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Rémi Fraisse, la mort et les questions

Ecrit le 5 novembre 2014

 La mort de Rémi Fraisse

Le point de vue de la famille
Victime d’une guerre de civilisation

L’article de Médiapart : Sivens : la faute des gendarmes, le mensonge de l’Etat

Médiapart, 6 novembre 2014 | Par Michel Deléan

L’État l’a su immédiatement et l’a caché : c’est bien une grenade offensive qui a tué sur le coup dans la nuit du 25 au 26 octobre Rémi Fraisse. D’après les premiers éléments de l’enquête et des témoignages de gendarmes mobiles, une longue chaîne de responsabilités a abouti à la mort de l’étudiant écologiste. Le gouvernement a tenté durant quarante-huit heures de brouiller les pistes. « Grenade ! », crie le chef J. à l’attention de ses hommes, en joignant le geste à la parole. Des grenades offensives (OF) de ce type, la plupart des gendarmes mobiles avouent ne jamais en avoir lancé. Ce sont des armes de guerre, que seul un gradé peut projeter, et encore : dans certains cas bien précis, et seulement en les jetant à terre, prévoit le règlement. Mais cette nuit du 25 au 26 octobre, dans la forêt de Sivens, environ 40 grenades de type OF sont lancées par les militaires, sur un total de plusieurs centaines d’engins divers utilisés.

Or, selon plusieurs témoignages de gendarmes présents sur place, qui ont été recueillis dès le lendemain pour les besoins de l’enquête judiciaire et dont Mediapart a pris connaissance, le chef J. lance cette grenade-là en l’air, et directement sur un petit groupe de quatre à cinq jeunes dont fait partie Rémi Fraisse et qui leur lançait des pierres et des mottes de terre. Équipés de jumelles à vision nocturne, plusieurs gendarmes reconnaîtront avoir vu tomber le jeune homme tout de suite après l’explosion, et avoir compris immédiatement ce qui venait de se passer, selon des sources proches du dossier.

Les gendarmes n’étaient pourtant pas en danger. Protégés, suréquipés, ils étaient en outre séparés des jeunes manifestants par un grillage et un fossé. Autant dire qu’avec leurs casques, boucliers, armure et protections diverses, ils auraient pu tenir leur position sans dommage pendant des heures. Selon plusieurs témoignages, les manifestants étaient d’ailleurs à court de fusées éclairantes et de cocktails Molotov. Pourquoi le chef J. a-t-il décidé de lancer une grenade offensive sur ces jeunes, avec les risques évidents que cela comportait ? A-t-il perdu ses nerfs ? Sur procès-verbal, le gradé a tenté d’expliquer son geste, un choix personnel selon lui, par l’intensité des incidents de cette nuit-là. Son supérieur au sein de l’escadron de gendarmes mobiles (EGM) 28/2 (venu de la Gironde) a donné une version légèrement différente, en assumant avoir donné cet ordre lui-même.

Très vite, en tout cas, vers 2 heures du matin, la zone a été éclairée au projecteur, et le corps de Rémi Fraisse récupéré. Et en langage militaire, il a été « rendu compte » immédiatement au commandant d’escadron, et donc au préfet, au procureur, puis aux ministres de tutelle (intérieur et justice). Discrètement, un premier examen médico-légal de Rémi Fraisse est pratiqué deux heures à peine après sa mort dans une morgue d’Albi. Le médecin qui examine le corps conclut immédiatement à un décès provoqué par une explosion, mais on n’en savait rien jusqu’ici. Des photos sont alors faites du cadavre. Il ne reste rien ou presque du sac à dos de Rémi Fraisse.

Ce dimanche 26 octobre, l’État sait déjà tout ou presque du drame, mais va choisir de feindre l’ignorance et de minimiser pendant 48 heures.

La mort de l’étudiant écologiste est d’autant plus absurde et révoltante qu’il n’y avait strictement rien à protéger sur la zone où étaient positionnés les gendarmes mobiles ce soir-là. Le préfet du Tarn avait donné des « consignes de fermeté » aux gendarmes, lesquels sont par ailleurs accusés par plusieurs plaignants ou témoins d’avoir provoqué des incidents sur le site, et de s’être livrés à des violences injustifiées. En conséquence, le matin précédant le drame, à 9 h 30, une réunion entre officiers est organisée à Gaillac, dirigée par le lieutenant-colonel Andreani, qui commande le groupement du Tarn. Il est alors décidé ceci : créer une « zone de vie » sur le chantier de la forêt de Sivens, et « tenir le site ». Or les engins de chantier avaient déjà été retirés, et il ne restait plus qu’un préfabriqué sur place, où des incidents avaient eu lieu la veille au soir.

La journée de samedi avait été plutôt calme, malgré quelques incidents dans l’après-midi, et il est permis de se demander si elle ne le serait pas restée sans la présence massive de ces « Robocops ». Vers 18 h 30, les CRS présents sur place s’étaient retirés. La situation était encore calme à 21 heures. Elle s’est échauffée vers 1 heure du matin, avec des caillassages vers les gendarmes mobiles, quelques jets de cocktails Molotov et tirs de fusées éclairantes, aussi. Rémi Fraisse est allé voir. On ignore s’il a lancé une pierre, une motte de terre, ou rien du tout.

Les conclusions de l’autopsie

En termes prudents, mais de façon très claire, les deux médecins légistes qui ont procédé à l’autopsie du manifestant de 21 ans, tué à Sivens dans la nuit du 25 au 26 octobre, font la conclusion suivante : « Le décès de Monsieur Fraisse Rémi est compatible avec une lésion par blast secondaire (NDLR : consécutif) à une explosion en regard de la région thoracique postérieure haute. »

Dans un rapport de 7 pages, daté du 27 octobre, le professeur Telmon et le docteur Savall, du CHU de Toulouse, détaillent les blessures fatales provoquées par l’explosion d’une grenade offensive tirée par les gendarmes mobiles au cours des incidents. Dans la « région dorsale haute du dos » de Rémi Fraisse, ils constatent « une large perte de substance de 16 cm sur 8 cm, à disposition quasi horizontale, atteignant la cavité thoracique, présentant à son extrémité inférieure de multiples dilacérations sur 3,5 cm de haut ». Les légistes font également état d’une « dilacération du lobe supérieur du poumon gauche et un fracas de la partie postérieure de la région thoracique haute, intéressant les omoplates, les arcs postérieurs des côtes et le rachis avec disjonction rachidienne du niveau T5/T6 avec rupture du cordon médullaire en regard ».

En clair, le jeune homme a eu une partie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière arrachées par l’explosion, et il est très certainement mort sur le coup. Par ailleurs, les médecins ont relevé une longue liste de « lésions traumatiques externes », des « plaques parcheminées » et des « ecchymoses », sur le haut du corps, qu’ils expliquent par la projection et la chute du corps après l’explosion.

« D’après les données de l’enquête le dimanche 26 octobre 2014, vers 2 heures du matin, au cours d’un affrontement entre des gendarmes mobiles et des opposants, il aurait été tiré une grenade offensive », écrivent les deux experts. « A la suite de ce tir, les gendarmes auraient constaté, en éclairant la zone que Monsieur Fraisse était étendu au sol face contre terre. Ils seraient alors allés le chercher et l’auraient tiré pour le ramener et prodiguer les premiers soins. Il est fait état que le sac à dos qu’il portait apparaissait dilacéré. L’examen externe et l’autopsie ont permis de mettre en évidence un ensemble lésionnel complexe compatible avec un blast secondaire à une explosion au contact ou à très courte distance dans la région thoracique haute entraînant un traumatisme pulmonaire, costal rachidien et médullaire ayant entraîné le décès. » Quant aux « plaques parcheminées », elles sont « compatibles avec un phénomène abrasif ou avec des effets thermiques sans qu’il ne soit noté d’élément évoquant une brûlure par flamme et sans particule retrouvée en regard du complexe lésionnel. Les autres lésions traumatiques retrouvées, notamment de la partie antérieure, en particulier en regard de la face, sont compatibles avec une chute et/ou une projection vers l’avant, ayant suivi immédiatement l’explosion en regard de la partie postérieure du corps », écrivent les légistes.

Après les premières conclusions de l’enquête, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve avait suspendu, jeudi dernier, l’usage des grenades offensives OF F1, ainsi que, pour faire bonne mesure, les grenades lacrymogènes instantanées (GLI) utilisées par les policiers et les grenades instantanées (GI), leur équivalent gendarmesque. Lancées à la main, les grenades offensives dites OF F1 sont des armes militaires datant de la guerre de 1914-18 en dotation uniquement chez les gendarmes. À la lumière du décès de Rémi Fraisse, ces grenades offensives ne peuvent apparaître que pour ce qu’elles sont : des armes de guerre pouvant provoquer des blessures fatales. L’information judiciaire qui démarre au tribunal de Toulouse n’en est que plus sensible pour le pouvoir qui est comptable de ce drame.

 La manif de Nantes le 1er novembre

Oui il y a bien des policiers habillés en ’’casseurs’’

Le texte publié dans La Mée du 5 novembre :

1) Communiqué de Europe-Ecologie-les Verts EELV en date du 29 octobre 2014.

« La mort tragique de Rémi Fraisse, jeune militant de la nature de 21 ans, sur le site du projet de barrage de Sivens dans le Tarn, a suscité beaucoup d’émotion et d’indignation partout en France. Nous présentons nos condoléances à sa famille et à ses proches.
 
Émotion parce qu’il est inconcevable qu’un jeune homme puisse mourir au cours d’une manifestation.
 
Indignation parce que ce drame aurait pu être évité. Les travaux ont été engagés alors que des procédures juridiques et un travail d’expertise étaient en cours, travail d’expertise qui donne aujourd’hui en grande partie raison aux opposants. Même si certains peuvent choisir la provocation, la grande majorité des opposants présents sur le site le font dans un esprit pacifique. Or beaucoup de témoignages révèlent des réactions disproportionnées des forces de l’ordre mobilisées. Les responsables politiques auraient dû prendre les mesures nécessaires pour apaiser ce climat de vive tension.
 
A Nantes, le 27 octobre, quelques centaines de personnes se sont rassemblées pour dire leurs émotion et indignation légitimes. Malheureusement, certains casseurs ont commis des dégradations de vitrines et de mobilier urbain qui ne sont pas acceptables et qui ne sont respectueuses ni des Nantais, ni de la mémoire de Rémi Fraisse. Nous les condamnons. Elles détournent l’attention des vrais enjeux : rendre hommage à Rémi, faire la lumière sur les conditions de sa mort tragique, et renoncer à ce projet de barrage manifestement contraire à l’intérêt général. » 

Signé : Mahel Coppey, Jean-Sébastien Guitton et Bernard Gaudin.

2) A Châteaubriant, le 31 octobre, une cinquantaine de manifestants se sont réunis pacifiquement autour d’une silhouette tracée à la craie sur le parvis de la mairie, éclairée de bougies, en mémoire de Rémi Fraisse, avec une banderole « Pas d’oubli, pas de répit » et quelques prises de parole spontanées.

Le 1er novembre, une manifestation a eu lieu à Nantes, toujours à la mémoire de Rémi Fraisse. Elle a dégénéré, in fine, comme toujours pourrait-on dire, à la suite des provocations d’un groupe de casseurs ’’professionnels’’. EELV n’avait pas appelé à cette manifestation, pour « éviter que de nouveaux débordements n’entretiennent un climat de violence et ne viennent occulter les luttes légitimes menées dans le Tarn, à Notre Dame des Landes ou ailleurs ». L’ACIPA (association opposée à l’aéroport de Notre-Dame des Landes), n’avait pas appelé non plus à cette manifestation. Parce que :

  • - « Les débordements violents qui suivent les manifestations que nous voulons pacifiques sont inacceptables et nous refusons de risquer d’entrer dans la spirale de violence.
  • - La famille de Rémi Fraisse et le collectif des opposants au barrage du Testet ont appelé au calme et non à la vengeance. Nous entendons complètement cet appel et nous nous y associons.
  • - Une nouvelle catastrophe est à craindre comme celle de Sivens. La lutte de Notre Dame des Landes ne doit pas connaître la même situation dramatique ». L’ACIPA n’est pas dupe devant les tentatives de salir la mémoire de Rémi, comme de salir la légitimité de ses luttes.

A la brutalité de l’État, à son soutien à des projets grandiosement inutiles, il ne faut pas répondre par ’’la petite guerre’’ ou par la mort de miltants, mais par l’information, la discussion, l’exigence de démocratie. Vaste programme !

signé : BP  

Un peu de retenue

 Concernant le barrage

Article Wikipedia


  Mensonge d’État et désarroi des militants

Ecrit le 12 novembre 2014.

On commence à en savoir davantage sur la mort de Rémi Fraisse. Selon Mediapart, qui a consulté le rapport du médecin légiste, et selon les propos de l’avocat de la famille, le jeune homme a eu une partie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière arrachées par l’explosion d’une grenade offensive. La direction de la gendarmerie et le gouvernement savaient, puisque les gendarmes ont quelques instants après sa mort ramassé le corps de Rémi. Pourquoi le Parquet a-t-il tenté de semer une confusion indécente sur les circonstances de sa mort en ne donnant que des bribes d’informations, en ne parlant lors de la première conférence de presse que d’une explosion, laissant croire à la possibilité d’un décès dû à un Cocktail Molotov, pourquoi avoir lancé de fausses pistes, comme celles du sac à dos disparu, volontairement récupéré par les manifestants, et qui aurait pu contenir des substances explosives ? « Casseur, djihadiste vert, écoloterroriste…. Le discours du gouvernement ou de certains syndicats agricoles s’est établi et n’a cessé de monter en puissance. D’abord pour tenter de nier l’existence même des origines de sa mort » et ensuite pour discréditer un jeune homme pacifiste.

Le désespoir de Milou

  • - Rémi est mort, tué par une grenade tirée par un agent de l’ordre de l’État.
  • - Rémi est mort de n’avoir pas voulu voir 13 ha de zones humides bétonnées avec de l’argent public pour des intérêts privés.
  • - Rémi est mort d’avoir essayé de dire quelque chose, d’avoir essayé de reprendre du souffle et de la voix dans cette société où les médias de masse nous dressent les uns contre les autres.
  • - Rémi est mort parce qu’il n’existe pas de moyen de communiquer avec ceux qui nous dirigent.
  • - Rémi est mort parce qu’en dehors d’un pauvre vote de temps en temps, nous n’avons aucun moyen de proposer un autre avis et qu’il soit considéré à sa juste valeur.

Je suis en colère, très en colère et très peinée de la mort prématurée de Rémi. Je présente à sa famille et ses amis toutes mes condoléances et compatis à leur insondable chagrin.

J’ai honte de nos représentants, qu’ils soient capables de tant d’inhumanité, qu’ils se drapent de discours stigmatisants pour défendre un modèle passéiste dans lequel la majorité souffre, galère, est écrasée, violentée, appauvrie tandis qu’une minorité se gave.

En tant que citoyenne, je me sens bafouée et humiliée par ce gouvernement et ce fonctionnement institutionnel qui me résume à une consommatrice, une active ou plus récemment une dangereuse intégriste mettant en danger la paix civile.

Je suis une citoyenne politiquement engagée. Je ne suis encartée nulle part. Je me refuse catégoriquement à jouer ce jeu de dupes dans lequel les ambitions individuelles et carriéristes priment, dans lequel conflits d’intérêts et manipulations sont de fait, dans lequel nos dirigeants ont perdu de vue le sens de l’intérêt général et ne sont même pas capables de proposer un véritable projet de société, de proposer une vision au delà de leur mandat électoral.

Je suis une citoyenne politiquement engagée dans mes actes quotidiens, dans les associations au sein desquelles je partage avec d’autres des idées, organise des événements et construis des propositions pour un fonctionnement collectif différent.

Nous sommes des milliers, des centaines de milliers, sans doute des millions, engagés, localement ou à plus grande échelle, dans des associations sportives, culturelles, écologistes... Nous sommes des milliers à œuvrer pour un mieux-vivre ensemble, loin des clivages politiques et syndicaux. Nous sommes des milliers d’acteurs majeurs réduit au silence et à l’impuissance dès qu’il s’agit de participer à des réflexions plus globales.

Je refuse qu’on me bâillonne et qu’on résume à une poignée de gens violents l’ensemble du mouvement populaire qui se bat au quotidien pour proposer un autre modèle de société, une autre voie de gouvernance.

J’accuse nos élus de tous bords et les médias de masse de criminaliser la contestation sociale et écologiste, de la réprimer violemment via les forces de l’ordre ou une manipulation éhontée de l’information.

J’accuse nos représentants et les médias de masse de placer la société sous tension et de diviser le corps des citoyens à l’encontre de l’intérêt général. J’accuse nos représentants et les médias de substituer l’autoritarisme au débat et à l’imagination.

Nous méritons mieux que ce monde qui nous est proposé. Nous méritons mieux que cette gouvernance qui nous broie et qui broie notre planète. Nous méritons mieux que d’être abattus dans le dos, à 21 ans, au milieu d’un site naturel remarquable dévasté.

Où que nous soyons, qui que nous soyons, conquérons notre droit à la parole. Exigeons sans plus attendre la considération que nous méritons. Organisons-nous et construisons d’autres modes de gouvernance au sein desquels chacun pourra apporter son savoir, son point de vue, ses idées et s’enrichira de ceux des autres. Nous devons apprendre à débattre avec calme du bien-fondé de nos orientations de société, de notre aménagement du territoire, de l’usage de nos ressources naturelles vitales communes, l’air, l’eau et la terre.

Mobilisons-nous contre la violence d’Etat, qu’elle s’exprime via son bras armé ou via ses politiques discriminantes d’un autre temps. Rejoignons des collectifs citoyens et inventons de nouvelles formes d’action pour un autre modèle de gouvernance.
A la vie, à Rémi.

Signé : Milou

  La manif

Deux manifestants castelbriantais, le 1er novembre 2014, livrent leur témoignage (extraits). Voici le témoignage de Denis :

A 14h près de la préfecture à Nantes, l’ambiance était plutôt tranquille. Vers 14h45, le cortège s’est mis en marche. On s’est aperçu à ce moment-là que nous étions nombreux. Le cortège était très calme, presque silencieux. On a remonté le Cours des 50 otages sans incident puis on a suivi la ligne de tram pour retourner à la préfecture. Place du commerce, quelques jeunes s’en sont pris aux « forces de l’ordre  » mais les organisateurs ont calmé le jeu et le cortège est reparti. En remontant la rue de Strasbourg, à chaque fois que nous rencontrions un barrage de police, il y avait des insultes et des invectives voire quelques projectiles mais là non plus rien de sérieux.

Juste avant la mairie, la police a coupé le cortège en deux en lançant des grenades lacrymogènes et des bombes de désencerclement. J’étais à cet endroit là à ce moment-là et il n’y avait aucune raison objective qu’ils interviennent là, les provocations n’étaient pas plus virulentes à ce moment-là. Ils ont choisi, à mon avis, de façon délibérée de faire foirer la manif. Après un temps d’hésitation, nous avons tous rejoint le gros de la manif par les petites rues et comme la police nous empêchait de passer rue de Strasbourg le cortège est reparti dans l’autre sens. Cours des 50 otages, vers le milieu, la police a recommencé sa manœuvre en fractionnant à nouveau le cortège. C’est à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, que des groupes sont devenus plus virulents. La police nous a contraints à l’immobilité pendant plus d’une heure et demie envoyant des lacrymos à chaque fois que le cortège faisait mine de se reconstituer avant de réussir à faire monter en pression certaines personnes présentes et les pousser à s’en prendre violemment aux « forces de l’ordre ». Je suis convaincu que la police a agi de façon délibérée pour casser la dynamique de recueillement de la manifestation ».

Le témoignage d’Agnès : « J’écoute les infos transmises à la télé, j’entends aux infos qu’on est désormais baptisés « ultra radicaux de la violence et de la dévas- tation »… alors que la manif était assez calme ! Les policiers, eux, c’est tout autre chose, très nerveux. Une espèce de psychose a été programmée autour des mots « casseurs » et « violence » dans toute la ville. Nous sommes « des ultras-radicaux violents et rien d’autre, venus de l’extérieur »... ben oui, je suis venue en vélo de ma campagne, ai distribué quelques fleurs jaunes imprimées à mettre à la veste, et suis repartie en vélo : ça nettoie les sinus gazés  ».

Les grenades offensives avaient déjà tué-20141116]

Sivens, un barrage illégal