Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Presse, radio, télé, médias > Faut-il accueillir l’étrangère ?

Faut-il accueillir l’étrangère ?

Ecrit le 7 janvier 2015

Courrier des lecteurs

 L’Etrangère

Quelques années avant ma naissance, mon père connut une étrangère récemment arrivée dans notre village. Depuis le début, il fut subjugué par cette personne, si bien que nous en arrivâmes à l’inviter à demeurer chez nous. L’étrangère accepta et depuis lors elle fit partie de la famille.

Moi je grandissais, je n’ai jamais demandé d’où elle venait, tout me paraissait évident. Mes parents étaient enseignants : ma maman m’apprit ce qu’était le bien et ce qu’était le mal et mon père m’apprit l’obéissance. Mais l’étrangère c’était une conteuse, une enjôleuse. Elle nous maintenait, pendant des heures, fascinés par ses histoires mystérieuses ou rigolotes. Elle avait réponse à tout ce qui concernait la politique, l’histoire ou les sciences. Elle connaissait tout du passé, du présent, elle aurait presque pu parler du futur ! Elle fit même assister ma famille à une partie de football pour la première fois. Elle me faisait rire et elle me faisait pleurer.

L’étrangère n’arrêtait jamais de parler, ça ne dérangeait pas ma Maman. Parfois Maman se levait, sans prévenir, pendant que nous continuions à boire ses paroles. Je pense qu’en réalité, elle partait à la cuisine pour avoir un peu de tranquillité (Maintenant je me demande si elle n’espérait pas avec impatience qu’elle s’en aille.)

Mon père avait ses convictions morales, mais l’étrangère ne semblait pas en être concernée. Les insultes, les mauvaises paroles, par exemple, personne chez nous, ni voisins, ni amis, ne se serait permis d’en user. Ce n’était pas le cas de l’étrangère qui se permettait tout, offusquant mon père et faisant rougir ma maman.

Mon père nous avait totalement interdit l’alcool. Elle, l’étrangère, nous incitait à en boire souvent. Elle nous affirmait que les cigarettes étaient fraîches et inoffensives, et que pipes et cigares faisaient distingué.

Elle parlait librement (peut-être trop) du sexe. Ses commentaires étaient évidents, suggestifs. Maintenant je sais que mes relations ont été grandement influencées par cette étrangère pendant mon adolescence. Nous la critiquions, elle ne faisait aucun cas de la valeur de mes parents, et malgré cela, elle était toujours là !

Cinquante ans ont passé depuis notre départ du foyer paternel. Et depuis lors beaucoup de choses ont changé : nous n’avons plus cette fascination. Il n’em-pêche que, si vous pouviez pénétrer chez mes parents, vous la retrouveriez quand même dans un coin, attendant que quelqu’un vienne écouter ses parlotes ou lui consacrer son temps libre… Voulez-vous connaître son nom ? Nous, nous l’appelons… Télévision !

Attention : Maintenant, elle a un époux qui s’appelle Ordinateur… un fils qui s’appelle Portable… et un neveu pire que tous : Lui c’est Smartphone ! Alors, croyez-moi, fréquentez ces gens-là car vous ne pouvez faire autrement mais gardez les yeux ouverts et l’esprit bien critique.
Et lisez … La Mée !

 La langue d’autrefois

J’ai retrouvé chez un bouquiniste un livre tout simple(*), un de ces livres dits régionalistes (passéistes diront certains) qui, dans un français hors du commun tellement il est précis, imagé, juste… en un mot poétique…, conte, décrites par un passionné, des « scènes de la vie en Limousin et en Périgord vert ». Ce passionné, ancien instituteur puis Député du Val de Marne, c’est Fernand Dupuy, enfant du Pays. Ecoutez-le, ce vieil instit, donnant à ses petits enfants une leçon de vocabulaire sur les cris des animaux :

"Tu le sais, bien sûr depuis longtemps, le coq chante, cocorico, la poule caquète, le chien aboie quand le cheval hennit et que beugle le bœuf et meugle la vache, l’hirondelle gazouille, la colombe roucoule et le pinson ramage Les moineaux piaillent, le faisan et l’oie criaillent quand le dindon glousse La grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse Le tigre feule, le chat miaule, l’éléphant barrit, l’âne braie, mais le cerf rait Le mouton bêle évidemment et bourdonne l’abeille. La biche brame quand le loup hurle. Tu sais, bien sûr, tous ces cris-là mais sais-tu ?

« Sais-tu ? Que le canard nasille – les canards nasillardent ! Que le bouc ou la chèvre chevrote. Que le hibou hulule mais que la chouette, elle, chuinte. Que le paon braille, que l’aigle trompète ? Sais-tu ? Que si la tourterelle roucoule, le ramier caracoule et que la bécasse croule, que la perdrix cacabe, que la cigogne craquète et que si le corbeau croasse, la corneille corbine et que le lapin glapit quand le lièvre vagit. Tu sais tout cela ? Bien.

Mais sais-tu, sais-tu ? Que l’alouette grisole, Tu ne le savais pas. Et peut-être ne sais-tu pas davantage que le pivert picasse. C’est excusable ! Ou que le sanglier grommelle, que le chameau blatère et que c’est à cause du chameau que l’on déblatère ! Tu ne sais pas non plus peut-être que la huppe pupule. Et je ne sais pas non plus si on l’appelle en Limousin la pépue parce qu’elle pupule ou parce qu’elle fait son nid avec de la chose qui pue. Qu’importe ! Mais c’est joli : la huppe pupule !

Et encore sais-tu ? Sais-tu que la souris, la petite souris grise, devine ! La petite souris grise chicote. Avoue qu’il serait dommage d’ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir, de ne pas savoir que le geai, que le geai cajole ! Sais-tu que la mésange zinzinule ! Comme la fauvette d’ailleurs."
 
(*) « L’Albine » de Fernand Dupuy chez "Fayard

[Ndlr : Comme dit notre lecteur : ’’il ne faut pas s’emmêler les pinceaux et les pin-sons !]

 En moderne dans le texte

Mais quittons ce vocabulaire agricole et suranné et parlons moderne en empruntons un article à La Lettre à Lulu, l’impertinent de Nantes, qui titre « Hache tague » : 

« Ne pas jaspiner fluently l’angliche quand on est Nantais hype, c’est bad. Très bad. Après l’année ’’green capital’’, voilà le temps de la ’’Digital week’’ qui n’est pas une semaine où la flicaille relève les empreintes digitales de tout un chacun. Cette week au cluster quartier de la création avait lieu en septembre 2014.

Le premier jour, c’était ’’robotic day’’ avec un robotic show. Puis le start-up week-end, le Fablab Day, l’International Startup contest, le Medialab speedraining, la conférence Green touch, le coaching de la CréativeFactory et des workshops à gogo, pour rencontrer du people choisi, des startupers fous de digital inteligence et de networking, spécialistes de l’e-learning et des espaces de co-working. Pour apprendre à causer digital, sur le bout des doigts. Finguer in ze noze, quoi !

 L’ordinateur du paradis

Arrivé aux portes du paradis, un nouvel élu, fraîchement décédé, découvre les normes d’hygiène et de sécurité désor-mais fixées pour la vie éternelle.

Au même moment, sur terre, un projet de pénalisation des images pornographiques perturbe la tranquillité de Simon Laroche, haut fonctionnaire bon teint qui redoute de se voir démasqué pour ses escapades sur Internet. Pourtant, c’est une simple phrase, filmée à son insu, qui va le précipiter dans un engrenage cauchemardesque.

Dans cette société à peine imaginaire où les réseaux se dérèglent, où les informations des uns arrivent sur les ordinateurs des autres, où les femmes et les hommes guerroient sans relâche, deux jeunes banlieusards opposent une résistance dérisoire à l’ordre établi.

L’intrigue nourrie par toutes les peurs de l’époque alterne avec les interventions débonnaires du Grand Saint Pierre.

Après La petite fille et la cigarette, traduit dans de nombreux pays, Benoît Duteurtre renoue avec une veine fantaisiste, où le réalisme se mêle à l’imagination pour mieux éclairer notre présent. Livre ’’L’ordinateur du paradis » - Ed. Gallimard