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Grèce : OXI à plus de 61 %

Ecrit le 8 juillet 2015

 Grèce : OXI à plus de 60 %

Il nous est impossible, faute de place, de traiter tous les sujets importants du moment. Disons cependant que Joseph Stiglitz et Paul Krugman, deux prix Nobel d’économie, se sont exprimés en soutien au premier ministre Alexis Tsipras et ont appelé les Grecs à voter NON lors du référendum du dimanche 5 juillet 2015.

Et les Grecs ont voté OXI (= Non) à une forte majorité. Les dirigeants européens doivent entendre ce que vient d’affirmer le peuple grec : ni sortie de l’euro, ni humiliation et destruction sociale.


Ecrit le 15 juillet 2015

 Des vérités sur la Grèce

Malgré l’ingérence et la pression des dirigeants de l’Union Européenne, et de la grande presse en général, le peuple grec a voté NON à 61,21 % le 5 juillet 2015 pour refuser d’accentuer les politiques d’austérité qui ont plongé le pays dans la misère et la récession.

Mais déjà les grands médias relaient l’idée absurde selon laquelle le vote grec « coûterait 600 euros à chaque contribuable français ». Ces réponses aux idées reçues sur la dette grecque, émanant d’un document d’ATTAC, ont vocation à expliquer les choses.

Idée reçue n°1 : Annuler la dette grecque : 600 € par Français ?

Pourquoi c’est faux ?
La France est engagée à la hauteur de 40 milliards € par rapport à la Grèce : une petite partie a été prêtée à ce pays dans le cadre de prêts bilatéraux, le reste (environ 30 milliards d’euros) étant apporté en garantie au Fonds européen de solidarité financière [1] (FESF), lequel a emprunté sur les marchés financiers pour prêter à la Grèce.
Dans les deux cas ces prêts sont déjà comptabilisés dans la dette publique française (environ 2000 milliards €). Leur annulation n’augmenterait donc pas la dette.

La France devra-t-elle débourser ces sommes en cas d’annulation de la dette grecque ? Non, car en fait, la France, comme la plupart des pays, ne rembourse jamais vraiment sa dette. Lorsqu’un emprunt vient à échéance, la France le rembourse en empruntant de nouveau. On dit que l’État fait « rouler sa dette ».

La seule chose que perdraient les contribuables français, ce sont les intérêts versés par la Grèce, soit 15 € par Français et par an.

Quelles leçons ?
En France aussi la dette publique est insoutenable et ne pourra pas être remboursée. Les taux d’intérêt sont très faibles aujourd’hui ? Oui, mais c’est parce que la France mène une politique d’austérité qui plaît aux marchés financiers. C’est aussi parce que les investisseurs financiers ne veulent plus courir le risque d’investissements dans le secteur productif. Pour en finir avec cette politique en France et en Europe, il faudra aussi alléger le poids des dettes, d’une façon ou d’une autre : restructuration, remboursement partiel par un prélèvement exceptionnel sur les grandes fortunes, annulation partielle… toutes les hypothèses doivent être étudiées et faire l’objet de choix démocratiques.

Idée reçue n°2 : Quand on doit, on rembourse ?

Pourquoi c’est faux ?
Sauf rares exceptions, un État ne rembourse pas sa dette : il ré-emprunte pour faire face aux échéances. Au budget de l’État figurent les intérêts de la dette, jamais le remboursement de la somme empruntée (le principal). Contrairement à un particulier, l’État n’est pas mortel, il peut s’endetter sans fin pour payer ses dettes. C’est la différence avec l’emprunt d’une mère de famille qui, elle, est obligée de rembourser sa dette.

Mais quand les marchés financiers ne veulent plus prêter à un État, ou exigent des taux d’intérêt exorbitants, et que l’État n’a plus accès à la création monétaire de la Banque Centrale de son pays, les choses se gâtent. C’est pourquoi en 2011, quand les banques ont pris peur devant les difficultés de la Grèce, la BCE et les États européens ont dû lui prêter.

C’est ce qui leur permet aujourd’hui d’exercer un brutal chantage en menaçant de couper les crédits à la Grèce.

De nombreuses expériences historiques de pays surendettés (Allemagne 1953, Pologne 1991, Irak 2003, Équateur 2008, Islande 2011, Irlande 2013…) ont pourtant abouti à la même conclusion : quand la dette est trop lourde (190 % du PIB pour la Grèce !), il faut la restructurer pour permettre un nouveau départ.

Est légitime la dette contractée légalement par un pays pour financer des investissements ou des politiques profitables à la population. Est illégitime la dette qui n’a pas servi les intérêts de la population, mais a bénéficié à des minorités privilégiées. Selon la jurispru-dence internationale, une dette peut même avoir un caractère odieux ou être illégale, selon la façon dont elle a été contractée.

Quelles leçons ?
En France aussi, une démarche large d’audit citoyen est nécessaire pour sensibiliser l’opinion et montrer qui sont les véritables bénéficiaires du système de la dette. Le premier rapport d’audit citoyen publié en mai 2014 a montré que 59 % de la dette française pouvait être considérée comme illégitime. Restructurer la dette française dégagerait des ressources pour les services publics, la transition écologique…

Idée reçue n°3 : Les Grecs se sont goinfrés, ils doivent payer ?

Pourquoi c’est faux ?
Une étude récente montre que la flambée de la dette grecque ne résulte pas du tout d’une gabegie de fonctionnaires et de prestations sociales. Les dépenses sont restées globalement constantes en % du PIB, de 1990 jusqu’à 2007. Comme en France, ce sont les taux d’intérêt excessifs et les cadeaux fiscaux qui ont gonflé la dette. Mais en plus, les diktats de la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) ont fait plonger le PIB grec de 25 % depuis 2010, ce qui a provoqué mécaniquement une hausse de 33 % du rapport entre la dette et le PIB !

Les taux d’intérêt exigés par les prêteurs entre 1990 et 2000 ont été extravagants : en moyenne 7,5 % pour une croissance du PIB de 2,5 %. D’où un effet « boule de neige » : l’État grec s’est endetté pour parvenir à payer ces intérêts exorbitants.

Concernant les recettes publiques, pour remplir le critère de Maastricht sur le déficit maximum de 3 %, la Grèce a très fortement augmenté les impôts dans les années 1990 : de 28 % à 42 % du PIB. Mais dès l’entrée dans la zone euro en 2001, les riches grecs ont fait la fête. Ainsi entre 2004 et 2008 la Grèce a réduit les droits de succession, diminué par deux fois les taux d’imposition sur le revenu et décrété trois lois d’amnistie fiscale pour les fraudeurs. Les recettes fiscales sont retombées à 38 % du PIB. Si elles avaient gardé leur niveau de 2000, la dette publique grecque aurait représenté, en 2007, 86 % du PIB au lieu de 103 %.

Au total, avec des taux d’intérêt raiisonnables et un simple maintien des recettes publiques, la dette grecque aurait été deux fois plus faible en 2007. Autrement dit on peut considérer que la moitié de la dette grecque était illégitime à cette date : elle a découlé d’une ponction opérée par les créanciers, nationaux ou étrangers, et d’une baisse des impôts au bénéfice principal des plus riches. L’explosion de la dette depuis 2007, quant à elle, est entièrement due à la récession infligée par la Troïka. Elle est donc encore plus illégitime.

Quelles leçons ?
Les mêmes mécanismes (taux d’intérêt excessifs et cadeaux fiscaux) expliquent 59 % de la dette publique française.

Idée reçue n°4 : On a aidé les Grecs, ils doivent nous remercier ?

Pourquoi c’est faux ?

De 2010 à 2013 la Grèce a reçu 207 Milliards d’euros des États européens et des institutions européennes assortis de plans de réformes. Il s’agirait « d’aides à la Grèce ». Une étude d’Attac Autriche démontre que 77 % de ces prêts ont servi à recapitaliser les banques privées grecques (58 Mds €) ou ont été versés directement aux créanciers de l’État grec (101 Mds €), pour l’essentiel des banques européennes et américaines.
Pour 5 euros empruntés, 1 seul est allé dans les caisses de l’État grec !

Le mensuel Alternatives économiques (février 2015) complète l’analyse : de 2010 à fin 2014, 52,8 Mds € de ces prêts ont servi à payer les intérêts des créanciers. Seuls 14,7 Mds € ont financé des dépenses publiques grecques

Ces 207 Mds € ont donc beaucoup aidé les banques et les créanciers mais très peu la population grecque. Celle-ci, en revanche, doit subir l’austérité imposée par la Troïka (BCE, Commission, FMI) lors de la négociation de ces prêts. De plus, l’État grec doit payer les intérêts sur l’intégralité de ces plans ’’d’aide’’. Il est endetté encore pour 40 ans, jusqu’en 2054 ; 30 Mds € sont à verser en 2015.

En plus des réformes imposées par la Troïka, les Grecs payent pour des prêts qui ne leur ont pas été versés et qui pour l’essentiel profitent au secteur de la finance !

Idée reçue n°5 : La Grèce doit poursuivre les réformes engagées ?

Pourquoi c’est faux ?
L’austérité imposée n’a pas d’autre objectif que de dégager des capacités de remboursement pour les créanciers. Or, l’échec est criant ! Oui, la Grèce a besoin de réformes économiques, sociales et politiques. Mais pas celles de la Troïka – toujours moins d’État, toujours plus de marchés et d’inégalités – qui ont lamentablement échoué. Contre les logiques financières de court terme, trois pistes complémentaires doivent permettre la réappropriation par le peuple grec de son avenir :

  • (1) Un plan ambitieux de reconquête de l’emploi et de développement économique
  • (2) La priorité à la cohésion sociale et économique contre la compétitivité et la flexibilité. Ces réformes passeraient par une autre répartition des richesses.
  • (3) La souveraineté de l’État passe par une fiscalité progressive, la lutte contre la corruption, la fraude et l’évasion fiscales.

Quelles leçons ?
L’austérité a échoué, mais des réformes ambitieuses, radicalement différentes, sont possibles et nécessaires. Ceci suppose la redistribution des richesses et la reconquête de la souveraineté démocratique sur l’économie, en particulier en stoppant les privatisations.

Idée reçue n°6 : L’austérité, c’est dur mais ça finit par marcher ?

Pourquoi c’est faux ?
Les Grecs seraient-ils stupides d’avoir mis fin à une politique qui marchait si bien ? En 2014, le PIB de la Grèce est inférieur de 25,8 % à son niveau de 2007. L’investissement a chuté de 67 %. Quel bon boulot ! Le taux de chômage est de 26 % alors même que nombre de jeunes et de moins jeunes ont dû quitter leur pays pour trouver un emploi. 46 % des Grecs sont au-dessous du seuil de pauvreté, la mortalité infantile a augmenté de 43 %.

Tous les économistes honnêtes le reconnaissent maintenant : les politiques d’austérité imposées par les institutions européennes ont été catastrophiques pour la Grèce et l’ensemble de la zone Euro.

Les classes dirigeantes et la technocratie européenne ont voulu utiliser la crise pour réaliser leur vieux rêve : réduire les dépenses publiques et sociales. Sous les ordres de la Troïka et la menace des marchés financiers, les pays du Sud de l’Europe ont dû mettre en œuvre des plans drastiques de réduction des déficits publics qui les ont menés à la dépression. De 2009 à 2014, la réduction des dépenses a été de 11 % du PIB pour l’Irlande, 12,5 % du PIB pour l’Espagne et le Portugal ; 28 % pour la Grèce. Les déficits ont certes été réduits, mais avec un coût social et économique monstrueux.

Et la dette a continué d’augmenter ! Pour la zone euro, elle est passée de 65 % à 94 % du PIB entre 2008 et 2014. L’austérité n’a pas payé, elle a au contraire enfoncé le continent dans la crise. En réduisant les impôts des hauts revenus et des sociétés, les États ont creusé les déficits, puis ont emprunté aux riches pour financer ces fameux déficits. Moins d’impôts payés d’un côté, plus d’intérêts perçus de l’autre, c’est le bingo pour les plus riches !

Quelles leçons ?
L’effet est partout le même : toujours plus de chômage, et toujours moins de ces investissements publics qui pourraient préparer l’avenir. Y mettre fin concerne tous les pays d’Europe car il faut stopper la récession que l’austérité crée partout.


Idée reçue n°7 : Une cure d’austérité, c’est pas la mort ?

Pourquoi c’est faux ?
En fait de réduire les dépenses de « confort », la Troïka a imposé une réduction de 40 % du budget de la santé en Grèce. Résultat, « plus d’un quart de la population ne bénéficie plus de couverture sociale, les hôpitaux publics sont débordés et exsangues. La rigueur budgétaire a désorganisé le système de santé publique et entraîné une crise humanitaire » La tuberculose, la syphilis ont réapparu. Les cas de sida se sont multipliés par manque de moyens pour la prévention.

Une étude parue dans le journal médical britannique The Lancet [5] tire un bilan terrible : la mortalité infantile a augmenté de 43 % entre 2008 et 2010, la malnutrition des enfants de 19 %. Avec les coupes budgétaires dans la prévention des maladies mentales, les suicides ont grimpé de 45 % entre 2007 et 2011. De nombreux centres pour le planning familial publics sont fermés, ceux qui restent fonctionnent avec un personnel réduit.

Des témoignages de ce genre concernaient naguère l’Afrique. La politique de la Troïka, des gouvernements grecs, ont créé un désastre sanitaire

Quelles leçons ?
On sait maintenant que « l’austérité tue ». Les responsables des politiques d’austérité se rendent coupables de véritables crimes quand ils imposent des coupes massives dans les dépenses de santé, comme cela a été le cas en Grèce, en Espagne, au Portugal.

Idée reçue n°8 : De toutes façons la Grèce a déjà capitulé ?

Pourquoi c’est faux

Le nouveau gouvernement grec refuse les nouvelles réformes proposées par la Troïka. Le peuple refuse aussi. Les économistes aussi ! La grande presse ne vous l’a pas dit mais, avant le référendum du 5 juillet, les économistes estimaient que les exigences des créanciers étaient déraisonnables. Même Patrick Artus, le chef économiste de Natixis, qu’on ne peut soupçonner d’être proche de Syriza – le parti grec de la la gauche radicale, au pouvoir à Athènes – résumait assez bien la situation « Aucun économiste sérieux ne peut avaliser ce plan mal fichu et très déraisonnable », (déclaration au journal Le Monde le 29 juin 2015).

Au sujet de la Grèce, lire ici

Le peuple grec s’est exprimé, répondant NON au référendum organisé par le gouvernement grec.

Alors que les institutions débattent entre elles d’un réaménagement sur des décennies des délais de remboursement de la dette de la Grèce, la Ligue des Droits de l’Homme estime que, sans délai, les créanciers de la Grèce doivent faire des propositions permettant de rétablir l’accès effectif aux droits fondamentaux tels que la santé, un revenu décent… en arrêtant d’exiger des ajustements sociaux, violents et destructeurs.

La Grèce peut, doit servir de modèle pour l’Espagne, le Portugal, la France …

Tous ensemble, levons le voile sur la responsabilité des créanciers qui profitent des saignées effectuées sur le dos des peuples. Tous ensemble, renforçons une démarche citoyenne de contestation et de remise en cause de cette Europe des 1 %, des spéculateurs et des banquiers. C’est aux populations, trop longtemps victimes des plans d’austérité, de compétitivité et autres « memorandums », qu’il revient de décider de leur avenir pour sortir de l’étau de la dette en faisant payer non pas les contribuables ordinaires mais les véritables bénéficiaires du système de la dette.

Guide réalisé par : Jean-Claude Chailley, Thomas Coutrot, Alexis Cukier, Pascal Fran-chet, Michel Husson, Pierre Khalfa, Guillaume Pastureau, Henri Sterdyniak, Sofia Tzitzikou.

Source 
mais à part ça, on ne sait toujours pas où on va. Grexit ou pas Grexit ? Et avec quelles conséquences économiques et sociales mondiales ?


NOTES:

PS

Le référendum grec de 2015 est une initiative du gouvernement d’Aléxis Tsípras à la suite de l’échec des négociations avec la troïka dans le cadre de la crise de la dette publique grecque. Il se tient le dimanche 5 juillet 2015 et porte sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI le jeudi 25 juin 2015. Victoire politique pour le gouvernement grec et son premier ministre, le « non » l’emporte avec 61,31 % des suffrages contre 38,69 % pour le « oui ».

Lire l’article de Wikipedia