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Le projet agro-biologique

Ecrit le 11 février 2015

Il est de bon ton de critiquer le gouvernement en place, qu’on soit de droite ou de gauche.
- si l’on est de droite, la critique est systématique, inhérente à la position d’opposant.
- si l’on est de gauche, la critique permet de se situer mieux : plus à gauche, plus social, plus soucieux de réduire les inégalités, plus … plus …

Le pauvre François Hollande n’a trouvé grâce aux yeux de personne, et la presse, massivement de droite, ne s’est pas privée de dénoncer ses manques, réels ou supposés. Tout projet de loi heurtant, un tant soit peu, une catégorie sociale élevée, provoque une levée de boucliers. A croire que rien de bien n’a été fait !

Voici pourtant une bonne chose : le plan protéines végétales 2014-2020 porté par Stéphane Le Foll. Ce plan s’inscrit pleinement dans le projet agro-écologique pour la France

 Trop de viande

Un Français consomme en moyenne 1,5kg de viande par semaine, au grand regret des nutritionnistes qui préconisent une consommation trois fois moindre. Manger trop de viande engendre des répercussions néfastes sur la santé, parmi lesquelles des troubles cardio-vasculaires, de multiples cancers et de l’obésité.

Ce mode de vie entraîne :

  • - des conflits d’usage des terres (selon le WWF, 1 kg de viande nécessite 323 m2 de terre). La production de viande occupe un tiers des terres arables de la planète,
  • - des problèmes d’eau (produire 1 kg de bœuf nécessite plus de 15 000 litres d’eau),
  • - des pollutions dues aux effluents d’élevage : 9 fois plus de pollution à l’azote (par les excréments) que celle causée par toute la population humaine sur Terre !
  • - ainsi que des émissions de gaz à effet de serre (1 kg de viande serait responsable de l’émission de 34,2 kg d’équivalent CO2).

Par ailleurs, un déséquilibre mondial est en train de se produire : les Chinois (et chacun sait qu’ils sont nombreux), adoptent de plus en plus le modèle de consommation occidental : pour donner de la viande aux hommes, il faut nourrir les animaux en utilisant des protéines végétales, importées d’Amérique (USA, Brésil, Argentine principalement). A terme, les flux d’exportation en provenance d’Amérique qui bénéficient actuellement à l’Europe pourraient être détournés vers l’Asie ! Or l’autosuffisance de l’Europe, toutes sources de protéines incluses, est estimée à 35%, ce qui souligne le poids des importations destinées à l’alimentation animale, et le risque encouru si l’Amérique privilégie l’Asie.

 Légumineuses ?

Les légumineuses, souvent appelées ’’légumes secs’’, c’est 340 espèces en France, (plus de 7000 dans le monde). Elles sont très utiles à l’homme, que ce soit pour l’alimentation ou l’industrie.

Elles regroupent les quatre catégories suivantes :

  • - Fèves et haricots secs : haricots blancs, rouges, noirs, romains, pinto, mungo, adzuki, soja…
  • - Lentilles : vertes, brunes, noires, rouges
  • - Pois secs : cassés, entiers, chiches…
  • - les plantes fourragères (luzerne, trèfles, sainfoin, vesce, etc.).

Le soja, l’arachide, le haricot, les pois, les fèves et les lentilles sont les légumineuses les plus cultivées dans le monde. Les protéagineux sont des plantes annuelles appartenant au groupe botanique des légumineuses mais dont les graines sont riches en protides.

En France la situation se dégrade : les surfaces pour les cultures riches en protéines sont en déclin depuis le début des années 2000. Après une lente érosion, les protéagineux (notamment les pois) représentent moins de 2% des surfaces ensemencées en grandes cultures dans les assolements en 2012 et 2013.

Très riches en protéines, les protéagineux introduits dans les aliments composés, en association avec les tourteaux métro-politains résultant de la trituration du colza et du tournesol à des fins industrielles, constituent une très bonne alternative à l’utilisation de tourteau de soja.

Les légumineuses fourragères connaissent, depuis la fin des années 50, une décroissance continue passant de plus de 3 millions d’ha à l’époque à 278 000 ha en 2010. (ce qui fait une baisse de 90%) Cette évolution est consécutive à l’intensification des systèmes de culture et d’élevage liée d’une part à l’utilisation des engrais azotés et d’autre part à un recours massif à une complémentation à base de tourteaux dans l’alimentation des bovins, ovins, caprins.

Les légumineuses, plantes naturellement riches en protéines, présentent pourtant des intérêts multiples. La fixation naturelle de l’azote dans ces plantes permet en effet la production de ces protéines végétales, l’enrichissement des sols en azote, et diminue par conséquent le besoin en fertilisation azotée dans les assolements intégrant leur culture.

Pour la culture de la luzerne à des fins de déshydratation, il existe en France environ 6500 agriculteurs cultivant de la luzerne sur environ 70 000 ha. Les surfaces en luzerne déshydratée ont baissé de 25% par rapport à 2006. Quant à la culture du
soja, elle reste marginale en France, atteignant péniblement ces dernières années 40 000 ha

Compte-tenu de ce contexte, les enjeux pour la filière et les pouvoirs publics sont les suivants :

  • - sécuriser les rendements puis les augmenter afin de consolider sur la durée la production de protéines végétales ;
  • - intégrer dans les assolements des cultures riches en protéines, protéagineux, soja ou luzerne ;
  • - sécuriser les débouchés : en premier lieu celui de l’alimentation animale mais également les autres débouchés porteurs d’avenir ;
  • - améliorer la concertation entre les différents acteurs, en associant plus étroitement la production et la transformation, en particulier les fabricants d’alimentation animale ;
  • - plus spécifiquement pour les filières biologiques, viser l’indépendance protéi-que tant pour l’alimentation humaine (avec une demande en forte hausse) que pour l’alimentation animale, notamment dans la perspective du passage à l’alimentation 100% bio des monogastriques (contre 95% actuellement).

 Et la luzerne ?

Nos grands-mères disaient que la luzerne faisait merveille pour les lapins. Elles avaient raison et, en plus :

  • - La luzerne, une culture qui se passe d’engrais et de pesticides.
  • - La luzerne filtre et protège l’eau
  • - La luzerne, reine de la biodiversité est grande amie des abeilles
  • - La luzerne, un acteur de l’aménagement du territoire : en Champagne-Ardenne par exemple la luzerne est le troisième employeur privé. La luzerne contribue ainsi à l’équilibre des territoires et à la cohésion sociale.

Et, en plus, la luzerne est bonne pour les humains (sous forme d’extraits foliaires) ! Il ne semble pas que le gouvernement ait exploré cette voie ! Riche en protéines, et sels minéraux (fer, calcium), elle doit d’abord être coupée en brins de 25 cm environ puis placée dans un broyeur vertical à marteaux (un simple moteur de tondeuse à gazon suffit). Pour obtenir un jus vert, on presse la luzerne broyée. Après écoulement du jus, il reste un tourteau à donner aux animaux. Le jus est chauffé rapidement pour coaguler les protéines. Egoutté, il peut être consommé en pâte. Séché, il peut se conserver plusieurs mois

Utilisé au Mexique, au Sénégal, au Burkina Faso, on estime qu’il suffit de 10 grammes par enfant et par jour, pour assurer les besoins nécessaires.

 Ecophyto : - 50 %

Une conférence nationale, « 2015 - L’an 1 de l’agro-écologie » s’est déroulée, le 30 janvier au ministère de l’Agriculture, à Paris. L’objectif, dresser le bilan du plan Ecophyto, qui vise à réduire l’usage des produits phytosanitaires, et surtout déga-ger les pistes d’amélioration pour une seconde version qui devrait être pré-sentée d’ici à juin 2015.

 Oui mais ….

La Confédération Paysanne rappelle que les travaux des agronomes de l’Antiquité mentionnaient l’utilisation d’extraits de plantes : sureau, cumin, hellébore, chêne, cèdre, absinthe, grenadier, etc. On plantait aux Pays Bas au 18e siècle du chanvre en bordure pour protéger les cultures de choux contre les invasions de piéride. La menthe poivrée était utilisée comme plante insecticide (Allier, Limousin, Auvergne). Les agriculteurs indonésiens répandent depuis des générations de la poudre de feuilles de Giroflier sur leurs cultures pour prévenir les ravages causés par des champignons microscopiques. En France, le purin d’ortie est devenu l’emblème des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes (PNPP). Celles-ci peuvent également être à base de prêle ou de fougère, sous forme d’extrait fermenté, de décoction, d’infusion ou de macération. Les PNPP, c’est aussi l’argile, le vinaigre blanc, le petit lait ou l’huile de Neem… Alors que le plan Ecophyto du ministère de l’agriculture a fixé l’objectif de réduire de 50% l’utilisation des pesticides d’ici 2025, et qu’une part importante des agriculteurs est disposée à utiliser les PNPP, le blocage du gouvernement pour diffuser ces pratiques laisse facilement transparaître le pouvoir des lobbies. On peut donc boire une tisane, mais la pulvériser sur ses cultures est passible de poursuites. Une telle utilisation est en effet très risquée... pour le chiffre d’affaires de l’industrie des pesticides et du médicament.

’’Nous ne pouvons que nous inquiéter de l’écart entre les discours et les politiques mises en place. En germe, il y a le risque de fournir un label « agro-écologique » à tous, comme on y est parvenu avec le verdissement de la PAC (Politique agricole commune) dit La Confédération Paysanne en ajoutant : L’ambition agro-écologie ne peut voisiner avec des politiques publiques favorisant la « compétitivité », l’industrialisation, l’exclusion des fermes petites ou diversifiées. Malgré quelques éléments intéressants, le plan agro-écologique laisse de côté des données indispensables. Les approches systé-mique et territoriale sont absentes, tout comme les facteurs sociaux. Ses références sont technicistes, ne laissant pas de place au savoir-faire paysan. L’échelle des exploitations n’est pas questionnée, alors qu’on sait son implication sur l’environnement ».

Aveugle et sourde à la réalité et aux arguments scientifiques, une large majorité du Sénat, soutenue par le ministre Stéphane Le Foll, a rejeté la résolution du sénateur Joël Labbé invitant le gouverne-ment français à alerter l’Union européenne sur les risques des pesticides néonicotinoïdes. Ministre et sénateurs redemandent des études, et encore des études, alors qu’il en existe plus de 800. La chambre haute se place aux côtés de l’Union de l’Industrie de la Protection des Plantes et de ses relais au sommet de la FNSEA pour défendre un modèle agricole productiviste intenable contre l’intérêt général. Santé des paysans, effets des perturbateurs endo-criniens sur les jeunes enfants, disparition des pollinisateurs, ne sont donc pas leurs problèmes. Cette inconscience est une suite logique des politiques qui laissent des productions, comme les fruits et légumes, sans aides de la PAC, livrées à une concurrence injuste et insupportable où, peu importe la manière, il faut toujours produire plus.

La Confédération paysanne demande d’urgence la suspension de ces insecticides. Mais cela implique une démarche forte de nos gouvernants : ils doivent avoir le courage politique de faire le choix d’une agriculture respectueuse des hommes et de son environnement, contre la pression des lobbies de l’agriculture industrielle.