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Ni Dieu, ni maître, ni serveur centré

Ecrit le 11 février 2015

 Stéphane Jupîn, un drôle de bonhomme

Ni dieu ni maître (devise anarchiste) ni serveur informatique centré !

Quel rapport entre l’anarchie et l’informatique ? C’est Stéphane Jupin, habitant du Petit-Auverné, qui répond, avec un grand sourire et un grand enthousiasme. « Penser une architecture informatique, c’est avoir une pensée politique. La mienne : relier les acteurs entre eux »

En informatique, ’’architecture’’ désigne la structure générale d’un système, l’organisation des différents éléments (les logiciels, les machines, les humains qui les conçoivent et les utilisent, les informations dont ils disposent) et les relations entre ces éléments.

Un serveur informatique est un dispositif informatique matériel ou logiciel qui offre des services, à différents clients (par exemple : stockage des données, courrier électronique).

 Chacun serveur de tous

« Je souhaite démythifier la toute-puissance supposée du serveur, faire que chacun puisse être le serveur de tous ».

Stéphane Jupin est ingénieur en informatique, chargé habituellement de l’innovation. « Je suis né dans un coron de cheminots, près de Lille » dit-il. Coron : c’est le nom donné dans le Nord aux habitations où les ouvriers, souvent des miniers, vivent en famille. Ces habitations sont collées les unes aux autres et une ruelle les sépare des corons d’en face. Ces maisons, basses, appartenant aux entreprises, ne sont pas très différentes des maisons ouvrières que l’on peut encore voir à Sion-les-Mines ou Moisdon-la-Rivière. « C’est une tradition de vie collective, une culture ouvrière, qui a marqué ma culture familiale » dit encore Stéphane dont le père, fils de cheminot, est entré dans l’administration d’État, ce qui, pour la famille, était une promotion. « Et lorsque j’ai été reçu au concours d’entrée à l’école d’ingénieurs, ma grand-mère était émue. Dans nos familles, être ingénieur a encore un sens et porte un devoir ».

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Stéphane Jupin

Vers 13 ans, Stéphane accompagne son père, muté dans l’île de la Réunion. « J’ai passé 5 ans dans cette île où il n’y a aucune ethnie dominante, ce ne sont pas les Blancs qui tiennent le haut du pavé, la religion y est un élément d’identité non violente, le militantisme est politique (colonial, conservateur, communiste) mais pas religieux. Cela m’a sans doute construit libertaire ! ».

Ses études auraient pu conduire Stéphane à être patron d’une entreprise ou d’un laboratoire, ou tout au moins cadre dirigeant. Mais l’homme est trop indépendant, soucieux de partager ses connaissances « Moi je considère que l’État m’a offert des moyens considérables, c’est à moi maintenant de les transmettre. Si je ne transmets pas, je ne me sens pas digne de la chance que j’ai eue ».

 Transmettre, comment ?

« Je suis favorable au partage, au faire-soi-même. Si quelqu’un est capable de faire quelque chose, je dois être capable de le faire aussi, et de l’apprendre aux autres. Il n’y a pas besoin de comprendre, pour savoir faire, il n’y a pas besoin d’attendre une compétence pour faire quelque chose. C’est à chacun de donner des billes aux autres, pour qu’on puisse tous jouer ensemble, le plus simplement possible ».

Sur quoi débouche ce genre d’idées ? « C’est génial, car on ne le sait pas ! ».

 Salon du Maker

Stéphane Jupin se situe dans la culture du ’’making’’ (ah ! Les mots anglais envahissants !) , c’est-à-dire dans la culture du ’’faire’’ mais ’’faire ensemble’’, « apprendre aux gens à retrouver la possession de leurs doigts ! ». C’est la reprise en mains de l’outil de création, une révolution prolétarienne en quelque sorte ! « Il faut retrouver la fierté de l’acte manuel » Dans ce cadre, Stéphane a participé au stand ’’drônes’’ de la dernière foire de Béré : ’’nous avons pu en expliquer l’intérêt mais aussi les dangers, et le débat de société inévitable. Nous étions là dans un esprit Service-Public, c’était formidable’’. De façon ludique, Stéphane Jupin participera au ’’Saint-Malo Mini Maker Faire 2015’’ (11-12 avril) et, à Châteaubriant, proposera un atelier robotique à l’association Alis44110 !

Un Fab-Lab à Châteaubriant

« J’ai commencé une carrière ’’normale’’ comme ingénieur, mais j’ai besoin de plus de liberté. J’aime travailler dans une équipe de gens, sans cadre rigide, et je sais que l’anarchie marche, qu’elle débouche sur des réalisations positives ».

C’est ainsi, au hasard des rencontres  , que Stéphane a commencé à s’intéresser à la photogrammétrie en travaillant avec des archéologues.

 Un sous-marin de 150 m

Photogrammétrie : tout de suite les grands mots ! C’est une technique formidable consistant à prendre des milliers de photos qui sont utilisées, par ordinateur, pour obtenir les courbes de niveau d’un terrain, le volume d’un bâtiment ou d’une statue, la détection de fentes, la simulation d’ensoleillement, etc. On peut même représenter un bâtiment, débarrassé de ses échafaudages ! C’est ainsi qu’on a pu voir le cœur d’Anne de Bretagne, en trois dimensions, manipulable à souhait, à l’intérieur, à l’extérieur … (Réalisation de Stéphane Jupin). Et, sur les clichés, on peut mesurer les objets, au millimètre près ! Imaginez que vous pouvez mesurer les éléments du Château de Châteaubriant avec cette précision !

Une technique moderne ? Même pas ! En 1849, Aimé Laussedat, officier de l’armée française a montré, en prenant pour sujet la façade de l’hôtel des Invalides à Paris, que l’on pouvait mesurer des distances avec l’aide de photographies. Sauf qu’à l’époque on n’avait pas le secours puissant des ordinateurs.

 Drônes

En archéologie, Stéphane se sert, pour les objets de grande dimension, de ’’drônes’’ qui survolent la zone à étudier … ou de robots sous-marins : « J’ai été sollicité pour restituer l’épave du Danton, ce cuirassé français de 150 mètres de long pour 19.000 tonnes - reposant à plus de 1.000 mètres de profondeur, ses canons de tourelle intacts. Il a été torpillé et coulé le 19 mars 1917, pendant la Première Guerre mondiale, par le sous-marin allemand U-64 au large de l’Italie ».

On peut voir des réalisations de Stéphane Jupin, ici 
par exemple la Porte des Champs au Château de Châteaubriant ou le Père Eternel à l’église de Béré. Ou la Psalette à Nantes. Stéphane Jupin a écrit à la mairie de Châteaubriant pour proposer de numériser le patrimoine. Mais il n’a pas eu de réponse.

 Libre

Pour réaliser ses documents, Stéphane Jupin fait appel à des logiciels. « Les meilleurs logiciels sont souvent libres car les meilleurs informaticiens travaillent gratuitement, ils ne sont ni dans les labos ni dans les grandes sociétés. Il y a des équipes de chercheurs, subventionnées par l’État, qui font des choses très bien, mais qui ont tendance à se considérer comme propriétaires du savoir. C’est une démarche bourgeoise, un vol. Proudhon disait ’’la propriété, c’est le vol’’, que dire alors de la propriété intellectuelle ! L’innovation utile est portée par des passionnés » dit Stéphane Jupin.

Photo : Statue reconstituée par photogrammétrie

(1) : en savoir un peu plus sur la photogrammétrie ?

Voir le cœur d’Anne de Bretagne numérisé