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J’ai mal à mon EUROPE

Ecrit le 10 juin 2015

Disons que je suis un Français moyen, ordinaire, normal. Si l’on m’interroge dans la rue, avec une question du type : ’’savez-vous ce qu’est l’Europe ?’’, je me gratte le front (ou le lobe de l’oreille) ou bien je me fais répéter la question, histoire de gagner quelques secondes de réflexion. Et je me lance : ’’c’est une sorte d’union de pays, qui se touchent par leurs frontières. Ah oui, il y a aussi l’euro, une monnaie commune.’’.
Si l’on me propose un court ’’quizz, même ludique, sur l’Europe’’, il y a de fortes chances pour que mon instinct me pousse à repousser gentiment l’offre. Pas parce que je n’ai pas le temps, non, mais parce que mes connaissances sont bien floues et que je n’aime pas trop passer pour un c.. . Pourtant, j’en entends parler tous les jours : ’’et Bruxelles ceci, et Bruxelles cela’’. Mais j’imprime mal.

 mon EUROPE illisible

Et si l’on me demande : ’’vous sentez-vous européen ?’’, ça fuse : oh oui, un peu, comme tout le monde, quoi !. Il vaut mieux être gros que petit par les temps qui courent, non ? Mais c’est bien éloigné, tout ça !
C’est un résumé à grands traits. Allemagne et France, juste après la guerre, se sont serré la main avec la volonté de la créer, cette EUROPE. Mais depuis, le bébé a bien forci, bien trop vite d’ailleurs (ah, cette soif d’influence !). Et les parents n’ont pas été très regardants sur sa structuration, son éducation, sa communication (interne et surtout externe), et sur sa finalité : que voulons-nous faire ensemble ?
Ainsi l’Europe est importante, certes (507 millions d’habitants contre 319 pour les U.S.A., 1 357 pour la Chine, 1 252 pour l’Inde), mais opaque, non-comprise par ses citoyens car sans but final clair. Les querelles de ’’clocher’’ (que l’on nom-me ici droits souverains d’une nation !) et la règle de l’unanimité (quelle belle utopie philosophique !) garantissent a minima l’immobilisme, voire le recul, dans un Monde qui accélère.
Il faut noter que la France, fière de sa consistance passée (fierté désuète du gaulois résistant ?), a été depuis le début de la naissance de l’EUROPE un parent ’tiède’. Elle a été plus souvent ’à la traîne’ que meneuse dans les grands sommets censés structurer l’ambition (chaise vide ou présence a minima) du bébé joufflu. Elle n’a que peu donné envie d’EUROPE à ses citoyens. Malgré ses efforts pour combler le retard, sa voix est assourdie.

 Mon EUROPE sans cap

Même si l’ado-EUROPE est bien loin d’être parfait, cherchant encore son fil conducteur et hésitant dans le but commun, sa constitution a permis à chacun, parmi bien d’autres avancées, d’évoluer dans un climat de paix, sans guerre depuis 70 ans. C’est un privilège et un quasi-luxe inouï si l’on veut bien ajuster de puissantes jumelles et contempler le Monde. Mais, après ces décennies de calme, des orages sérieux guettent. Et le vaisseau-EUROPE n’a toujours pas de capitaine, seul maître à bord après dieu, avec ses consignes, ses missions et son état-major. Des milliers de fonctionnaires œuvrent dans l’obscu-rité, sans commandement clair.
L’extension de l’EUROPE a touché -trop rapidement ?- les frontières de la Russie, encore frontière-ligne-rouge, et provoqué l’ire de M. Poutine. Sérieux bruits de bottes à l’Est (Ukraine, et puis qui ?), avec ses milliers de victimes civiles et ses violations de frontières établies. Italie et Grèce ’gèrent’, tant mal que bien l’afflux de réfugiés africains et autres, à la recherche d’un avenir décent. L’EUROPE (c’est nos dirigeants) tarde à se montrer humaine et solidaire. Profitant de notre incapacité à nous mettre d’accord, des flux financiers obscurs transitent sans gros soucis, des réseaux terroristes ou mafieux s’enracinent. Elle n’est pas propre, notre EUROPE.

 Mon EUROPE démembrée

Sur les O.G.M., le réchauffement climatique, et sur bien d’autres sujets d’importance évidente, l’EUROPE reste ’perplexe’ (comprendre : pas de majorité sur ces sujets). Par contre, si l’on parle de tabac, l’exportation de pays à pays est strictement réglementée (cause taxe). C’est dans leur petite corde à leur arc.

L’autre épée de Damoclès qui ronge l’intérieur de notre EUROPE est le risque (élevé) de voir certaines nations quitter le bateau. Chacun a entendu parler du ’Grexit » et/ou du ’Brexit’. Ah, ces petits mots que l’on chuchote avec une frayeur exquise dans des palais feutrés, réservés aux initiés. Je parle bien sûr de la Grèce, en rupture financière, possiblement poussée vers sa sortie de l’EUROPE, et du réel référendum qui aura lieu en Grande-Bretagne l’an prochain, pour approuver ou non son appartenance (et sous quelles conditions) à l’Union Européenne. My god, quel vide possible déjà.
Et pourquoi ne suivraient pas, pour différentes raisons, la sortie de l’Italie, l’Espagne (cf éclatement politique au précédent vote), le Portugal, et pourquoi pas la France (si le Front National devait régner et s’imposer pour 5 ans ?). Sombres présages pour l’Union Européenne.

 Mon EUROPE trop secrète

Dés lors, le centre de gravité de l’EUROPE serait déporté dans les Pays Balkans proches de l’Allemagne. Et pourquoi pas ? Nous serions alors spectateurs, engoncés derrière nos hauts châteaux de paille censés nous protéger de l’absurde ’mondialisation’. Sourire … . Futiles et vains barrages contre la puissance de l’Océan Pacifique.

Mais l’EUROPE a aussi, malgré sa volonté annoncée [!] de pure transparence, ses mécanismes propres et cachés. Négocié dans le plus grand secret, depuis 2013, officiellement, il se construit, pas à pas, le TAFTA un accord commercial de libre-échange entre l’EUROPE et les U.S.A., source d’inquiétude. Ce n’est pas qu’un accord sur la baisse de droits de douanes, il s’agit aussi de faire tomber des carcans ... non-tarifaires. « Seuls une quinzaine de députés européens [sur 751 députés des 28 états-membres] ont accès aux textes en-cours dans une salle fermée comme Fort Knox, avec interdiction de les diffuser. Ce n’est pas transparent depuis le début. », commentaire tranchant (collant au réel ?) d’une députée italienne.

 Mon EUROPE au carrefour

Cet accord commercial majeur entre 2 continents (U.S.A.-Europe), concernant le libre-échange des biens, services et capitaux, se nomme, à la sauce américaine, TTIP pour ’Transatlantic Trade and Investement Partnership’. Si ça sonne bien dans la bouche, la bataille est âpre. Prévu pour 2015, ce sera pour 2016, voire 2017. En Français, ça dit : PTCI, soit Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement.
L’objectif initial est de créer en harmonie un immense marché commun entre 820 millions d’habitants. Ce projet (né avant 2010) est beau dans l’absolu, mais vite freiné par les profondes fractures (ou gap) liées à un parcours historique trop différent (et sans oublier que les U.S.A. négocient en même temps un accord commercial avec la zone Asie-Pacifique hors la Chine).

Certes, l’EUROPE ne peut pas se permettre de perdre un peu de croissance. Mais ses institutions lentes, bureaucratiques et cacaphoniques, ont peu de chance de succès face à un pack américain soudé et entraîné. Et le secret laborieusement entretenu envers les citoyens européens ne favorisera pas la sauce de la ratification, si un accord est trouvé.

 Mon EUROPE de mes enfants

Comment la décrire ? L’immensité de ce territoire avec sa population, la base d’une monnaie commune adoptée par certains États, la libre circulation, le droit de vote, la timide mais entêtée volonté de vivre mieux ensemble. C’est aujourd’hui.
Demain sera profondément différent. Bloquée durablement à l’Est, et échaudée de ses tentations à son Sud, sans colonne vertébrale durable écrite, elle risque plus, à moyen terme, de rétrécir. Offrir à ses membres un ’menu à la carte’ serait un nouvel aveu de faiblesse, favorisant le nationalisme ambiant et rampant. Mon EUROPE, coûteuse, hésite trop à devenir adulte et solidaire. Un cap à tenir, au moins pour le maintien global de la paix.

Un appel aux médias de tout poil : Appelez l’EUROPE l’EUROPE, et non Bruxelles. C’est une ville charmante, habitée par des Bruxellois-es. C’est un lieu, pas une Institution. Nos enfants ne comprennent pas ce lien-raccourci. Déni volontaire ? Des décisions sont prises à Bruxelles, mais par nos dirigeants et élus.