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Le voyageur en souffrance et l’occupant bernique

Ecrit le 15 octobre 2014.

Chez nos voisins, en Maine et Loire, un guide départemental des politiques de jeunesse à l’attention des élus du monde rural, a été élaboré pour mener à bien une politique ambitieuse de la jeunesse du territoire. Ce guide, qui vient de sortir, établi par la direction départementale de la cohésion sociale, s’articule autour de 12 chantiers prioritaires :

  • 1. Promouvoir la réussite de tous les jeunes en luttant contre le décrochage,
  • 2. Améliorer la santé des jeunes et favoriser l’accès à la prévention et aux soins,
  • 3. Faciliter l’accès des jeunes au logement,
  • 4. Favoriser l’accès à l’emploi des jeunes,
  • 5. Sécuriser les parcours d’insertion sociale et professionnelle des jeunes,
  • 6. Favoriser le parcours de réinsertion des jeunes détenus ou faisant l’objet d’une mesure judiciaire,
  • 7. Favoriser l’accès des jeunes aux sports, à l’art, à la culture et à une offre audiovisuelle et numérique de qualité,
  • 8. Développer la culture numérique et l’accès des jeunes aux nouveaux métiers de l’Internet,
  • 9. Accroître et diversifier la mobilité européenne et internationale des jeunes,
  • 10. Promouvoir et valoriser l’engagement des jeunes,
  • 11. Renforcer la représentation des jeunes dans l’espace public,
  • 12. Conforter le lien entre les institutions et les jeunes et lutter contre les discriminations.

  Référentiel rural élargi

La distinction entre ville et campagne est de moins en moins pertinente de nos jours puisque les populations sont de plus en plus mobiles et accèdent aux mêmes pratiques culturelles et demandes sociales. Pour autant, les habitudes des habitants et les moyens disponibles pour les politiques publiques sont très différents d’un territoire à l’autre. L’INSEE a préconisé, dans un rapport pour la DATAR en 2003, un large périmètre, sous le nom de référentiel rural élargi, comprenant des espaces périurbains, des petites et moyennes villes, et des communes très rurales. Il exclut en revanche les plus grandes villes (unités urbaines de plus de 30 000 habitants). [La région de Châteaubriant se trouve donc dans ce type d’espace rural. C’est pourquoi la réflexion menée dans le document du Maine et Loire nous concerne fortement.]

Les habitants de ces espaces partagent un même sentiment de vivre à la campagne, dans des paysages peu denses, marqués par les espaces naturels et agricoles. Depuis 1999, le taux de croissance annuel de la population, en moyenne, s’élève à 0,25 % dans les grandes agglomérations ; en revanche, il est de 1,2 % dans les espaces ruraux, entraînant une forte présence d’enfants et d’adolescents dans ces communes rurales.

Les dispositifs de la petite enfance font l’objet d’attentions, de moyens, de savoir-faire structurés impliquant très souvent des espaces d’une grande qualité architec-turale et fonctionnelle ; on parle alors de modes de garde, qui apportent un service aux parents et rendent la commune plus attractive. En revanche, en matière d’adolescence et de jeunesse, les services sont généralement moins structurés et moins portés par les élus locaux. D’autant qu’une politique de jeunesse est complexe à animer, parce que les adolescents et les jeunes ne souhaitent pas des modes de garde, mais des relations éducatives leur permettant de se construire, de créer des relations, parfois de s’opposer au cadre, de découvrir des territoires et des activités, de se rendre utile sur la commune ou de partir à l’étranger.

  Cinq logiques

Une politique de jeunesse doit donc accompagner la construction identitaire des adolescents, avec beaucoup d’incerti-tudes, et ne surtout pas proposer un programme ’’pré-fabriqué’’. Il n’existe pas de recette-miracle en la matière, mais seulement des volontés d’expérimenter des pratiques, d’analyser ce que l’on produit, et de continuer à avancer ; sachant que les habitudes, aspirations et effets de mode des adolescents évoluent d’une génération à l’autre, c’est-à-dire tous les 3-4 ans.
Une communauté éducative qui souhaite accompagner les adolescents et les jeunes de son territoire peut articuler différentes logiques :

Une logique éducative, cherchant à articuler l’éducation formelle (école, collège, lycée) et l’éducation non formelle (associations, parents, médias, espaces publics...). « Pour les familles, c’est un service en plus ; le jeune est mieux dans un foyer avec nous que de rester chez lui toute la journée devant sa console de jeux ; en termes d’ouverture d’esprit, c’est mieux qu’il sorte de chez lui » dit un élu associatif.

Une logique d’accompagnement pour aider les adolescents et les jeunes à faire des rencontres  , des activités et des découvertes, dans une logique de plaisir et de convivialité, mais aussi à se rendre utile sur la commune, à faire des choix personnels pour construire leur trajectoire de vie...

Une logique de prévention visant à promouvoir la santé des jeunes, et à prendre soin des jeunes et des familles les plus vulnérables, en apportant du soutien aux parents, en renforçant les liens avec les travailleurs sociaux du Conseil Général, du centre social, ou en traitant des questions d’incivilité ou de délinquance avec les acteurs de la sécurité.

Une logique de citoyenneté pour développer la vie publique et la participation sociale, à travers la vie des associations et l’animation des espaces et équipements publics. Les jeunes constituent une ressource considérable, à condition qu’ils soient reconnus dans leurs attentes et leurs compétences. Les communes développent ainsi le bien-vivre ensemble, luttent contre l’effet cité dortoir, et contribuent au renouvellement de la démocratie.

Une logique d’insertion professionnelle pour tisser des liens entre les jeunes et le monde du travail, ouvrir les portes de l’entreprise, faciliter l’accueil des jeunes.

La conduite d’une politique de jeunesse nécessite un investissement humain et financier : proposer des activités et accompagner des projets, s’intéresser au bien être et à la prévention des difficultés sociales, apporter de l’information aux jeunes et les aiguiller dans leur accès à l’âge adulte... Sur une quinzaine de structures visitées en Maine-et-Loire et employant des professionnels, le coût moyen en fonctionnement est de 550 € par an et par jeune concerné par les actions.

  Trois sortes de jeunes

Quels que soient leur âge et leurs activités, les jeunes se différencient par leur façon d’être, leur rapport à l’adulte, à la réalité, aux règles de vie. Même si chaque jeune est différent, les recherches sociologiques distinguent trois profils de jeunes, pour lesquels l’accompagnement éducatif doit être adapté. [Ce ne sont pas des catégories fermées. Un jeune peut passer d’une tendance à l’autre, ou ne pas se retrouver dans ce « découpage » ; mais pour une partie des publics ces tendances peuvent éclairer l’analyse et l’action des intervenants]. Villageois créatif, voyageur en souffrance, occupant bernique ?

Les politiques de jeunesse s’adressent généralement à des villageois créatifs, des jeunes plutôt « socialisés » : ils sollicitent les animateurs et répondent plus ou moins à leurs attentes. Ces jeunes s’approprient durablement les lieux, dialoguent, négocient, s’engagent, souvent à travers l’affirmation d’une culture juvénile. Vis-à-vis des accueils 11-17 ans et espaces jeunesse, ils sont des piliers pour construire des projets, aménager les lieux, organiser des événements, être à l’écoute de ce qui se passe. D’autres villageois créatifs montent un projet culturel, une entreprise, s’engagent dans une orientation en prenant de la distance avec leur groupe de référence ; ils sont souvent très lucides sur le fonctionnement institutionnel, sont demandeurs de cohérence, d’activités, de mobilité, d’information. Ces jeunes, plutôt engagés dans les dispositifs qui leur sont proposés ou dans des associations, s’appuient sur ces expériences pour avancer dans leur trajectoire de vie (formation, stages, travail, expériences culturelles, associatives, réseaux relationnels). De ce fait, ils connaissent souvent beaucoup de monde sur leur commune et ailleurs, et parviennent facilement à naviguer d’un groupe à l’autre. Ce sont des jeunes sans gros problèmes,. Il faut valoriser la prise de parole sur leur vécu, leur tendre l’oreille, prévenir les décrochages, pouvoir les informer des relais plus spécialisés (emploi, formation, santé, travail social...), et les préparer à quitter les structures jeunesse pour accéder à d’autres étapes du parcours vers l’âge adulte.

Les voyageurs en souffrance sont en quête d’affirmation et de reconnaissance, mais se manifestent plutôt dans l’opposition. Ces jeunes renvoient que tout est nul, qu’il n’y a rien pour eux, qu’ils s’ennuient, qu’ils ne sont pas reconnus... puis disparaissent bruyamment, lors de nombreux allers-retours sur la commune, ou vers d’autres territoires. Leur quête d’identité les fait vivre au présent, sans lien avec le passé ni l’avenir ; ils se projettent de façon imaginaire vers de grandioses réalisations, mais ont concrètement du mal à faire des choix. Ils fréquentent volontiers les évènements culturels, les fêtes locales, les rencontres   sportives, par micro groupes, à l’affût d’une excitation ou d’une montée d’adrénaline. Ils cherchent maladroitement la reconnaissance, sur un mode conflictuel. Forts en gesticulations et en paroles, ils concrétisent difficilement leurs engagements ; leurs trajectoires scolaires assez atypiques impliquent une mobilité entre plusieurs établissements, plusieurs filières, plusieurs patrons... et renforcent la dévalorisation qu’ils connaissent souvent au sein de leur noyau familial. Du fait de cet état d’esprit, on peine à leur faire confiance, et à les responsabiliser. Lorsque ces voyageurs commettent des passages à l’acte (dégradation, vol, accident de la route, violence, usage problématique de drogue...), ils peuvent être dans le déni, l’oubli presque instantané, réitèrant les mêmes erreurs de façon apparemment insensée.
Ces jeunes, en quête de relation affective, sont toujours à fleur de peau, et souvent en souffrance, maîtrisant mal leurs affects. Pensant qu’ils n’ont rien à perdre, ils cherchent toutefois une résistance chez l’adulte, un cadre qu’ils fuient mais qui les sécurise.

Les « occupants berniques » fusionnent avec leur environnement, prennent peu de distance critique face à ce qu’ils vivent, et s’enferment au niveau local. Ils se singularisent peu individuellement, et adhèrent de façon inconditionnelle à leurs groupes de pairs. Ici l’identité est collective, et s’impose aux jeunes ; les vêtements ou les chaussures de marque (même factices), le culte du corps et des apparences semblent être des conditions de survie. Ils expriment des difficultés à sortir de la commune, à aller voir ailleurs, prétextant des risques imaginaires, des contrôles abusifs... par manque de distance, ils se sentent menacés par le regard de l’autre, stigmatisés, discriminés, pour des raisons objectives mais aussi par victimisation systématique. Leur parcours scolaire est souvent difficile, toujours dans la proximité : c’est l’espace le plus proche qui structure leur orientation.

Ces jeunes, comme tous les autres, cherchent la reconnaissance, aspirent à être des notables, mais dans des contextes familiaux peu valorisés. C’est pourquoi leurs passages à l’acte leur confèrent une visibilité, et une certaine reconnaissance. Leur langage est volontiers provocateur, ils s’inscrivent dans l’irrespect des règles. La satisfaction des désirs, pour la possession de biens, la recherche d’ivresse, ou la jouissance sexuelle, se vivent dans l’immédiateté. Ils cherchent à s’imposer dans les espaces jeunes, par le défi et la pression, par l’explosion émotionnelle, mais se montrent surpris lorsqu’ils sont valorisés, accueillis et en confiance !

C’est aussi pour ces « voyageurs en souffrance » et ces « occupants berniques » qu’il importe de bien définir une politique de la jeunesse, pour ces jeunes d’abord, et aussi pour les effets bénéfiques qu’on peut relever sur la vie publique, l’attractivité de la commune et les relations intergénérationnelles. Le document du Maine et Loire donne des pistes intéressantes :
Voir ce site cliquez ici

  Des éléments indispensables :

  • - Mettre un local à disposition ou un espace extérieur où les jeunes peuvent se rencontrer
  • - Proposer des animations abordables pour tous, pour accueillir une diversité de jeunes, y compris des jeunes en difficulté, en veillant à la mixité garçons-filles.
  • - Communiquer : il vaut mieux parler des problèmes avant qu’ils ne se posent, et établir des règles, plutôt qu’aller sermonner ou faire la morale après coup.
  • - Faire confiance : coopération, valorisation des personnes, expérimentation, pour aider les jeunes à trouver eux-mêmes les solutions, parfois par essais et erreurs.
  • - Observer les changements et s’adapter : il importe de comprendre que les pratiques juvéniles sont éphémères, de proposer des outils qui soient renouvelables, modulables, ou qui s’inscrivent dans la mobilité.

Un des enjeux de l’action conduite avec ou en direction des adolescents et des jeunes adultes est de faciliter leur participation à la vie publique locale, surtout à une époque et dans un contexte où le repli sur la sphère privée menace le dynamisme démocratique. On facilitera donc les échanges et le partage entre les adolescents/jeunes, d’une part, et les associations ou les collectifs qui structurent des services ou des événements locaux, d’autre part.

Il convient de veiller à ne pas replier la génération sur elle-même, mais à structurer une politique de jeunesse qui s’inscrit dans la chaîne des générations. Si la dimension « intergénérationnelle » évoque spontanément le troisième (retraités) et le quatrième âge (personnes âgées dépendantes), on veillera pourtant à faciliter les échanges, les rencontres  , les solidarités entre les jeunes adultes et la génération de leurs parents. Même si légalement les parents ont délégué une responsabilité concernant leur enfant mineur, même si les jeunes majeurs sont légalement responsables, il importe de valoriser les jeunes, leurs activités, leurs propositions, notamment pour ce qui concerne les jeunes les plus fragiles socialement, qui souffrent fréquemment d’un manque de reconnaissance


  Malenbaï

Dans le désert du Rajasthan, en Inde, l’association Malenbaï a fait la rentrée scolaire avec tous les enfants présents : Bhawru, Kissor, Weena, Yamuna, Deepa et Mohan. « Nous attendons encore Haru, Meena, Lilou, et Nirma qui devraient bientôt se joindre à la joyeuse troupe » dit Capucine, au village de Pabu Ki Dhani.

L’école a lieu du lundi au samedi (inclus) de 8h à 10h et 2h l’après midi (plus ou moins en fonction de la fatigue, du vent brûlant, etc….). « Nous avons recommencé l’alphabet en anglais depuis le début, les enfants sont passionnés par ce qu’ils apprennent ! Ils sont FOUS de joie, ils veulent que l’école ait lieu le dimanche aussi ! Le matin ils se lèvent tôt, ils font un footing vers le temple de Malenbai, puis ils font du yoga avec un livre qu’ils ont trouvé (depuis que je leur ai dit qu’un prof de yoga viendrait un jour, ils s’entrainent tous les jours !). Ils se lavent, balaient l’école, nettoient le tableau et attendent que « la prof » soit prête ! Incroyable ! nous faisons aussi beaucoup d’activités artistiques (confection d’une tente avec du tissu sur lequel nous avons peint, préparation de tricot à doigts, bracelets, couture) ».
« J’aimerais aussi introduire un cours d’anglais et de français l’après midi mais pour le moment je n’ai pas les forces à cause de la chaleur, du vent et toutes les tâches ménagères ».