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Ils avaient 20 ans en 1914

Ecrit le 6 août 2008

 Expo de l’Office de Tourisme   : ils avaient 20 ans en 1914

« Ils avaient 18 - 20 - 25 ou 30 ans, ils s’appelaient Jules, Auguste, Francis, Louis, Alfred, Marcel, François, René, Mathurin, ils avaient quitté leur famille, leur fiancée ou leur épouse, et leurs enfants… Ils avaient laissé le bureau, l’établi, le tour, le pétrin, le billot, la boutique, l’étable, les champs, pour revêtir l’uniforme mal coupé, endosser le barda trop lourd et chausser les godillots cloutés pour une guerre dont ils étaient les acteurs et dont l’utilité vint à ne plus leur paraître si évidente » C’est ainsi qu’Yves Billard présente la très intéressante exposition de l’Office de Tourisme   qu’on peut voir à Châteaubriant jusqu’en novembre.

Premier août 1914, un mariage à Châteaubriant. Les jeunes mariés Marie Courcoul et René Cosson déjeunent au restaurant Bossé, place de la Motte (là où est maintenant le magasin Cache-Cache). Soudain sonne le tocsin, l’appel à la mobilisation générale. Stupeur et consternation dans les campagnes, en pleine période de moisson.

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Mais la France est agressée, n’est-ce pas ? Les jeunes hommes montent au front, courageusement, sûrs de leur bon droit, sûrs d’une victoire rapide, ignorants des réalités de la guerre.

C’est au départ une guerre de mouvement. Le 4 août 1914, l’Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg. Les Français ne réussissent pas la percée en Lorraine. Fin août, sur toute la ligne de front belge et luxembourgeoise, les Alliés reculent. Les Britanniques et les Français se replient précipitamment, mais en ordre, sur la Marne. François Lebreton écrit, le mercredi 26 août 1914 : « Nous avons reçu le baptême du feu dimanche. Nous avons eu quelques morts et de nombreux blessés ».

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La bataille de la Marne, 6-9 septembre 1914, stoppe l’avancée des Allemands. Ceux-ci échouent dans leur « Course à la mer ». En octobre Marie-Antoinette Billard écrit à son frère : « Une dame qui cause beaucoup prétend avoir fait arrêter trois espions. J’espère que bientôt elle aura sauvé son pays » (allusion à tous les ressortissants allemands arrêtés en France dès le début de la guerre). Le Pays s’organise, soutient ses soldats « Au Croisic il y a de la distraction : les soldats et les demoiselles de l’ambulance ont donné un concert. Et ont ramassé 160 frs quoique le pays est pauvre ».

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La guerre que l’on espérait rapide s’éternise. Auguste Colin écrit le 24 novembre 1914 : « Il y a du renfort de parti pour la guerre. Presque toute la classe de 14 est partie sur la ligne de feu. Et beaucoup de vieux de 47 ans (…). Il faut que ça n’aille pas bien. On a vu sur les journaux que l’Allemagne voulait faire une révolution »

Fin 1914 le front s’étend sur 800 km, les armées s’enterrent. René Dersoir, loin de la zone de combat, avoue le 27 décembre 1914 : « Ici on s’embête. Il y a déjà longtemps qu’on n’a pas reçu d’obus et on s’ennuie après. J’espère que l’année qui vient sera meilleure et que ce sera l’année de la grande victoire et de la paix ».

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 1915 : effroyable

Le même René Dersoir, blessé, dit le 1er février 1915. « Nous avons des soins admirables, une nourriture excellente. Ma blessure n’est pas grave. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

A l’arrière la guerre ne se fait pas encore sentir. Le 2 mars 1915 le jeune Jules Lebossé (qui sera tué en 1918) raconte qu’il a pu avoir une permission « Nous fûmes à Châteaubriant où le gars Eugène et sa moitié nous firent les honneurs de leur cochonnerie car il avait sacrifié un de leurs pachydermes quelques jours auparavant. Je suis rentré le soir à Ancenis, bien rondelet, rempli de joie, de cidre, de vin et de mangeaille ».

Au front, en dehors des combats, il faut faire face aux exigences de la vie quotidienne. Le 21 mars 1915, Mathurin Terrien écrit à sa fille : « il faut que je lave, et je vais être obligé d’y retourner, je vais changer de chemise, de gilet de peau et de caleçon, mouchoir de poche. C’est toute une grande buée, il fait beau temps, on va sécher ».

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6 juin 1915, Julien Chevalier écrit : « Je vous ai envoyé hier soir un colis en gare de Noyal contenant un revolver, une fusée en cuivre, un obus autrichien, une boite de cartouche, un savon et un écusson de casque boche. Tout cela provient de la conquête de tranchées allemandes que nous avons prises dimanche dernier. Nous en avons eu des obus en quantité effroyable pendant 30 heures sans discontinuer. Je ne sais si tout était calme à Noyal mais ici c’était un enfer, une pluie de fer et de feu ».

La mort frappe dans les familles, les lettres des soldats en témoignent : « je suis bien peiné de la mort du « p’tit Nicou » Pauvre p’tit Nicou ! Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? Ainsi des trois secrétaires, qui de leur propre volonté - est-ce bien volonté qu’il faut dire ? - ont troqué le fusil, pour le porte plume, il ne reste plus que V. (…). Jan a disparu, Nicou a disparu ». Et on parle d’une nouvelle campagne d’hiver.

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Août 1915 « Voici un an aujourd’hui que j’ai quitté ma Marguerite et mes petits, le jour de mes 32 ans (…) J’ai beaucoup pleuré mais je ne lui disais pas car un an sans voir ceux que l’on aime et après avoir passé dans des coups aussi terribles que j’ai vus il me semble qu’il y a plusieurs années » écrit Léon Billard.

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10 décembre 1915, Louise Braud écrit à son père : « on a reçu des tissus chez Mme Moriceau pour faire des bottes de tranchée en toile goudronnée ». De la toile goudronnée : le grand luxe pour la boue et le froid …

 1916 : on creuse et on s’enterre

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Février 1916 : les soldats creusent toujours. La vie n’est pas facile : « Pour le moment, nous sommes en 2e ligne. (…) la nuit est à peine arrivée, que l’on impose aussitôt des corvées : creuser des tranchées, les approfondir, etc. Hier 4h de fonction de 2h à 6h du matin, sous la neige. (…). Notre nourriture est assez potable, soupe, bœuf le midi, rata le soir, le . pain - ½ boule et pas toujours - fait défaut. Encore si nous avions des biscuits, mais rien. J’ai été jusqu’à manger de vieux biscuits humides, sablés et abandonnés sur le sol d’un gourbi souterrain. Pas de feu, (…) Les cuisines sont à l’arrière. Assez peu enviable, par ce temps de pluie, lequel rend peu viables les tranchées qui se changent en bourbier. Heureusement, j’ai mon réchaud à alcool, je me prépare du chocolat » (Lettre de Jules Lebossé).

7 mars 1916, Antoinette écrit : « Cher père, je te dirais que l’on était à Erbray hier maman et moi et on voudrait bien que tu sois avec nous car on a apporté une belle assiette de grillons, pâté, saucisses et du boudin de chez tonton Mathurin qui est très bon ».

 Humour, quand même

La guerre n’exclut pas l’humour, Jules Lebossé écrit le 2 avril 1916 « Tout à l’heure, nos voisins d’en face, décidément des goujats sans éducation, ont commis l’impolitesse de recevoir à coup de canon et de mitrailleuses un de nos beaux avions, qui avec l’air le plus innocent du monde s’en venait flâner dans leur domaine aérien. Croyant dans sa franchise et dans sa loyauté que c’était sans doute des obus d’honneur, l’aéroplane avançait avec confiance, mais bientôt voyant au contraire que ces feux violents n’avaient rien d’amicaux, ni de bon ton, il a repris le chemin du retour : les frères de Gretchen ont aussitôt cessé leurs manifestations hostiles ».

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Mais le même écrit en pleurant le 14 juin 1916 : « Si je meurs, cher Raymond, je compte sur toi pour consoler nos chers parents et les aimer doublement. Là-haut, je vous attendrai, je souhaite que tu sois heureux sur cette terre. Pense à moi quelquefois, et si je t’ai parfois fait souffrir, pardonne-moi. A ma dernière minute ma pensée sera pour toi et nos chers parents. Je mourrai en combattant pour ma Patrie, que je ne puis pas beaucoup aimer puisque des hommes méchants et injustes m’ont envoyé ici ». Dans une lettre du 4 juillet il se décrit : « Je ne suis qu’un des plus médiocres troupiers de France et de Navarre, je suis poussif, chétif, je porte des lunettes et me fatigue trop vitement et c’est horrible cela, donc je suis mal noté ».

 Deux ans encore

Le 8 juillet 1816 Jules Lebossé, ne croit pas à une victoire rapide : « Non, ce ne sera pas une chevauchée et malgré notre supériorité numérique, et en matériel, je pense que tout n’ira pas comme on le pense. (…) Si nous avançons, les Allemands nous feront payer cher cette avancée, et il se pourrait qu’arrivés à leur frontière, nous soyons formidablement épuisés ». Lui-même est en mauvais état : « j’ai de la peine à marcher, à suivre, je trébuche, tombe, car mes genoux ont une fatale tendance à choquer, ce qui est grave pour maintenir la stabilité de mon équilibre ». « la guerre n’est pas terminée. En tout cas, je crois que ce « fléau » n’a pas amélioré la morale générale ».

19 juillet 1916, pour Jules Lebossé les choses ne s’arrangent pas « Suis-je un soldat ? Non je n’en ai que l’habit, je suis plutôt encombrant. Qui dit soldat, dit quelqu’un de solide musculation, d’infatigable, de violent, brutal, un être sans pudeur, sans honnêteté sans conscience, quelqu’un de grossier. Je ne suis rien de tout cela. Je suis chétif, peu endurant, emporté parfois mais jamais brutal, scrupuleux, honnête, sensible et délicat. ». Le 27 août il écrit encore à son frère « Si tu pouvais obtenir ta perm pour la foire de Béré, tu pourrais manger du raisin et les fruits d’automne. Pour moi je ne crois pas que mon tour arrivera tout de suite ». Ce jeune homme est mort en 1918

René Dersoir, lui, fait partie de l’armée serbe : « Nous sommes arrivés à Salonique vers 6 h du matin et d’abord nous n’avons rien vu car il y avait un brouillard très épais mais il s’est peu à peu dissipé et nous avons vu Salonique. De loin c’est superbe. La ville est au fond d’un énorme golfe circulaire bordé de montagnes. Vers la gauche on aperçoit l’Olympe et au centre se trouve Salonique en amphithéâtre avec une multitude de minarets mais pas du tout l’aspect d’une ville d’Orient » (lettre du 2 septembre 1916).

20 octobre 1916, Jules Lebossé : « Tout le monde semble gai : la gaîté du condamné à mort … Plus de doute. Nous filons vers le site tragique et douloureux : Verdun. (…) les obus ennemis tombent de temps en temps sur la cité victime, crevant un toit ou bien un mur. Il ne reste guère de maisons intactes. Toutes les portes et les fenêtres sont ouvertes.(…) Ma compagnie a passé la nuit dehors. Il pleuvait et faisait très froid. Avant le point du jour, on nous a conduits à 400 m plus loin. Il a fallut se caser dans des trous, parfois même près de morts déchiquetés. Nous étions 4 blottis les uns contre les autres. Un bombardement violent. L’ennemi arrosa notre position d’obus de tous calibres. Quel martyre d’être ainsi tremblant et entre la vie et la mort ».

Janvier 1917, « à Châteaubriant Il fait du grand vent et il tombe de la neige par moment et il glace bien dur. Où que tu es ça doit bien être pareil et même il doit encore faire plus grand froid (…) Par du temps pareil c’est malheureux d’être dehors » dit Jeanne Marie Braud à son mari, Pierre, à qui elle écrit quelques jours plus tard : « tu nous dis que l’autre soir, vous avez été surpris par le gaz asphyxiant. Oh les salauds ! ils font toujours du mal. Ils en feront jusqu’à la fin. Oh si cette malheureuse guerre était seulement finie, quel bonheur pour t’en venir avec nous, il faut espérer qu’elle finisse bientôt. ».

Une jeune fille de Lusanger s’adresse à son frère : « Depuis un mois nous prenions une femme de journée tous les samedis et quelquefois dans la semaine pour m’aider. Et voilà qu’elle est partie à Nantes travailler dans une usine à obus. Donc me voilà seule encore une fois car en prendre une autre elle ne s’y connaîtra peut-être pas dans le nettoyage car dans une grande maison comme j’ai il faut s’y connaître pour prendre son travail. Hier toute la journée j’ai nettoyé ».

29 novembre 1917, toujours la boue des tranchées « Je suis à l’entrée d’un abri presque méconnaissable par la boue collée sur la figure et les vêtements et la fatigue de cinq journées de tranchées pour une attaque ».

30 avril 1918 : « Pour la 3e fois depuis 5 jours, nous allons attaquer ce soir. Et nous avons été attaqués deux fois nous-mêmes. La vie que nous menons est impossible à décrire tellement c’est épouvantable. » (Marcel Deshaies, Issé).
1561 jours de guerre

11 novembre 1918 : 6h15 l’armistice est signé. Le lendemain le journal de Châteaubriant titre « 1561e jour de guerre. L’Alsace-Lorraine est restituée à la France ».

Un élève de l’école St Joseph raconte :
« Ce fut comme le signal attendu pour le déchaînement populaire. Celui-ci se donna libre cours et dès les premières heures de l’après-midi ce fut une suite de chants, d’hymnes patriotiques clamés par une foule en délire. D’énormes pétards éclatent avec un bruit sourd. De faux clairons sonnent des « Marseillaise ». Des bandes de jeunes gens le drapeau sur la poitrine parcourent les rues en chantant.
Merci à tous ceux qui ont fourni des lettres et à l’Office de Tourisme   qui les a déchiffrées et présentées. Dans des vitrines on peut voir quelques objets : le képi et les épaulettes du lieutenant Jules Courcoul et le casque de Jules Lebossé (morts à la guerre), une boite « double à graisse et à cirage », une rosalie (épée-baïonnette modèle 1886), une gamelle modèle 1852, une gourde de deux litres, modèle 1877, un revolver modèle 1874 et un martinet (pour dépoussiérer les vêtements).

Les photos de l’époque exaltent le patriotisme : les demoiselles et les enfants rêvent des beaux militaires en pantalon rouge garance.

Sur 8 millions et demi d’hommes mobilisés entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918, plus de 2 millions ne revirent jamais le clocher de leur village natal. A Châteaubriant, près de 1300 Castelbriantais furent mobilisés, plus de 20% tombèrent au Champ d’Honneur durant ces quatre ans de guerre, sans compter ceux qui sont morts des suites de leurs blessures dans les années qui suivirent….

La liste des 236 noms figurant au Monument aux Morts de Châteaubriant, a pu être complétée et donne pour chacun : date de naissance, date d’incorporation, régiment, grade, date et lieu du décès. Le Monument actuel a été commandé par le maire Amand Franco en 1919 et inauguré en 1922 par le maire Ernest Bréant. Il a coûté 32 000 francs de l’époque. Châteaubriant comptait alors 7692 habitants.

Exposition jusqu’à novembre 2008.


Ecrit le 8 octobre 2008

 A plusieurs voix

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1914-

L’Office de tourisme   de Châteaubriant a recueilli des lettres de « Poilus » et réalisé une très intéressante exposition visible jusqu’au 12 novembre à la médiathèque   de Châteaubriant, avec une autre exposition intitulée « 1919-1939, d’une guerre à l’autre ».

En 1914, Châteaubriant comptait 7479 habitants, 1250 d’entre eux ont été mobilisés. Sur le Monument aux Morts, 236 noms de jeunes morts à la Grande Guerre sont écrits : on y trouve 57 cultivateurs, 18 ouvriers-manœuvres, 17 journaliers et domestiques, 13 employés du chemin de fer ou du tramway, 13 menuisiers, 12 charrons et forgerons, 11 maçons, 9 serruriers, 6 coiffeurs, 6 typographes et imprimeurs, 5 militaires et marins, 4 étudiants, 4 bourreliers-tanneurs….

« En lisant leurs lettres nous voulons faire revivre ces jeunes, pour qu’ils ne soient pas pour nous des soldats inconnus » dit Yves Billard. Première rencontre : samedi 18 octobre, avec un extrait de l’émission « C’est pas sorcier », sur la guerre 14-18, puis lecture des lettres avec une voix off donnant des explications complémentaires

Samedi 18 oct. 15h30,
Lettres d’août 1914 à avril 1916

Ensuite :

Jeudi 30 octobre 20h30,
Samedi 8 nov. 15h30,
À la médiathèque  .