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Accueil > Thèmes généraux > Enfance jeunesse > Une enfance fusillée, excusez-moi !

Une enfance fusillée, excusez-moi !

 Guy Môquet

Le livre qu’on attendait : Pierre Louis Basse vient de publier « Guy Môquet, une enfance fusillée » aux Editions Stock.

Pierre-Louis Basse, dans cette histoire, n’est pas n’importe qui : il est le petit fils de Pierre Gaudin, qui fut interné au Camp de Choisel, évadé, repris, envoyé à Dachau et Mauthausen. Sa mère, Esther Gaudin, alors collégienne, eut la lourde responsabilité de venir à Châteaubriant, récupérer les planches de la baraque 6, soigneusement découpées par des camarades, où les 27 otages avaient gravé leurs dernières paroles. Ces morceaux de bois avaient été sortis en cachette par le dentiste castelbriantais Roger Puybouffat et la jeune Résistante, Esther, était venue de Nantes pour emporter avec elle ces « derniers messages d’amour » alors que les corps des 27 fusillés étaient encore entassés pêle-mêle dans une salle basse située au Château (sous la salle des Gardes)Le livre de Pierre-Louis Basse apporte de nombreux détails sur la vie de Guy Môquet, le fils de cheminot, qui dût arracher le droit d’aller étudier au Lycée Carnot, l’institution intellectuelle et pédagogique du XVIIe arrondissement, « dans cet endroit où les bourgeois s’imaginent chez eux, pendant que les fils de cheminot ou de plombier grattent à la porte »

Quand son père, député communiste, fut déporté en Algérie au bagne de Maison-Carrée, en 1939, par la police française, Guy dit tout de suite à sa mère « ils ont arrêté Papa ; Bon, c’est à moi de prendre la relève ». Le lycée Carnot oublié, Guy, le gamin de Paris, gouailleur et tombeur de filles, poète à ses heures, (en alexandrins s’il vous plaît), commença les premières actions clandestines : les tracts antinazis distribués à la volée dans les marchés et les cinémas, les slogans écrits à la craie sur les murs ...Et puis une dénonciation, l’arrestation, le jugement, l’adolescent acquitté le 23 janvier 1941, mais jamais libéré, transféré à la prison de la Santé, puis au camp de Châteaubriant en mai 1941. Jusqu’à ce 22 octobre 1941 « Soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ».Le livre de Pierre-Louis Basse se lit d’une seule traite. A côté de Guy Môquet on découvre des noms connus, le dentiste Roger Puybouffat de Châteaubriant, revenu de Dachau le corps encore déformé par les dizaines de coups de nerf de bœuf que les SS lui avaient assénés dans un réduit de Dachau, le garagiste Marcel Charron, qui accepta de transporter le fils du fusillé Henri Barthélémy, sur les tombes des 27 otages dispersés sur 9 communes et puis Odette (qui est devenue Odette Nilès, femme de l’actuel Président de l’association Châteaubriant-Voves) et Georges Abbachi, compagnons de Guy Môquet au Camp de Choisel et qu’on revoit chaque année lors des cérémonies de la Sablière. On y redécouvre la vie des « politiques » au camp de Choisel, ouvriers des arsenaux, marins, syndicalistes et élus, hommes, femmes, opposants au nazisme. Puis l’évasion de Fernand Grenier. Et puis la carrière de sable rouge et ces 27 hommes qui chantent la Marseillaise et le Chant du Départ. Trois séries de salves : dix soldats pour chaque fusillé ...« Dix-sept ans et demi, ma vie a été courte ... »

Guy Môquet, une enfance fusillée
Par Pierre Louis Basse - Ed Stock - 110 F


Mis en ligne le 19 janvier 2007 :

  Sans vouloir vous offusquer, Nicolas Sarkozy ....

Il a fait un beau discours, Nicolas Sarkozy, lors de son sacre à Paris, le 14 janvier 2007, et il appelé derrière lui tous les « grands » : Jaurès, de Gaulle, Hugo et ... Guy Môquet.

Ce faisant, il utilise exactement le même procédé que le Front National : reprendre les mots, les vider de leur sens originel, et les faire réapparaître à son profit. L’expression « Front National » est déjà elle-même un rapt : le parti d’extrême-droite empruntant le nom d’un des mouvements de résistance de la seconde guerre mondiale.

On lira à ce sujet l’excellent dictionnaire de la langue de bois.

Nicolas Sarkozy en fait autant, tellement qu’il est difficile de résister à son raz-de-marée. Car c’est chaque idée, chaque mot qu’il faudrait reprendre pour montrer à quel point il tord leur sens originel pour imposer sa pensée.

C’est pourquoi, une fois n’est pas coûtume, il est important de reprendre l’article de Pierre-Louis Basse, paru dans Le Monde du 18 janvier 2007.

B.Poiraud

Le voici en clair :

Point de vue :

Sans vouloir vous offusquer, Nicolas Sarkozy,
par Pierre-Louis Basse
LE MONDE

Cher Nicolas Sarkozy, c’est un joli message que vous avez tenu à nous envoyer depuis la porte de Versailles. Je dis « nous » pour désigner ma famille, voyez-vous, une famille qui se situe plutôt à gauche, depuis plusieurs décennies. Il faut dire que la politique ne déteste pas ce genre de tournants. Je comprends cela. On s’échauffe un peu, on s’emballe, l’air du temps vous pousse à prendre quelques risques verbaux - aidés en cela par des intellectuels touchés eux aussi par votre charisme - et hop ! le temps d’un meeting, c’est toute l’histoire de notre pays que vous parvenez à ramasser dans votre manche. Bien joué président. Très fort.

Hier, Doc Gynéco, le vide et la frime, Pascal Sevran, et ce soir, Jaurès... Hugo... Mandel... La tête me tourne. C’est fou n’est-ce pas, ce que la société du spectacle peut avoir comme talents. Tous ces noms. Ces visages marqués au coin de la générosité. Le don de soi. Jusqu’à ce jeune homme de 17 ans, Guy Môquet (Le Monde du 16 janvier), fusillé évanoui, le 22 octobre 1941, avec 26 autres de ses camarades, tandis qu’un soleil d’hiver cinglait le camp de Choisel à Châteaubriant. Je n’en crois pas mes yeux. Franchement, je trouve que TF1 a été trop court dimanche soir. A force de culpabiliser, d’imaginer qu’ils en font trop pour vous dans la campagne, ils ont manqué l’essentiel. « J’ai changé », dites-vous, avec de vrais trémolos dans la voix. Ça n’est plus un changement, cher Nicolas Sarkozy, c’est une révolution. Certes, une révolution « de palais ». Mais une révolution tout de même !

Votre discours, je l’ai entièrement relu. C’est important la relecture. En creux, il y a tout de même ces petites habitudes. Ces tics qui reviennent, tapis dans l’ombre et rabattent légèrement le caquet du lyrisme. D’abord, l’empathie et la mémoire : « Ma France... Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas... Celle des travailleurs qui ont cru à Jaurès et à Blum... » Ne manquaient plus à l’appel que Louise Michel, Gabriel Péri ou Georges Politzer. Mon dieu, que fait la gauche ? Sur le coup, j’ai cru à une lecture publique de l’Aragon du Roman inachevé. Presque du Jean Ferrat dans le texte.

Grâce à vous, cher Nicolas Sarkozy, une fin de l’histoire est revisitée. Tous ces grands chênes, debout, derrière vous seul ! Une République des justes. Et puis j’ai fini par réagir. On se pince. Vous savez, comme lorsque nous sortons d’un étrange sommeil. Cette sieste assassine qui nous fait perdre le nord. Plus loin en effet, j’ai bien lu : « Cette gauche immobile qui ne respecte plus le travail... Cette République virtuelle qui veut donner un diplôme à tout le monde... »

Alors, j’ai fini par remonter à ma propre surface. J’avoue que j’ai rêvé le temps d’un verbatim...

Je me suis brusquement rappelé ce que me confiait mon grand-père, évadé de Châteaubriant avec Auguste Delaune, un mois après la fusillade, repris, déporté à Mauthausen, et copain de votre nouveau héros, le jeune Guy Môquet : « En 1936, me disait Pierre, tu sais, la droite française, dont une partie non négligeable épousera la collaboration - les fameux capitulards -, traitait le ministre Léo Lagrange, créateur des colonies de vacances, de ministre de la paresse... »

Et là, voyez-vous, tout est remonté. Tout, je vous assure. Un courant revenu de loin. J’avoue. Je me suis laissé porter par la vague de ma mémoire de gauche. Les premiers congés payés ; La Baule pour les prolos, un salaire digne pour le travail des femmes, et, plus tard, les accords de Grenelle au printemps 1968 ; le smic, revalorisé, dès 1981, l’abolition de la peine de mort. Une sorte d’inventaire. Tout cela, cher Nicolas Sarkozy, obtenu grâce à des luttes. Des avancées, comme on disait à la maison, jamais offertes. Toujours conquises. Je dois dire aussi, sans vouloir vous offusquer, m’être brutalement rappelé votre difficulté en direct, à commenter la mort du dictateur chilien, Augusto Pinochet. Votre silence m’est apparu assourdissant. Les crimes de droite, impulsés directement par l’administration américaine de l’époque, ne vaudraient-ils pas ceux de gauche ?

Vous aurez noté ma bienveillance à ne pas souligner vos propos malheureux sur cette banlieue où je vis et qui méritait d’autres égards que le simple vocable de « Kärcher ». Cette banlieue d’où partirent, cher président, tant de jeunes résistants - armée des ombres de la première heure - dans les brumes de la porte de la Chapelle, Aubervilliers ou St-Ouen. Impossible, n’est-ce pas, dans un tel cortège, d’oublier ces figures étrangères au visage glabre et noir de barbe mal rasée, que déjà l’on stigmatisait sur ces affiches rouges placardées sur les murs de Paris... Missac Manouchian, le tourneur arménien des usines Citroën, Rino Della Negra, le footballeur du Red Star, Joseph Boczov, Stanislas Kubacki, Marcel Rayman... tous fusillés le 21 février 1944 au mont Valérien.

« Le courage, écrivez-vous, consiste à surmonter sa peur... » Oserais-je vous rappeler qu’en plusieurs décennies Neuilly, votre premier grand bastion politique, a presque ignoré le logement social ? C’est ce qu’il y a de terrible dans les familles politiques, cher Nicolas Sarkozy : elles résistent au temps. Et au spectacle. J’aime assez cette phrase de François Mauriac, au soir de sa vie, lorsqu’il évoque la répartition des rôles dans le soulèvement contre l’envahisseur. Une période dont vous avez fait la matrice de votre discours, porte de Versailles : « La classe ouvrière française, dans ses profondeurs, est seule à être restée fidèle à la patrie profanée. » Il serait temps que la gauche s’en souvienne.

Pierre-Louis Basse, écrivain, auteur de Guy Môquet. Une enfance fusillée Stock 2000.

Article paru dans l’édition du 19.01.07 du journal Le Monde


Ecrit le 24 janvier 2007 :

 Manipulation

A propos de la façon dont Sarko récupère tout et n’importe quoi, une lectrice écrit :

Manipulation des mots, manipulation des images, manipulations renforcées par les moyens de communications qui n’ont jamais été aussi nombreux et familiers à tous, pénétrant chaque foyer, interpellant chaque famille, chaque homme, femme, adolescent, enfant et même ceux qui vivent dans la rue à travers les journaux gratuits distribués par des S.D.F.

Ces médias écrits, visuels, parlés, envahissants, ne doivent pas nous faire oublier que lors de la montée de l’antisémitisme et du fascisme ils n’existaient pas !!! et pourtant.... un temps, le fascisme assassin et l’obscurantisme ont gagné sur la démocratie, sur ces besoins que tous les hommes et femmes de l’époque auraient dû défendre par les voix de leurs élus : la LIBERTE, L’EGALITE, la FRATERNITE, et je rajoute : la TOLERANCE. Pourquoi ?...Pourquoi les Hommes ne sont-ils pas intimement convaincus qu’ils doivent vivrent libres pour trouver le bonheur en ce lieu qu’est la terre ?

Libres, libérés de cette matérialité qui les emprisonne dans une course effrénée à l’acquisition de biens, toujours plus pour les uns, plongeant les autres, toujours plus, dans le dénuement. Principe des vases communicants.

Pourquoi l’Homme a-t-il besoin de souffrir ?

Pourquoi ceux qui souffrent, qui n’ont rien, ont-ils besoin de confier l’organisation de leur vie à travers leur pays à des Hommes qui ont tout et qui les maintiennent dans le dénuement ?

Pourquoi ceux qui n’ont rien se révoltent-ils parfois contre ceux qui ont tout et qu’ils ont portés à la direction de leur pays, tout en sachant que la force dite publique (policiers), au service de cette direction, viendra les combattre ?

Quelqu’un a parlé du « Syndrome de Stockholm », sentiment, penchant qui nous fait aimer notre bourreau !!! Interrogeons nous !, prenons conscience de ce que nous vivons, ne serions-nous pas atteints par ce syndrome ??

Allons-nous porter au pouvoir un homme qui n’a NI FOI, NI LOI, hormis la sienne ? un homme qui réorganisera le social dans un seul but : faire triompher le libéralisme, afin d’éviter la grosse vague de mécontentements qui risquerait de plonger notre société dans le chaos.

Allons-nous continuer à vivre ainsi ?? toujours confier l’organisation de nos vies à ceux qui ont tout et qui veulent garder et accroître ce qu’ils ont ?

Réfléchissons : un homme qui se présente seul à une élection n’est déjà pas une garantie du respect de la liberté d’expression, mais quand cet homme se dit « plébiscité », c’est un facteur de plus d’inquiétude ! De plus, le résultat de la situation des Hommes sur notre terre prouve que la formation des « dirigeants » dans les Ecoles les plus grandes et glorieuses n’est pas une garantie pour le bien-être de tous et la bonne santé de notre planète !

Le choix de l’intelligence du cœur devrait primer sur tout !!
et l’intelligence du cœur, c’est l’intelligence du bon sens, l’intelligence qui écoute, regarde, et décide pour les autres et non pour soi et son clan.

Malraux a dit : le XXIe siècle sera religieux (spirituel) ou ne sera pas (spiritualité laïque), j’ai bien peur qu’il ne le soit pas si nous continuons ainsi.... pour notre malheur !!

La matérialité, c’est le paraître, l’artifice. La spiritualité, c’est l’être, l’authenticité. Attention, la spiritualité n’est pas la propriété des religions !! La spiritualité appartient à l’Homme, elle est son essence, sa richesse, l’Homme est Homme parce que Spirituel

Michèle Hersant


Ecrit le 26 février 2014

 L’affiche rouge

21 février 2014, soixante-dixième anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian (FTP-MOI), le 21 février 1944, en l’honneur de qui a été créé le chant ’’L’Affiche rouge’. Un hors-série de 52 pages de l’Humanité consacré aux 70 ans de l’Affiche Rouge permet de se remémorer le sacrifice.

Souvenirs du groupe FTP-MOI

Pierre Louis Basse a parlé aux jeunes de Châteaubriant