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Conte de Noël, 2014

Ecrit en décembre 2014

 Le bœuf et l’âne

C’était le 24 décembre. Dans son paradis, Dieu le Père s’ennuyait ferme. Du haut de son ciel étoilé, il regardait la lune où se cachait Pierrot ; le soleil abîmé dans ses éruptions ; la comète Churyumov avec son Philaé ; et la Terre. Ah, la Terre, où s’agitaient de petits êtres articulés, fiers de leur musculature et de leur tête intelligente, fiers de leurs savants et de leurs écrits. Le spectacle était fort varié mais, au lieu de s’en réjouir, Dieu sentait en lui monter la colère.

Il regarda … du côté de l’Inde et vit comment les femmes étaient soumises à des violences sexuelles. Il regarda … du côté de l’Afghanistan et s’étonna de l’école interdite aux jeunes filles et des attentats terroristes frappant des innocents. Il regarda … du côté de la Syrie et de l’Irak et vit comment on y entraîne les enfants à résister aux coups de poings, aux coups de pieds, aux coups de bâton. Il regarda … du côté du Bangladesh où, en 2013, l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble rassemblant plusieurs sociétés de confection, causa la mort de 11 380 employés, trois fois plus que lors de l’attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001.

Il regarda du côté du Maroc où 40% de la population âgée de 15 ans et plus souffre, ou a souffert, d’un trouble mental. Et du côté de l’Algérie où se développent les “contestations populaires” exprimant souvent un “ras-le-bol”, principalement des zones rurales isolées, privées d’eau, de gaz, de communications et de voies adéquates de transports. Sans oublier les problèmes d’emploi et de formation et la détérioration du pouvoir d’achat.

Il regarda du côté du Mexique où 43 étudiants de l’École normale rurale de la commune d’Ayotzinapa ont disparu après avoir été attaqués par un commando armé, formé de policiers liés aux trafiquants de drogue. Et du côté de la Birmanie où les Rohingyas, minorité musulmane du pays, subissent un véritable apartheid dans un pays majoritairement bouddhiste.

Effaré, Dieu le Père tourna sa longue vue vers la Grèce, berceau de la civilisation, où les autorités mataient brutalement les contestations d’une politique d’austérité. Vers les frontières de l’Europe à la porte desquelles frappaient plus de 200 000 migrants : 3 419 d’entre eux ont perdu la vie, dans l’indifférence générale. Il regarda du côté de la France où 36 822 sans-papiers furent expulsés en 2013.

Il regarda du côté d’Israël, terre qui vit la naissance de son fils, et s’étonna d’un peuple palestinien soumis à l’occupation et aux humiliations. Délaissant l’Europe, il regarda la mer et s’effara de voir 270 000 tonnes de déchets plastiques flottant sur les océans et de savoir que les poissons s’en nourrissent.

Et voici que son regard porta sur les Amériques. Haïti, pas encore remise du tremblement de terre de 2010 où le choléra continue de faire des ravages dans les familles déracinées et où l’insécurité se généralise.

Son regard s’attarda sur cette Amérique vertueuse que Georges W.Bush opposait à « l’empire du mal », et il découvrit le racisme anti-noir et l’ampleur du cancer de la torture. Il apprit même que, ces cinq dernières années, Amnesty International a signalé des cas de torture dans au moins les trois quarts du monde, soit 141 pays de toutes les régions de la planète.

Et il pleura, lui le Dieu des dieux, en voyant de quelle façon dévoyée les Hommes usaient de leur liberté. Détruire, pensa-t-il. Jusqu’à ce qu’il aperçoive, ici ou là, des petits ilôts de fraternité : les Restos du cœur à Châteaubriant, le Secours Populaire  , St Vincent de Paul, Emmaüs  , Castel-Loisirs  , Amnesty … et tous ceux qui, modestement, anonymement, donnent un coup de main, un renseignement, un sourire …

Et là-bas, dans une campagne isolée, il vit une crèche. Le bœuf et l’âne, et l’enfant, un homme et une femme, en chair et en os, pas des figurants mais des sans-papiers, des musulmans mais oui, enfin accueillis fraternellement. Il eut alors un éclat d’espoir dans les yeux et souhaita Joyeux Noël à la Terre entière.

Signé : BP  


 Mon Noël au jardin d’Eden

Noël au jardin d’Eden, dessin de Moon, 06 87 32 77 47

Le soir du 24 décembre, l’an dernier, j’avais fêté la veillée joyeusement et essayé avec quelques verres de bon vin d’oublier la morosité des événements du moment.

Couché vers 23 heures, j’avais aussitôt sombré dans les bras de Morphée et surtout dans un rêve extraordinaire.

Avec mes deux cousins, nous avions décidé de faire un pélérinage, non pas à Bethléem, ni à Lourdes ni à St Jacques de Compostelle mais à EDEN, ce lieu des délices où Dieu créa le premier homme et la première femme. Nous voulions absolument voir Dieu en personne. Le rendez-vous avait été fixé et nous partîmes avec notre sac à dos et quelques victuailles.

Nous n’emportions ni or, ni encens, ni myrrhe, mais chacun un gros cahier de doléances et réclamations. J’avais choisi le nom de Balthazar que je trouvais très romantique, laissant à mes cousins ceux de Melchior et Gaspard.

La route fut longue mais nous avions un courage à toutes épreuves. Nous arrivâmes fourbus mais extasiés : quel régal, et quelle féerie pour nos yeux. Le Paradis, quoi.

Et DIEU était là.

Nous nous attendions à trouver un personnage hors du commun, imposant. Mais non, il était tout simplement vêtu d’une chemisette et d’un bermuda style haïtien, allongé dans son fauteuil relax, dégustant son ambroisie.

Il nous contempla longtemps et s’exclama : ENFIN ! Depuis les siècles et les millénaires que j’attendais, je vais pouvoir juger du résultat de ma création pour cette pseudo espèce humaine dite ’’supérieure’’. Qu’avez-vous à me dire ? Dites-moi quelles sont vos déceptions. Que voulez-vous ? Qu’attendez-vous de moi ? Pourquoi n’agissez-vous pas pour mettre fin à tous nos malheurs ?

Il parcourut nos cahiers et soupira profondément et précisa qu’il était au courant de tout, qu’il avait toléré beaucoup de choses horribles mais que sa patience était à bout et qu’il fixait un délai définitif de 20 ans pour une amélioration, sinon … sinon il serait obligé de tout remettre à zéro ! « J’ai essayé de vous faire peur avec de nombreux cataclysmes mais en vain. L’espèce humaine en qui j’avais fondé tant d’espoir disparaîtra totale-ment ».

« Comment ferez-vous ? » nous enquîmes-nous avec quelque effroi.

« Je la rendrai stérile et ainsi, dans cent quarante ans, alors que le dernier humain sera mort, j’essaierai de façonner une nouvelle espèce qui, cette fois, sera irréprochable. Quand vous retournerez dans votre pays, dîtes bien à vos congénères de faire le bon choix. Soyez mes meilleurs ambassadeurs, je compte sur vous ».

Il nous salua, nous bénit et nous donna quelques pommes pour le retour : ce sont des espéridettes, très bonnes à croquer.

On sonnait à la porte, je me réveillai en sursaut, j’entrouvris et je reçus en pleine figure une boule de neige assortie d’un « joyeux Noël, Paul » de ma voisine Huguette. Malgré ce réveil agité et plutôt glacé, je l’invitai à boire un petit café et je lui racontai mon divin rêve.

Figure-toi, me dit-elle, que j’en ai fait un de la même espèce, où j’étais Eve et toi mon Adam Adoré.

Nos tasses se vidèrent, entrecoupées de nos fous rires. Décidément ce Noël restera gravé dans ma mémoire car ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre Dieu en chair et en os. Mais redescendons sur terre : joyeux Noël 2014 et Bonne année 2015 !

Signé : Paul Chazé