Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Histoire autour de Châteaubriant > Les ptits gars du Maquis de Saffré

Les ptits gars du Maquis de Saffré

Ecrit le 9 juillet 2014

Beaucoup de monde, ce 28 juin 2014 pour le soixante-dixième anniversaire de l’attaque du Maquis de Saffré. Jocelyne Poulin, maire de la commune, a déclaré :

Le 6 juin 2014, à l’invitation de la France, la Reine d’Angleterre, le président Obama, la chancelière allemande, et tant d’autres, se sont retrouvés sur les plages de Normandie autour du Président de la République française, pour célébrer la volonté de paix, le courage aussi : ennemis d’hier, voisins ou amis d’aujourd’hui, tous ont voulu montrer, par leur présence, que ces 70 années sans guerre ont été gagnées au courage par des centaines de milliers de jeunes soldats venus de partout, et que leur sacrifice ne devait pas être oublié.

Mais ces dizaines d’années de paix ne doivent pas faire illusion : la paix de 1945 a coûté des millions de vies humaines. Le danger qui menaçait hier peut toujours re-surgir, ailleurs peut-être, sous une autre forme, dans un autre contexte. La paix et la sécurité sont toujours des biens fragiles. Hier il a fallu les conquérir. Aujourd’hui il faut encore les consolider. Demain il faudra savoir les défendre.

Les cérémonies du 70e anniversaire des combats de la Libération se déroulent malheureusement dans un contexte international particulier, avec des bruits et des images de conflits qui s’amplifient aux portes de l’Union européenne, avec des craintes nouvelles aussi, des populations sans armes et sans espoir que l’on ne sait pas bien comment aider. Même l’ONU, création des Alliés en 1945, ne trouve pas les solutions.

Et puis chez nous aussi les idées les plus nauséabondes semblent re-surgir chez quelques-uns, comme si les fusillades d’otages, les bombardements, les camps de concentration et toutes ces années de guerre voulues par les nazis et leurs collaborateurs étaient déjà oubliés.

 Un héritage fragile

La paix que nous connaissons aujourd’hui dans nos pays qui s’affrontaient hier est un héritage fragile, un héritage que l’on voudrait définitif pour nos enfants, nos petits-enfants. Pour nous aussi, bien sûr. Mais nous le savons, hélas, rien n’est jamais définitif : pour vaincre le nazisme et son cortège de crimes, ses idées racistes, antisémites, meurtrières, haineuses et barbares, il a fallu la conjonction de toutes les forces alliées, forces morales, économiques et militaires. Comment ne pas rappeler alors la dette que notre pays a envers les jeunes Anglais, Américains, Canadiens et tous les Résistants de France et d’Europe, aux combattants du front de l’Est, et aux Coloniaux venus mourir dans une guerre que beaucoup ne comprenaient même pas, tant leur monde était éloigné du nôtre.

Ici, en juin 1944, sur ce terrain homologué sous le nom de code Alarme pour recevoir des parachutages d’armes sur les herbages des Gouvalous et les attendre en se réfugiant et en se préparant à l’abri dans la forêt de Saffré, avec le soutien des paysans du secteur, des centaines de jeunes Résistants du nord du département ont mené un combat inégal, courageux, tragique. En juin 1944 il fallait empêcher les armées allemandes de se regrouper en Normandie, créer un sentiment d’insécurité, faire dérailler des trains, rendre les routes incertaines, dangereuses pour les soldats ennemis, les retarder au maximum par des actions de guérilla. Pour cela il fallait des armes. Celles-ci sont bien arrivées, mais trop tard.

 Guerriers sans uniforme

L’attaque allemande a eu lieu, le matin du 28 juin 1944, il y a exactement 70 ans. 13 tués, 27 fusillés, 2 maquisards abattus dans la prison de Nantes, des dizaines de Déportés. Vaincus par des forces importantes et aguerries, nos maquisards ont livré un combat inégal et dramatique. Mais, comme l’a ensuite rappelé le général De Gaulle, leur action faisait partie d’un plan d’ensemble. Le célèbre général, chef de la France libre, en inaugurant ce monument le 11 juin 1950, a confirmé par sa présence et par ses propos, la juste place de notre Résistance régionale dans le dispositif d’ensemble des combats de la Libération.

Aujourd’hui réunis pour commémorer ces combats de la Libération dont nos « guerriers sans uniforme » de la forêt de Saffré ont été des acteurs héroïques, nous pouvons être fiers d’eux. Conscients de leur être redevables, nous pouvons être reconnaissants lorsque nous évoquons tous les Résistants au nazisme, de Jean Moulin à Sophie Scholl, cette jeune étudiante allemande décapitée en 1943 à Francfort par les nazis parce qu’elle distribuait des tracts antinazis à l’université. La haine et la violence ne connaissent peut-être pas les frontières. Heureusement, le courage ne les connaît pas non plus !

 Il faut que la mémoire serve de repère

Mais la mémoire pour la mémoire, cela n’aurait aucun sens. Il faut que la mémoire vive, qu’elle serve d’exemple, de repère, de motivation. Dans cette société et ce monde complexes et à bien des égards inquiétants pour beaucoup, face aux situations les plus difficiles, il faut aller puiser dans le passé des exemples de courage et d’espérance. Les crises peuvent être vaincues, les paix peuvent être plus fortes que les guerres. Au cœur de l’Union européenne en construction, l’amitié franco-allemande en témoigne aujourd’hui. Avec nos amis Anglais aussi, [et je salue ici la présence des enfants de l’aviateur britannique Eddie Warmington fait prisonnier pendant la bataille de Saffré], et avec tous les autres peuples, notre génération a le devoir de préserver la paix et de préparer l’avenir.

70 ans après cette attaque du maquis par les nazis et leurs valets, le courage des p’tits gars du maquis est toujours inscrit dans nos mémoires. Ils n’avaient pas assez d’armes pour résister longuement, mais ils ont lutté avec bravoure, jusqu’à la mort. Aujourd’hui, nous pouvons penser à eux, conscients de leur sacrifice et fiers de leur courage, ce courage qui a écrit l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de notre petite région.

(signé : J.Poulin)

[(Ensuite des jeunes du Conseil
Municipal d’enfants de Saffré
se sont relayés pour évoquer
la tragédie du 28 juin 1944.)]

Pour sa part, Véronique Schaaf, sous-préfète de Châteaubriant, a déclaré :

Nous venons, cette année, de commémorer le 70e Anniversaire de la Libération de la France. Et le président de la République a eu l’occasion de le souligner, nous avons célébré tout d’abord un esprit, celui qui doit nous animer à chaque instant, cet esprit de Résistance, cet esprit de grandeur et de dépassement, porté par des hommes et des femmes, soldats de l’armée des ombres, dont tous les récits portent en eux l’héroïsme, et imposent l’admiration inlassable de chacun d’entre nous qui leur devons nos libertés si précieuses et souvent si fragiles.

 Des gens ordinaires qui ont accompli l’extraordinaire

Les mots ne suffiront jamais et paraissent parfois dérisoires, pour exprimer ce qu’aura été leur engagement, cette volonté inaltérable de servir le destin collectif de la Nation face à l’occupant et à toutes les oppressions. Régis Debray a dit de ces hommes et de ces femmes qu’il s’agissait « de gens ordinaires qui ont accompli l’extraordinaire ». Car ils sont en effet des exemples dont nous avons plus que jamais besoin aujourd’hui, pour nous permettre de dépasser des clivages, des différences accessoires et nous réconcilier autour d’une même fierté : ces valeurs profondes et historiques qui nous rassemblent.

C’est cela le message de notre pays. Dans notre pays bien sûr, mais en Europe comme dans le monde entier. Cette France-là, c’était pour eux leur bien le plus précieux ! Alors oui, comment ne pas évoquer Jean Moulin qui au moment de partir pour Londres disait « qu’il serait fou et criminel de ne pas utiliser en cas d’action alliée sur le continent cette Résistance, prête aux sacrifices les plus grands, ce grand désordre de courage comme disait André Malraux en 1964 lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.

Permettez-moi de m’incliner sur cette terre aujourd’hui fertile de notre beau département de Loire-Atlantique, mais tellement meurtrie et marquée définitivement par des souffrances ineffaçables et tout ce sang versé et si jeune ! (...)

Photo : Les six derniers maquisards

 Des exigences pour l’avenir

Le glorieux combat de ces hommes doit aussi être porteur d’exigence pour l’avenir.
Aujourd’hui plus que jamais, avec la disparition progressive des témoins, il est nécessaire de préserver et de transmettre cette mémoire aux jeunes générations. C’est pourquoi je veux aussi saluer votre initiative   et la présence de tous ces jeunes à nos côtés.

La presse locale, hier, se faisait l’écho d’un épisode survenu à Eddie Warmington, aviateur anglais dont l’appareil fut touché par la DCA allemande en juin 1944 lors d’une mission au-dessus de Nantes. Pris en charge par la Résistance, il fut conduit quelques jours plus tard vers le Maquis de Saffré avant d’être fait prisonnier par les soldats allemands puis déporté dans un camp en Poméranie. Décédé en 2004 à l’âge de 84 ans, je sais que ses enfants sont présents aujourd’hui à Saffré. Je veux les saluer également et lui rendre hommage.

Mesdames et Messieurs, et pour conclure : Face aux dangers multiples d’un monde en devenir, le message de ces combattants de la Résistance est plus que jamais notre héritage commun. Il nous commande vigilance et fidélité à nos valeurs pour léguer à nos enfants un monde de liberté et de progrès que le sacrifice de nos aînés nous a permis de connaître. Et ici, à Saffré, on mesure parfaitement le chemin parcouru depuis ces événements. On en mesure aussi tout le sens, comme une leçon d’humanité profonde.

(Signé:V.Schaaf)

photo : A droite, le fils d’Eddie Warmington