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Dites, le BONHEUR, ça s’achète ? Et où ?

Ecrit le 24 juin 2015

Il n’y a pas de mal à se faire du bien. Ni à rêver un peu, ça ne coûte pas cher. Vu la morosité ambiante, ça permet au moins de nous aérer l’imaginaire qui patine sans avancer depuis trop longtemps. Alors ajustons nos lunettes ’à réalité augmentée’ (ah, rester connecté-e !) et poussons le bouchon un peu loin. C’est parti ?

Depuis un temps, une rumeur court qu’un nouveau magasin ’sen-sa-tio-nnel’ s’est ouvert en ville (et pourquoi pas en campagne, hein, je vous demande un peu ?) et qu’il faut absolument le voir et y être vu. Diable, c’est bien tentant.

 ’Bonheur à prix coûtant’

Alors nous craquons, histoire de ne pas passer pour des gens mal-informés (ou, plus direct, pour des c… ! ), et nous y pointons notre nez affûté, dans cette rue qui a l’air normale. Oui, il y a du monde, et surtout devant la fameuse boutique.

Diantre, qu’est ce donc que cette foule inhabituelle, entrante et sortante ? Bon, première approche prudente sur le trottoir opposé. Nous ne sommes pas des ’gogos’, tout de même ! La devanture est propre, harmonieuse, sans être clinquante (bling-bling). C’est l’enseigne qui nous scotche : juste « Au Bonheur ».

Forcément, nous traversons la rue et entrons derrière une dame qui semble une habituée des lieux. C’est en enjambant le seuil que la réalité dérape. Est-ce un effet de l’esprit ou de nos lunettes modifiées ? Le magasin devient immense, enchanteur, parfaitement ajusté à nos propres goûts et souhaits. Tous nos sens sont flattés au-delà de toute espérance. Que du bonheur.

L’accueil est un petit comptoir, tel un écran tactile, concentrant toutes les ressources. Une personne souriante, badge ’pour votre bonheur’, est derrière, prête à guider. Et nous entendons ce dialogue, entamé par la dame qui nous précède. Mais est-il réel ? :
– votre tailleur fuchsia est superbe.
(or nous lui voyons un habit bleu pastel)
– merci. Auriez-vous déjà choisi ?
– oui. Deux kilos d’Humanisme. Et une petite part de Vérité. Un peu d’Écologie ?
(en parcourant l’écran du doigt, que nous voyons vide et bleuté. Nous comprenons alors qu’il lui est intimement dédié),
– parfait. C’est téléporté. A très bientôt.

 Hypermarché, e-commerce … fièvre acheteuse

A notre approche, le comptoir, l’écran, reprennent vie. Nous avouons être novice à la personne en bleu pastel. Sourire de bienvenue en désignant l’écran. Nous parcourons et tiltons sur Paix sur Terre et sur Solidarité. Nous osons la question :
– en quelle quantité pour commencer ?
– moitié-moitié, un kilo au total. Mais nos produits sont infiniment recyclables.
– d’accord. Et pour le paiement ? CB ?
– ici, pas de caisse, le bonheur est gratuit. Tout est déjà livré. Merci. Au revoir ?

En sortant, repassé le seuil de cette boutique (à inventer), la rue redevient normale. C’est comme un dur réveil après un joli rêve. Les mornes repères habituels clignotent à nouveau, symptômes de dure réalité. Revenons à notre addiction de consommation matérielle effrénée, qui fait un bras d’honneur tant à notre Terre qui s’épuise qu’à notre Air qui chauffe.

Nous sommes tous conditionnés (ou victimes ?) de tentations toujours plus insidieuses pour consommer encore plus. Au nom de la ’sacro-sainte’ croissance censée être infinie (là, il y a des doutes multiples et des hypothèques sur notre descendance). Il faut d’abord avoir des Euros pour consommer : ça s’appelle le ’pouvoir d’achat’. Sauf que l’on fait dire ce que l’on veut à des chiffres statistiques. Mais l’acte d’acheter, de posséder, nous rend-il plus heureux ? C’est en tout cas une nouvelle fracture d’inégalité.

 Tentation et Frustration

Nous pouvons, à titre personnel, adorer ou haïr ces cathédrales baptisées ’centres commerciaux’ ou encore l’e-commerce. Peu importe, ils sont là, et bien là. Et la plupart de nos achats matériels passent entre leurs mains avides, bien trop avides. L’argent règne en splendeur, et nous y sommes tous soumis, voire esclaves. Et, hors notre conscience, nous sommes massivement agressés, dans tous nos sens, pour nous convaincre de dépenser tout notre pouvoir d’achat, voire un peu plus (… vivre à crédit).

C’est l’unique raison d’être de la Publicité, reliftée Marketing, qui se veut au croisement de l’art et de la science et en parfaite symbiose avec le consumérisme. Cette nébuleuse brasse mondialement des milliards de milliards en produisant seulement des plans de communication vers l’acheteur. C’est bien vendu !!

Impossible de ne pas ouvrir une () concernant les Laboratoires Pharmaceutiques, peu nombreux, riches, produisant nos chères gélules et autres médicaments (et parfois du bonheur chimique !). Chacun argue des sommes folles dépensées dans la recherche de nouvelles molécules meilleures. Mais les découvertes deviennent rares, très rares.

Bref, le lobbying (comprendre influence à haut niveau) a réussi à prolonger la protection par brevet à 20 ans avant production de génériques. Très confortable. Mais le meilleur est à venir : ces firmes comptabilisent ces ’folles’ sommes sous le chapitre ambigu de « Recherche et Développement ». Si l’on réussit (dur !) à consulter les lignes de ce budget, la surprise est que la Recherche pure, en moyenne, ’pèse’ 20 %, et que le Dvpt (comprendre Communication) absorbe les 80 % restants. Et là, ça devient poilant. Le budget R&D donne droit depuis peu à un crédit d’impôt (CII ou CICE, aux titres innovation et compétitivité). Donc le contribuable moyen paie de l’impôt pour ’soulager’ le plan com’ de ces monstres mondiaux ! Fermons la ().

  But d’un achat matériel

Et revenons tranquillement à notre quête de bonheur, notre sujet. Nos motivations d’achat prennent un gros virage, que le Marketing n’a pas anticipé : les décideurs (nous !) deviennent matures, responsables, informés. Nous ne gobons plus la bouillie de com’ à notre intention. Nous vivons dans un environnement fort enviable où les besoins basiques minima (logement, nourriture, habillement, etc) sont globalement, tant bien que mal, couverts. Et consommer davantage n’améliore pas ou peu le niveau de bonheur. Parfois, un effet inverse est noté.

Oui, un achat spontané peut augmenter notre ’satisfaction’ (émotion à court-terme, vite oubliée) sans pour autant améliorer l’’épanouissement’ (senti-ment profond de long-terme). Longtemps, l’acte d’achat, la forte consommation, étaient décidés par le souci de bien se situer (à la bonne place) dans l’échelle sociale, pour se maintenir coûte que coûte dans le réseau habituel de relations. Et, si possible, de le faire progresser vers le ’haut’. Mais il y a toujours un(e) qui a plus que nous. D’où ce sentiment persistant, douloureux, de frustration. Mais tous ces motifs d’achat, bien que toujours vivaces, s’éteignent doucement telles des vieilles lunes. Et le vent tourne, violent.

Tout nouveau produit ou service qui n’apportera pas un vrai ’plus’ dans son utilité durable aura du mal à s’installer (sauf effet ’mode’) si la délivrance des autorisations de mise sur le marché (AMM) devient fiable et incontestable. Dans l’ordre par l’Europe puis par la France. Nous pouffons sur la corruption qui gangrène certains États. C’est facile de rire des ’autres’. Et si nous passions un rude coup de balai sur nos décideurs, engagés dans des conflits d’intérêt bien cachés ?

  De nouvelles attentes

Prenons un exemple simple : notre chère voiture. En gros, elle stagne (ne roule pas) pour 90 % de son temps de vie. Médiocre et coûteux usage. Pourtant la tradition poussait à posséder son propre véhicule. Puis sont apparus dans l’ordre le covoiturage, la richesse des transports en commun, l’auto-partage (Bluecar), les VTC (véhicule de Tourisme   avec Chauffeur), et, dernière en date, l’offre Uberpop (ou tout individu bien encadré devient vecteur). Quelle révolution en moins de 20 ans ! Et le bon vieux moteur diesel gros polluant malgré lui est bon pour la casse.

Donc l’acheteur de bien matériel devient très sourcilleux. Sous un budget contraint, nous partageons, louons entre nous, recyclons, guettons la ’bonne occase’. Système D comme débrouille ou démerde. Oui, le PIB y perd, car incapable. Oui, des professionnels râlent. Mais, au milieu, nous retrouvons des solutions, nous explorons des voies sereines et bien balisées. Nous gagnons en terme de BONHEUR. Nous avons compris qu’il ne sera jamais en vente ou à disposition à l’hypermarché. Ni sur l’Internet. Il est plutôt proche de nous, si l’on sait ouvrir yeux et oreilles. D’autres tendances lourdes émergent : circuit court ; santé ; empreinte écologique ; prix équitable...

Pascal de Blain