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Rol Tanguy

écrit le 16 septembre 2002

Rol-Tanguy

Figure mythique de la deuxième guerre mondiale, en tant que libérateur de Paris, le colonel Henri Rol-Tanguy, est décédé au cours de la nuit du 8 au 9 septembre 2002 , à l’âge de 94 ans.

De ce militant et résistant communiste, Charles de Gaulle, le 18 juin 1945, a dit qu’il le considérait comme un de ses « Compagnons de la Libération ». 1 059 au total.

Après être passé une dernière fois par Denfert-Rochereau (où il avait son poste de commandement dans les catacombes, sous le lion) et la gare Montparnasse, hauts lieux de l’insurrection parisienne libératrice d’août 1944, le corps a été était acheminé vers les Invalides. Sous les doigts de fer des cadrans solaires pointés sur les frontons du musée de l’Armée, le Président de la République a rappelé le parcours de celui qui devait devenir, le 5 juin 1944, « colonel, chef des FFI d’Ile-de-France » et, ès qualités, l’un des principaux artisans de la victoire du peuple de Paris.

Son vrai nom était Henri Tanguy. Fils de marin entré à Renault-Billancourt ; ouvrier métallurgiste syndicaliste (*) ; à dix-sept ans, avec le plus grand sérieux, il adhère aux Jeunesses communistes. Il restera toute sa vie fidèle à cet engagement, toujours défenseur d’un humanisme généreux, épris de justice sociale et imprégné des valeurs de la Révolution française.

Février 1934 : « Les événements puis la guerre d’Espagne vont faire du militant et du syndicaliste un adversaire déterminé du fascisme » dit Jacques Chirac. 1939-1940 : sous les drapeaux, il se battra jusqu’en juin 1940, avant de regagner Paris le 19 août, quatre ans, jour pour jour, ainsi qu’il aimait le souligner, avant le début de l’Insurrection parisienne..

Mais, en 1940, en ce funeste été 1940, la France, qui vient de subir l’un des plus grands traumatismes de son histoire, mesure toute l’ampleur de la défaite ; dans un pays accablé, Paris, capitale de la liberté, devient « le remords du monde » (...) ; Henri Tanguy est de ceux qui ne peuvent accepter la défaite (...) ; il va se faire stratège pour défendre, avec courage et talent, les valeurs de la République ; il sera de ceux qui, à la tête des combattants parisiens, jouèrent, avec le général Leclerc et la prestigieuse 2e DB, un rôle absolument déterminant dans la libération de la capitale ; plus encore, cette figure mythique de l’insurrection parisienne deviendra l’un des symboles de cette Résistance rassemblant, dans l’ombre, des hommes et des femmes de toutes les origines, de tous les horizons, qui choisirent de se réunir, par-delà leurs différences, sous l’autorité de Jean Moulin.

Puis ce fut la plongée dans la clandestinité d’Henri Tanguy et de Cécile Le Bihan, les groupes armés, le détour par l’Anjou-Poitou pour déjouer les chasseurs et le retour, en avril 1943, à Paris où il réorganise les FTP (Francs-Tireurs et Partisans) affaiblis par de multiples arrestations et, en octobre 1943, lorsque commence l’unification des Forces armées de la Résistance, il intègre l’état-major des Forces françaises de l’intérieur de la région parisienne

Plus tard, les cheminots déclenchent la grève ; le 15 août 1944 est diffusé le premier ordre d’insurrection ; Rol s’adresse à la police parisienne, à la Garde républicaine, à la gendarmerie, aux gardes mobiles, aux GMR et aux gardiens de prison ; l’appel aux barricades tapé par Cécile Rol-Tanguy retrouve l’audace et la vigueur d’un autre appel aux armes lancé en 1871 par Victor Hugo : « Pas de trêve, pas de repos, pas de sommeil, le despotisme attaque la liberté. Francs-tireurs, allez ! »

Aussi, lorsque, le 25 août, à la gare Montparnasse, le maréchal von Choltitz remet la capitulation des troupes allemandes de Paris au général Leclerc et au colonel Rol-Tanguy, le chef de la 2e DB peut-il dire avec une satisfaction immense : « La France de De Gaulle, celle qui a refusé de cesser le feu, retrouve la France de l’intérieur, celle qui a refusé de courber le front. »

L’histoire ne s’arrête pas là : Paris libéré, Henri Rol-Tanguy s’engage dans la première armée française et, sous le commandement du général de Lattre, participe à la campagne d’Allemagne qui le mène du Rhin jusqu’au Danube ; il sera nommé commandant militaire de Coblence et, en octobre 1945, entrera définitivement dans l’armée .

Se tournant vers Cécile Rol-Tanguy, Jacques Chirac conclut : « Il restera pour tous un exemple de ce que peuvent réaliser, lorsqu’ils sont portés à leur plus haut degré, le patriotisme, l’amour de la liberté, de la République, de la France (...). Madame, j’ai souvent rencontré votre mari. J’avais pour cet homme d’exception une profonde admiration. Je ne l’oublierai pas (...) ; et, parmi toutes les images que le nom d’Henri Rol-Tanguy fait surgir dans mon esprit et dans ma mémoire, je garderai toujours, comme tant de Français, celle de ce colonel FFI, au visage énergique, accueillant avec fierté, aux côtés du général Leclerc, le général de Gaulle, chef de la France libre. C’était le 25 août 1944 »

Jean Morawski
L’Humanité du 14 septembre 2002

(*) il était secrétaire du syndicat des travailleurs de la métallurgie de la région parisienne, notamment aux côtés de Jean-Pierre Timbaud, l’un des fusillés de la Sablière à Châteaubriant . Engagé dans les Brigades Internationales du côté des Républicains espagnols, lors de la Guerre d’Espagne, c’est en hommage à un camarade mort dans les combats de la Sierra Cabalis, Théo Rol, qu’il choisira Rol comme pseudonyme dans la Résistance.