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1000 vaches, procès à Amiens

Ecrit le 22 octobre 2014

 Le procès de l’industrialisation

Le 28 octobre 2014, neuf militants de la Confédération Paysanne comparaîtront devant le tribunal correctionnel d’Amiens, pour des actions à l’usine des mille vaches, à Drucat (Somme). Ce sera le lieu de faire le procès de l’industrialisation agricole. Aux Etats-Unis, les troupeaux à plus de 1000 vaches font plus de la moitié du lait collecté mais ne représentent que 2.5% des producteurs. Installées dans les régions arides de l’Ouest, elles utilisent de la main-d’œuvre mexicaine peu coûteuse car le plus souvent sans papiers, et achètent l’essentiel de l’alimentation : maïs–soja–luzerne, sur le marché, le lait étant transformé en poudre ou en fromages faciles à transporter et à exporter. Jusqu’en 2007 le prix du maïs et du soja était faible et la rentabilité des unités hors-sol très élevée. Depuis, le prix de l’aliment a doublé et, en 2009, beaucoup de très grands troupeaux ont fait faillite. C’est pourquoi le prochain Farm Bill 2014-2018 leur donnera plus de sécurité avec une garantie de marge sur coût alimentaire, sans plafond de volume, donc un soutien évident à l’agrandissement illimité. Cette course au gigantisme est aussi lancée au Moyen Orient, et en Asie, notamment en Chine et en Inde, avec l’appui des industriels et des banquiers européens.

Cette évolution est inacceptable pour quatre raisons :

  • - Ces usines laitières sont en compétition directe avec l’alimentation humaine car grosses consommatrices de grains ;
  • - Elles sont destructrices de l’environnement car co-responsables de la déforestation pour faire de la monoculture industrielle de maïs ou de soja ;
  • - Elles sont de grosses consommatrices d’énergie fossile, donc grosses productrices de CO2 ;
  • - Elles sont surtout destructrices d’emplois, de marchés locaux, donc de vie rurale.

Source : André Pfimlin pour La Confédération Paysanne


Ecrit le 29 octobre 2014

 Huit tracteurs vigilants

Samedi 25 octobre 2014 à 9h, le comité de soutien à la lutte contre l’aéroport de ND des Landes, accueillait huit ’’tracteurs vigilants’’. Partis la veille de ND-des-Landes, ils ont fait étape à Châteaubriant, place Charles de Gaulle, sur la route qui doit les amener lundi 27 à Abbeville et mardi 28 devant le tribunal d’Amiens.

Pourquoi faire 500 km en tracteur ? Cette ’’transhumance’’ est ponctuée de multiples arrêts chez les COPAINs (Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles INdignées par le projet d’aéroport). Chaque arrêt est l’occasion de garder du lien, d’échanger sur les luttes, le monde paysan et surtout de faire causer sur cette ferme pharaonique, la ferme des 1000 vaches. Même si le projet est pour l’instant « limité » à 500 vaches, que seulement 150 sont arrivées, ce sont deux visions du monde qui s’opposent. Les conducteurs vigilants défendent une agriculture paysanne et vivrière face à l’industrialisation de la production.

En France, nous sommes relativement protégés grâce à des réseaux comme celui des COPAIN dans lesquels il y a Civam44, Terroir 44, Accueil Paysan, GAB44, Confédération Paysanne, Manger Bio 44. Toutefois, aux Etats-Unis, 40 000 vaches remplissent un parc d’attraction où il est possible de se balader en car. En effet, cette usine permet de « montrer aux gens d’où vient ce qu’ils mangent ». Un tour de car offre une vision de la vie des vaches qui n’iront jamais dans les champs. Il est ensuite possible de déguster des produits de la ferme. Il faut dire que cette « ferme pédagogique » a un succès fou. Une usine de production animale (poulets et porcs aussi) « intensive et respectueuse de l’environnement ». Elle est autonome pour l’alimentation et produit son énergie grâce à la méthanisation. En Arabie Saoudite, c’est 46 000 vaches qui sont concentrées pour le ’’bonheur’’ des animaux et de leurs éleveurs.

Pour éviter d’en arriver là, des syndicalistes paysans ont immobilisé des engins de chantiers et tagué un énorme « Non aux 1000 vaches ». Cette action, revendiquée par la onfédération Paysanne, a conduit neuf militants devant le tribunal correctionnel. Le 1er juillet dernier, ils étaient convoqués pour dégradation. Leur dossier étant soi disant incomplet, c’est mardi 28 octobre qu’ils iront comparaître au tribunal d’Amiens. Les tracteurs partant de notre région y seront aussi parce que ce projet à Drucat, près d’Abbeville, est devenu le symbole de l’industrialisation de l’agriculture. Pour les consommateurs et les paysans, ce modèle n’est pas le leur.

La justice qui est indépendante selon les textes, exercera son pouvoir. Ces syndicalistes qui effectuaient une action qu’ils estimaient juste pour défendre leurs convictions, qui n’a rien détruit, qui a seulement ralenti les travaux, auront une sanction de plus pour cela. Ils ont déjà perdu le droit de revenir dans la Somme, ont récupéré celui de se rencontrer ou de quitter le territoire national. Quelle pourra être la future sanction ?

Source : PL


Ecrit le 24 juin 2015

 Etre paysan, c’est vouloir être libre

Des paysans de la région castelbriantaise se sont rendus à Amiens le 17 juin pour le procès des neuf militants accusés de dégradations à la ferme-des-mille-vaches. A l’issue de l’audience, la Confédération Paysanne a déclaré :
« Nous sommes paysans… Etre paysan, c’est vouloir être libre, travailler au rythme des saisons, travailler avec la nature, les animaux… Etre paysan, c’est se voir confier cette noble tâche : produire pour l’alimentation de tous ! (...)

Ces dernières décennies, nous, paysans des pays riches, avons commencé à perdre quelques fragments de notre métier, à perdre surtout de l’autonomie. La banque permet l’emprunt, mais impose aussi les options de production. Les industriels fournissent matériel, semences et produits de traitement, parfois nécessaires mais qui enchaînent les paysans à une recherche infinie de rendement. Les grandes chaînes de distribution assurent la commercialisation des produits – elles imposent aussi le prix payé aux paysans et obligent à produire du volume pour assurer un revenu. Beaucoup de lois et de réglementations ont accompagné cette mise en dépendance.
Tout se passe comme si le paysan mettait sa force de travail à disposition d’employeurs puissants, souvent invisibles, et impitoyables. Pour beaucoup d’entre nous, l’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve, et la prolétarisation du métier se confirme.

Cette évolution s’accélère aujourd’hui, brutalement : usines à vaches, serres géantes à tomates, énormes surfaces de production de céréales… Avec ces gigantesques entreprises créant une pression maximale sur les paysans et accaparant les terres, il y a une réelle volonté d’industrialiser l’agriculture !

Les acteurs de l’agro-industrie ont d’abord investi à leur profit les outils d’amont et d’aval, souvent créés et mis en place par les paysans. Ils s’emparent maintenant du cœur même de notre métier : la produc-tion. Ils veulent appliquer les mêmes logiques industrielles : concentration, mise en situation de monopole, recherche du coût de production toujours plus bas, à n’importe quel prix, les travailleuses et tra-vailleurs comme variable d’ajustement… effroyable logique qui pense pouvoir s’affranchir de la moindre considération pour ceux qui en sont victimes !

L’industrialisation de l’agriculture, de la bouffe abondante et bon marché prétend être l’assurance d’une alimentation suffi-sante pour l’humanité, avec ce qu’elle impose comme coûts sociaux, écolo-giques et climatiques ! Elle est surtout la réponse cynique à la paupérisation des populations par les politiques libérales, et le meilleur moyen de mieux les ponctionner par les loyers, les transports, ou les marchandises à obsolescence programmée... C’est l’intolérable réalité d’une nourriture qui n’a plus de lien avec la terre, qui n’est que production artificielle imposée par les logiques standardisantes du business et du commerce international, pure destruction du mode alimentaire des peuples, totale négation du principe de souveraineté alimentaire, de la liberté de chacun de choisir son alimentation.
On nous place sous la dépendance alimentaire de quelques grands groupes industriels et financiers, assurant ainsi notre soumission. Car c’est aussi leur domination politique qui est en jeu, telle qu’elle se manifeste déjà dans les Accords de Libre-échange actuellement négociés par l’UE avec l’Afrique de l’Ouest, les États-Unis ou le Canada.

Nous ne pouvons pas laisser faire, nous soumettre à cet ordre des choses, comme si c’était l’ordre inéluctable de l’évolution de l’humanité ! En n’agissant pas nous deviendrions complices de ceux qui régissent le monde à leur unique profit. (...) Donnons-nous les moyens de l’espoir !

Nous, paysans, battons-nous pour notre autonomie et nos savoir-faire. Nous paysans, avec vous tous, citoyens, luttons contre l’industrialisation de l’agriculture qui veut nous balayer. Nous tous, citoyens, pas seulement consommateurs, revendiquons le choix de notre alimentation. Nous tous, citoyens, refusons de brader notre démocratie à la surveillance généralisée et au bon vouloir des multinationales. Réinventons notre engagement politique. Prenons conscience que nous avons le pouvoir, exerçons-le ensemble ! »