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Agriculteurs : le beurre, l’argent du beurre et ...

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Ecrit le 19 novembre 2014

… et pourquoi pas b..... la crémière ?

Cette expression est un brin ’familière’, mais décrit bien certaines réalités. Sans malignité aucune, je voudrais éclairer le métier d’agriculteur et d’agricultrice (dont la place s’affirme d’année en année) ou chefs d’exploitation en plein chambardement et réflexion dans beaucoup de productions.

Pour bien les connaître, je leur rends honneur et les respecte profondément. Je pense terminé le temps où les acteurs de ce noble métier étaient, souvent vulgairement, nommés ’péquenots’. Ils sont devenus agriculteurs. Aujourd’hui, ce sont des chefs d’entreprise à part entière, à la pointe de la technique et du marketing (le savoir-vendre).

C’est un métier dur, où les 35 h déclenchent une franche rigolade, où les puissances du matériel mises en jeu sont source de danger. C’est un métier telle-ment prenant qu’il pousse parfois à l’isolement physique et social, jouant avec la loterie du temps et du climat, où l’investissement en capital est énorme. Ces chefs d’exploitation ont toujours répondu au mieux aux attentes souvent contradictoires de nos divers gouvernements. La pyramide d’âge montre son vieillissement, les jeunes volontaires à reprendre se raréfient ou butent sur l’argent.

Alors le nombre d’exploitations diminue fortement, il en reste environ 400 000 sur le territoire français. Celles qui restent s’agrandissent, avec des structures juridiques et financières de plus en plus complexes. Qui n’a pas entendu parler de la « ferme des mille vaches », dans la Somme, où le lait devient un sous-produit de la production de méthane et donc d’électricité ?

Honneur et respect, disais-je. Parce qu’il ne faut surtout pas oublier qu’ils sont les premiers garants de notre bonne alimentation, la plus saine possible. Ensuite parce qu’ils sont, au propre comme au figuré, les véritables ’jardiniers’ de la France, mettant en valeur et colorant nos splendides territoires ruraux. Ils induisent des milliers de métiers que le commun des mortels ne connaît pas. Ils ont les deux pieds bien campés sur terre (et pas forcément dans des bottes-caoutchouc), ne raisonnent jamais dans l’immédiateté, mais dans le moyen long terme et sont individualistes et un peu taiseux … par nature. Mais tout n’est jamais ni blanc ni noir.

Il est finalement très rare de voir cette profession quitter les exploitations pour aller battre la semelle sur le pavé de nos villes. Il y a donc un gros malaise à dénoncer sur la place publique.

Mais ceci ne m’empêchera pas de poser quelques questions franches sur certains actes et décisions. Il est vrai que, producteur de végétaux ou d’animaux, l’agriculture est aujourd’hui rattrapée par la mondialisation.

Pendant des décennies, les agriculteurs, au nom de l’autosuffisance alimentaire, ont été sur-protégés par la large digue des aides et subventions, dans le but de rémunérer correctement leur travail et leur outil. Le commerce était plutôt franco-français. Ce n’était sans doute que justice. Mais les temps changent et se sont durcis. Le sacro-saint marché hebdomadaire communal a été balayé par la grande distribution, dotée d’une sévère batterie d’incitations à la baisse des prix. Les transformateurs de matières premières, pris entre deux feux, interlocuteurs, y ont d’abord laissé une partie de leur marge. Par réflexe, la Recherche et Innovation subit une baisse. La ’crise’ se dévoile, les agriculteurs constatent des prix d’achat de leur production à la baisse. Début de la rancœur et opérations spectaculaires dans les rayons des grandes surfaces. Depuis le temps, les agriculteurs, malgré une paperasserie de plus en plus envahissante, s’étaient sagement habitués à inscrire, d’année en année, les aides diverses dans leurs comptes, avec un arrière-goût dans la gorge : que vaut réellement mon produit  ?. Certains transformateurs ont fait de même (je simplifie volontairement depuis le début).

Et puis quasi-récemment, l’agriculture doit faire face de plein fouet à un nouveau défi : la mondialisation des biens et des denrées. Dans ce même temps, les obligations environnementales ne cessent de compliquer le quotidien, de paralyser des habitudes. Toutes les aides et subventions sont revues, âprement discutées, et enfin bouleversées. La notion de prix de revient et de rémunération du travail et du capital investi est passée à la loupe. Les contrôles administratifs, sur écran ou sur site, s’intensifient.

En quelques années surgissent de nouvelles règles du jeu, européennes ou françaises, dont, entre autres, dans une liste longue comme le bras : suppression de la régulation par quota de la production de lait, fin des subventions à la filière des poulets congelés pour l’export, lutte sans merci des grandes enseignes de distribution pour le plus bas prix, embargo multi-produits décrété par la Russie pour cause de frontière, privilège de l’intensification et du productivisme malgré le discours de l’agrobiologie ambiant, germination du blé sur pied cette année qui le rend inapte à faire du bon pain, apparition de phyto et antibio-résistance (mauvaises herbes et bactéries animales devenant résistantes), restauration collective et hôpitaux qui importent massivement de la viande étrangère, premiers effets du réchauffe-ment climatique sur les rendements, chasse aux nitrates ouverte, etc. .

C’est d’abord la grogne, puis le ras-le-bol, qui gagne le (la) chef d’exploitation. Ce mercredi 5 novembre 2014 est retenu pour jour de ’Manifestation Nationale’ du profond malaise agricole. Cette journée est patronnée par la F.N.S.E.A. (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) majoritaire et les J.A. (Jeunes Agriculteurs). A noter que la Coordination Rurale avait souhaité participer et fut gentiment ’éconduite’ à son grand dam, ainsi que la Confédération Paysanne. La goutte qui a fait déborder le vase semble être la dernière directive nitrate.

Il faut se rappeler que, dans la nuit du 19 au 20 septembre 2014, des légumiers bretons ont incendié la M.S.A. (Mutualité Sociale Agricole) et un bon morceau du C.D.I. (Centre Des Impôts) à Morlaix (Finistère). La FNSEA avait condamné mais déclaré ’comprendre’. Aucune interpellation. Prémisse ? Revenons au mercredi 5 novembre. Sensible à cette profession, j’étais à Nantes parmi des centaines de spectateurs pour observer.

Les manifestants ont répondu présents. Peut-être 25 à 30 000. A pied ou en tracteur, seul(e)s ou en famille. Le défilé est passé dans le calme, hors les banderoles de qualité, les chants et les klaxons habituels. Le service d’ordre, extrêmement vigilant, émanait des organisateurs. En observant le défilé, je fixais particulièrement les marques de tracteurs. J’ai noté plusieurs New Holland, une marque étrangère !
Nantes a le pavé usé par tant de manifestations successives (une nouvelle de Notre Dame des Landes s’annonce samedi 15 !), et ne supporte plus qu’on la casse impunément. Les chefs d’exploitations agricoles sont hargneux mais aussi individualistes (or l’union fait la force). Il est normal de lancer un appel général à manger et boire français. Le client décide. Mais les agriculteurs ne sont pas encore rodés aux manifestations populaires, tellement elles sont rares. Ils voudraient convaincre les citadins de leur malaise. Mais, utilisant les moyens du bord, ils se limitent souvent, quand ils ne cassent rien, à utiliser lisier, fumiers, bottes de pailles brûlées, animaux odorants et diverses souillures ou alors produits comestibles déversés alors que des gens ont faim. Les cris ou les chants sont poussés fort et il se dégage un sentiment de violence. Et j’ai vu beaucoup d’enfants, les consommateurs de demain, subir ces bruits en serrant plus fort les mains des parents.

Le lâcher de ragondins a été regrettable. Alors le citadin et ses enfants prennent un peu peur, oreilles et odorat en alerte. Pas le but recherché. Et si c’était, en particulier pour l’enfant, le seul souvenir qu’il garde des agriculteurs, dans les yeux et sur ses photos ? Et comment prendre au sérieux (ou simplement comprendre) un agriculteur qui déclame que trop de biodiversité devient nuisible ? Ou bien un autre qu’il faut en finir avec ces abeilles qui piquent ? C’est maladroit. Et les grands médias ont choisi ces détails ’croustillants’ plutôt que d’expliquer au grand public les causes de ce profond malaise !

Dans le proche passé, les économistes agricoles ont décrit que les prix (en particulier dans les productions animales) observaient des cycles de hausse et de baisse sur plusieurs années, liés à l’ajustement de l’offre et de la demande. Disparaîtront-ils ? La mondialisation me fait dire que oui. Mais la certitude est que les chefs d’exploitation doivent activement se regrouper et se préparer à gérer une plus grande fluctuation (volatilité) des prix, au mois le mois, voire à la semaine.

Non, chefs d’exploitation, vous devez apprendre le code citadin pour plaire et séduire. Et puis j’ai noté des tracteurs étrangers, alors que vous demandez la préférence nationale pour vos produits. Vos investissements sont rares mais énormes. Pratiquez-vous réellement la préférence nationale quand elle existe ?
Taiseux, les agriculteurs ne crient pas sur les toits que certaines années furent ou sont celles des ’vaches grasses’. Le requin boursier et financier a déjà largement repéré sa proie propre à la spéculation. Savez-vous qu’il y a une centaine d’années, on estimait la richesse d’une ferme au volume de son tas de fumier ?
Je n’oublie nullement que certains ont fait, tête basse, la démarche de l’allocation R.S.A. (Revenu de Solidarité Active) auprès des Conseils Généraux, et même s’inscrivent auprès d’associations carita-tives. Leur nombre est faible, certes, mais inquiétant. D’autres, à bout, ont écourté leur vie dans la solitude et le silence de leur exploitation. Mais, parce que le métier oblige aussi à prévoir des réserves en cas de coup dur, la tradition du « bas de laine » est persistante et toujours bien vivante. Et je vous fiche mon billet que nul ne connaîtra jamais son épaisseur !

Signé : Pascal, d eBlain


S’en prendre aux responsables

La colère des paysans est véritable, profonde, justifiée. Il faut simplement s’en prendre aux vrais responsables. Nous sommes dans un système à bout de souffle qui n’a d’égard que pour la compétition et la rentabilité. Ceux qui nous gouvernent avancent main dans la main avec ceux qui se croient autorisés à parler pour nous. Ils poursuivent le long travail conduisant à la disparition programmée des paysans, et le transfert de nos compétences aux industriels et aux financiers. Pour cela, il va falloir se battre. Pas en brûlant ce qu’il reste de nos outils de solidarité, pas en manifestant pour le droit à polluer en paix, mais en faisant barrage à ceux qui veulent détruire la terre agricole, en enfonçant des coins dans les négociations d’accords de libre-échange en empêchant les industriels de s’emparer de notre métier « dit la Confédération Paysanne.

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