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Conte de désespérance...

Ecrit le 5 novembre 2014.

Il était une fois dans une bonne ville minière, une famille ayant un commerce de diligences. La conjoncture des affaires faisant que les concurrents avaient les reins moins solides et le goût du risque moins implanté que chez les anciens maîtres de forges, nos commerçants rachètent un compétiteur malheureux. Les voici à la tête d’une très grande flotte de diligences pour lesquelles il faut des conducteurs.

Dans ce monde où la circulation des malles-postes est réglementée, ces personnes doivent avoir une licence de conduite es-spéciale-diligences. Qu’à cela ne tienne, on va les former. Oui da ! mais il faut qu’ils résident dans les secteurs où les clients sont à transporter. Et des clients bien définis, « les p’tits » qui vont sur les bancs de l’école, « y font plus des huit kilomètres à pieds ». Non, on les transporte, donc il faut des transporteurs.

Voilà t’y pas que là-bas, aux frontières, il y a un poste à pourvoir et pas de conducteur. Ah mais « je m’souviens avoir discuté avec une ’’souillon’’ de ce coin-là qui voulait faire la formation, y’a quelques temps ! » se dit la mère. « J’vais voir ». Mise au courant, la ’’souillon’’ en question est plus que contente. La formation est contingentée : « si t’as pas de patron, tu peux pas la faire »  . Ben sûr qu’elle est partante !

« Ce sera à l’automne qu’il faudra voir si vous savez lire, écrire, compter, et si vous êtes zélée ». « Bien Madame », répond la ’’souillon’’. « Mais faudra voir à ne rien dire à personne, j’ai bien quelqu’un mais l’est trop souvent malade, un jour il pourra plus monter sur le siège ». « Bien Madame ». La ’’souillon’’ est dubitative. Doit-elle y croire ou non ?

Au jour dit, elle se présente à la grande ville pour passer les différents contrôles. D’abord le blabla d’intimidation, puis la répartition en fonction de la zone où vivent les travailleurs potentiels. Elle présente son carton et le monsieur qui la reconnaît lui dit gentillement : « attendez avec les personnes dans le coin, vous avez déjà passé ces contrôles ». Après avoir donné le résumé de leurs emplois passés, ils sont libérés.

Quelques jours plus tard, une information est apportée à la ’’souillon’’  : elle n’a pas de dossier, veut-elle continuer à se présenter pour faire la formation ? « Oui da ! J’m’suis pas déplacée spécialement chez vous à la grande ville pour rien ».

– « Alors il faudra revenir passer les contrôles  ».

– « Mais j’étais venue pour cela l’autre jour et le monsieur qu’est responsable chez vous il m’a reconnue et m’a dit que comme j’avais déjà passé ces contrôles, je pouvais aller, que vous les retrouveriez  ».

– «  Non, on les jette, revenez la semaine prochaine  ».
La ’’souillon’’ fait encore le déplacement malgré tous les tracas et arrive en avance, comme la première fois. Elle patiente, puis une dame vient la chercher : « voilà vous avez deux heures pour faire ces exercices, puis vous viendrez à mon bureau quand vous aurez fini  ». Une heure plus tard, la ’’souillon’’ se présente avec sa copie remplie, calcul, dominos et rédaction, tout y est. Et bien répondu. La dame fait parler la ’’souillon’’ sur ce qu’elle veut faire, et pose tout ce genre de questions que pose un employeur. Elle est même étonnée car au détour de la conversation, elle apprend que la ’’souillon’’ est férue de bouliers des plus sophistiqués (les concepteurs lui ont donné un nom gourmand : framboise 3,14). « Oh ! Mais, à la maison, je vais pouvoir coller mes collégiens, qui ne connaissent que les fenêtres et les pommes ! », s’exclame la dame qui s’enquiert : Pourquoi donc la ’’souillon’’ veut-elle avoir cette licence de conducteur de diligences ? La réponse est immédiate : son grand désir est d’aller de village en village, apprendre aux manants, comme elle, à se servir des nouveaux bouliers. Mais pour cela, elle a besoin d’un grand transport couvert, avec de la lumière qui rentre à l’intérieur. Or pour conduire ce genre de transport, il faut une licence. Alors si, pour l’avoir, il faut transporter les enfants et ainsi se faire quelques sous, ce n’est que mieux.

La ’’souillon’’ organise son déplacement pendant trois mois à la grande ville, transports et tout et tout. Mais elle est sur ses gardes, la soupe est quelque part trop belle, ne se fout-on pas de sa figure ?
Peu après, elle essaie de contacter la patronne des diligences par différents moyens. Enfin un jour, à trois semaines du début de la formation, celle-ci daigne lui parler.

– « Les vérificateurs nous (à mon mari et à moi) ont fait parvenir d’autres candidatures que la vôtre. Finalement je préfère prendre une personne qui a auparavant conduit des tombereaux, croyez bien que je suis désolée, passez un bon dimanche (petit air guilleret). »

– « Vous êtes désolée et vous me souhaitez un bon dimanche ! Vous m’assassinez et vous me souhaitez un bon dimanche ! Trois mois que vous me promettez un CDI et puis pschit plus rien ! »………. Ainsi vient la désespérance ...
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Matinée d’espoir