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Jeunes : Manu Halet au Québec - suite et fin



 Carnet de voyage en Amérique du Nord

De retour en France depuis quelques mois, j’ai décidé de vous faire part de ce que j’ai vécu à la fin de mon voyage outre Atlantique. De mes derniers moments passés au Québec, et surtout du long et passionnant voyage entamé autour du continent américain. Pour poser le contexte et l’époque autant pour vous que pour moi, j’inscrirai sans trop d’exactitude la date, le lieu, parfois l’heure de ce que j’ai vécu.

 Mois de mai 2005 : de Québec à Montréal

Retour heureux vers cette ville qui me plaît tant, sans trop de regrets car la capitale ne m’a pas paru vraiment accueillante ; tout du moins je n’y étais pas dans les conditions que j’aurais souhaité. Une patronne peu conciliante, pour rester poli, dans le restaurant où je faisais la plonge, malgré une équipe sympathique, mais une colocation peu enrichissante et loin du centre ville.

Je me fais un plaisir de revoir les gens avec qui j’ai lié de bonnes relations. Pendant ces plusieurs jours, je me suis permis de vadrouiller de maison en maison chez tous les « hostie d’bons chum », traduisez bons copains, pour leur faire un dernier salut avant de me diriger vers les États-Unis, où j’ai prévu de me rendre le 25 mai en accord avec des amis pour des retrouvailles franco-françaises. Je garde de ces trois semaines peu productives un souvenir très agréable. Voir Montréal la blanche perdre son manteau d’hiver, les Québécoises prendre leur costume d’été, ressentir que la bière peut aussi désaltérer, et un thermomètre affolé qui peut indiquer moins huit degrés à l’aube et dix-sept à midi. Fini la grosse moumoute qui gratte !

Tous les indigènes sont en t-shirt dès qu’il ne gèle plus, mais fidèle au climat breton, je conserve de quoi avoir plus chaud que froid.

Puis le nouveau grand départ se dessine. J’achète un billet de bus Montréal-New York pour 75 $ canadiens, départ prévu à 6 h 30 du matin le jeudi 25 mai. Je passe mes derniers jours canadiens avec ma famille cousine de chez nos cousins que je ne connaissais pas avant de venir ici et avec qui j’ai pris beaucoup de plaisir à vivre durant plus d’un mois.

 25 mai, 17 h : World Trade Center

Ouf, tout a l’air de bien se passer. Je n’ai pas manqué le bus, j’ai quitté le Québec en écoutant une toune (chanson) des Cowboys Fringuants, un band (groupe de musique) québécois, avec une petite larme à l’œil, et je passe sans trop de problèmes cette frontière réputée si difficile pour nous, pauvres Français, surtout quand on a pour seule indication une adresse courriel d’un Américain chez qui je dois loger et son numéro de téléphone sur un petit post-it en cœur rose, sans oublier un anglais un peu hésitant. C’est qu’ils surveillent leur garde, les ricains, on ne passe pas ici sans un rigoureux contrôle de nos projets et après avoir payé 5 $ pour le Visa visiteur de trois mois au maximum. Bon gré mal gré, j’entame la traversée de l’État de New York (dont la capitale est Albany), caractérisé par son immense forêt et ses paysages sauvages.

Je vois les grands buildings de la « Big Apple » à partir des monstrueux bouchons de circulation. Je passe un grand tunnel, et me voilà presque à mon premier but. Je prends le métro sans trop de difficultés malgré le nombre impressionnant de différentes lignes et son aspect vieux et grinçant ; j’arrive à la station toujours nommée World Trade Center, et je vois se dessiner les tas de béton qui caractérisent ce désastre. Puis, les amis en chair et en os qui sont venus me rejoindre, Pierre Cottineau et Adrien Ducoin, ainsi qu’un de leurs compagnons que je vais apprendre à connaître, Jacob, qui est venu nous chercher de Virginie pour nous emmener vivre quelques semaines chez lui. Les accolades heureuses passées, je jette un rapide coup d’œil vers cet univers grandiose autant qu’insupportable qu’est la ville mythique. Une multitude de rues rectilignes qui encadrent un condensé des plus hauts gratte-ciel du monde, une activité incessante de passants, de taxis et de voitures... Pas de doute, je suis bien sur l’île de Manhattan, surtout en voyant le montant de deux heures de parking : 35 $.

Nous quittons, sans véritable regret, principalement pour nos bourses limitées, la capitale du capitalisme.

 25 mai, vers 22 h...

Jacob nous emmène dans un endroit qu’il connaît bien, la communauté de personnes nommée Oméga, qui échange logis et nourriture contre travail ou argent, dans une atmosphère de tranquillité et de recueillement dans une belle forêt de l’État de New York. Ce premier contact social avec les Américains, après celui de Jacob qui s’avère être quelqu’un de vraiment bien, est toujours aussi agréable. Un bain de vapeur dans le sauna et une nuit récupératrice ensuite, bienvenus après tous ces trajets en peu de temps, nous décidons de reprendre route vers la Virginie.

Pour le moment, nous ne rencontrons pas tous ces stéréotypes qui nourrissent nos médias sur le mauvais accueil des Français. La seule chose visible : les immenses camions ou tout-terrains qui sont légion, ou encore les immenses autoroutes avec parfois même huit voies.

 26 mai, 20 h : Washington D.C.(District Center)

« Chris, r’gardez les chums, on est à la capitale des hostie Etats ». Malgré la surprise tant pour l’Américain que pour les deux Français de notre quatuor pour cette langue qu’ils ne connaissaient pas (le Québécois), ils avaient compris eux aussi !
Nous étions en face de la Maison Blanche, tout près de cet étrange W sur lequel je préfère ne pas me prononcer, car il a refusé de donner une interview exclusive à La Mée. Plus sérieusement, nous avons vu un petit stand anti-guerre posté face à l’édifice. Est-ce un droit réel ou seulement l’illusion de la démocratie ? Bref, n’étant pas trop attirés par le tourisme   excessif et photogénique, nous avons rapidement repris la route direction de Richmond, capitale de l’État de Virginie, au sud de Washington, plus précisément vers la ferme du père de Jacob, à 30 miles (soit 45 km) de la ville.

Ce trajet a demandé beaucoup d’essence, mais il est vrai que cette dernière reste beaucoup moins chère que chez nous. Pour indication, le galon, qui équivaut environ à 3,6 litres, vaut en moyenne 2 $ (soit environ 2 fois moins cher qu’en France), même s’il faut noter qu’il a quadruplé en 3 ans.

NDLR : la différence se fait au
niveau des taxes d’état !
Le coût du pétrole brut se répercute plus brutalement aux États-Unis.

 27, 28, 29, 30 mai

Nous voilà à destination. Arrivés vers 2 h, nous ne tardons pas à prendre un repos bien mérité. Un lever bien après l’aurore ensuite, nous faisons l’état des lieux et des personnes. La ferme est magnifique : construite en bois, grande, avec une terrasse entourant tout le lieu, puis un grand terrain parsemé d’arbres et de verdure, et une rivière traversant le tout.

Concernant la famille, que ce soit le frère, les deux sœurs ou le père de Jacob, ils reflètent le lieu. Ils sont d’une grande gentillesse et très accueillants.

Rien qu’imaginer passer du temps ici fut un plaisir, mais, pas le temps de s’acclimater et déjà nous étions partis vers un camping que John, le père, avait organisé avec ses amis.

Dès l’arrivée sur le site des festivités, nous avons pu nous rendre compte que le camping aux États-Unis, c’est pas de la rigolade !

Tous possédaient l’immense caravane multi-fonctionnelle, attelée au gros tout-terrain, ainsi que des glacières bien garnies de bière et à manger pour deux semaines. Pendant ces quatre jours, nous avons une nouvelle fois lié de très bons contacts avec toute cette joyeuse équipe, comme quoi il y a des gens sympathiques même aux USA, mais je suis sûr que vous n’en doutiez pas.

Sous une chaleur de feu dès 10 h le matin, la camaraderie était de mise. En effet, la Virginie est très ensoleillée tout en étant très humide, et il n’est pas rare de voir la température y dépasser les 40 degrés. Pratiquement un climat tropical, même à cette époque de l’année ! Voici un mois de juin s’annonçant plutôt bien.

 Début juin

Une agréable routine se met en place. Nous travaillons toute la matinée à réorganiser le jardin de plantes de la ferme, destiné à garnir les jardins américains, car John est paysagiste, tout en s’occupant en même temps d’un élevage de chèvres.

Une fois la chaleur trop importante, nous retournons vaquer à des occupations telles qu’une baignade dans la rivière, du canoë, de belles parties de billard, de la musique ou tout simplement une bonne sieste dans le hamac. Sans oublier le plaisir de parfaire son anglais dans ces conditions, ainsi que celui de jouer au tarot avec mes deux amis (nous sommes de grands amateurs), avant de s’endormir dans la caravane qui nous est destinée.

L’inconvénient majeur de cette région est l’appétit féroce des moustiques, bien entretenu par de conséquentes averses presque chaque nuit et le soleil éclatant de la journée. Au moins, nous étions rouges des jambes et de la tête pour quelque chose, boutons en bas et nez écarlate en haut ! C’est aussi l’occasion pour nous de cuisiner de la « cuisine française » à ces Américains très peu stéréotypés, mais tout de même peu enclins à utiliser autre chose que le congélateur et le micro-ondes dans leur immense cuisine.

C’est le début pour moi d’un grand succès outre-atlantique : le gratin dauphinois. Tellement simple mais ils n’y avaient pas pensé ! Pourtant ils aiment, c’est sûr !

Fin de la semaine du premier juin :
Fredericksburg

Pendant les quelques jours de camping, nous avons rencontré une Américaine d’une quarantaine d’années qui avait vécu en France dans sa jeunesse, avec laquelle nous parlions français, car le sien est parfait. Elle nous a invités à venir passer quelques jours chez elle, dans cette ville située à peu près entre les deux anciennes capitales des États Fédérés et Confédérés, comprenez Richmond pour les tuniques grises et Washington pour les bleues. Fredericksburg était donc, à l’époque de la Guerre de Sécession, qui dura de 1860 à 1865, l’une des cibles privilégiées des deux armées opposées.

Les Bleus l’ont emporté, mais cela n’a pas empêché la Virginie d’être le fief des Républicains (le parti des deux Bush, de Reagan...), depuis la défaite de sa capitale, c’est-à-dire depuis le début du bipartisme, soit 140 ans de conservatisme...

Pour autant, nous sommes tombés dans un milieu très démocrate, plutôt favorable à des voyageurs sans le sou mais avec de la volonté comme nous. Ce fut intéressant d’organiser durant ces 4 jours une vente de fleurs et de vieux objets pour le compte d’une association caritative.
Ca se passait dans un quartier populaire de la ville, et déjà nous avons pu voir un condensé représentatif du pays et surtout de la région : la population noire, très jeune, entassée dans ces petites maisons peu entretenues et miséreuses. J’ai par ailleurs pu parler à un Américain professeur d’Histoire, ouvert et intéressant, qui m’assurait avoir voté Bush en novembre 2004 dans l’optique d’une « réalité de l’histoire », c’est-à-dire que cette recherche acharnée de zones d’influence, visible par les différentes guerres menées depuis plusieurs années, traduirait la recherche d’un frein au déclin de l’empire américain.

 Samedi soir

Une fête est organisée, avec l’équipe habituelle que nous commençons à bien connaître, chez des vendeurs de bonsaïs parmi les plus renommés dans le pays. Et il ne s’en privent pas : la maison est magnifique, le terrain aussi, la piscine est grande et les bonsaïs petits et superbes. Le contraste est saisissant avec la pauvreté dont nous venons d’être témoins. Nous passons une nuit chez ces gens très accueillants, et reprenons la route vers la ferme que nous aimons tant.

 La semaine du 6 juin 2005

C’est décidé, nous allons quitter ce p’tit coin de paradis pour tenter une véritable aventure vers le Grand Canyon, à 3500 km de là. Après recherche du moyen de transport le plus économique, c’est le bus qui remporte la palme pour seulement 100 €, même si passer 3 jours en boite de conserve ne nous promet pas un avenir très confortable. Nous reprenons pour quelques jours cette agréable routine : boulot, anglais, distraction, cuisine, tarot et dodo.
Mercredi soir, c’est parti, nous voilà dans le bus Greyhound (Lévrier en français), le nom de la compagnie de bus monopole de son activité (on ne peut échapper aux affres du libéralisme !), direction les paysages mythiques de l’Arizona, sans avoir oublié les étreintes d’amitié avec Jacob et toute sa famille, qui sont devenus en quelques semaines de bons amis. C’est intéressant tout qu’autant agréable de remarquer qu’au lieu de nos habituelles bises ou poignées de main de salut, les Américains privilégient l’accolade amicale.

[NDLR : les tarifs Greyhound sont plutôt modiques ; on peut même acquérir un « pass » très intéressant sur Internet !]

Notre itinéraire est « digne » de celui de certains des grands colons espagnols du seizième siècle, les autoroutes bien bétonnées et les classes populaires en plus.

Premières étapes, ou plutôt stations Greyhound (nous allons apprendre à les connaître) : Knoxville puis Nashville, la capitale, dans le Tennessee, en pleine ancienne Louisiane Française.

En faisant quelques tours dans les sombres rues de ces tristes villes, je suis réellement frappé par la misère et le sentiment d’insécurité qui y règnent dans les couches de population rejetées (vous comprendrez noires, sans racisme aucun).

J’apprends rapidement qu’il ne fait pas bon de trop s’éloigner de l’endroit le plus éclairé qu’est la station de bus, car privatisation de l’électricité oblige, on finit par restreindre la lumière dans les zones à faible rendement...

 Memphis on the Mississipi :

« Love me tender, love me sweet », la ville du « king Elvis Presley ».

Elvis n’a pas arrangé le même refrain pour les deux précédentes cités, et Dallas, au Texas, « ton univers impitoyable » de pauvreté. La chaleur qui règne ici, même la nuit, est supportable à l’extérieur, même très agréable, mais revêt quelques aspects moins aguicheurs après un bon 40 heures de bus.

Pourtant, le Texas presque traversé, c’est très grand, à peu près comme la France, et les paysages font très « Western ».

Nous arrivons à El Paso, à quelques miles du Mexique. La tentation de faire un petit tour au pays de Pancho Villa et Emiliano Zapatta nous effleure, mais nous préférons visiter le « Grand Canyon ».

Il reste à traverser le Nouveau Mexique, faire une escale à Albuquerque, sa capitale, puis, passer Phœnix, et enfin Flagstaff, en Arizona, la grande ville la plus proche de notre objectif .

Après 60 heures de bus sans compter les temps d’arrêt pour les escales et les pauses pipi, nous pouvons enfin admirer ce paysage caractéristique de la région fait de grandes étendues peu fertiles et de roche de cette étrange couleur ocre.

 Dimanche 12 juin : Flagstaff

Cette petite ville d’environ 100 000 habitants est très sympathique, sans doute le côté touristique de la région lui a permis de développer un centre ville de qualité. C’est ici que Pierre, l’un de mes compagnons de route, tente pour la première fois avec succès de jouer de l’accordéon dans la rue pour récolter quelques dollars.

Nous verrons ensuite qu’il est bien utile de savoir maîtriser un instrument. Un petit sommeil dans la gare et un repas réparateur après, nous prenons le bus vers le Grand Canyon, pour une somme assez conséquente de 25 $ chacun, puis 5 $ pour rentrer dans l’enceinte de ce parc national. De nos jours, la nature coûte de plus en plus cher !

 Dimanche 12 juin 2005 : Grand Canyon

Enfin, nous sommes face à ce monument que la terre a façonné des milliers d’années durant. Je vous assure que c’est aussi impressionnant en vrai que tout ce que vous avez pu en voir. J’en garde un sentiment d’immensité, de cinéma réel, de couleurs différentes à chaque luminosité du soleil....

Devant cette étendue, le recueillement s’impose, on se sent bien, mais rapidement le désir de s’y aventurer se fait fort.

Fatigués, nous remettons au lendemain cette volonté de conquête. Le prix du camping étant toujours assez excessif, nous décidons une nuit sauvage à l’extérieur de la zone habitée appelée Grand Canyon Village. Nous préparons un beau feu salutaire tout en entamant ce régime pâtes, patates et riz qui va nous tenir tout au long de ce périple, à peine dérangés par plusieurs biches, cerfs ou faons venus voir ce qu’il se passait.

Nous nous croyions revenus aux origines, surtout après cette première nuit passée à la belle étoile.

 Lundi 13 juin

La décision est prise : à nous le Grand Canyon pour quelques jours. A cet effet, nos grands sacs à dos pleins de poches sont bien garnis, au moins 15 kg chacun, ce qui fait sourire nombre de randonneurs que nous croisons en descendant dans les gorges sur un point qui ne nous affolait guère à ce moment : la remontée. Pleins d’enthousiasme, la descente se fait tambour battant, à peine retardée par le remplissage des gourdes d’eau, indispensables pour un effort sous une telle chaleur.

Six heures et une bonne quinzaine de kilomètres plus tard, nous touchons au but : le fleuve Colorado et ses puissants rapides est face à nous. C’est lui qui a, année après année, creusé les profondes gorges du site sur 350 km, et jusqu’à parfois 1500 m de profondeur.

C’est sur une superbe petite plage que nous décidons de passer la nuit, en ayant pris tout d’abord le plaisir de nous laver dans l’eau claire bien que froide du fleuve, mettant fin à presque une semaine passée dans la même crasse ! Les sacs de couchage ne sont même pas utiles tellement la roche a été chauffée par le soleil toute la journées durant. On crève de chaud !!! A noter le magnifique coucher de soleil.

 Mardi 14 juin

Une bonne nuit plus tard, le soleil nous réveille très tôt, et se met rapidement à chauffer le sable, qui devient insupportable à piétiner.

Nous voilà recroquevillés dans un petit coin d’ombre, savourant de bonnes patates au sel et un petit tarot dans ce paysage de rêve. Nous réfléchissons à la suite de la journée.

Après quelques hésitations sur la possibilité d’une journée morte, nous reprenons la route avec pour projet de remonter vers la civilisation par un autre chemin du Canyon que celui de l’aller, le South Kaibab Trail.

Sans doute désorientés par un lever matinal, nous avons pris la route beaucoup trop tôt et sommes tombés en pleine ascension de ces pentes très abruptes au moment où le soleil était au plus haut, avec nos sacs nous alourdissant chacun d’une quinzaine de kilos.

Je dois avouer qu’à ce moment, j’ai flanché le premier, assoiffé à chaque virage, ne croyant plus arriver au but que l’on s’était fixé, j’avais les pensées noires.

Au bout de plusieurs heures de « calvaire », j’ai décidé de retourner à cette plage de paradis au lieu de vivre cet enfer, d’autant que l’eau se faisait de plus en plus rare. A ma grande joie, nous avons fini par faire rebrousser chemin, et retrouver ce lieu unique. Nous avons appris ensuite qu’il n’y avait aucun robinet d’eau sur le chemin de notre rude aventure. Ce genre de journée que vous êtes contents d’avoir vécu, pour son intensité, mais que vous ne voulez plus jamais réitérer.

 Mercredi 15 juin

Bien déterminés cette fois-ci à profiter d’une journée morte à la suite d’une nuit nécessaire, le repos se savoure au son régulier des rapides du Colorado.

Malheureusement, un Ranger, un des gardes destinés à la sécurité du parc national, genre de policier écolo en chapeau, vient gâcher la fête. Il nous demande notre permis de randonnée, que nous n’avons évidemment pas, et nous indique qu’il est interdit de faire un feu.Nous feignons ne pas être au courant de ces deux lois. Il nous propose alors un marché :

« Si nous atteignons Grand Canyon Village, c’est-à-dire le sommet du Canyon, dans la journée, nous n’aurons pas d’amende ! ».

C’est donc le moment d’une remontée folle, qui commença vers seize heures à la montre du Ranger.

[NDLR : l’accès aux parcs nationaux
est strictement réglementé
aux États-Unis et au Canada.
 
Au Grand Canyon, les rangers
sont très présents et proposent
une assistance aux visiteurs.
 
Tout visiteur se doit de respecter
la réglementation en vigueur
dans le pays d’accueil !!!]

 La remontée

18 h

« Ca se fait tout seul, t’as vu, on a fait la première montée presque aussi vite qu’en descendant. Allez, on s’autorise une petite demi heure de pause. »

20 h

« Ca devient quand même difficile avec ces 15 kilos sur le dos. Au fait, t’aurais pas un peu d’eau ? »

21 h

« Tu crois qu’on arrive dans combien de temps, là, plus beaucoup, hein ? Bon, on fume une petite clope pour se redonner du courage. »

21 h 30

« C’est chaud là, Adrien a perdu un kilomètre. Tiens, regarde en bas, il est là. Bon, on va l’attendre. »

21 h 45

« Vous auriez pas une petite clope, les mecs, j’en peux plus. -T’inquiète pas, regarde, on est au trou dans la roche du début, on a plus que 200 m à faire. »

22 h 15

« On a peut-être plus de 200 m à faire, ou on ne marche vraiment pas vite. Ca commence à être dur dans les mollets. Allez, on s’offre un milkshake une fois là haut ! »

23 h

Enfin le trou dans la roche (The hole) tant espéré, et le bon. Les dernières foulées se font le cœur léger mais les jambes lourdes. Nous négocions une nuit sur les banquettes d’un hôtel, après n’avoir même pas pu goûter au milkshake tant désiré. Même si les lois de l’Arizona interdisent à tout mineur de moins de 21 ans de consommer dans un bar, que ce soit une bière ou un chocolat chaud, Pierre, le seul majeur de notre groupe ira nous acheter un chocolat chaud que nous avons apprécié en dépit de toute loi à l’extérieur du bistro.

 16,17,18 juin 2005

Réveil en fanfare par les hordes de touristes bien matinaux, curieux ou amusés par ces trois aventuriers ensablés et bien fatigués. Une conclusion s’impose : l’aventure, ça donne des courbatures. Nous nous levons tant bien que mal, sans trop d’objectif précis hormis celui de récupérer l’accordéon et quelques affaires laissées dans des casiers à l’accueil du village. Mon compagnon troubadour prit plaisir à faire expirer l’instrument français par excellence, et c’est rapidement que Tristian, une jeune Américaine, vint s’intéresser à cette musique. Elle habitait à Grand Canyon Village et accepta de nous offrir une douche dans sa maison. Après cette plénitude aquatique, elle proposa de nous accueillir pour la nuit, ce que nous avons accepté avec joie. S’ensuivirent au bout du compte trois jours festifs en compagnie du père de Tristian, lui aussi très sympathique et accueillant. Ce fut l’occasion rêvée d’entretenir l’image de marque française, c’est-à-dire la cuisine, l’accordéon et le romantisme. Le Gratin Dauphinois et les crêpes ont fait un malheur. Décidément, le Français a de beaux jours devant lui : notre réputation outre-atlantique n’est plus à faire, et ce n’est pas une participation ou non à une guerre qui semble y changer quelque chose, n’en déplaise à l’administration américaine ou aux grands médias tricolores.

Pour les personnes intéressées, Grand Canyon Village propose un nombre conséquent d’emplois saisonniers bien rémunérés. Le logement y est facile et peu contrôlé.

 19, 20 juin (samedi et dimanche)

L’optique californienne se met dorénavant à nous trotter dans la tête. Des amis de Tristian proposent de nous emmener vers une autoroute pour nous permettre d’y faire du stop. Les accolades et les remerciements pour ces trois jours aux frais de la princesse passés, ces deux joyeux Américains nous emmènent à destination, en ayant pris soin de nous montrer quelques endroits dont ils ont le secret, comme par exemple un site sauvage de baignade et de saut dans une petite rivière d’Arizona.

Nous décidons de camper à la belle étoile dans une forêt de pins près de la grande route en attendant le lendemain, où nous sommes très enthousiastes à l’idée de faire de l’auto-stop vers n’importe quelle destination californienne. Une courte nuit après, « on the road again » (sur la route une nouvelle fois), sous un soleil digne de la région. Mais nous apprenons à notre grand malheur que le conducteur américain n’est que peu enclin à se faire assaillir par les hordes étrangères.

Au bout d’au moins quatre heures d’attente dont notre nez eut les souvenirs écarlates, l’enthousiasme se fit moins tapageur, dans le même moment que l’eau plus rare et chaude. C’est seulement un Canadien de passage qui accepta de nous déposer dans le village le plus proche, en ayant insisté pour nous donner de la crème solaire. Ce fut une certaine désillusion, même si nous avons ressenti qu’il était assez difficile de concevoir quelqu’un qui puisse prendre avec lui trois voyageurs dans la force de l’âge armés de plusieurs sacs assez imposants.

Nous tentâmes sans succès tout au long de la journée de trouver un conducteur qui puisse nous emmener en Californie ou à la station de bus la plus proche. On devient moins demandeur quand l’espoir s’amoindrit ! C’est seulement peu avant une totale désillusion qu’un jeune Américain accepta de nous emmener vers le bus Greyhound de Flagstaff. Il est intéressant de noter que sur chaque indication de toutes les stations que nous avons « visitées », l’anglais et l’espagnol sont toujours présents. En effet, les hispaniques sont de plus en plus nombreux dans les États du Sud, pour composer aujourd’hui près de 35 % de la population de la Floride à la Californie. Nous décidons de nous diriger vers Los Angeles pour environ 70 $ chacun.

 21, 22, 23, 24 juin

Fatigués, un peu démoralisés, nous arrivons tant bien que mal dans la douzième plus grande ville du monde (14,6 millions d’habitants), après un bon 48 heures de bus pour traverser l’Arizona et la Californie, dont une escale à San Diego, à la frontière du Mexique, sans être une nouvelle fois véritablement tentés par une aventure chez Vicente Fox, président de ce pays.

Arrivés en fin de matinée, nous décidons de nous diriger vers Long Beach, l’une des plages de la ville.

Nous prenons les transports en commun, et sommes rapidement étonnés par le temps qu’il faut pour atteindre notre destination. En effet, Los Angeles occupe la côte du Pacifique sur plus de 300 km ; c’est d’ailleurs la ville la plus étendue du monde. Pour couronner le tout, le terminus de la ligne de notre bus n’était pas situé près de la mer, et il nous fallait en attendre un autre.

Mais vu que tout est privatisé, il y a plusieurs compagnies différentes pour cette activité, il nous était donc interdit de prendre un autre bus sans acheter un nouveau ticket, ce que nous avons refusé. Une bonne heure en plein soleil à un carrefour aussi insignifiant que laid, et voilà enfin la carlingue qui acceptera notre laissez-passer, après que trois autres nous soient passées sous le nez.

Nous sommes face à l’Océan Pacifique, mission accomplie, les États-Unis sont traversés d’est en ouest, sûrement sur l’une des plages les plus laides du monde.
Pour l’honneur, je vais me baigner dans une eau de couleur assez proche de celle de la rouille, et n’y restant pas longtemps, je retourne vers le bivouac de circonstance pour manger une bonne assiette de riz et réfléchir, à peine dérangé par les incessants passages de la police, apparemment sur le qui-vive.

Au crépuscule, la décision est prise : nous allons quitter cet enfer pour San Francisco, que tous les Américains rencontrés nous ont conseillée comme la meilleure destination du pays.

En route vers la station Greyhound tant bien que mal par le tram et le métro, sans oublier une escapade nocturne de quelques kilomètres dans les bas fonds de la ville à une heure avancée de la nuit, où nous sommes choqués et peu rassurés face au nombre de SDF que nous croisons.

Nous reprenons la route, non sans avoir été assaillis par une horde de nécessiteux prêts à tout pour quelques dollars, et plutôt noirs de peau comme un peu partout ici. La capitale du cinéma nous est plus apparue comme celle de la pauvreté et de l’insécurité.

 25, 26 juin

Nous commençons à nous habituer au bus, notre sommeil aussi. Partis vers 5 h du matin, je garde de ce trajet un souvenir de repos devenu nécessaire. Les odeurs, les places inconfortables ou les secousses n’y changeant rien, je n’ai même pas eu le temps de m’apercevoir que j’étais sur le Golden Gate Bridge, le pont de couleur rouge qu’on a forcément vu une fois à la télévision, annonçant l’arrivée à San Francisco. En fin de matinée, nous voilà au milieu de la ville mythique, avec pour seule indication le nom d’un hôtel, « The Green Tortoise » (La tortue verte) sur un bout de papier, conseillé par un voyageur croisé au hasard et le plan de la ville offert gracieusement par l’administration.

C’est parti pour la recherche du bâtiment, ce qui nous permet de prendre goût à ces longues rues rectilignes et espacées, à ces beaux immeubles colorés sans être trop grands, à ces pentes très abruptes que l’on peut voir à l’horizon. Cité cosmopolite bâtie sur des collines, elle doit son développement à la découverte d’or dans la région en 1848. Elle fut ravagée par plusieurs séismes au cours du vingtième siècle, mais s’est toujours brillamment remise sur pied, et reste aujour-d’hui une belle ville de 750 000 habitants parsemée d’espaces verts, de rues bien animées, du mythique tramway montant la colline, ou encore de sourires bienveillants et bon enfants. Pas ici de mendicité intempestive, la ville est propre, bien entretenue, simple à s’y repérer, bref, elle nous a plu   tout de suite.

Rapidement, nous trouvons l’hôtel recherché, nous proposons nos services pour y travailler, et la réception nous propose de remplir des C.V., en ayant pris soin de s’assurer que nous prenions un lit pour la nuit, pour la somme très modique, vu la destination, de 20 $. Après un rapide tour en ville, nous prenons part à la fête qui se déroule ici tous les mardis soirs, l’« open mike » (micro ouvert), qui permet aux 150 personnes présentes, entre autres de chanter sur une petite scène ou d’honorer les troubadours en trinquant avec tous les accents du monde. J’ai en effet pu répertorier en moins de deux semaines plus de 30 nationalités différentes fourmillant dans les grandes enceintes du bâtiment.

 Du 27 juin au 5 juillet : San Francisco

Il serait trop long à présent d’énoncer tout ce qui s’est passé durant ces dix jours d’une très forte intensité dans le lieu qui a orchestré la révolution hippie des années 60, à partir du Golden Gate Garden, le plus grand parc de l’île, très vert et peuplé d’une foule de personnages différents, voyageurs, sans-abri, promeneurs, sportifs, étudiants...

Ce qui frappe rapidement, c’est l’esprit de paix qui y règne, sûrement orchestré par toutes les nécessités offertes par la ville aux plus démunis, repas et lits compris dans le budget de l’administration.

Je reviens à notre trio, qui a réussi à se faire embaucher dans l’hôtel en échange d’un lit pour passer la nuit au chaud. Nous avons encore une fois eu beaucoup de chance, car il est paraît-il rare de se faire proposer ceci aussi rapidement, d’autant que nous avions « squatté » à faire la fête toute la nuit précédente. J’ai ressenti ici une certaine indulgence, et, comme ils ont pu me le dire ensuite, une bonne réputation des Français.

La journée type se déroule tout d’abord par un lever vers 9 h 30, avec un petit déjeuner offert par la direction, puis à 10 h par le travail qui nous était attribué, le « House kipping » c’est-à-dire de faire le ménage dans une quarantaine de chambres. Puis, visite de San Francisco tout en jouant de l’accordéon un chapeau aux pieds pour récolter de quoi boire et manger. Enfin, retour à l’hôtel pour faire la fête, manger, en notant que la direction offre un grand repas deux fois par semaine, et une grande pièce avec un billard gratuit jusqu’à tard dans la nuit.

Nous avons pu notamment voir Haight street, la grande rue commerciale et bigarrée qui va vers le Golden Gate Garden, ici même où Jimmy Hendrix et Janis Joplin possédaient une maison, le tramway caractéristique de la ville, la prison d’Alcatraz, à quelques mètres du port, le magnifique hôtel de ville, le bus 71 d’un bout à l’autre de la ville, très éclectique, ou encore les quartiers chinois et japonais grouillants d’activité, ces communautés étant très implantées dans la cité. Nous y avons vécu un moment fort le soir de la déclaration d’indépendance américaine, le 4 juillet (en 1776, vis-à-vis de l’Angleterre), fête nationale du pays. Feux d’artifice et ambiance de folie furent présents, ainsi qu’un nombre impressionnant de personnes et un mal de tête le lendemain.

Mais les belles choses ont une fin. Adrien et Pierre devant tout de même se dépêcher vu que le retour en avion est prévu le 21 juillet, et qu’il leur reste 6000 km à faire pour rejoindre l’aéroport Kennedy à New York. San Francisco reste à nos yeux comme le seul endroit des Etats-Unis où les devises de démocratie, d’accueil et de liberté que ses dirigeants vantent à travers le monde, sont effectives. A noter le climat de la ville, battue par un vent plutôt froid et pluvieux malgré cette période de début d’été dans l’hémisphère nord.

 6 et 7 juillet 2005

Une nouvelle fois, Greyhound est notre allié pour partir vers Vancouver, tout à l’ouest du Canada. Nous faisons escale à Portland, ville très récente, capitale de l’Oregon, puis à Seattle, capitale de l’Etat de Washington, puis nous passons la frontière vers le Canada. Nous y passons environ huit heures, car les douaniers ont cherché tous les moyens pour nous empêcher de passer, pour d’occultes raisons car nous étions en règle. Je suis surpris de voir qu’il est plus difficile de passer au Canada qu’aux Etats-Unis, et qu’ils s’intéressent surtout à l’argent que nous possédons et à la façon dont nous comptons rentrer en France.

Malgré tout, nous arrivons à Vancouver, où nous passons quelques heures et reprenons rapidement la route vers Kelowna, là où l’un de mes amis québécois, Vincent, doit nous attendre car il y a déménagé en même temps que nous voyagions autour des USA. Le 7 juillet au soir, il est présent pour nous ramener chez lui, une petite bicoque en bois où habite son père.

 Du 8 au 21 juillet

Je prends un plaisir énorme à revoir ce chum et à lui raconter tout le chemin fait depuis notre dernière rencontre. Ca me permet aussi de lui présenter mes amis, qu’il ne verra pas longtemps car ceux-ci ont décidé de partir en stop vers New York, la date du retour approchant. Nous passons nos derniers moments ensemble aux alentours de Kelowna, cette ville d’environ 100 000 habitants au milieu des Rocheuses, la chaîne de montagnes qui part du nord du Canada vers le sud des Etats-Unis, toujours en Colombie Britannique, l’Etat le plus à l’ouest du pays dont la capitale est Victoria et la plus grande ville Vancouver. Située aux alentours d’un grand lac, le lac Kelowna, qui selon la légende s’est construit à partir de la chute d’une comète venue de l’espace des milliers d’années auparavant, la ville, très touristique, comprend dans son paysage plages et montagnes, et bénéficie d’un climat chaud et humide propice à la culture des fruits. C’est d’ailleurs dans cette branche que je décide de travailler, vu que je suis arrivé en plein pour la récolte des cerises et qu’il est très facile de trouver du travail, surtout que je possède un permis de travail.

Grâce à une chance toujours au rendez-vous, je trouve rapidement de quoi gagner quelques dollars canadiens pour rentrer chez moi, et en même temps où loger dans un mobil home posé par l’agriculteur qui m’embauche, gratuitement, le tout proche de la maison de Vincent, ce qui me permet de le voir chaque jour. Un sentiment de richesse ambiante me touche très rapidement, le rêve américain est aujourd’hui au Canada, si l’on en croit le nombre de grosses voitures qui peuplent les routes de la « British Columbia », les commerces florissants, les quelques terrains de golf bien entretenus, et malheureusement les prix beaucoup plus élevés qu’au Québec.

Pour ce qui est du planning, rude lever à 4 h 30 du matin, pour cueillir des cerises de 5 h à 12 h, car la chaleur dilate trop les fruits ensuite, et possibilité après manger de faire du « Tunning », ce qui consiste à enlever des pommes aux pommiers de l’exploitation pour permettre aux fruits de mieux se développer grappe par grappe. Pendant 7 jours, les travaux quotidiens durant plus de 10 h se succèdent dans ce paysage de rêve, agrémentés de baignades dans le lac et de jolies fêtes les week-ends, dans la ville ou dans le mobil home avec les quelques personnes venant de Pologne, du Mexique, de l’Australie ou du Canada présentes.

Une fois de quoi rentrer en poche, je prends l’avion de Kelowna à Vancouver, où je survole les Rocheuses et suis impressionné par l’aspect sauvage, plein de lacs, d’arbres et de montagnes, tout au long du trajet, un après midi dégagé près du hublot de l’appareil, puis de Vancouver à Montréal, durant environ 8 heures, pour le retour aux sources de mon voyage.

 Du 22 au 26 juillet : Montréal

Et voilà l’aéroport Trudeau qui se dessine à l’horizon, où j’atterris sans aucun problème. Ici, Stéphanie, ma tante et amie chez qui j’ai commencé le périple au Québec, m’attend pour mon plus grand plaisir. Je retourne dans cette maison que j’aime tant, bien décidé à repartir dès le lendemain au soir, car j’ai pris un billet d’avion avec Air Transat pour 199 $ canadiens, soit moins de 150 €, dans l’optique de participer au mariage de l’un de mes cousins prévu le samedi soir, alors que je prends l’avion le vendredi. Tout se passe pour le mieux jusqu’au moment où j’arrive à l’enregistrement des bagages, et qu’un « enregistreur » m’empêche d’entrer dans l’avion pour une cause inconnue.

 Avion

Je retourne donc voir à la réception d’Air Transat, qui me confirme l’annulation de mon billet sans véritable raison valable, hormis une absence de fonds lors de l’achat de mon billet. Après un « Tabarnak » colérique digne d’un Québécois, ce juron qui fait tant de bien, Stéphanie revient me chercher une heure après m’avoir emmené à l’aéroport, car je n’ai jamais réussi à négocier ou comprendre la cause de mon éviction du vol.

Je suis donc en stand-by à Montréal, où je vais me battre pendant trois jours pour récupérer mon droit, car je me suis rendu compte au moment où je suis rentré dans la maison de ma famille, sur Internet, qu’Air Transat avait bel et bien débité les 199 $ sur mon compte bancaire. Sans oublier de revoir une dernière fois quelques amis et Montréal sous un climat étonnamment chaud, presque 40°, j’ai récupéré mon dû après un bras de fer avec les standardistes de la compagnie, qui m’ont restitué mon billet le 27 juillet au soir, sans frais mais sans réparer le préjudice moral qui m’avait fait manquer le mariage. Et cette fois est la bonne, car je prends place dans l’Airbus A 320 vers Paris, plein d’expériences et de souvenirs en tête.

 En conclusion

Mieux vaut tard que jamais, dira-t-on. Il est vrai que j’ai mis du temps à écrire cet article final. Mais il m’était nécessaire de prendre cette période pour me remémorer les choses, pour les savourer un peu plus en m’évoquant ces moments devenus souvenirs et me rendre compte des raisons qui m’ont poussé à faire ceci, pas d’écrire mais de voyager si loin et si longtemps.

J’ai pu alimenter mon goût de l’aventure, de savoir ce que je valais vraiment sans la douce quiétude du quotidien. Je suis rassuré à ce sujet, et possédé par le virus le plus agréable de la planète, celui de la découverte. Le Québec a pour la majorité du temps rythmé mes péripéties. Je l’ai vécu, de sa terrible ascension vers des températures inhumaines, l’hiver et ses - 40°, puis ces quelques jours d’été à 40°, ses immenses forêts sauvages et ses villes aux rues rectilignes, ses médias gorgés de publicité, ses grèves inopinées....

Je l’ai connu, son peuple et ses institutions, paradoxales l’une comme l’autre : des Français aux États-Unis, mais aussi des Américains en France. C’est peut être là l’identité québécoise, et sûrement pourquoi elle souffre. Des libéraux jurant par monopole, syndicalisation, grève et santé gratuite, on peut deviner d’où viennent ces différentes sources. J’y ai connu bon nombre de personnes, et je tiens à remercier tout particulièrement Guy, Stéphanie et Gaëlle, ma famille de chez nos cousins, pour leur accueil et leur sympathie, Frédérique, ma proprio qui m’a fait bénéficier du meilleur plan immobilier de Montréal, Charles, Vince et Ben, de vrais « chums », pour les « squats » parfois des semaines entières chez eux et les cours de Québécois. Ca a fonctionné, car l’on m’a parfois pris pour un des leurs les quelques mois après mon retour en France.

En ce qui concerne les USA, chaque jour est ancré dans ma mémoire, ce fût rapide mais long, court mais immense. Je n’épargnerai pas ici les paradoxes pour les définir comme un peuple très accueillant, riche pour sa majorité, plein de bonnes intentions et dynamique, mais souffrant de plaies très profondes, tel une pauvreté alarmante des classes sociales (Le drame de la Nouvelle Orléans ne peut pas me contredire), une pauvreté culturelle conséquente, aucune conscience écologique hormis peut-être en Californie, tout du moins pour ce que j’en ai vu (Les imposants tout-terrains font légion, l’eau est affreusement gaspillée) et une société ultra libéralisée délaissant totalement l’opinion sociale. Mais c’est beau, immense, plein de paysages différents, plein de lieux contemporains mythiques, et ils ont San Francisco (j’ai compris la raison pour laquelle cette ville est tant chantée).

Je suis aujourd’hui de retour dans ma patrie, et j’ai entamé des études en histoire à Nantes. Cette belle année de voyage m’a fait grandir, sûrement, mais m’a aussi montré qu’il est important d’étudier, d’avoir des diplômes, pour ne pas passer sa vie avec des rêves inassouvis.

Manu Halet
Moisdon la Rivière