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19 mars 1962

Écrit le 25 mars 2015.

 Comment une idée du F.N. transite et prospère par le canal de certaines associations d’Anciens Combattants.

Le 18 mars 1962 les Accords d’Evian sont signés entre les représentants du Gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA) et les représentants du Gouvernement français dont Robert Buron ministre du Général De Gaulle, ce dernier étant Président de la République française.

Le 19 mars 1962, le cessez-le-feu est proclamé. C’est un immense soulagement pour la majorité du peuple de France qui en a marre de près de huit années de guerre. Les familles qui redoutaient le départ de leurs jeunes, respirent. Pour les milliers d’appelés partis à 20 ans, à qui l’on a volé près de trois années de leur plus belle jeunesse, c’est une immense joie. Hélas, 30 000 d’entre eux ne sont plus là, fauchés au printemps de leur vie.

Pour le petit peuple algérien, qu’on désignait couramment par les qualificatifs outrageants de ’’bicot’’, ’’bougnoul’’, ’’crouillat’’, ’’raton’’, ’’melon’’, etc, le prix à payer pour la liberté et la dignité fut lourd. Le gouvernement français admet 300 000 morts. Le gouvernement algérien et des historiens avancent le chiffre de 1 500 000 pour une population de 9 millions de musulmans. Il faut aussi y ajouter 3000 disparus.

Le 8 avril suivant, les accords d’Evian sont approuvés par référendum avec 90,6 % de oui. L’OAS (Organisation Armée Secrète), créée deux ans plus tôt, branche terroriste des tenants de l’Algérie Française et composée de bon nombre de militaires de carrière, refuse le cessez-le feu et l’indépendance de l’Algérie, suivie par le Front National (F.N.) naissant. Cette organisation criminelle commet de nombreuses exactions contre des civils algériens et français.

 Commémorations

Les associations d’Anciens Combattants ont toujours représenté pour les Politiques une force et une masse à exploiter et à manipuler. Sans remonter aux lendemains de la Grande Guerre, où les Anciens Combattants descendaient dans la rue drapeaux en tête, en maintes occasions, pour des combats politiques, on se souvient plus récemment de Mai 68 où les Anciens Combattants (y compris à Châteaubriant) ont massivement défilé pour soutenir De Gaulle.

Après le 19 mars 1962, la commémoration et l’hommage aux morts de la Guerre d’Algérie se déroulait chaque année au pied des Monuments aux Morts. Mais les nostalgiques de l’OAS et de l’Algérie Française n’ont eu de cesse de combattre farouchement cette commémoration sous de fallacieux prétextes. Le moyen de parvenir à cette fin était, bien entendu, d’investir et de gangrener les associations d’Anciens Combattants …

Il existe une association spécifique d’Anciens Combattants d’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc), majoritaire au plan national, peu perméable aux thèses du FN  , voire pas du tout. Elle soutient cette commémoration du 19 mars.

Les autres se retrouvent au sein d’associations fédérant : anciens de 14-18 (aujourd’hui disparus), anciens de 1939-40-45 et anciens d’Indochine. En clair on se retrouve entre ceux qui ont combattu l’envahisseur et ceux qui étaient envahisseurs. Donc peu de valeurs à mettre en commun. C’est de ce côté-là que les sous-marins du F.N. sont à l’œuvre : un seul mot d’ordre circule, repris par les dirigeants et les manipulateurs de tous poils (anciens militaires d’active, comme on dit, entre autres) : pas de commémoration le 19 mars. L’idée fait tellement bien son chemin que Chirac décrète un certain 5 décembre comme date commémorative 1.

Le Président Hollande, lui, a tranché : la seule date officielle de commémoration est le 19 mars et c’est la loi n°2012-1361 du 6 décembre 2012.

Néanmoins des centaines d’Anciens d’Algérie se sont laissé berner et, dans nos régions, ils sont majoritaires, on exalte les valeurs militaires et vous n’entendrez pas, dans la bouche de leurs dirigeants, de message pacifiste. J’ai même entendu dans une commune de la périphérie de Rennes, le 3 décembre 2014, un responsable déclarer publiquement, sur le parvis de l’église, évoquant quand même ce 19 mars, je cite : « le cessez-le feu du 19 mars a privé l’armée française d’une victoire certaine ». Cela voulait dire : ’’encore quelques morts de plus et la victoire était au bout du fusil’’. Je ne pense pas que ce pauvre homme avait trouvé cette formule tout seul.

La nation française est une vieille nation militariste et on a vite fait, avec quelques médailles, et dieu sait s’il en tombe, d’endormir les consciences. Dans les compte-rendus de presse sur les assemblées générales de ces associations, il est question de voyages, de thés dansants, de repas patriotique, du 11 novembre, mais pas un mot sur le 19 mars. Ce n’est pas un hasard si le maire Robert Ménard de Béziers, plus qu’apparenté F.N, débaptise dans sa commune une rue du 19 mars 1962, pour la nommer : rue Hélie Denoix de Saint-Marc, officier putschiste de 1961 2, condamné à dix ans de prison, puis fait Grand-Croix de la Légion d’Honneur en 2011 par Nicolas Sarkozy, après sa réhabilitation en 1978 sous Giscard. Ben voyons !

Les appelés qui ont fait échouer le putsch des généraux en 1961, auraient-ils oublié le 19 mars 1962 ?

 Regroupement

Une association 3, au niveau national, propose de regrouper toutes les commémorations le même jour, par exemple le 11 novembre. Les jeunes générations ne retiendraient alors que la fin de la Grande Guerre. La commémoration du 19 mars disparaîtrait. Quant au 8 mai (commémorant la victoire sur le nazisme), et jour férié, il disparaîtrait lui aussi. C’est là qu’on retrouve l’idée du patronat qui juge qu’il y a trop de jours fériés. A Châteaubriant c’est déjà décidé.

    • Guy Alliot

1 Pourquoi le 5 décembre ? On peut peut-être trouver en cherchant bien, un 5 décembre qui au long des 17 années qu’a duré la conquête de l’Algérie, pourrait correspondre à une victoire de Bugeaud ou du Duc d’Aumale. Mais non, car les seules victoires de ces 17 années ont trop souvent été synonymes de massacres d’Algériens.

2 Le putsch avait pour projet de renverser la République pour la remplacer par une dictature militaire fasciste qui, outre l’enterrement de nos libertés, aurait poursuivi la guerre en Algérie.

3 Si cette association n’appelle pas à commémorer le 19 mars, certains de ses membres adhérents ou dirigeants, participent à cette commémoration.

Quelle mémoire ?

Jean-Claude Escaffit, auteur du livre ’’Sur les traces du père’’, revenu en Algérie, dit que là-bas « la population a tourné la page de sa ’’guerre de Libération’’. Pour les moins de 50 ans c’est 14-18. Et pour les plus âgés, la mémoire est en voie d’apaisement. J’ai assisté à d’émouvantes scènes de fraternisation entre combattants, qui avaient été pourtant sur le même théâtre d’affrontement. Dans ma propre quête de vérité, j’ai bénéficié d’une étonnante chaîne de solidarité, d’amis et d’inconnus algériens. Ce qui nous a permis, à mon frère et moi, de nous rendre en petite Kabylie sur les lieux où est tombé notre père, chef de poste SAS. Et de rencontrer, par un surprenant hasard, l’un des auteurs de l’attentat qui lui a coûté la vie »
(Ed. Salvator)