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Des idées de lecture

Ecrit le 23 juin 2004 :

 Le Café grec de Jean-Joseph Julaud

Un petit sourire en coin, timide et malicieux à la fois : Jean Joseph Julaud n’est pas gars à « la ramener ». Il vous prépare, seulement, des « potions magiques » à sa façon. Magiques ? Parce qu’on y apprend toujours quelque chose, et avec plaisir. Son petit livre « le guide du français correct » a fait des bonheurs (plus de 400 000 exemplaires) et son manuel de poésithérapie est un remède moderne, et sans danger, contre la douleur, l’amnésie, les flatulences et l’impatience ... On s’étonne de découvrir, à chaque page, des textes en vers, méconnus, de grands auteurs. Par exemple, contre les inégalités d’humeur, récitez, avec Louise Labé :

Baise m’encor, rebaise moy et baise
Donne m’en un de tes plus savoureus
Donne m’en un de tes plus amoureus
Je t’en rendrai quatre plus chaus que braise

L’auteur y ajoute des conseils judicieux « Vérifiez quand même discrètement qui vient d’entrer lorsque vous récitez [ce poème], l’infirmière rode dans les parages.

Dernier né d’une longue série (le prochain est une histoire de France, du premier homme à Raffarin) voici « Café grec ». « C’est important le café, c’est la vie, c’est noir comme la vie, ça dépose au fond de la tasse comme la vie dépose au fond de l’âme un marc amer qui remonte si on remue trop. Ne pas bouger. Ne pas souffrir. La vie c’est ça, c’est du café, c’est l’allégorie du café, voilà pourquoi tout le monde en prend, avec un petit coup d’œil au fond de la tasse, à la fin, pour s’assurer qu’on n’a pas bu un mauvais souvenir ».

Dans un café grec, à Rhodes, rôde Jude Delator. Jude ... Judas « le personnage le plus sympathique, le plus bouleversant des Ecritures (...) il n’a pas triché, il n’a pas confié son crime à des juges. Leur justice, elle peut se tromper, on peut l’acheter, on peut passer en maille, fripouille jusqu’à la fin de ses jours, cravatée, costumée. Mais face à soi, si on se regarde sans indulgence, on sait bien si on mérite de partir sur un petit sentier, sous la pluie fine, avec un olivier au bout » l’olivier auquel Judas s’est pendu....

Jude Delator, détective privé, et rémunéré, s’est donné une mission « la réparation des couples, coûte que coûte, (...), le retour au paradis perdu .... » en sauvant deux couples : le légitime et l’illégitime !

Jude Delator propose donc à Serge Tullier, descendant de fabricants de tissus, une enquête sur ce que l’on dit de lui, là-bas à Sombreuil, la ville qu’il vient de quitter définitivement. Une enquête sur son double « fabriqué à l’emporte-pièce, sous le marteau des petites réflexions, le pilon des médisances ». (...) Les mots lâchés tout seuls, sans la phrase qui les surveille, sont des petites frappes cruelles et lâches qui dégainent sans prévenir, à bout portant, tellement maladroits qu’ils ne ratent jamais la cible qu’ils voulaient juste impressionner ».

Le Café Grec, de Jean-Joseph Julaud, on le déguste tout d’une traite, comme un alcool fort, pour savoir ce qu’il y a au fond. Puis on y revient, s’attardant à chaque petite cuillérée, pour en trouver le goût amer qui accompagne si bien la richesse et l’étrangeté du récit. Dans le labyrinthe de Dédale, à Rhodes, des traits du lumière ... éclairent la vie.... et les roses de septembre.

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Jean Joseph Julaud (à g.) et Jean Yves Paumier, Président du

Jean Joseph Julaud, de Conquereuil, a reçu le prix « Hugues Rebell » des mains de Jean Yves Paumier, pour son livre « Le Café grec », lundi 7 juin 2004 au restaurant « La Cigale » à Nantes. Décerné par l’association « Les livres de l’Ouest » (qui édite la revue Encres de Loire), ce prix récompense chaque année un livre ayant un rapport avec l’Ouest de la France, par le lieu, le thème ou l’auteur.

Hugues Rebell, de son vrai nom Georges-Joseph Grassal naît à Nantes en 1867 et meurt, 38 ans plus tard, dans la misère la plus totale. Il est inhumé à La Chapelle-sur-Erdre. Poète, écrivain, il exprime son dégoût pour une certaine bourgeoisie matérialiste et cupide, et refuse le règne de l’arrogante bêtise. Proche de Nietzche, il laisse une œuvre qui, au milieu de provocations subversives, exprime avec force sa philosophie : unir dans une même ardeur émancipatrice les valeurs du sang, de l’art et de l’argent !

L’histoire de France pour les Nuls

La Littérature française pour les Nuls


  Cadastre

Un petit livre de Jean-François Dubois, « Le cadastre du passé », fait revivre quelques lieux de Châteaubriant qui ont disparu : le chemin des biais, les lavoirs, la balustrade du jardin public des Terrasses. Et puis « Tante Marie », le chien Noiraud, l’usine à gaz, le château des Fougerays. « Ma ville est déjà enterrée dans ma mémoire avec l’enfance et la jeunesse. Elle y reposera tranquille et intacte jusqu’à ce que, foudroyé sur un paradis de glaise, je perde conscience de toutes choses à mon tour ». En vente 5 € à la librairie Lanoë.

  Fric-Frac, L’insécurité en forêt

L’insécurité gagne les forêts, des arbres sont blessés comme s’ils avaient été l’attaque de lance-roquettes. Des dégâts incroyables. Des troncs d’arbres sont taillés en pointe à la base, au risque de s’abattre sur un passant à la première saute de vent. On parle d’un règlement de comptes entre lutins. Mais la police pense plutôt qu’il s’agisse d’un coup du « Pic Noir », alias Arsène Lepic, un drôle d’oiseau de 45 cm de long. A découvrir dans le dernier numéro de La Hulotte qu’on peut trouver à la Bibliothèque Municipale de Châteaubriant, ou en bonne place dans tous les terriers du pays. Tél 03 24 30 01 30 ou http: // www.lahulotte.fr


 Dindons de la farce

La lecture du livre de Danièle Linhart (a) met vraiment en colère. Le travail de la sociologue, directrice de recherche au CNRS, invite à la découverte - quasi chirurgicale - de la fermeture de l’usine Chausson à Creil. Et l’on entre, sans pouvoir s’en détacher, dans un roman noir où, rebondissements après rebondissements, domine le sentiment d’un énorme gâchis.

Culpabilité des survivants

D’abord il y a le mensonge. 1993 : suppression de 1104 emplois sur les 2549 de l’usine. Une saignée pour mieux guérir, explique-t-on. 1994 : nouvelle suppression (elle aussi vertueuse) de 475 emplois. 1996 : fermeture définitive... programmée dans le secret depuis 1991 par la direction. Ce premier affront n’en finit pas de blesser : « Qu’on nous dise demain hop ! on va vous filer ce qu’on vous doit et puis on ferme l’usine et puis c’est tout. C’est peut-être moins dur. Sinon, il faut aller travailler, continuer à se lever à 5 heures du matin. Les autres étaient partis, moi j’étais là... » La déchirure, justement, elle aussi. Le soulagement, d’abord, de ne pas avoir eu sa lettre de licenciement - donnée devant les autres au sein même de l’atelier -, mais la culpabilité d’être parmi les survivants.

Sentiment d’injustice

Ensuite, il y a la disqualification du passé. Comment faire le deuil de vingt ou trente années données à un même employeur quand le discours managérial repose sur la stratégie de la table rase ? « Il y a une exaltation du radicalement différent, du radicalement nouveau », expliquent les auteurs. Les salariés se sentent atteints dans leur fierté professionnelle et leur identité : s’évertuaient-ils auparavant à travailler sans tenir compte de la qualité et produisaient-ils des biens et des services sans qualité ? Au final, le sentiment d’injustice. Pour les virés - « Une usine qui travaille mal, c’est normal qu’elle ferme, mais une qui travaille bien... » -, mais aussi pour ceux qui ont accepté de « se moderniser ». La sociologue cite, entre autres, le cas de l’usine Belin, à Evry (groupe Danone) : dès 1995, mise en place d’une nouvelle organisation, productivité accrue, effectifs diminués, nouveaux métiers créés (des conducteurs-régleurs)... pour apprendre que le site fermera définitivement en 2003.

(a) « Perte d’emploi, perte de soi » par Danièle Linhart (Ed. Erès, collection Sociologie clinique, 18 euros). Article écrit à partir des commentaires de Marie-Béatrice Baudet (journal le Monde 7 janvier 2003)


On reverra avec intérêt sur le même sujet l’émission de télévision sur la restructuration de l’usine Bata. L’emprunter au 02 40 81 19 55


 L’histoire du Pays Nantais racontée aux enfants

Michel Prodeau (d’Erbray), vient de publier « L’histoire du Pays Nantais racontée aux enfants ». Dans le style alerte d’un dialogue, l’auteur se promène du côté du château des Ducs de Bretagne, faisant revivre l’évêque Félix (celui du Canal St Félix), Alain Barbetorte, la Duchesse Anne de Bretagne, les « enfants nantais » Donatien et Rogatien, le protestantisme et l’Edit de Nantes, les négriers et le commerce triangulaire, Jules Verne, la Révolution Française (bourgeoise), et les noyades dans la Loire, Pierre Cambronne et Ange Guépin, les Cinquante Otages, la poche de Saint Nazaire et les grandes grèves ouvrières. Une promenade à la fois historique et insolite, venue de la rencontre fortuite d’un vieux monsieur et d’une bande de garnements.Des dessins et photos illustrent l’ouvrage, le château bien sûr, la statue d’Anne de Bretagne sculptée par Fréour en 2002, le Musée Dobrée, le monument dédié aux Républicains nantais tués lors de la révolution de juillet 1830, la Butte Sainte Anne, et la colonne-souvenir des 50 Otages.Histoire du Pays Nantais racontée aux enfants. Par Michel Prodeau. Ed. Petit Pavé, 14,5 euros


  Le cou du canard par Pierre Marie Bourdaud

C’est un livre étrange, écrit par Pierre Marie Bourdaud, qui manie, avec de modernes ruptures de style, la colère, le désarroi et le besoin de tendresse.L’auteur excelle à faire revivre avec poésie, voire avec lyrisme, les plaisirs simples et les traditions de la vie rurale : la naissance et ses coutumes, le rituel des libations à la cave, le feu dans le pailler, les noces de village, la batteuse, la Fête-Dieu, les veillées, les cherche-pain, les chiens de noce, les chemineaux et les Châtelains. Pour les uns « leur peau est baignée d’alcool, cuirassée de crasse et caparaçonnée par les intempéries ». Les autres « possédant notre vie, maîtres des terres qui nous exploitaient (...), donnant sans cesse et le faisant savoir : vitraux armoriés à l’église, pain aux pauvres à la sortie de leurs enterrements, et écoles bâties par nos pères ».

Sous l’écriture ciselée perce le rejet : « Ils régentaient tout, et même les esprits », une colère permanente qui se mue en joie sarcastique quand la communauté villageoise, qui n’a pas eu l’honneur d’être invitée à la noce « réduite aux parents » du bourgeois du coin, invente une « fausse noce » « où la bande des voisins, des amis et des amis des voisins fait ripaille, gambille et gaudriole ».Mais Pierre, est-ce toi ce jeune homme « décapité de ton enfance tel ce canard jadis sous la serpe de ton père, parti du billot sillonner la mare noire en agitant le cylindre irisé de son cou sanglant sous tes yeux brunis de peur » ?

L’auteur, au fil des pages, semble parler à l’enfant qui est en lui : « D’incessantes coliques te roulèrent en boule de souffrance (...) Coulaient-elles du lait de ta mère ? Portait-il, poison subtil, tout ce noir qu’elle avait tant de mal à maîtriser, cette eau profonde où, sans se l’avouer, elle t’aurait bien noyé (...) ? », lui, l’enfant de la faute dont seuls la mère et l’enfant porteront l’opprobre toute leur vie.

L’enfant mal-aimé dans cet Ouest catholique et bien-pensant, l’enfant trop vite orphelin, séparé de Petit-frère, l’enfant enfermé dans un petit séminaire, « champ clos où luttaient contrainte d’une discipline de fer béni et grandeur d’un rôle à jouer dans le salut des autres, sécurité d’un destin tout tracé et inquiétude du Mal toujours à l’œuvre » Et pour finir « ce voile déchiré dans un bruit d’enfance enfuie » qui explique tout et n’apporte que davantage de souffrance, jusqu’à la fin de la vie où « cloué de paralysie comme de refus, tu ne quittes plus la chambre ».La vie d’un enfant brisé, « définitivement irréparable ».

Le cou du canard
Par Pierre Marie Bourdaud.15 €, Editions l’Harmattan (dessin de couverture de Yann Lefeuvre)


Ecrit le 21 avril 2004 :

  1945

Michel CHAILLOU.1945. Le Seuil 2004 (Fiction et Cie).19,50€
ISBN 2 02 05671.8

L’œuvre de Michel Chaillou,(qui est né à Nantes), est parfois difficile d’accès, par son style baroque qui fait la part belle aux vagabondages littéraires. On se souvient de « La croyance des voleurs » écrit en 1989 qui évoquait l’enfance de l’écrivain et plus récemment « Le Matamore ébouriffé » (Une vie imaginaire de Mirabeau). Cette fois-ci Michel Chaillou reprend le thème de l’enfance sous la forme d’un récit, d’une tout autre facture. Il ne se cache plus derrière un style prolixe et imaginé, mais aborde de front, dans une langue superbe, le point focal de son déchirement intérieur qui est le comportement de sa mère, Eva, sous l’occupation allemande.

Celle-ci s’était mariée trop jeune avec Alex, le père de l’enfant. Ce sont les parents de ce dernier, concierges à la Centrale des œuvres rue Lorette de la Refoulais qui élèvent alors le jeune Michel au rythme des fantaisies et des voyages d’Eva. Le livre débute par un épisode pénible. Sa trop jeune mère, en quête de nouvelles expériences, décida un jour de suivre à Morgat un officier allemand. C’est une zone côtière, interdite aux Français. Eva n’hésite pas à y emmener son fils qui est alors confié tout un été, aux bons soins de Hans le cuisinier militaire, dont il partage le lit. Il entend de sa chambre sa mère rire et s’amuser avec les allemands.

Au fil des pages, nous découvrons qu’Eva pour son malheur, s’est remariée avec un médecin de Quiberon qui l’installe dans la presqu’île. L’enfant est désespéré chez cet homme taciturne qui ne lui parle jamais. Michel est seul et tout le monde s’ennuie. Cette descente dans les souvenirs douloureux (Eva fut internée à la fin de la guerre), la honte qui s’ensuivit, ainsi que la plongée à corps perdu dans la lecture pour oublier le quotidien, sont évoqués avec pudeur et retenue. C’est cette plaie jamais refermée qui est la source de la vocation littéraire de l’écrivain, encore fallait-il oser en parler. De cette histoire tragique, l’auteur fait un récit dépouillé, presque léger à l’image de l’ambivalence de ces années et de son amour pour Eva. C’est un livre lumineux, écrit dans un style fluide qui parle au cœur et ne laisse personne indifférent.


Ecrit le 21 avril 2004 :

  L’invention de l’auteur

Jean ROUAUD. L’invention de l’auteur. Gallimard. 2004. 18,5€ - ISBN 2-07-074390-X

Jean Rouaud est né à Campbon (44) où il vit actuellement. En 1990, il a reçu le prix Goncourt pour son livre « Les Champs d’honneur ». Dans son dernier roman L’invention de l’auteur, il revient sur ces années d’enfance dans ce petit bourg de Loire-Atlantique où ses parents tenaient une quincaillerie-bazar. Il se pose la question : comment s’invente un auteur ? Qu’est-ce qui fait qu’on se met à écrire ? Le livre est construit comme une spirale qui s’enroule sur elle-même. Jean Rouaud tire un fil et apparaissent Saint Jean de la Croix, Nils Holgersson, Bernadette Soubirous, Georges de La Tour, le vieux Bach et bien d’autres personnes connues et inconnues... Cet ouvrage se lit d’un trait si l’on accepte de se laisser prendre par le style. Pour apprécier ce roman très littéraire, il faut laisser l’auteur vous emmener où il le désire sans jamais rationaliser. Le lecteur est alors emporté dans un tourbillon jubilatoire.

Noëlle Ménard


Ecrit le 28 avril 2004 :

  Les lettres du jour J

Vous avez aimé « lettres de poilus », vous aimerez les « lettres du jour J », courriers, journaux intimes, écrits pendant la Bataille de Normandie, par ceux qui l’ont vécue et souvent par ceux qui y sont morts avant même d’avoir pu débarquer. Une édition de luxe est parue le 22 avril (Editions Les Arènes, 29,90 € et l’édition de poche sortira un mois plus tard, le 20 mai, chez Librio au prix de 2 €, accompagnée d’un CD audio).

Soixante ans après, ces lettres racontent la même histoire : l’horreur de la guerre, le devoir à accomplir, la fierté d’une action de libération. Loin de l’image d’Epinal qui ne veut retenir que la gloire de ce Débarquement allié, ces lettres montrent que le monument est fait de chair et de sang, construit par des jeunes de 17 à 20 ans, des gosses que les adultes envoient, à leur place, pour faire la guerre, après leur avoir fait subir un entraînement impitoyable, voire inhumain, lors de manœuvres à tir réel.

Test grandeur nature

Ces jeunes sont Français (beaucoup de Bretons), Américains, Anglais, Canadiens, Québécois, du côté des Alliés. Ils racontent l’opération Jubilee, le raid le plus meurtrier (1500 morts) effectué par les Alliés pour préparer le jour J. Ils décrivent le test grandeur nature effectué dans la baie de Slapton Sands, en Angleterre, dans la nuit du 27 au 28 avril 1944, test des troupes et des matériels, 30 000 hommes sous des tirs à feu réel. Seul le respect de l’horaire pouvait éviter les pertes. Les seuls non prévus au « jeu » furent les Allemands basés à Strasbourg qui jetèrent la mort sur cette opération bien huilée sur le papier : 954 soldats périrent dans cette « opération Tigre », dix jours avant le débarquement, le vrai. Les survivants seront tenus au secret sous peine de cour martiale. L’un d’eux défend la mémoire de ses camarades : « Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que Slapton Sands a été un ignoble fiasco. C’est une insulte à la mémoire de ceux qui se sont battus ».

Les vétérans

De cette période, vieille de 60 ans, il ne reste que des « vétérans ». Il faut revoir en eux ces jeunes qui n’avaient pas encore eu le temps de vivre, qui écrivaient plus à leur mère qu’à leur petite amie, qui se préparent à mourir, les larmes aux yeux « mais mon devoir il est nécessaire que je le fasse. Rien ne doit passer avant le devoir ».

Dans nos guerres modernes, ces sont aussi des enfants qu’on envoie à la mort...

Lettres du Jour, éditions Librio, 2 € parution le 20 mai 2004.


Ecrit le 28 avril 2004

  Oscar, Dieu et Mamie Rose

Cher Dieu,

« Je m’appelle Oscar, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges ». Ainsi commence un adorable livre d’une centaine de pages, écrit par Eric-Emmanuel Schmitt. Un livre à vous réconcilier, s’il en était besoin, avec la vie et la mort.

Oscar, dit « Crâne d’œuf », parce que le chimiothérapie lui a fait perdre tous ses cheveux, est un petit garçon de 7 ans sur qui a été tentée une greffe de moelle osseuse. En vain. « Je suis devenu un mauvais malade, un mauvais malade qui empêche de croire que la médecine, c’est formidable » dit-il lui-même.

Oscar va mourir, il s’en doute. Il l’apprend en tendant l’oreille à la porte du médecin tandis que celui-ci en informe ses parents. « Je suis resté l’oreille collée à la porte de fer. Je savais plus qui était le plus froid, le métal ou moi » écrit-il ....à Dieu, dans une de ses lettres quotidiennes, sur le conseil de Mamie-Rose, celle qui, de son métier, était catcheuse, l’Etrangleuse du Languedoc....

Entre Dieu, Mamie-Rose, Pop Corn, Bacon et les autres, Oscar va vivre les douze derniers jours de sa vie, en sachant que chaque journée vaut dix ans. Vers 7 ans, le 19 décembre, il apprend sa mort prochaine. Vers 18 ans il déclare son amour à Peggy Blue, l’enfant bleue. A trente ans, le 21 décembre, on retrouve les deux enfants au matin dans le même lit. « Il n’y a qu’un truc qu’on n’a pas fait, c’est le baiser en mélangeant les langues. Peggy Blue avait peur que cela lui donne des enfants ».

Mamie Rose et Oscar

Ce livre, très drôle et émouvant, est une réflexion sur la souffrance. « La souffrance physique on la subit. La souffrance morale on la choisit » dit Mamie Rose entre deux histoires de ses combats contre Téton Royal la catcheuse belge et Sarah Yop la Boum, l’anguille des rings qu’un jet de farine fera appeler « la morue panée ».

L’enfant écrit à Dieu pour lui demander une faveur par jour. « Les opérations, ce ne sont pas des choses de l’esprit, tu n’as peut-être pas ça en magasin. Alors fais en sorte que, quel que soit le résultat de l’opération, Peggy Blue le prenne bien. Je compte sur toi ».

Passons sur les péripéties toutes plus savoureuses, cocasses et poétiques les unes que les autres. Oscar les raconte à sa façon, « parce que les pensées que tu ne dis pas, ce sont des pensées qui pèsent, qui s’incrustent, qui t’alourdissent, qui t’immobilisent, qui prennent la place des idées neuves, et qui te pourrissent » au point de devenir « une décharge à vieilles pensées qui puent si tu ne parles pas ».

 La vie est un cadeau

A la fin décembre, Oscar meurt, non sans avoir expliqué à ses parents que la vie est un drôle de cadeau. « Au départ on le surestime, ce cadeau : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court, on serait presque prêt à le jeter. Enfin on se rend compte que ce ne n’était pas un cadeau, mais juste un prêt. Alors on essaie de le mériter. Moi qui ai cent ans, je sais de quoi je parle. Plus on vieillit, plus faut faire preuve de goût pour apprécier la vie. On doit devenir raffiné, artiste. N’importe quel crétin peut jouir de la vie à dix ou à vingt ans, mais à cent, quand on ne peut plus bouger, faut user de son intelligence ».

« Oscar et la dame rose » est le troisième volet d’un ensemble intitulé « Le cycle de l’invisible ». Le premier, Milarepa est consacré au bouddhisme, le deuxième Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, au soufisme, à travers l’histoire d’un petit enfant juif, Moïse, dit Momo, qui se fera adopter par le vieil épicier musulman de son quartier et qui deviendra Mohammed, « l’Arabe du coin. Arabe ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l’épicerie »

Pour l’ensemble de son œuvre, Eric-Emmanuel Schmitt a reçu en 2001 le grand prix du Théâtre de l’Académie Française.


Ecrit le 28 avril 2004 :

 Daniel Martinez : Carnets d’un intérimaire

Daniel Martinez a consigné ici son quotidien de travailleur intérimaire dans la région de Bordeaux. Récits de chantiers, réflexions et colère devant le piège qui se referme, ces Carnets témoignent d’une vie au risque de la précarité.

« Lorsque j’ai accepté cette mission, l’agence Bis m’avait dit qu’il ne s’agissait que d’un nettoyage de chantier. Au départ, il n’était aucunement question d’un quelconque transport de cloisons vitrées. Mais “les intérimaires peuvent tout supporter”... On nous fait transporter des portes ignifugées d’un gabarit assez impressionnant. Les vitriers utilisent des poignées avec de puissantes ventouses, que nous n’avons pas. Ils bénéficient d’un taux horaire de cinquante francs en qualité d’ouvriers qualifiés ; nous touchons le SMIC.

Exténués, abrutis moralement et physiquement, nous débauchons à 18 heures. Je m’empresse de téléphoner à l’agence pour réclamer la prime de risque dont nous ont parlé les vitriers. Silence gêné. Réponses évasives. Le sous-traitant qui nous emploie n’a pas prévu cette mesure dans son budget. J’ai besoin de fric, j’ai besoin de bouffer. Je ne peux que fermer ma gueule. Combien ai-je côtoyé de copains d’infortune qui travaillaient sans chaussures adéquates ou harnais de sécurité alors que ceux-ci étaient obligatoires ? Combien en ai-je rencontré qui conduisaient un chariot élévateur sans permis de cariste ? À quoi sert l’Inspection du travail ? » raconte l’auteur

Mâche ta rage !

Au moment où le gouvernement invente un nouveau type de CDD, histoire d’accroître l’insécurité de l’emploi, voilà un témoignage rare et fort. On n’entend pas souvent s’exprimer, en effet, ceux qui, jour après jour, se coltinent la précarité maximum : les intérimaires. Martinez raconte les missions. Les frigos à débarquer des semi-remorques. Les nettoyages de hangars. Les déménagements. Les terrassements. Les chantiers de raccroc. Le mépris patronal des consignes d’hygiène et de sécurité. Le salaire touché seulement le 12 du mois suivant. Les acomptes à quémander. Les incessantes relances à faire pour décrocher une mission. Les « retards de paiements sur les échéances, dettes, créanciers, lettres de rappel, mises en demeure, “commandement”, “dernier avis avant poursuites” ».

Le plus impressionnant, c’est la colère qui sourd tout au long de son récit : « Avale ton fiel et mâche ta rage, intérimaire ! ». Martinez n’en peut plus, des « boulots à la con », de « trimer comme un forcené pour engraisser ces vaches de patrons, dans des arrière-cours crasseuses et des endroits lugubres ». Un sentiment permanent d’humiliation l’anime. Seule sa femme réussit à lui « faire oublier le monstrueux ratage qu’il traverse. Il « essaie par tous les moyens d’échapper à sa misérable condition, en retrouvant un emploi stable - ce qui paraît une utopie dans ce pays », se remet aux études, passe des concours, décroche un rendez-vous auprès d’un député, etc. Rien à faire.

Qu’importe si pour dire sa révolte il emprunte parfois des mots usés (« ces petits chefs ne sont que les valets serviles d’une classe dirigeante qui daigne leur laisser enfin sucer les os des reliefs du festin »). Il est lui-même usé. Il ne croit plus à la gauche, au PC, aux promesses des politiques. Il rêve de « fête insurrectionnelle ».

J.-L. P Le Canard enchaîné, 18 / 02 / 2004
http://www.atheles.org/agone/carnetsduninterimaire


Ecrit le 16 juin 2004 :

  Tours sur Meymont

André David, Rougéen de naissance et Auvergnat par profession, a publié une monographie de 45 pages sur la commune de Tours sur Meymont, (environ 500 habitants) située entre Thiers et Amberrée. Il en fait le tour du patrimoine : le pont du diable, les fontaines et lavoirs, et la Chapelle Saint Just. Il raconte le pillage de la commune en 1577, après le massacre de la Saint Barthélémy contre les protestants (24 août 1572). Histoire des seigneurs du lieu, et de Mgr Joseph Micolon de Guérines (qui devint plus tard évêque de Nantes), liste des maires locaux, et des instituteurs, économie locale autour du bois et des papeteries, etc.

Livret en vente à la librairie Lanoë - à Châteaubriant ou au 04 73 70 87 24

Robert Geffriaud, le « maquisard inconnu »


Ecrit le 8 février 2006

 Historias Minimas

Mon chien errant aux pieds légers
Ne peut distinguer bien de mal
Ni désir de férocité
Je viens de l’Ionic. E vous ?
 
Fusillez-moi ce cul-terreux
Racailleux révolutionnaire
Il chante la partie des dieux
Pourchassez-le jusqu’aux Enfers.
 
L’île Feydrun vaut l’Isle à l’Eau
Dans les concours de nautoniers
Longilignes sous leurs chapeaux
Frêles fantômes au port altier
 
Danserons-nous avec les loups
La bacchanale du Grand Soir ?
Vœux schizophrènes, rondes des fous
Restent de merveilleux espoirs
 
Job

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René Guy Cadou
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