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USA : agriculture

Ecrit le 18 juin 2002

L’agriculture aux USA : 1600 hectares et des clopinettes

Dans la ligne de ce qu’a écrit Jacques Nikonoff, voici ce qui se passe aux USA où l’agriculture américaine, championne de l’hyperproductivité, lutte...... pour sa survie

Un agriculteur, qui s’est acheté un tracteur dernier cri, avec ordinateur incorporé, explique que cette machine lui a coûté la bagatelle de 213 000 euros mais que les revenus tirés de son exploitation de 1600 hectares ne dégagent qu’une toute petite marge et qu’il va avoir du mal à s’en sortir, malgré ses mille six-cents hectares !

« La seule solution est de toujours grossir. Mais grossir jusqu’où ? (...) En fait, on ne pourrait pas vivre rien qu’avec la ferme : on tient parce qu’on a un autre business de transport routier et de vente de camions ». dit-il (lire le Monde du 10 juin 2002).

Produire plus, gagner moins

La situation agricole aux USA n’est pas florissante : entre 1959 et 1997, le nombre d’exploitations « à plein temps » est passé de 2 millions à 870 000, selon le ministère américain de l’agriculture. Depuis 1997, date du dernier recensement, la tendance ne s’est pas infléchie. En revanche, le nombre d’exploitations de plus de 400 hectares est passé de 136 000 à 176 000.

Paradoxe : alors qu’elle est toujours plus productive, l’agriculture a procuré aux Etats-Unis, en 2001, un revenu net inférieur à celui de... 1929 (45,1 milliards de dollars constants contre 48,8) !

En effet, l’augmentation de la production a continuellement fait baisser les prix, pesant lourdement sur les cours mondiaux. Résultat : les exportations des Etats-Unis concurrencent les paysans d’autres pays beaucoup moins productifs, sans pour autant assurer la survie des exploitants américains. Et du coup les capitaux américains se détournent de l’agriculture pour investir dans d’autres secteurs beaucoup plus rémunérateurs.

Pour enrayer cette tendance, le Congrès Américain a voté, en mai, une forte augmentation des subventions agricoles, sans se faire d’illusion : cela ne fera que retarder l’échéance « Toute la politique vise le maintien de prix bas pour favoriser l’industrie agro-alimentaire, dit un fermier. Il faudrait revenir à des exploitations plus diversifiées, avec des accords de prix au niveau international ». C’est-à-dire l’exact opposé de ce qui s’est fait depuis cinquante ans...

Café : indécent

La crise du café est révélatrice des impasses du tout-libéral en matière de politique agricole

Même les économistes les plus libéraux le reconnaissent : les prix du café ont atteint un niveau « indécent ». De 80 cents la livre en mai 2001, les cours sont tombés à moins de 50 cents depuis septembre 2001. A ce niveau, aucun producteur n’arrive plus à vivre de son travail. Dans de nombreux pays d’Amérique latine comme le Guatemala et le Nicaragua, la chute des prix a été répercutée sur les salaires déjà bien maigres des ouvriers, et l’emploi dans les plantations a même quelquefois disparu, certains planteurs ayant préféré suspendre leur activité.

« La crise des cours, qui ont chuté de 65 % entre 1997 et 2001, a appauvri plus de 25 millions de familles dans le monde, essentiellement dans les pays les plus pauvres », a averti, fin mai, le Colombien Nestor Osorio, directeur de l’Organisation internationale du café (ICO).

Les promoteurs de la libéralisation du commerce du café, Etats-Unis en tête, n’avaient pas imaginé, à la fin des années 1980, une telle situation. Adeptes du libre-échange, ils pensaient que les simples lois de l’offre et de la demande étaient suffisants et qu’il fallait supprimer la garantie de prix minima. C’est qui a été fait.

Mais les pays producteurs, à la recherche de devises, ont cherché à augmenter le plus possible leur production. Dans le même temps de nouveaux pays (comme le Vietnam) se sont lancés dans la culture des caféiers, qui leur permet d’utiliser une main-d’œuvre bon marché et de maintenir dans les campagnes une population qui menaçait d’affluer vers les villes.

En dix ans, la production mondiale est ainsi passée de 90 millions de sacs à 115,7 millions. La consommation, elle, n’a pas suivi. Concentrée dans les pays occidentaux, elle stagne autour de 100 millions de sacs.

Aujourd’hui, le marché croule sous les excédents. Mais tous les mécanismes de régulation mis en place par les Etats pour gérer les surplus et pour garantir à leurs producteurs des prix stables ont été démantelés. Les stocks sont aux mains de cinq grands groupes négociants (dont Nestlé) qui contrôlent 48 % du négoce mondial du café et pour lesquels le prix du café vert n’est plus qu’une petite composante face aux dépenses de marketing, de publicité, de logistique.

Alors que le marché du café à la consommation est passé en dix ans de 30 à 60 milliards de dollars, la part reçue par les producteurs est tombée de 10 à 6 milliards de dollars.

Cette paupérisation des producteurs de café se diffuse partout. Les plus petits ne gagnent plus assez pour subsister. Les plus gros réduisent les salaires de leurs employés, diminuent les embauches, voire arrêtent toute production. Pour aider leurs paysans, le Costa-Rica ou le Vietnam ont pris des mesures de soutien financier.

Ainsi le libéralisme forcené tue le développement, même celui des pays les plus riches .