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Les illettrées et les beaux ministres

Ecrit le 24 septembre 2014

 Les illettrées

Pour sa première interview en tant que ministre de l’Economie, mercredi 17 septembre sur Europe 1, Emmanuel Macron est revenu sur le dossier de l’abattoir Gad, dont de nombreuses employées seraient, dit-il, « illettrées ». Des propos fraîchement accueillis sur les réseaux sociaux où on oppose fréquemment le profil surdiplômé de l’ancien banquier d’affaires au profil des Français lambda. Sauf que, sur le fond, ses propos renvoient à une réalité bien concrète, relevée aussi par les syndicats : le taux d’illettrisme dans cette entreprise avoisine les 20 % soit le double de la moyenne nationale.

Ne pas confondre cependant l’illettrisme avec l’analphabétisme. Dans le premier cas, les personnes concernées ont appris à lire et écrire mais en ont perdu la maîtrise (comme on perd la maîtrise du vélo quand on n’en fait plus). Dans le second cas, les personnes n’ont pas bénéficié d’un enseignement en bonne et due forme.

Ces propos rappellent ceux d’un certain Pierre Lelong, secrétaire d’Etat du gouvernement Chirac en 1974. déclarant lors d’un dîner-débat au Sénat : « Travailler dans un centre de tri est, si j’ose dire, un des métiers les plus idiots qui soient ».

 Métiers nobles et métiers méprisés

Cela pose donc l’éternel problème des métiers ’’nobles’’ et des métiers méprisés et, pire, des personnes considérées et de celles qui sont méprisées. En quoi l’éboueur, qui a la bonne idée de ramasser nos déchets ménagers, serait-il moins bien considéré qui le ministre qui sait faire de beaux discours et manier la langue … de bois ?

Les princes qui nous gouvernent n’ont malheureusement aucune connaissance des conditions de travail des ’’gens d’en bas’’ et se satisfont sans doute des quelque 400 € donnés aux RSA   pour les aider à survivre. De leur part, ce n’est sans doute pas du mépris, c’est de l’ignorance totale mais … cela pose problème !

Dans son blog, article paru le 13 septembre 2014, l’ancienne ministre Michelle Delaunay, explique fort bien : ’’Ils ont fait sciences-po, passé ou non un concours de l’administration, regardé autour d’eux… Et finalement trouvé un poste d’attaché parlementaire ou un job
dans une collectivité et, pour les plus chanceux ou les plus habiles, dans un « Cabinet ». Dans ces milieux un tantinet confinés, ils ont pris le virus. Rien à reprocher : la densité d’intelligence y est grande, les sujets d’intérêt nombreux et variés, l’endogamie forte et l’impression d’appartenir à une sorte d’élite pensante, bougeante et agissante, porteuse.

L’envie vient d’aller plus loin, de fabriquer soi-même de l’immédiat (…). Cinq ou dix ans ont passé, ils entrent à leur tour dans la piscine. Grand bain pour les museaux les plus fins (tenter une élection uninominale, cantonale le plus souvent), moyen bassin pour la plupart (figurer sur une liste municipale ou régionale), pataugeoire pour les encore timides (tenir un rôle dans une équipe de campagne). Ils gagnent ou ils perdent, mais ils demeurent dans cet entre-soi réconfortant où l’on partage les mêmes idées avec pour conséquence de croire toujours avoir raison.

Ceux qui gagnent du premier coup sont les plus à risque : ils n’ont plus seulement le virus, mais la maladie. Grand air, bobine sur le journal après l’avoir eue sur de grandes affiches, ils sont quelqu’un, c’est à dire déjà plus tout-à-fait eux-mêmes. (..)

Après trente ans d’entre-soi, les voilà à leur tour à la tête d’une écurie : député entouré de ses trois assistants parlementaires et de quelques dizaines de congénères faits au moule ; maire à la tête de son Conseil et de son Cabinet. .. Beaucoup demeurent au cœur du mouvement qui les a formés. Au PS, cela s’appelle des courants, après avoir été des motions. A l’UMP, cela n’a d’autre nom que celui du mentor, généralement candidat potentiel à la prochaine présidentielle. (…)

Ces élus n’ont jamais connu la vie réelle. Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis. Compter pour savoir si l’on pourra payer ses deux employés à la fin du mois, si l’on aura soi-même assez pour assumer la scolarité du petit, le loyer… . Suivre de près météo, récoltes et prix des matières premières pour maintenir son exploitation agricole, répondre aux appels les nuits de garde en faisant sur le chemin vers le suivant la revue des traitements qu’on aurait pu oublier, toutes ces heures et ces jours où le réel est dur comme ciment et où il faut le coltiner sans échappatoire possible, tout cela, ils n’en savent rien ».

Lire les propos de Michelle Delaunay