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Grande pauvreté et réussite scolaire

Écrit le 27 mai 2015

Le rapport n’a pas fait grand bruit dans la presse, où l’on préfère l’écume des vagues aux mouvements de fond. S’intitulant « Grande Pauvreté et réussite scolaire », il a été remis par Jean-Paul Delahaye à la ministre de l’Éducation nationale, à la mi-mai 2015. Il est donc tout chaud. Et effrayant quand on voit ce que vivent encore certains enfants, en France. Rapport 2015 Grande pauvreté et réussite scolaire (PDF) 

« Vivre en situation de grande pauvreté, c’est vivre en danger humain, social et scolaire. En France, sixième puissance économique mondiale, 1,2 million d’enfants, soit un enfant sur dix, sont des enfants de familles pauvres. Conséquence de la détérioration de la situation économique, l’augmentation de la pauvreté des enfants est un fait marquant de la période récente et pourtant peu médiatisé. La situation est d’autant plus préoccupante que la France est l’un des pays dans lesquels l’origine sociale pèse le plus sur les destins scolaires ».

« L’école a une part importante de responsabilité dans ce constat, mais l’échec scolaire de trop nombreux enfants issus de familles pauvres, et la relégation qui en résulte, sont aussi les révélateurs des problèmes de l’ensemble d’une société, la nôtre, confrontée au creusement des inégalités. » dit ce rapport qui se refuse à faire de la déploration et invite ’’à la mobilisation solidaire ».

« Comment faire réussir tous les élèves dans un pays où sont concentrées dans certaines parties du territoire, urbaines mais aussi rurales, les populations les plus fragiles ? Les écarts de réussite scolaire associés aux origines sociales mettent en danger à la fois l’école publique française et notre République car, depuis l’origine, le destin de l’école publique et celui de la République sont liés ».

À ce niveau atteint par les inégalités, il devient absurde et cynique de parler d’égalité des chances, c’est à l’égalité des droits qu’il faut travailler.

Associer la grande pauvreté et la ’’réussite scolaire’’, signifie avoir une obligation de résultats, et se donner les moyens nécessaires, pour que tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, accèdent, à l’issue de la scolarité obligatoire, au socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Si refonder l’école, c’est corriger les inégalités au sein du système éducatif, alors refonder l’école, c’est faire réussir les plus pauvres.

La refondation concerne bien sûr tous les élèves et il n’est pas question de réduire les écarts en baissant le niveau des meilleurs. Refonder l’école, ce n’est pas niveler par le bas, c’est élever le niveau de tous en centrant l’attention du système éducatif en priorité en direction des plus fragiles, ceux dont les destins scolaires sont liés à leur origine sociale.
Et tout le monde y gagnera, y compris les élites dont la base sociale est trop étroite et dont les résultats ont tendance à stagner, voire à régresser

 La détresse sociale au sein de l’école

La première partie du rapport décrit l’aggravation de la détresse sociale au sein de l’école, et montre les difficultés que l’école et ses partenaires rencontrent pour répondre aux besoins des élèves vivant dans des familles en situation de grande pauvreté. Il dresse le constat de la pauvreté en France notant que :

1) La pauvreté augmente et change de visage. « Autrefois, le pauvre était âgé, issu d’une famille nombreuse, et habitait une zone rurale. Aujourd’hui, il est jeune, vient d’une famille monoparentale, demeure en zone urbaine et ne parvient pas à s’insérer sur le marché du travail »

2) La pauvreté est silencieuse ou discrète : Ce qui caractérise les familles pauvres, c’est souvent un sentiment de pudeur et de honte. « Pour se rendre invisible », écrivait Simone Weil dans les années 1940, « n’importe quel homme n’a pas de moyen plus sûr que de devenir pauvre ». La pauvreté reste un grand tabou. Les familles n’en parlent pas. L’école leur permet d’être un peu moins isolées, d’introduire un peu d’humanité, de faire face à l’indifférence générale.

 Broyeuse

« La grande pauvreté est une broyeuse qui avale les parents, les élèves, et parfois même les membres de la communauté éducative. Les parents, parce qu’elle les isole et les désarme, parce qu’elle leur ôte toute dignité, les empêchant d’envisager positivement leur avenir et celui de leurs enfants, tout accaparés qu’ils sont par la survie au quotidien. Les élèves, parce qu’elle ne leur donne pas les moyens de venir jusqu’à l’école ou d’y rester. L’école, parce qu’elle n’a pas les moyens de faire venir les élèves jusqu’à elle, ni de les faire rester. Les professeurs, parce que la misère leur est souvent insupportable et parce qu’elle les confronte à leurs limites personnelles et professionnelles en permanence. Nombreux sont les membres de la communauté éducative qui sont atteints dans leurs valeurs et qui ne peuvent pas porter aussi haut qu’ils le voudraient l’idéal républicain ». (Témoignage d’un inspecteur, académie de Lille)

L’école est devenue le lieu du lien social, le lieu où l’on peut dépister la détresse sociale des enfants et des adolescents. L’école est souvent le seul moyen pour les familles en grande difficulté d’entrer en contact avec les services médicaux et les services sociaux des collectivités locales ou avec les associations caritatives. L’école remplit un nouveau rôle de point d’ancrage et d’intermédiaire entre les familles et les organismes chargés de la politique médicale et sociale.

Les écoles et les établissements deviennent des lieux de solidarité, les premiers à prendre en charge l’enfant, où s’élaborent des solutions grâce à l’engagement et à la vigilance des personnels de l’éducation nationale.

Le même rapport évoque :

  • La précarité des conditions de logement
  • Les fragilités multiples des enfants de pauvres,
  • Une inégalité entre enfants pour l’ouverture au monde,
  • Une inégalité entre enfants pour répondre aux exigences scolaires,
  • Une inégalité face au décrochage et à ses conséquences,
  • Les réponses insuffisantes de l’institution scolaire et de ses partenaires face à la grande pauvreté de certains élèves,
  • La restauration scolaire : un révélateur et un problème,
  • La gratuité en question pour les fournitures scolaires et les sorties scolaires. Les listes de fournitures scolaires : des exigences pas toujours raisonnables,
  • L’école face à la dégradation de la situation sanitaire des enfants de familles pauvres, un manque d’infirmiers et de médecins de l’éducation nationale,
  • La réponse insuffisante des bourses de collège et l’incompréhensible effondrement des crédits destinés aux fonds sociaux.

 68 propositions

Le rapport fait ensuite 68 propositions, de tous ordres. Par exemple :

  • Faire en sorte que la restauration scolaire devienne un droit sans aucune condition restrictive
  • S’informer de la situation de la famille avant une punition pour défaut de matériel - Augmenter le nombre de postes d’assistants sociaux pour permettre un suivi continu des élèves dans les écoles et les collèges des zones urbaines et rurales défavorisées.
  • Porter à 30 % d’une classe d’âge en 2017 les effectifs des enfants de moins de 3 ans scolarisés, dans les zones urbaines et rurales défavorisées.
  • Prendre en compte l’obligation de mixité sociale, dans le public comme dans le privé.
  • Des décisions d’orientation indépendantes des origines sociales.
  • Une organisation du système éducatif favorisant la prise d’initiatives des équipes pédagogiques.

Des évidences ? Oui sans doute. Mais une volonté réaffirmée peut inciter à dépasser le stade des vœux pieux !