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Monique et THérèse

Ecrit le 6 mai 2015

 Epouses de militants, et militantes elles-mêmes

 Thérèse Rallu

C’était une femme … ordinaire, en ce sens qu’elle n’a jamais eu une médaille ou un diplôme pour ses mérites et pour la façon dont, de son vivant, elle a assumé les tâches pour lesquelles elle était née.

Fille de maçons italiens, les Miglioretti, venus en France pour fuir la misère, elle se souvient d’être allée à l’école privée Nazareth où, disait-elle, ’’il y avait la cour des belles, et la cour des vilaines’’. C’est que la famille de Thérèse, onze enfants, était pauvre. Les galoches des garçons étaient raccommodées le soir à la veillée, avec des boites de sardines. Les vête-ments portaient souvent des pièces. Le soir, les blouses d’école étaient lavées et séchées devant le feu de bois, mais nul n’avait le temps de les repasser. Ces enfants, propres, mais mal habillés, n’étaient jamais placés devant, lors de cérémonies.

Née en 1923, Thérèse Rallu a eu un fils, malheureusement mort trop jeune et elle a élevé les enfants des autres, ces enfants qui étaient confiés à sa rigueur morale, à l’affection qu’elle savait leur prodiguer. Elle s’est beaucoup occupée aussi de sa mère malade et d’une sœur. Toujours on la trouvait disponible pour recevoir, pour aider, sans récriminations.

Bonne catholique, mais aussi de gauche, elle savait soutenir les engagements syndicaux de son époux et participait elle-même à plusieurs associations dont la Confédération Syndicale des Familles   et le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement). Toujours on la voyait, avec son vélo (il n’y a jamais eu de voiture à la maison) aller faire ses courses et les démarches nécessaires. Jamais de vacances, sauf, ces dernières années, à la maison de retraite, en ces temps où la maladie, petit-à-petit, lui a ôté la mémoire et peut-être le goût de vivre ?

Oui, c’était une femme ordinaire, de celles dont la société a besoin pour être humaine. Adieu Thérèse, repose en paix.


Ecrit le 1 octobre 2014

 Monique, épouse de militant

Monique Lardeux était fille de commerçants en vue du Centre-Ville de Châteaubriant. Mais elle a accepté d’épouser un ouvrier, décevant ainsi les espoirs de ses parents qui souhaitaient, pour elle, une vie plus tranquille. C’était encore l’époque où la classe ouvrière était fière du travail de ses mains et revendiquait haut et fort sa dignité face à des professions plus timorées, plus traditionnelles, soucieuses avant tout du qu’en dira-t-on.

Monique a donc, par amour, épousé un ouvrier, André ROUL, un syndicaliste de surcroît, avec la richesse des rencontres  , mais aussi avec tous les soucis qui allaient avec : les conflits dans l’entreprise, les promotions refusées, les absences trop fréquentes de son époux, le soutien à lui apporter dans les périodes de doute. Monique a su assumer tout cela.

On ne dira jamais assez combien l’épouse, dans l’ombre, joue un rôle important dans l’action d’un militant.

Elle a donné naissance à quatre enfants : deux garçons d’abord, puis deux filles. C’est déjà une grande famille. Mais, généreuse, elle a su aussi ouvrir sa maison et ses bras à une nièce, voire à un neveu, alors même que celui-ci était malade.

Monique s’est donc retrouvée à la tête d’une famille de 5 à 6 enfants. On comprend qu’elle n’ait pas chômé, avec le suivi attentif de chaque enfant, l’entretien de la maison, la cuisine à faire, et la vaisselle. Ce n’était pas encore le temps des lave-vaisselles. Pourtant, ce que Monique préférait, c’était le jardin, les fleurs, les bibelots et les livres anciens. Elle aimait aussi faire de la peinture d’art mais elle n’en trouvait guère le temps.

La maison de Monique et André, c’était la maison du Bon Dieu, avec plein d’amis qui passaient et pour lesquels Monique avait toujours un pâté ou des haricots à chauffer auprès du feu. Pour elle, ce n’était pas une vie facile et souvent, elle était lassée. Ce qui ne l’empêchait pas de donner de son temps pour militer dans des associations (Action catholique ouvrière, Secours Populaire  , Parents d’élèves, action internationale auprès du Bénin, etc) et soutenir des amis dans la détresse.

Sa vie a connu des ratés, des manques, c’est sûr. Et qui n’en a pas ? Mais faut-il déplorer l’ombre quand elle donne du relief à la lumière ? Monique était une jeune femme lumineuse et c’est dommage que la maladie lui ait imposé une fin de vie désolante. C’est là que la revendication d’un droit de mourir dans la dignité prend toute sa valeur.

Nous ne garderons d’elle que les images de bonheur, de celui qu’elle a connu, de celui qu’elle a donné. Elle a rejoint André, ce qui était son voeu le plus cher. Merci Monique pour ce que tu as été.

(déclaration lors de son enterrement)