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Faitnéants : la machine à fantasmes

Ecrit le 10 septembre 2014

 La machine à fantasmes

« En France, 350 000 emplois ne trouvent pas preneurs ». François Rebsamen, ministre du Travail, a repris une vieille polémique. Il y aurait donc en France un vivier d’emplois délaissés par des chômeurs plus prompts à vivre de l’assistanat qu’à rechercher activement un travail. 350 000 pour la rue de Grenelle, 400 000 pour le Medef, 500 000 pour Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle 2012, et même 600 000 pour certains journalistes : les emplois non pourvus suscitent fantasmes et envolées peu rigoureuses.

Il faut tout d’abord distinguer les concepts d’emplois « vacants » et d’offres « non pourvues » trop souvent confondus. Eurostat définit un emploi vacant comme un poste « nouvellement créé, non pourvu ou qui deviendra vacant sous peu et que l’employeur veut pourvoir immédiatement ou dans un délai déterminé ». Il existe évidemment un délai incompressible qui correspond à la phase de recrutement.

 Peu d’emplois vacants en France

Ces vacances d’emploi sont « mal définies et mal évaluées » selon une étude du Centre d’études de l’emploi. Yannick Fondeur et Jean-Louis Zanda, les deux auteurs, écrivent ainsi que « les vacances d’emploi correspondent […] à la photographie d’un stock d’emplois à pourvoir. […] Comme en France une trentaine de millions de nouveaux contrats de travail sont conclus chaque année, il est naturel qu’on observe à un instant donné un grand nombre d’emplois vacants. »

Contrairement aux idées reçues, un pays qui affiche un taux d’emplois vacants élevé ne signifie pas qu’il est peuplé de chômeurs fainéants mais qu’il crée beaucoup d’emplois. C’est ce que confirment les dernières données fournies par Eurostat : le taux d’emplois vacants au premier trimestre 2014 en France était bien inférieur à la moyenne européenne. Autrement dit, si le taux de chômage est si élevé dans l’Hexagone, c’est parce qu’il n’y a pas d’emplois à occuper, et non parce que les chômeurs n’en cherchent pas. Le Portugal, l’Italie, l’Espagne et la Grèce sont dans la même situation. A l’inverse, l’Allemagne a, logiquement, le taux d’emplois vacants le plus élevé d’Europe. 

 4 % des offres … non pourvues

Les « emplois non pourvus », sont les offres d’emploi qui ont été retirées sans donner lieu à un recrutement. Pôle emploi qui collecte bon an mal an 3 millions d’offres, évalue à 116 000 le nombre d’offres qui n’ont pas trouvé preneur faute de candidats. Soit 4 % des offres au total. Au regard des 3,4 millions de chômeurs de catégorie A (près de 5 millions pour les catégories A, B et C), le volume d’offres non pourvues reste donc très faible. Si, par bonheur, l’ensemble de ces offres trouvaient preneurs, elles ne parviendraient pas à faire baisser significativement le chômage de masse. Ce qui ne signifie pas qu’il faille négliger le problème.

D’autant que les raisons qui l’expliquent sont clairement identifiées. Ce n’est pas parce qu’un poste existe qu’il peut être immédiatement occupé par n’importe qui. C’est notamment le cas des métiers en tension comme l’informatique ou les transports qui peinent à trouver des profils qualifiés. Si certains postes ne trouvent pas preneur, c’est aussi en raison de la qualité des emplois proposés : horaires atypiques, temps partiels, faibles salaires, conditions de travail, éloignement géographique, déficit d’image. Enfin, il existe aussi une minorité de demandeurs d’emploi qui ne recherchent pas activement.

Contrôler les chômeurs et lutter contre la fraude est légitime mais jeter le discrédit sur l’ensemble des chômeurs ne résoudra pas le problème !

Source : Alternatives économiques 5.09.2014