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Anne de Bretagne, une histoire de coeur

Ecrit le 18 juin 2014.

Jean Ceva raconte : Le 26 juin 1471, François II, duc de Bretagne, épouse Marguerite de Foix. Le 25 janvier 1476 (ancien style, mais en fait 1477 après l’unification du calendrier), naîtra leur première fille, Anne. Celle-ci grandit dans la Tour Neuve du château des ducs de Bretagne à Nantes. Son éducation est confiée à Françoise de Dinan, Baronne de Châteaubriant, fort savante et versée dans les lettres et les arts, qui lui apprend le français, le breton, le latin et le grec et même un peu d’hébreu. La jeune fille chante, danse, joue de la musique, peint et brode. Ses contemporains la décrivent comme une enfant à l’esprit net, au sens droit, une princesse accomplie, à l’intelligence ouverte, et qui est aussi très généreuse mais n’oublie ni les injustices, ni les offenses ».

Après une sanglante défaite devant les Français, à Saint-Aubin du Cormier le 28 juillet 1488, le duc François II décède le 9 septembre 1489, laissant le duché à Anne, couronnée Duchesse de Bretagne en février 1489 à Rennes. La Bretagne est occupée par les soudards du roi de France.

Anne épouse Maximilien d’Autriche le 19 décembre 1490, mais ce mariage, non consommé, sera cassé sous la pression du roi de France, Charles VIII qui épouse Anne dans un quasi secret le 6 décembre 1491, entouré d’un fort parfum de rapt ce qui amènera le pape Alexandre VI à n’accorder sa dispense qu’après une déclaration solennelle d’Anne affirmant qu’elle n’avait été l’objet d’aucune violence. Anne, qui n’a encore que 14 ans, s’installe à la cour de France qui est sans doute pour elle, tellement attachée à sa Bretagne, une prison.

Charles VIII meurt brutalement en 1498, Anne profite de sa liberté retrouvée pour rétablir les droits de son duché et obtient du nouveau roi, Louis d’Orléans-Valois, qui avait combattu aux côtés des troupes bretonnes à Saint-Aubin du Cormier, le retrait des troupes d’occupation françaises en Bretagne.

Devenu Louis XII de France, Louis d’Orléans-Valois épouse Anne le 9 janvier 1499 dans la chapelle du château des ducs de Bretagne à Nantes. Quinze ans plus tard, le 9 janvier 1514, Anne décède au château de Blois. Selon la tradition, elle est embaumée et enterrée à St Denis en France.

Mais Anne a toujours gardé une affection pour sa Bretagne et pour la ville de Nantes : elle fait donc remettre son cœur, dans un écrin d’or, au Couvent des Carmes en cette ville, pour y être placé entre les tombeaux de son père et de sa mère.

Source : qui est Anne de Bretagne ?

Alors commence une longue histoire : celle de cet écrin d’or, longtemps resté au Couvent des Carmes, puis oublié, retrouvé et qui faillit être fondu, sous la Révolution, quand la Monnaie de Paris avait des soucis financiers. L’aventure de ce « cœur tant convoité » est racontée, de façon très attrayante, au château de Châteaubriant jusqu’au 27 septembre 2014.

De façon très solennelle, émouvante, de grandes statues vous accueillent : Adrien, Marc, Jacques et Notre-Dame de la Délivrance, vous guidant vers la vitrine où, suspendu, brille le cœur d’Anne, entre deux ’’gisants’’ : le duc François II et son épouse, Marguerite de Foix.

L’une des faces de l’écrin porte l’inscription : « En ce petit vaisseau de fin or, pur et monde / Repose un plus grand cœur que oncques dame eut au monde ; / Anne fut le nom d’elle, en France deux fois reine, / Duchesse des Bretons, royale et souveraine »

L’autre face : « Ce cœur fut si très haut que de la terre aux cieux / Sa vertu libérale accroissait mieux et mieux ; / Mais Dieu en a repris sa portion meilleure, / Et cette part terrestre en grand deuil nous demeure »

Après cette première rencontre, la salle du château est partagée en quatre séquences plus intimes racontant toutes les découvertes faites autour de ce cœur. On y voit les médailles de Louis XII et Anne de Bretagne, datées de 1499, d’autres coffrets funéraires (celles de Marguerite d’Anjou, fin du XIIIe et celle du sieur de la Turmelière en 1618), le manuscrit ’’La vie des femmes célèbres’’ (1504-1506) qu’une installation informatique permet de feuilleter à loisir. Les comptes établis par Guillaume de Beaune, trésorier général de la Reine, sur les funérailles d’Anne, se présentent en rouleau de 7 m de long, réalisé avec dix peaux de parchemin collées. On peut admirer l’écriture du livre de Jacques Guischart sur le registre des dépenses. Et l’extrait, en 1792, du Directoire de Département ordonnant la perquisition du caveau de François II. Et la délibération du Conseil Municipal de Nantes réclamant le retour du cœur en cette ville.

L’exposition utilise à bon escient toutes les techniques modernes. C’est ainsi qu’on peut lire et écouter le récit des funérailles d’Anne, écrit par Pierre Choque, héraut et « roi d’armes » d’Anne de Bretagne, brièvement intitulé « Commémoration et avertissement de la mort de très chrétienne, très haute, très puissante et très excellente princesse, ma très redoutée et souveraine dame, madame Anne, deux fois reine de France, duchesse de Bretagne ». Un examen informatique de l’écrin, réalisé par Stephane Jupin (du Grand Auverné), permet de manipuler l’objet, d’en examiner l’intérieur, l’extérieur, la cordelière, les noeuds, le lettrage, le fermoir, la couronne .... Le poème gravé en bordure intérieure de la coque dit ceci 

« Ô cœur chaste et pudique, ô juste bénin cœur, Cœur magnanime et franc, de tout vice vainqueur, O cœur digne entre tous de couronne céleste, / Or est ton clair esprit, hors de peine et moleste. »

Le cœur d’Anne de Bretagne demeure le symbole de l’unité bretonne. Il est repris régulièrement sur des affiches, prospectus et dessins, et non sans humour sur une boite de conserves sous la forme ’’Cœur de bœuf d’Anne de Bretagne ».

D’infinies précautions pour ce cœur tant convoité.

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A cœur ouvert

Jeudi 12 juin, touche finale à la préparation de l’exposition. Le personnel qui a monté l’exposition est là, en attente de l’acte ultime : le cœur. La vitrine est ouverte avec précautions, le cercle central est déplacé soigneusement sur un plan horizontal pour ne pas détruire le fragile équilibre.

Et voilà le cœur : première boite, deuxième boite, troisième boite, le personnel est en gants blancs ou bleus. Délicatement est manié le fin cordon servant à l’accrochage. Durant cette opération, une jeune femme place les mains sous l’objet précieux, pour éviter toute chute. On vérifie l’aplomb : c’est bon. Le cœur est là pour trois mois. Juste retour d’histoire car Anne de Bretagne participa, naguère, à la reconstruction du château (le grand logis et le donjon) après les destructions entraînées par le siège de Châteaubriant (15-23 avril 1488).

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Châteaubriant a de la chance de pouvoir disposer ainsi des objets précieux du musée Dobrée ! On peut les retrouver sur le site :Grand Patrimoine