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Aimé Césaire, membre associé à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer

Ecrit le 16 janvier 2008

 Aimé CESAIRE nommé membre associé de l’Académie des Sciences d’Outre Mer.

Cette information est passée inaperçue fin octobre 2007 dans l’ensemble des médias nationaux, ce qui reste pour l’association « Mémoire de l’Outre-Mer » une grande interrogation. Le poète martiniquais, âgé de 94 ans, l’inventeur du mot « négritude » n’a toujours pas trouvé place parmi les immortels de l’Académie Française.

Pourtant, il est un « monument » qu’aucune personnalité (récemment F.Fillon) n’omet d’aller saluer pour sa sagesse et son regard sur le monde. Il dit : « Liberté, Egalité, Fraternité : très bien. Mais pourquoi n’a-t-on jamais vu pour nous la fraternité ? Nous ne l’avons jamais eue. Nous avons la liberté, comme on peut l’avoir dans le monde. Il y eut un effort pour l’égalité. Mais la fraternité, où est-elle ? Je crois qu’on ne pourra jamais l’avoir, la fraternité. Si tu ne me reconnais pas pourquoi veux-tu que nous soyons frères ? Moi, je te respecte, je te reconnais, mais il faut que toi tu me respectes et me reconnaisses. Et là, on s’embrasse. C’est ça, pour nous la fraternité ».

« Mémoire de l’Outre-Mer », dans un communiqué du 6 janvier 2008, saisit cette nomination à la très respectable Académie des Sciences d’Outre Mer pour saluer et remercier le chantre de la négritude pour l’exigence de sa pensée.

Aimé Cés

Aimé CESAIRE est né en 1913 à la Martinique. En 1931 au moment de l’exposition coloniale internationale de Paris, il s’inscrit en rupture avec ce courant colonial, il commence à montrer le lien « naturel » existant entre les crimes de l’entreprise coloniale et le programme d’extermination exposé par Hitler dans Mein Kampf.

Ecoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

 

Aimé Césaire

 

http://www.toutelapoesie.com/poetes/aime_cesaire.htm

 Brasseur de souffrances

Brasseur de souffrance, Aimé Césaire explore tous les hauts lieux de la douleur des peuples colonisés où la mort et l’injustice ont frappé. Ce sont les Antilles grêlées de petite vérole, dynamitées d’alcool et échouées dans la boue. C’est évidemment l’Afrique qui saigne de toute l’étendue du continent. C’est la géographie tuméfiée des Etats Unis d’Amérique où les nègres n’en finissent pas d’être lynchés. Ce sont toutes ces terres rouges, « sanguines, consanguines où se poursuit cyniquement l’œuvre de démolition du colonialisme » (voir le site : http://www.cesaire.org/)

Eveilleur des consciences, poète de l’universelle fraternité, « Aimé Césaire est un noir qui est non seulement un noir ; mais tout l’homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases, et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité » (André Breton)

Aimé Césaire, toujours vivant, fut député de 1945 à 1993 et maire de Fort-de-France pendant 56 ans. Il s‘opposa aux articles 3 et 4 de la loi du 23 février 2005, dont le but est de faire dire aux historiens que la colonisation fut une chose positive.

Au total Césaire à publié plus de quatorze œuvres, recueils des poésies, pièces de théâtre et essais. De nombreux colloques et conférences internationales ont été organisés sur son œuvre littéraire qui est universellement connue. Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues : anglais, espagnole, allemand … mais il n’est toujours pas membre de l’Académie Française !

Prophétie
 
où l’aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois
 
là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux
là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d’une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l’espace et lève
à rebours la face du temps
là où l’arc-en-ciel de ma parole est chargé d’unir demain
à l’espoir et l’infant à la reine,
 
d’avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d’avoir gémi dans le désert
d’avoir crié vers mes gardiens
d’avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes
 
je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s’ouvre d’un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l’air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.
Aimé Césaire

Aimé Césaire est mort le 17 avril 2008

Photos : http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0@2-3382,31-1035309@51-1035300,0.html

Deux vidéos : http://www.afrik.com/article14120.html

L’Orphée noir : http://www.telerama.fr/livre/aime-cesaire-l-orphee-noir,27655.php