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Accueil > Châteaubriant > Histoire autour de Châteaubriant > La Sablière - 2015

La Sablière - 2015

Ecrit le 28 octobre 2015

 70 ans contre l’oubli

Texte et mise en scène de Claudine Merceron
Théâtre d’ici ou d’ailleurs
Théâtre Messidor

Évocation historique et artistique, Commémoration des Fusillés de Châteaubriant, 25 octobre 2015

Déroulé :

  • 1 - Mai 1945 : Retours
    « Nuits et Brouillard » de Jean Ferrat
  • 2 - Les enfants d’Izieu
    « le P’tit grenier » (extrait) Anne Sylvestre
  • 3 - « Un présent sans passé n’a pas d’avenir »
    « Le temps des cerises »
  • 4 - Création de l’Amicale des anciens internés politiques de Châteaubriant Voves Rouillé Aincourt
  • « Le temps du Muguet » (extrait) Francis Lemarque
  • 5 - Le camp de Choisel
  • « Putar udar » chant traditionnel Tsigane
  • 6 – La vie au camp politique de Choisel
    « Le p’tit quinquin » (extrait) chant traditionnel Picard
  • 7 - Les évasions
  • 8 – Le 22 octobre 1941
  • 9 – Les 27 du Camp de Choisel
  • 10 - Lettres de Fusillés
  • 11 - Le courage des Castelbriantais
    « De lourdes peines » N° 7 (Jaurès) Les Grandes Bouches
  • 12 - Le Conseil National de La Résistance
  • 13 – Les Résistants étrangers
  • « Anne ma sœur Anne » (extrait) Louis Chédid
  • 14 - Soyez dignes de nous avec les enfants
    Chanson Coline Rio (Alien Milk Coffee )
  • L’âge d’or (Léo Ferré)

 1. 1945 – Retours

Un homme tout seul en scène

Pierre-Louis Basse :
Mai 1945 : 70 ans ont passé depuis la capitulation de l’Allemagne Nazie.
Sept ans ont passé depuis la disparition de mon grand-père Pierre Gaudin. J’ai sous les yeux, la dédicace du livre : « Cinquante otages, mémoire sensible » : « A Pierre Louis, l’évocation émouvante de ces terribles années auxquelles tes parents et grands-parents ont participé avec beaucoup de courage » .
La honte et la colère me quitteront–elles un jour, de ne pas avoir suffisamment posé de questions à ceux qui vivaient tout près de moi ?
Était-ce l’école qui ne jouait pas suffisamment son rôle ? Le foot dans les cours de récréation trop absorbant ? ou bien la cruauté de l’enfant qui se détourne systématiquement des anciens ?
Mon grand-père est mort, je n’ai eu ni le temps, ni le courage de le féliciter pour ce qu’il m’avait enseigné sans le savoir, pour son évasion du camp de Châteaubriant avec Auguste Delaune, un mois après la fusillade du 22 octobre 1941.

Sur la musique de Terre vue du ciel : Terra Incognita n° 1, Arrivée de tous les comédiens, musiciens, chanteurs par le public, allée centrale, puis séparation au niveau de la première rangée de spectateurs :
Les hommes côté jardin, les femmes et les enfants côté cour. Ils forment deux files.
Les premiers arrivés se hissent en avant-scène sur deux plots posés au pied de la scène. Ils aident ainsi les autres à monter et à porter les valises, les paquets sur scène. Ils regardent tous vers le fond de scène, avancent doucement pour former deux groupes.
Les deux groupes se regardent quelques secondes, sans rien faire.
Puis le déshabillage de manteaux commence, les chaussures et les manteaux sont récupérés par trois hommes et trois femmes de chaque groupe, habillés en blouses grises, calots et foulards sur la tête.
Ils déposent les affaires valises colis manteaux sur deux chariots.

Les autres comédiens regardent vers le fond de scène et doucement on les voit avancer parallèlement. Regards craintifs, de part et d’autre, devant, derrière, sur le côté. Les enfants et les femmes se serrent, les hommes aussi. Juste avant de disparaître derrière les paravents noirs du fond de scène, ils jettent un dernier regard vers le public. Des six comédiens qui sont restés, quatre poussent les deux chariots vers le fond à jardin et à cour.

Pendant ce temps : un homme (André Migdal) et une femme (Germaine Tillion) restent face public. Ils enlèvent doucement leur foulard, veste ou blouse du camp.

Martin Niemöller se sera placé au centre pendant le tableau (ce pasteur protestant, arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen puis transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau)

« Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit, Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit, Je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les Tsiganes,
Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas Tsigane.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher…
Et il ne restait personne pour protester. »
(attribué à Martin Niemöller)

Des hommes et des femmes ont rejoint Germaine Tillion et André Migdal.

Le jeune Guy Lecrux : Mai 1945 : Je ne suis plus le gamin d’il y a quatre ans. Il y a bien longtemps que je n’ai pas ri. Je suis arrivé à avoir oublié la notion de la vie et de la mort. Je n’ai rien, juste ma tenue rayée et mon numéro de bagnard tatoué sur le bras gauche.

Charlotte Delbo : Vous direz peut-être… qu’on peut tout enlever à un être sauf sa faculté de penser et d’imaginer… Alors… vous ne savez pas. On peut faire d’un être humain un squelette… où gargouille la diarrhée… Lui ôter le temps de penser, la force de penser. L’imaginaire est le premier luxe du corps qui reçoit assez de nourriture.
A Auschwitz, on ne rêvait pas, on délirait. Le passé, nos souvenirs étaient devenus irréels, incroyables, ils ne nous étaient d’aucun secours, tout ce qui avait été notre existence d’avant s’effilochait. Parler restait la seule évasion.

Un homme contemporain s’est posé à l’extrême jardin.
L’homme contemporain : Pour dire l’horreur tout en se moquant, pour dire la misère des déportées tout en riant, Germaine Tillion a écrit une opérette à Ravensbrück, « Le Verfügbar aux enfers », « une nouvelle espèce zoologique ».

Une femme rescapée : Le courage brave la mort, l’intelligence défie la férocité, le rire côtoie le pire. L‘amitié était la seule chose qui nous restait pour nous sentir encore humaine.

Germaine Tillion : « Oui, j’ai écrit cet opérette, une chose comique, re vivifiante.

Extrait de l’opéra (chanté par quelques femmes) :

Une femme : Verfügbar c’est de l’allemand… ça veut dire : femme à tout faire, esclave !

Chant :
Nous ne sommes pas ce que l’on pense,
nous ne sommes pas ce que l’on dit…

(France Inter - Mercredi 27 Mai - Marche de l’Histoire)

Germaine Tillion : Pour résister à la déshumanisation… oui ! on peut rire jusqu’à la dernière minute… Si j’ai survécu, je le dois d’abord et à coup sûr au hasard… ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et, enfin, à une coalition de l’amitié… car j’avais perdu le désir viscéral de vivre. »

L’homme contemporain : Germaine Tillion nous a quittés à l’âge de 100 ans le 19 avril 2008.

Deux femmes se sont postées à l’extrême cour, elles épluchent des patates. Extrait du « Cercle littéraire des Patates » avec deux femmes :

F 1 : Et tous ces rapatriés ! C’est-y pas malheureux !
F 2 : Quel calvaire ils ont dû endurer les déportés !
F 1 : Dame ! Et comment faire pour reprendre une vie normale quand on a survécu aux camps ?
F 2 : Qu’est-ce qu’on peut comprendre à tout ça !
F 1 : J’en sais rien ! …Et pis… Faut-y dire ou faut-y pas dire ? (silence)
F 1 : Moi j’aurais plutôt tendance à penser : plus vite on aura oublié et mieux ce sera pour eux !…comme pour nous !
F 2 : Bah moi, j’en suis pas si sûre !
F 1 : Les mauvais souvenirs, ça n’amène rien de bon ! On a déjà connu assez de misère comme ça pendant la guerre !

Une femme rapatriée, Marie-José Chombart de Lauwe, a rejoint Germaine au centre de la scène, Jean Anette et Michel Rossi ont rejoint André Migdal.

Marie-José Chombart de Lauwe : Au lendemain du rapatriement, il fallait penser à fonder une famille, trouver du travail alors je me forçais à laisser de côté les épreuves…si dures... et puis, quand j’ai commencé à parler… les gens étaient gênés… Ils ne comprenaient pas... Mon voisin, resté à sa ferme pendant la guerre, me répondait : « Oh oui ! Nous aussi on a eu faim. » J’ai fini par me taire… Ils ne m’aurait pas crue.

Un homme rapatrié - Moi Michel Rossi, en mai 45, je n’ai pas dit tout de suite que j’arrivais de Buchenwald, j’avais été refroidi par l’accueil au guichet destiné à repérer le retour des volontaires, les STO.

Jean Anette : Comme moi, Jean Anette, je ne parlais pas du camp ! J’avais été harcelé en 45 « Vous n’avez pas été envoyé en camp de concentration comme Patriote Résistant mais comme mauvais serviteur des Nazis ! » J’ai attendu la retraite pour parler !

L’homme de mémoire : Pour affronter la vérité il faut être confiant, le train de la mémoire est sorti ! De la mémoire outragée, il faut la mémoire partagée.

NUIT ET BROUILLARD - Paroles et musique : Jean Ferrat
Beaucoup de comédiens vont se partager le poème chanté.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres :
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés.
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre,
Ils ne devaient jamais plus revoir un été
La fuite monotone et sans hâte du temps,
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir.
Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel,
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou,
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel,
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.
Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage ;
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ?
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues.
Les Allemands guettaient du haut des miradors,
La lune se taisait comme vous vous taisiez,
En regardant au loin, en regardant dehors,
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours,
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour,
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire,
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare.
Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été,
Je twisterais les mots s’il fallait les twister,
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez.

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants,
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

Pendant la chanson, les enfants arrivent sur scène.

 2. Les enfants d’Izieu

Les enfants reprennent :

  • Tu connais Monsieur et Madame Zlatin ?
  • Non !
  • En 1943, ils ont fondé un refuge, perdu sur les contreforts du Jura, à Izieu dans l’Ain pour cacher des enfants juifs…
  • C’était dangereux ?
  • Oui… très !

Les enfants d’Izieu :

Ce sont des enfants
Quarante-quatre
Ils habitent une maison au nom étrange
La maison des enfants réfugiés de l‘Hérault
Charles et Nina rient ce matin-là en descendant l’escalier
Émile, aux yeux d’un bleu transparent, pleure à chaque marche
Albert le plus petit, à peine quatre ans, bavarde avec Barouk
Mina serre la main de sa petite sœur qui ne la quitte jamais
Hans se frotte les yeux, Liane chante et saute
La cloche, qui les appelle au petit déjeuner, a retenti
Il y avait encore Sami, Richard, Elie,
Lucienne, Fritz, Georges, Martha
Ils avaient de quatre à dix-sept ans
Ils étaient quarante-quatre dans la maison d’Izieu
Au pied de la montagne

C’était le jeudi 6 avril 1944
Des hommes entrèrent
Ombres maléfiques
Léa la monitrice, comprit
Trois hommes sans regard cernèrent les enfants.
Déjà assis devant leur bol de cacao fumant
Silence
PEUR
Une courte phrase imposa l’effroi
SUIVEZ-NOUS
Tournent les trois silhouettes sombres
Derrière elles… les soldats allemands
SCHNELL/VITE/SCHNELL/VITE

Enfants adultes pris au piège
POURQUOI ? POURQUOI ?

Parce qu’ils étaient nés juifs
Parce que la barbarie hitlérienne
Décida d’exterminer tous ceux qui étaient nés juifs

Comme vous auriez pu naître
Comme nous aurions tous pu naître.
comme Anne Franck

Tous chantent des extraits de la chanson « Le p’tit grenier » de Anne Sylvestre.

Moi j’ai le cœur tout barbouillé quand vous parlez du p’tit grenier (bis )

Vous y grimpiez par une échelle, qu’on installait dans l’escalier
Finis tous vos jeux de marelle, et vos parties de chat perché
Quand vous y montiez par surprise, c’était en étouffant vos pas
il fallait alors porter Lise et Sarah qui ne marchaient pas

Moi j’ai le cœur tout barbouillé quand vous parlez du p’tit grenier ( bis )

Vous taire n’était pas facile, mais vous l’avez bien vite appris,
inventant des jeux immobiles, pour occuper les plus petits
Parfois ce n’était qu’une alerte et vous pouviez dégringoler
bondir par la fenêtre ouverte comme des cabris déchaînés

moi j’ai le cœur tout barbouillé quand vous parlez du p’tit grenier ( bis )

On vous avait mis à l’école et vous aviez compris que vous
Vous appeliez Georges et Nicole sans jamais vous tromper surtout
ainsi se passait votre enfance sans nouvelles de vos parents
vous ne mesuriez pas la chance que vous aviez d’être vivants.

moi j’ai le cœur tout barbouillé quand vous parlez du p’tit grenier.

 3 - « Un présent sans passé n’a pas d’avenir » (Odette Nilès)

André Migdal : …Juin 1945 : j’en suis revenu des camps de la mort… Je ne suis plus un numéro mais une personne : André Migdal. J’ai été arrêté par la police française à l’âge de 16 ans et demi ! J’ai connu les prisons et camps de concentration français comme Pithiviers, Voves, Compiègne, avant d’être déporté par le convoi du 24 Mai 1944 à Neuengamme, en passant par Buchenwald. Mon père et ma mère, tous deux Résistants ne sont pas revenus d’Auschwitz… ni mes frères Henri et Robert…Tous Résistants !… Le 3 Mai 1945, les Nazis sentant la défaite avaient ordre de « liquider » tous les déportés, j’ai été parqué dans les cales du Cap Arcona et de l’Athen avec des déportés des camps de concentration de Dora-Mittelbau et Struthof…
Nous avons été bombardés par les Alliés… Des 4 500 déportés à bord du Cap Arcona, 350 ont survécu… de l’enfer des « Plages de sable rouge », je ne vais rien oublier... je vais écrire ! Tout est possible !… Tout !… sauf l’oubli !

Sur la musique, « Le temps des cerises » chanson à murmurer pendant tout le dialogue qui suit.


Germaine Tillion : Au retour de Ravensbrück… en 1945… Nous :
Charlotte Delbo, Marie-José Chombart de Lauwe, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Danielle Casanova, Marceline Loridan-Ivens et tant d’autres …

Toutes : nous pourrions vous parler de l’innommable…Inhumanité.

Charlotte Delbo : Et… nous pourrions vous parler de la chaleur de la fraternité dans le froid mortel …

Toutes : Les femmes unies face à la souffrance

Marceline Loridan-Ivens : Jamais je ne me suis sentie autant aimée que là-bas

Marie-José Chombart de Lauwe : Nous pourrions vous parler d’un univers qui se dépeuple chaque jour, jour après jour…

Germaine Tillion : Des mouvements de l’espoir qui s’éteint... et renaît,

Charlotte Delbo : s’éteint encore

Toutes : Mais en 1945, nous écrivons… Nous écrivons…

Fin du chant des Cerises murmuré

On voit se poster des hommes et des femmes en avant-scène alignés.

Maurice Nilés : j’étais métallo avant d’être député-maire de Drancy ! Je n’ai rien oublié ! Et interné à Voves, je n’ai rien oublié non plus ! Avec les copains Résistants comme René Sentuc, Henri Baron, André Bolze, Louis Namy, Georges Abbachi, Lucien Méchaussie, André Migdal et grâce à la compétence des mineurs du Nord, nous avons creusé un tunnel à partir du 19 février 1944, de la baraque des douches ! Nous avons creusé, creusé !…. Et dans la nuit du 5 au 6 Mai 44, quarante-deux copains se sont évadés !

René Sentuc : Quarante-deux à nous évader de Voves pour continuer le combat !

Paulette Capliez : Je m’appelle Paulette Capliez. En arrivant au camp de Choisel, en 1941 à Châteaubriant, je n’ai rien oublié du bon accueil de nos frères de combat ! La baraque des femmes était infecte ! Jean-Pierre Timbaud et les copains ont nettoyé du mieux qu’ils ont pu ! Ils ont fabriqué des matelas avec du papier froissé… il y avait même des fleurs dans une boîte de conserve posée sur une table !

Léon Mauvais : Soldat Léon Mauvais de 39-40, j’ai été démobilisé et arrêté en octobre 1940 en tant que conseiller municipal communiste ! Interné à Châteaubriant avec d’autres responsables communistes, je m’évade le 18 juin 1941 avec trois copains syndicalistes Henri Raynaud, Eugène Hénaff et le député Fernand Grenier pour rejoindre la Résistance !

Odette Nilés : j’en suis revenue… J’étais étudiante, militante des Jeunes Filles de France, et j’ai été arrêtée le 13 Août 1941 lors d’une manifestation anti-allemande à Paris… J’ai remarqué le soleil et me suis dit que c’était bête de mourir par un si beau jour…
Mais le sort en a voulu autrement… Malheureusement, pas pour les copains arrêtés en même temps que moi, qui, eux, furent fusillés… J’ai été incarcérée à la Roquette à Paris, puis transférée au camp de Choisel à Châteaubriant,… puis à Aincourt, Gaillon, La Lande, Monts et enfin à Mérignac. J’ai vu partir des femmes à Auschwitz… J’ai vu aussi… à Châteaubriant… partir à la mort… les 27 hommes, otages du camp politique de Choisel… Leur chant la Marseillaise pleure encore dans ma mémoire… Et je ne veux rien oublier.

Tous : Nous n’allons rien oublier

Odette Nilés : Un présent sans passé n’a pas d’avenir !

Arrivent des Hommes, des Femmes et des enfants.

 4 - Création de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt

Les rôles sont répartis à plusieurs comédiens

Une Femme de 45 : Pour maintenir le souvenir des internés, nous les anciens détenus ! comme Rino Scolari, Jackie Fourré, Léon Mauvais, André Bolze, Evelyne Héreté, Jeanine Gonzales, Roger Sémat
– Fernand Grenier, Henri Baron,et de nombreux autres évadés
– Margot Fabre, André Tollet, Posper Belbilloud, responsables communistes et syndicalistes CGT
– les femmes comme Henriette Mauvais, Andréa Grenier, Germaine Hénaf, les veuves comme Laurence Poulmarc’h ou Yvonne Granet
– les amis,
... nous allons fonder en 1945, l’Amicale du Souvenir sous le nom de : Amicale des anciens internés politiques de Châteaubriant et Voves.

Maurice Nilés : Constituer l’œuvre de mémoire est un gage d’éducation, de conscience politique, de sensibilisation du plus grand nombre possible d’hommes de femmes. C’est un message de fidélité aux idéaux de la Résistance pour la Jeunesse.

Extrait d’une lettre de René PERROUAULT :
(…) Vous continuerez la vie autant qu’il vous sera possible, soignez-vous bien, apprenez, encore mieux que par le passé, à vivre fraternellement (…)

Musique de transition Piano - Composition de Coline Rio inspirée de Terra Incognita la suite du n° 1.

Tableau d’une famille Résistante.

Pierre-Louis Basse (le petit fils de Pierre Gaudin) : Déjà j’ai atteint l’âge qu’avait mon grand-père lorsqu’il est revenu de déportation. Évadé de Châteaubriant, repris, envoyé à Dachau et à Mauthausen. Toutes ces années de silence. Enfant, je m’étonnais de ce numéro bleu tatoué sur son avant-bras gauche.

Enfant - Pierre-Louis : Pépé, c’est quoi ces numéros à l’encre sur ton bras ?

Pierre Gaudin : C’est un p’tit souvenir de Dachau et Mauthausen … Pour pas qu’on se perde dans les camps !

Enfant : Pourquoi tu ne l’effaces pas ?

Pierre Gaudin : C’est tatoué ! On ne peut pas l’effacer !

Enfant : Tu ne peux pas l’effacer ? Même en frottant dur ?

Pierre Gaudin : On ne peut pas l’enlever ! C’est de l’encre dans la peau !

Enfant : Ça t’a fait mal ?

Pierre Gaudin : Plus que ça ! (silence) Tu sais… en 1945 quand je suis rentré des camps, j’ai trouvé une toute petite maison dans le centre de Nantes et je me souviens de l’odeur des pommes… L’odeur sucrée et douce des pommes, j’avais même plus besoin d’en manger tellement j’étais heureux de les sentir !

Enfant : T’es bizarre, pépé ! Moi, je préfère les manger !

Pierre Gaudin : Et moi j’adore te regarder les manger !

Enfant : C’est parce que tu m’aimes ?

Pierre Gaudin : Oui ! C’est parce que je t’aime ! Et c’est parce que tu aimes bien manger les pommes !

Enfant : Moi aussi Pépé je t’aime grand comme le soleil !

Pierre Gaudin : qui fait mûrir les pommes !

Un adolescent : Qu’est-ce que tu as fait pour être arrêté, Pépé ?

Pierre Gaudin : J’ai pas baissé les bras !… J’ai résisté à l’occupant Nazi ! Chez nous c’était normal ! On était fin juin 1940, et déjà la Résistance s’organisait. Moi, je devais retrouver des armes dans les terrains vagues, on en avait récupéré dans la prairie de St Sébastien, à côté de Nantes ! Soixante-quinze fusils Lebel et mousquetons. Eh bien ! Ça n’a pas été une simple affaire de tirer la charrette, chargée à bloc, avec une grosse bâche dessus.

Blanche (la femme de Pierre) : Nous habitions mon mari ma fille et moi un petit appartement mansardé à Nantes ! Il servait de cachette ! Mais le trafic a été repéré par un voisin, agent de police !

Esther (Fille de Pierre Gaudin) : Vite, papa ! Prends ton cuir et file par les toits !
Blanche : Esther ! Prends les tracts, il faut les faire disparaître
Esther : … Nous allons faire fonctionner la chasse d’eau !
Pierre : La fuite panique sur les toits. J’ai peu d’équilibre au-dessus du vide. Les mains sont gelées sur les ardoises qui coupent …
Esther : Mon père n’a pas eu le temps de se servir de son pistolet ! Les coups, à la prison centrale, puis le transfert au Croisic et l’arrivée au camp de Châteaubriant, le 1er Mai 1941.
Blanche : Avec le muguet dans les champs, et les menottes aux poignets ! Direction Camp de Choisel !

Le Temps du Muguet (extrait ) paroles de Francis Lemarque

 5 - Le camp de Choisel (Jean-Pierre Timbaud de Pierre Outteryck)

Un homme : Depuis juin 1940, quarante-cinq mille soldats français avaient été parqués à Châteaubriant avant leur transfert pour les stalags en Allemagne.

Puis …en mars 1941, bien avant la solution finale
Une Femme : Des Tsiganes y sont enfermés dans les pires conditions.
Un homme : Aucun service sanitaire, très peu de nourriture, la misère des plus pauvres et des plus discriminés !
Une femme : Leur enfermement et la misère continueront et s’intensifieront dans le camp de Moisdon la Rivière… Les enfants y meurent en grand nombre !
Un homme : En France, les camps pour les Tsiganes qui restaient, après la solution finale de leur extermination, n’ont pas été ouverts en 1945 mais en 1946 ! Un an de plus pour ces malheureux !
Un homme : … Au seul motif qu’ils étaient nomades !
Une femme Tsigane 1 : Toi, si tu parles….tu meurs ! …Si tu te tais… tu meurs ! Alors, parle et meurs !
Un homme Tsigane 1 : Nous les roulottiers, les voleurs de poules ! On a caché des armes pour les Résistants !
Une femme Tsigane 2 : On les a soignés quand ils n’étaient pas habitués à vivre et à se nourrir dans la forêt !
Une femme Tsigane 3 : On a caché et fait passer des enfants juifs ! Hitler détestait les Juifs, les Tsiganes, les communistes, les homosexuels, les handicapés, toutes les peaux noires ! Et tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui !… Ils ont fermé les wagons… convoi interminable en train ! La peur qui rend fou… Dans les camps… le froid… la faim… sous leurs griffes… et leur cruauté immense… Le grand scientifique Docteur Mengele avait fait croire aux enfants qu’il les aimait bien…. Et quand les enfants revenaient de l’hôpital, morts,… les yeux en moins… l’innommable était su !

Les femmes présentes commencent le chant.
Chant Tsigane : Putar Udar Devlechko

 6 - La vie au camp politique de Choisel : le P 1

On voit arriver des hommes du camp politique de Choisel

Homme Choisel 1 : En Avril et Mai 1941, les premiers prisonniers politiques arrivent au camp de Choisel : beaucoup de communistes, des responsables syndicaux, des Résistants, arrêtés en Bretagne ou venant des centrales de Poissy et de Clervaux.

Homme Choisel 2 : Très vite, Léon Mauvais, Fernand Grenier, Eugène Hénaff, Charles Michels ou Jean-Pierre Timbaud et bien d’autres vont organiser la vie dans le camp politique nommé P1. En juin, nous sommes 600 détenus politiques.

Jean-Pierre Timbaud : Il faut garder le moral, conserver la combativité !

Femme Choisel 1 : En septembre nous sommes une soixantaine de femmes militantes à retrouver nos frères de combat. Nous aussi, nous participons à la vie du camp ! L’amitié et la solidarité nous unissent !
Homme Choisel 1 : Avec l’aide d’Auguste Delaune, sportif de haut niveau, de nombreuses activités physiques sont organisées ;

Femme Choisel 2 : Un véritable stade est construit, avec un terrain de volley-ball et une piste de course de 180 m. Tous les jours on s’entraîne !

Femme Choisel 3 : En même temps une véritable université populaire est créée, des instituteurs, des enseignants, des responsables syndicaux organisent des cours, des conférences, des débats sur des sujets les plus divers !

Femme Choisel 2 : On a même une bibliothèque ! Va-s’y cause René Perrouault !

René Perrouault (perché sur un plot) : Quand la guerre sera gagnée, quand le nazisme sera extirpé de toutes les nations, nous serons solides, mieux armés pour faire une France libre forte et heureuse !

Une Castelbriantaise : Les livres sont apportés par les visiteurs, autorisés jusqu’à fin Juin 41.

Femme Choisel 3 : D’autres organisent des chorales, du théâtre, des concerts !
Louis Dubois : Auguste Delaune nous apprenait aussi à nous servir d’une boussole pour que nous puissions nous évader dans les meilleures conditions possibles et rejoindre la Résistance !

Jean-Pierre Timbaud : L’objectif était triple : éviter l’ennui, renforcer la formation et préparer les évasions ! Et pour ça le théâtre nous a servi ! Les costumes de gendarmes aussi !

 7 - Les évasions - L’aide précieuse des Castelbriantais

Des hommes et des femmes arrivent, ils forment un cercle fraternel et complice, et en sortent pour venir parler devant.

Jeannette Chapron : Chaque fois que des internés sortent pour les corvées à l’extérieur du camp, ils prennent contact avec nous les habitants de Châteaubriant. Un contact permanent va se créer avec les commerçants. Je suis Jeannette Chapron.

Marguerite Marchand : Et moi je suis l’amie de Jeannette, nous tenons la librairie Hachette. Et nous, nous chargeons de faire passer le courrier dans le camp.

Marcel Viaud : Malgré le danger, chaque évasion a son côté pittoresque. Pour préparer les départs, Venise Gosnat (maire adjoint d’Ivry depuis 30 ans) et Simone Millot de Nantes (femme du responsable communiste de la Loire-Atlantique) se mettent en rapport avec moi, Marcel Viaud, instituteur à Châteaubriant.

Puybouffat : Et puis avec moi Puybouffat… Je suis dentiste, je travaille chez le docteur Bernou à Châteaubriant, et quelquefois, on provoque des arrachages de dents pas toujours nécessaires, pour faire passer les messages importants !

Marcel Viaud : Je prends contact à mon tour avec Paul Baroux, instituteur interné dans le camp.

Un interné : Robert Belbilloud, interné est politiquement expérimenté. Il est affecté aux cuisines, il peut alors sortir et entrer sans attirer la suspicion des gardiens !

Robert Belbilloud : On est sorti du camp avec mon chariot, Fernand Grenier qui poussait la carriole de fortune, une vieille caisse sur deux roues de vélo ! Et Henry Raynaud pas plus gros qu’une crevette était caché à l’intérieur ! On n’en menait pas large ! On est passé devant les gardes en les saluant ! Ils ont rien vu !… Quand je suis revenu au camp,j’étais tout seul avec ma carriole et c’était plus les mêmes gardiens !

Fernand Grenier sort du groupe, parle tout seul en avant-scène.

Fernand Grenier : Le 18 juin 1941, moi Fernand Grenier, boulanger de métier, je me suis évadé du camp politique de Châteaubriant. J’ai été recueilli et caché par un boulanger, Jean Trovalet, dans la petite commune de Treffieux, enfoui dans la paille, haletant de peur plusieurs jours dans le grenier… J’avais quitté mes camarades ! J’avais passé neuf mois avec eux !

 8 - Le 22 octobre 1941 : La fusillade

Quatre femmes se placent face public.

Une première femme de Choisel : Le 20 Octobre 1941, un lundi, on apprend qu’un officier allemand Karl Hotz vient d’être tué à Nantes au petit matin. Hitler, en représailles, décide de fusiller 50 otages. Vers une heure de l’après-midi, un officier de la Kommandantur rencontre les directeurs du Camp de Choisel. Il s’agit de désigner des otages.

Une deuxième femme de Choisel : Deux cents dossiers environ sont remis au chef de cabinet du sous-préfet qui les portera à Paris, à Pierre Pucheu au ministère de l’Intérieur, où seront choisis les otages, pour la plupart Résistants, syndicalistes, et beaucoup de communistes.

Une troisième Femme : 16 Prisonniers à Nantes seront exécutés au terrain de tir du Bêle, 5 autres Nantais exécutés le jour même du 20 octobre 1941, au Mont Valérien, près de Paris et 27 du Camp politique de Choisel à Châteaubriant sont aussi désignés à mourir.

Une quatrième femme : Cinquante autres otages seront choisis à Souges prés de Bordeaux, deux jours plus tard !

Aragon arrive avec un homme et une femme.

Aragon (monté sur un plot, il harangue la foule) : Ces hommes choisis portent le poids de leurs idées ! Ils sont choisis par ceux-là qui prétendaient assurer l’ordre !… Leurs ennemis politiques y trouvent l’occasion de vengeances personnelles !… « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! » Parmi les fusillés, il y a des étudiants, des jeunes ouvriers. Quelques-uns sont presque des enfants, dont le seul délit aura été de distribuer des tracts, ou des poèmes !

Une deuxième femme nantaise : ou pour les très jeunes nantais comme Maurice Allano 21 ans et André Le Moal 18 ans pour s’être battus dans un café avec des soldats allemands !

Un homme nantais : Et pour les anciens : un autre délit : Anciens combattants comme Paul Birien, Joseph Blot, Auguste Blouin, Alexandre Fourny, … Il y a même un grand invalide de la guerre 14-18, le nantais Léon Jost, Commandeur de la légion d’honneur !

Aragon : Ce n’est plus le bourgmestre qui répond de ses concitoyens comme jadis. « Otages ? – Non. – Martyrs ? – Oui. » Au camp de Châteaubriant, il y avait, en octobre 1941, un peu plus de six cents prisonniers. On sait ce qu’est la vie dans ces camps, mais on ne sait pas assez le courage qu’y déploient des hommes et des femmes démunis de tout, et qui ne paraissent se préoccuper que de maintenir le moral de tous !

 9 - Les 27 du Camp de Choisel

Henry Duguy : Le 22 octobre 1941, dans la baraque, alignés sur ordre de l’officier nazi, devant nos châlits, toi, Pierre Gaudin, tu étais à mes côtés… Soudain, deux noms, Bastard et David… Les deux jeunes gens deviennent très pâles, inertes, le regard perdu. A ce moment-là, d’un bond, tu t’es avancé vers le lieutenant de la gendarmerie Touya et l’officier nazi.

Pierre Gaudin (Il se place en avant-scène) : Vous n’allez tout de même pas fusiller ces gosses-là !?!?

Henry Duguy : Je n’oublierai jamais ton poitrail en avant ! Tu toisais l’officier allemand !

Une femme du camp (Elle se place en avant-scène) : 21 octobre, 9 heures du soir, les soldats allemands reprennent la garde (…) Voici les vingt-sept enfermés dans la baraque 6. Chacun reçoit une feuille et une enveloppe pour écrire ses dernières volontés. Kérivel est autorisé à faire ses adieux à son épouse internée dans le même camp.

Un interné : Léoncie Kérivel, cette femme admirable, quand elle est venue à la cellule des condamnés embrasser son mari, prise de pitié à la vue du petit Guy.

Léoncie Kérivel : Laissez vivant le jeune Guy Môquet ! Il vient de fêter ses 17 ans ! Prenez-moi à sa place !

Un interné : On le lui a refusé.

Une femme de Choisel : On les a vus partir… Maximilien Bastard et Émile David, main dans la main, inséparables. Avant de monter dans le camion, Émile envoie ses dernières pensées.

David Emile : J’ai fait une paire de sabots à trèfle à quatre feuilles, pour toi chère maman ; et l’hydravion pour mon cher petit frère. Je n’ai rien pour Suzanne…

Pierre Gaudin : Et je me souviens, juste après la mort de tous nos camarades…

Des Hommes et des femmes se partagent les noms : les 27 du camp de Choisel, Poulmarc’h, Granet, Pourchasse, Granet, Huynh Kuong An, Bourhis, Tenine, Gardette, Renelle, Lallet …

La Marseillaise est murmurée pendant la liste des fusillés.

Pierre Gaudin : Nous avons découpé les planches gravées par les derniers cris des otages, dans la baraque de leur dernière nuit.

Esther Gaudin : Je suis la fille de Pierre Gaudin. J’ai récupéré les précieuses planches gravées, elles étaient cachées chez le dentiste Puybouffat… il sera déporté lui aussi !

Sortent deux hommes du cercle des otages.

 10 - Lettres de Fusillés

Extraits de la lettre de Charles DELAVAQUERIE :
« Choisel, 22 octobre 1941.
Cher père,
Je t’écris, mais c’est la dernière lettre. On va venir me chercher pour me fusiller, avec des amis, nous pauvres fils d’ouvriers qui ne demandions qu’à vivre et avions l’espérance. (…) Soyez courageux, toi et mes sœurs, comme je le suis moi-même. On est 27 à y passer, un de chaque région. (…)
Nous ne verrons plus les beaux jours revenir (…) On vient, il est une heure et demie. Finis les bons jours en famille. Je ne verrai plus mon beau Montreuil. (…) Nous sommes tous courageux, cher père ; (…) C’est ton fils qui a 19 ans et demi et qui te dit adieu. Adieu à toute la famille sans oublier grand-mère. Ton fils qui va mourir pour son devoir. »
Charles Delavacquerie

Extraits de la lettre de Marc Bourhis, instituteur droit et bon, passionné de chant et de musique, voici un extrait de sa dernière lettre adressée à sa femme et à son fils :
« Frappé par la dernière iniquité, je meurs conscient d’avoir toujours cherché à faire le bien. Je ne regrette qu’une chose, celle de vous laisser derrière moi. »

Le cercle s’approche de Marc Bourhis et Charles Delavaquerie et les enveloppe puis disparaît à cour.

 11 - Le courage des Castelbriantais

Une femme 1 de Châteaubriant : Le dimanche qui a suivi les exécutions du 22 octobre 1941, le courage des Castelbriantais aura été, bravant l’occupant, de venir fleurir clandestinement l’emplacement des poteaux d’exécution, dans la carrière.

Un homme 1 de Châteaubriant : C’est la toute première manifestation ! Elle est photographiée par le photographe Marcel Blais, de Châteaubriant, mort lui aussi en déportation.

Une femme 2 de Châteaubriant : Mais les tueries continueront à Nantes, à Châteaubriant, et ailleurs… toutes aussi cruelles qu’injustes comme celle du 15 décembre 1941, où 9 autres détenus de Choisel seront exécutés cette fois-ci à la Blisière, dans la forêt de Juigné, dans un endroit retiré pour éviter toute manifestation de ce genre.

Un homme 2 de Châteaubriant : René Perrouault, membre du Conseil National économique, et secrétaire de la Fédération Nationale des Industries Chimiques, lançait en même temps que son adieu une confiance absolue en la victoire prochaine.

Extrait lettre de René Perrouault
« Près de Châteaubriant, le 15 décembre 1941,
Mes chers parents,
Lorsque vous recevrez cette lettre, vous connaîtrez la nouvelle qui vous attristera ; dans une demi-heure, je serai fusillé, (…) Toute ma vie, je l’ai consacrée au service de la liberté et du progrès humain (…)

Je pense aux millions de jeunes gens qui demain se tendront les mains fraternelles pour bâtir la société vraie. (…) Je ne sais comment réagira ma Gisèle quand elle apprendra ma fin. Je vous demande de la considérer comme une sœur et de l’accueillir comme telle dans la famille. Je pense aussi à nos chers Gilbert, Fernand, Berthe, Fernande et mon grand papa. (…) L’heure approche : je ne verrai plus mon village, mais il est présent à mes yeux et aucun détail de mon enfance ne m’échappe. (…) Bon courage à tous, ne pleurez pas, surmontez votre douleur.
René

Extraits de la lettre de Paul Baroux, excellent instituteur de la Somme, ami intime et bras droit de Jean Catelas (député communiste d’Amiens arrêté et guillotiné par le régime de Vichy dès septembre 1941) Il faisait une propagande de tous les instants et passait une bonne partie de ses nuits à des réunions de vulgarisations de ces grandes valeurs philosophiques.
« Ma chère Mère, Mon cher Albert, Ma chère petite Paulette,
J’ai une triste nouvelle à vous apprendre. Aujourd’hui, à treize heures, on est venu nous chercher dans notre baraque 19, à cinq, Agnès, Babin, Jacq, Perrouault pour nous emmener dans des camions allemands pour être fusillés. En plus de nous cinq, quatre autres camarades ont rejoint notre groupe. (…) Nous avions déjà vu la cérémonie du départ du 22 octobre. Sur les 27 camarades du camp fusillés, 16 étaient de notre baraque ; nous étions restés à six, et aujourd’hui, sur ces six, cinq autres y passent. (…). Nous sommes pris comme otages et nous n’y pouvons rien ; nous ne serons malheureusement pas les derniers à y passer. Mais cela n’empêchera pas la roue du progrès de tourner. Vivre, il le faut ! Je le veux, je l’exige ; ne vous abandonnez pas à la douleur. Je vous embrasse bien fort tous les trois et ma dernière pensée sera pour vous. Je mourrai digne, en vrai communiste, qui n’a rien à se reprocher et qui a foi en l’avenir, certain qu’il sera meilleur pour tous. »
Paul

Chanson De lourdes peines N° 7 (Jaurès, Les Grandes Bouches)

Je me souviens de vous, hommes de lourdes peines
qui proclamez la justice !
Hommes brûlés par le poids des chaînes qui offrez le sacrifice
Phare des hautes mers, vous clamez la paix à tous les insoumis,
Vous chantez liberté, liberté en face des fusils

Et tant pis pour la chaux vive… l’exil, ou la prison
Vos idées survivent, nous vous donnons raison
Votre plume est comme un fouet, votre langue une fronde
Jamais bâillonné... l’avant du nouveau monde

Même si ce matin a les cheveux blancs,
même si les corbeaux sont comblés
Ici, quand on verse le sang, reste la fraternité
Neruda, Lorca, Martin Luther King,
Jean-Jaurès, Bhutto, Lumumba, Gandhi

L’homme 1 de Châteaubriant : La répression ne fera pas baisser les bras de la Résistance !

 12 - Hommage au programme du Conseil National de la Résistance

Une femme 1 : En quelques semaines Fernand Grenier, tu as rejoint Paris et les journaux clandestins …puis Londres et le Général De Gaulle !

Fernand Grenier : Oui ! Grâce au réseau qui m’attendait ! Quelle organisation !

Une femme 2 : Et tu as œuvré avec Jean Moulin pour la réunification de tous les Résistants avec le CNR ! Le Conseil National de la Résistance qui regroupait tous les partis politiques ! le parti socialiste, le parti communiste français, les radicaux, la droite républicaine et les démocrates chrétiens !

Une femme 3 : et les deux grands syndicats : CGT et CFTC !

Fernand Grenier : Cette immense fourmilière : l’Armée de l’Ombre ! Cette fourmilière de toutes les nationalités qui de l’intérieur œuvrait contre l’occupant Nazi et de ses collaborateurs français Pétainistes !

 13 - Les Résistants étrangers

Des enfants contemporains sont arrivés :

• Tu connais la Nueve ?
• Comment tu dis ?
• La Nueve !
• La Nueve ? Non c’est quoi ?
• C’est la première armée, avec le capitaine Dronne, pleine d’Espagnols qui sont entrés dans Paris la veille de la Libération le 24 Août 1944. Ils ont aidé les Résistants qui tenaient les barricades à Paris contre les Allemands Nazis !!
• Ha ! Ouais !! Et pourtant ! À ce qu’il paraît ! Ils n’étaient pas très bien vus, les Espagnols dans les camps français au sortir de la guerre d’Espagne…
• Oui, je sais, mon tonton, il est espagnol, et il dit tout le temps :
« Les Brigadistes, ils ne luttaient pas pour un drapeau mais contre tous les fascismes d’Hitler, de Franco, de Mussolini ! Comme les FTP Moï du groupe Manouchian »
• C’est quoi ça ?
• Le groupe Manouchian ! Ce sont des Résistants étrangers ! Hongrois, Roumains, Arméniens et d’ailleurs …et beaucoup de femmes aussi ! Des clandestines, elles changeaient de noms et ne parlaient jamais de leur vie privée, entre eux ils ne savaient même pas s’ils avaient des enfants.
• Pourquoi ?
• Pour se protéger tiens ! Au cas où ils auraient été arrêtés ! Fallait rien savoir pour ne rien dire !
• Qu’est-ce qu’ils faisaient ?
• Plein de choses par exemple : Ils sabotaient les trains des Nazis qui transportaient des armes, ou des prisonniers ! Et puis, ils ont été dénoncés, 23 Résistants arrêtés, on leur a fait beaucoup de mal avant de les fusiller !

Une femme 3 : Alors Fernand Grenier ! Tu es devenu délégué à l’Assemblée consultative d’Alger et tu as fait partie du gouvernement provisoire !

Fernand Grenier : Oui ! Je n’oublierai pas, Jean Moulin, plus jeune Préfet de France, Résistant de première heure, arrêté par la Gestapo, mort sous la torture. Je n’oublierai pas Jean Zay, très jeune ministre de l’éducation et de la culture du Front populaire assassiné par la milice en 1944 !

Une femme 4 : Et tu as œuvré pour le vote des Femmes en 1944, lors du programme du CNR : Conseil National de la Résistance !

Thérèse Menot : Moi Thérèse Menot, fille de cheminot, Résistante Limousine, je suis revenue de Ravensbrück et je vous le dis : Ooooh bah ! Faut pas croire que ç’a été facile le vote des femmes ! Même la nièce du Général, Geneviève De Gaulle Anthonioz, elle s’est prise le bec avec son oncle ! »

Yéyette Mauvais : Et toi Andréa Grenier t’as pas lâché !

Andréa Grenier : Et toi Yéyette Mauvais ! Encore moins ! Après tout ce qu’avait fait les Résistantes ! On n’a pas lâché !

Des femmes : On n’a pas lâché !!

Fernand Grenier : Quelle ébullition ! Quelle joie !

Une femme 5 : En France, au sortir de cette guerre, la mise en œuvre du programme du CNR et notamment son plan social « Les jours heureux » issus du Front Populaire a permis la naissance de la Protection sociale,

A se répartir avec applaudissements La sécurité sociale,
La Retraite par répartition,
La mise en place des Conventions collectives,
Le code du travail et les conseils des prud’hommes
L’éducation et la culture pour tous
Des hommes et femmes contemporains

Un homme : Alors… si Jean Zay, Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle Anthonioz, Pierre Brossolette retrouvent Jean Moulin au Panthéon, c’est que leur vision du monde doit continuer à nous élever l’âme, et nous sensibiliser à la Fraternité… à l’Égalité… et à la Liberté !

Une femme 6 : Marie-Claude Vaillant Couturier et Danielle Casanova, les rejoindront sûrement bientôt….

Chanson de Louis Chédid « Anne ma soeur Anne »

Anne, ma soeur Anne, j’aurais tant voulu te dire, petite fille martyre
« Anne, ma soeur Anne, tu peux dormir tranquille, elle reviendra plus la vermine »
Mais beaucoup d’indifférence, de patience malvenue
Pour ces anciens damnés, au goût de déjà vu,
Beaucoup trop d’indulgence, trop de bonnes manières
Pour cette nazi-nostalgie qui ressort de sa tanière… comme hier !

Anne, ma soeur Anne, si j’te disais c’que j’entends,
Anne, ma soeur Anne,
les mêmes discours, les mêmes slogans,
les mêmes aboiements !

 14 - Soyez dignes de nous


Deux enfants (Un enfant grave quelque chose sur une planche de bois)

Tu fais quoi ?
Je grave « Soyez dignes de nous »
Ha ouiii ! Comme Guy Môquet !
Oui, c’était le plus jeune !…
Tu te rends compte… l’année prochaine ça f’ra 75 ans qu’ils sont morts !
Ouais ! Et mes parents et mes grands-parents,… ils viennent tous les ans !
Alors on se retrouvera l’année prochaine ?
Si tu veux !
Je peux rajouter un cœur ?
Si tu veux !

Chant de Coline Rio et piano : Alien Milk Coffee..

Puis on entonne la chanson avec le public
L’âge D’Or (Léo Ferré)

Sources :

« 60 ans de lutte pour la mémoire contre l’oubli » - Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt.
« Châteaubriant de ses Martyrs » d’Alfred Gernoux
« Aucun de nous ne reviendra » de Charlotte Delbot
« Et tu n’es pas revenu » de Marceline Loridan-Ivens
« Une jeunesse en Résistance » de Georges Abbachi
« Les Enfants d ’Izieu » de Rolande Causse
« Guy Môquet » de Pierre-Louis Basse
« Jaurès, le bal Républicain » - Les grandes bouches
« Chroniques de Résistance » de Tony Hymas
« L’Humanité dimanche » - Spécial CNR et 1944
« Jean-Pierre Timbaud » de Pierre Outteryck
Bibliothèque de Pascal Gilet dit « Kloup »
Emissions France-Culture et France-Inter.

Article de l’Eclaireur


Ecrit le 25 novembre 2015

 Laura et Mélanie

Mélanie et Laura

Elles ont 19 ans et viennent de Chantonnay (Vendée). Deux fois lauréates du Concours National de la Résistance, étudiantes en ’’valorisation du patrimoine’’ à l’université de Saumur, elles ont eu envie d’approfondir leurs connaissances. Laura Ajot, la première, a trouvé un stage de trois mois au Musée de la Résistance   à Châteaubriant. Très bien accueillie par Mimi Nunge et les Amis du Musée, elle a su guider les visiteurs (notamment lors des cérémonies du 25 octobre 2015) et a participé à la réalisation de l’exposition "Résister par l’art et la culture’’. Elle a par ailleurs, avec Mélanie, préparé un article à paraître dans la revue ’’Notre musée’’ en 2016.

Mélanie Ajot a fait une candidature spontanée au Château de Châteaubriant et s’est plus particulièrement intéressée à la seconde guerre mondiale, avec le projet de proposer un parcours de visite du château sur ce thème.

Ces deux jeunes filles ont logé à la Résidence Jeunes à Châteaubriant et découvert la ville grâce aux rencontres   qu’elles

ont pu faire à la médiathèque  , notamment lors du Café Littéraire de Pierric Marsac : Elisabeth et Pierre-Antoine Catala, Georgette Cassin, Jean-Paul Bouzigues, Etienne Gasche et d’autres.

Elles sont allées également faire des recherches aux archives départementales, y trouvant par exemple un plan des parties du château ayant souffert des bombardements de la dernière guerre.

Et puis elles ont lu de nombreux livres dont ’’Telles furent nos jeunes années’’ et découvert les bains-douches de l’époque. Souhaitons-leur plein succès pour la suite de leurs études.