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Adolescence et addictions

Ecrit le 3 septembre 2014

 Une étude de l’INSERM

Un groupe d’experts a été réuni par l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) pour répondre à la demande de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) concernant les conduites addictives chez les adolescents, en particulier sur les usages et les stratégies de prévention et d’accompagnement. Le travail s’appuie sur les données scientifiques disponibles au 2e semestre 2013.

L’adolescence s’accompagne de nombreux changements physiologiques et physiques, c’est aussi une période de maturation et d’évolution psychologique complexe, en lien avec la rupture avec l’enfance et les nombreuses interrogations vis-à-vis de la future vie d’adulte, et avec une forte signature sociale.

C’est une période au cours de laquelle l’adolescent s’affranchit progressivement du lien de dépendance à ses parents, en affirmant ses propres désirs, par la recherche de nouvelles figures d’identification, mais aussi par la recherche de nouvelles expériences associant souvent une certaine résistance aux règles établies.

Dans le désir d’émancipation vis-à-vis des parents et d’intégration dans un nouveau groupe, celui des pairs, avec la recherche de leur reconnaissance, l’adolescence constitue également une phase de curiosité, de prises de risque et de défi.

Dans ce contexte, et au gré des opportunités, l’adolescence est propice à l’expérimentation de l’usage de substances psychoactives et de comportements particuliers, dont la répétition est susceptible d’entraîner un abus, voire une dépendance. On pense bien entendu : alcool, tabac, cannabis, mais les jeux vidéo/Internet et les jeux de hasard et d’argent constituent aussi une préoccupation de santé publique. Chez les adolescents, les conduites addictives peuvent avoir un impact sur le développement. Dans une période clé d’apprentissage scolaire et de découverte émotionnelle, la prise de substances psychoactives, comme la pratique problématique de jeux, peuvent entraver le parcours de vie et constituer un handicap ou une « perte de chance » pour l’avenir.

 Points communs et différences

Parmi les points communs, figurent :

  • • l’apparition et le maintien du trouble en raison de l’interaction de nombreux facteurs de risque communs, propres tant à l’individu qu’à son environnement ;
  • • la fréquence des polyconsommations ou de plusieurs conduites addictives ;
  • • la perte de contrôle après une période plus ou moins longue d’usage répété de la substance psychoactive ou de pratique des jeux ou d’Internet ;
  • • la poursuite de l’usage (ou de la pratique) malgré l’apparition des dommages qui s’additionnent, avec des conséquences néfastes sur les plans personnel, familial, social et professionnel ;

S’agissant des différences, il faut souligner que la dangerosité n’est pas la même : la simple expérimentation de certaines substances peut être dangereuse, voire mortelle dans certaines situations. L’intoxication aiguë à certaines substances est liée à davantage de comportements de prise de risque (conduite sous l’emprise de substances et accidents de la voie publique, rixes, agressions physiques, rapports sexuels non protégés...).
Les dommages somatiques ou neuro-cognitifs peuvent être redoutables avec les addictions aux substances psychoactives alors qu’ils sont très rares avec les addictions comportementales.

Facteurs familiaux

Chez le jeune adolescent, les conduites addictives sont souvent un refuge, une réponse face à une situation familiale ou personnelle difficile. Les pratiques parentales en termes d’écoute et de supervision sont à cet égard déterminantes ;

En effet, un climat familial favorable (bonne entente entre parents et adolescents, connaissance qu’ont les parents de l’entourage et des activités de leurs enfants) est associé à une probabilité plus faible d’usage problématique de produits psychoactifs ou de problèmes de jeu vidéo/Internet et de jeux de hasard et d’argent ;

L’existence de troubles parentaux psychiatriques ou addictifs constitue un facteur de vulnérabilité ;

Les consommations de substances psychoactives (tabac, alcool, boissons énergisantes, premix) et les pratiques des jeux de hasard et d’argent des adolescents font écho à celles des parents : les enfants de fumeurs sont deux fois plus souvent eux-mêmes fumeurs, les enfants de consommateurs excessifs d’alcool sont deux fois plus souvent eux-mêmes consommateurs réguliers d’alcool. Il en est de même au sujet de la pratique des jeux de hasard et d’argent.

L’initiation se fait le plus souvent dans le premier cercle familial, et avoir des parents joueurs, a fortiori pathologiques, est un facteur de risque de troubles liés à la pratique des jeux de hasard et d’argent. Les habitudes de jeu s’acquièrent d’autant plus que le regard porté sur la pratique par les parents est tolérant, voire bienveillant ;

Les conduites addictives sont diminuées quand les jeunes montrent une bonne capacité à se contrôler, n’ont pas de difficultés psychologiques, ou reçoivent du soutien de la part de leur entourage ;

Enfin, s’il est admis que les facteurs environnementaux ont une influence, il faut souligner l’importance des facteurs génétiques dans le risque de dépendance. Selon les études d’agrégation familiale, une part non négligeable du risque de développer une addiction serait attribuable à des facteurs génétiques, parmi lesquels de nombreux gènes candidats ont été identifiés en fonction des produits.

Le cercle amical

Les jeunes dont les amis consomment des produits psychoactifs présentent des niveaux de consommation plus élevés que ceux dont les amis ne consomment pas, ce qui reflète probablement à la fois la façon dont les adolescents choisissent leurs amis et l’influence des consommations des pairs sur les populations adolescentes. Ce constat est également valable pour les jeux de hasard et d’argent et les jeux vidéo, d’autant plus que leur pratique est ressentie comme un loisir agréable, excitant, et associé à des valeurs positives ; l’influence du groupe de pairs est d’autant plus manifeste que les parents ne peuvent assurer une surveillance et garantir un attachement de qualité.

Publicité

Les industriels du tabac et de l’alcool font un marketing très agressif pour influencer les comportements des jeunes notamment l’initiation à ces produits et la continuité de leur usage. Quant aux messages véhiculés par la publicité sur les jeux de hasard et d’argent, ils jouent sur les possibilités de gain et favorisent une pratique précoce des jeux.

 Que faire ?

Pour le groupe d’experts de l’INSERM, les campagnes d’information peuvent contribuer utilement à créer un environnement social plus favorable à la santé.

Mais l’information doit être accompagnée d’interventions permettant le développement des compétences de l’adolescent, y compris sur le versant émotionnel (renforcement des ressources : estime de soi, habiletés sociales…). Le développement de stratégies ou d’activités alternatives aux conduites de consommation, telles que la pratique d’un sport, permet à l’adolescent de trouver dans cette pratique une partie du bénéfice qu’il cherche dans l’usage de la substance psychoactive ou dans la pratique des jeux de hasard et d’argent, écrans, jeux vidéo ou Internet.

Le développement des compétences doit s’inscrire dans des activités de groupe utilisant des méthodes interactives (ateliers créatifs, mises en situation, jeux de rôle, discussions de groupe...). « Les aménagements du temps scolaire pourraient constituer une opportunité pour la mise en place de telles interventions, sur le temps supplémentaire dégagé ».

Le groupe d’experts recommande de proposer, au sein de programmes universels, des volets ciblés permettant la prise en compte des autres problèmes rencontrés par le jeune (trouble des conduites, troubles psychiques, mal-être, échec scolaire, histoire familiale...). Les professionnels de santé en milieu scolaire (médecin et infirmière scolaire) sont pour cela des interlocuteurs privilégiés et leur rôle doit être renforcé.

 Informer les parents

Par ailleurs le groupe d’experts recommande d’informer régulièrement les parents sur les dommages liés aux consommations précoces, sur l’évolution des modes de consommation chez les jeunes et sur les codes marketing qui leur sont destinés et qui visent à promouvoir la consommation.

Cette information doit être accompagnée de repères et de conseils pratiques sur la manière de communiquer avec les adolescents. Il s’agit de « redonner confiance aux parents, leur affirmer que même s’ils se sentent démunis ils ont un rôle important à jouer auprès de leur adolescent... ».

« De plus, des programmes visant à impliquer l’ensemble des acteurs concernés (enfants, parents, école, médias...) se sont révélés bénéfiques sur l’usage d’alcool et la réduction du tabagisme ».

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