? Il y en a, de toutes sortes.

Sur Nozay, c’est la création d’une ’’maison de santé pluridisciplinaire’’ (mais cela ne résout pas le problème du manque de médecins de proximité dans les petites communes).

Mais Nolwenn Diler, pour le Conseil de Développement, a cité quelques idées plus adaptées au monde rural :

A Cluny (Bourgogne) par exemple, une cabine de télémédecine a ouvert il y a un an. Elle peut prendre la tension, le taux d’oxygène dans le sang, elle peut faire des électrocardiogrammes, des tests auditifs, cognitifs et autres et même créer un dossier accessible à divers services de santé. Mais attention à ne pas déshumaniser ! « Appelez un médecin quand vous n’allez pas bien, le fait de l’avoir eu au téléphone, vous allez déjà mieux. Quand vous allez aux Urgences, vous y allez parce que quelque chose vous angoisse. Et vous allez voir quelqu’un qui va vous rassurer et vous allez mieux. » dit Jean-Luc Fourny

Au Canada, des médecins ont développé des cabinets ambulants à partir d’un camping-car ou d’un petit bus, ils vont de territoire en territoire en fonction d’un planning bien identifié, répondre à des besoins de micro-territoires directement vers l’usager. Quand on a 85 ans, que l’on n’est pas véhiculé, aller voir son professionnel de santé ce n’est pas forcément simple ! Au Canada, ce qui est étonnant c’est qu’ils font aussi des consultations de nuit, ils disent qu’ils veulent bien rester certains soirs en veille sur certains secteurs où ils savent qu’il y a eu des demandes croissantes la nuit, pour éviter aux gens de faire 50 km ou d’appeler les pompiers, c’est un élément intéressant à pouvoir développer.

Les médecins volants, en France : ils peuvent aller temporairement dans des déserts médicaux tout en pouvant se faire remplacer dans leur propre cabinet, ce qui était interdit jusqu’en 2012 par le code de déontologie médicale. « L’exercice de la médecine foraine est interdit. Toutefois quand les nécessités de la santé publique l’exigent, un médecin peut être autorisé à dispenser des consultations et des soins dans une unité mobile selon un programme établi à l’avance ». Une expérimentation a d’ailleurs eu lieu à l’été 2012 à Belle-Ile-en-Mer (Morbihan) où il y avait une pénurie de médecins, particulièrement ressentie en période estivale du fait de l’affluence des vacanciers.

Le travail en réseau : en Centre Bretagne, du côté de Pontivy, pour maintenir une offre sur tout le territoire plutôt que de concentrer sur les deux pôles de santé pluri-professionnels existants sur le canton de Rohan, deux médecins sont à l’origine de la création d’un ’’inter-pôle’’ pour fédérer l’ensemble des professionnels du secteur concerné soit soixante praticiens, une première en France. Cette mise en place est le fruit de deux ans de réunions et discussions.

Les patients gardent leur médecin. Mais quand celui-ci sera en formation, malade ou en vacances, ils pourront en consulter un autre. Leur dossier médical sera partagé (tout en restant confidentiel). Ceci implique d’uniformiser l’informatique des soixante professionnels concernés. L’Agence régionale de santé a aidé financièrement le projet. Un secrétariat commun et un agenda partagé ont été mis en place. Des protocoles de soins ont été élaborés et sont en cours de validation.

Chaque patient pourra ainsi accéder à la même qualité de soins, quel que soit l’endroit où il habite. Pour les professionnels, c’est une manière de rompre encore plus avec l’activité isolée qui inquiète les jeunes médecins et freine leur installation en zone rurale.

Mme Neyrolles, de l’ARS   (agence régionale de Santé) s’est ouvertement réjouie du travail fait par le Conseil de Développement : ’’je trouve qu’il y a vraiment de votre côté une analyse, une réflexion qui ne sont pas si fréquents que ça’’ puis elle a poursuivi la réflexion :

 Qu’est-ce que la santé ?

« Les inégalités de santé, à 80% sont liées à l’insertion sociale, à l’accès au travail, à l’éducation, à la culture, au mode de vie… Reste 20%, c’est quand même considérable, liés à l’offre de soins. Autrement dit, en tant qu’élus, vous faites beaucoup plus pour la santé de vos concitoyens quand vous construisez des salles de sport, quand vous favorisez l’accès aux enfants des écoles, … aux personnes âgées à ces salles, quand vous faites passer des messages, sur le bien manger, le bien vivre et quand on fait attention à préserver les modes de vie. C’est un élément qu’il ne faut pas du tout perdre de vue »

Pour Sébastien Rouxel, « Il est important de réfléchir à ces questions, avant qu’il ne soit trop tard, et les élus municipaux ont un rôle à jouer. Mais c’est aussi aux professionnels de santé et aux citoyens de s’intéresser à ces questions ».