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Insécurité (01) : la baballe

Page 51
(écrit le 15 mai 2002)

Insécurité

Le thème de l’insécurité marque une incontestable victoire de l’opinion de Droite. Il va largement être repris, d’ici les législatives de juin 2002, par le nouveau ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy. Le « hic ! » ce n’est pas que les candidats à la présidentielle l’aient largement évoqué mais c’est qu’ils s’intéressent essentiellement à quelques formes d’insécurité et que les réponses soient avant tout répressives. (1)

L’insécurité dont on parle le plus, c’est celle qui concerne les biens et les personnes : agressions physiques, vol de voiture, vol dans les maisons, dégradations en tout genre, qui paraissent d’autant plus nombreux qu’ils sont largement médiatisés. Car la délinquance, ou plutôt son récit, fait vendre les journaux ! Certains se sont même fait une spécialité des faits divers les plus crapuleux ou sordides.

Et les agressés ?

Toutes ces insécurités sont aggravées par le fait que la société focalise sur les agresseurs et pas sur les agressés. Ces derniers mettent des mois, des années, avant de se voir rendre justice, avant même de percevoir les indemnisations auxquelles ils ont droit. Quand les sociétés d’assurance traînent les pieds et se renvoient la balle pour ne pas indemniser, quand les gendarmes refusent d’enregistrer une plainte ou refusent de la transmettre au procureur, quand la justice fait relâcher, sans aucune mesure de contrôle, les responsables d’actes délictueux, les citoyens ne se sentent pas en sécurité.

L’insécurité physique n’est pas une nouveauté, la droite tente d’affoler les citoyens en ciblant l’insécurité liée à la violence physique exercée sur les individus. C’est oublier que le siècle dernier a été une ère d’insécurité maximale dans le monde et en Europe. Faut-il rappeler les chiffres des morts et des blessés des guerres 14-18, 39-45 et d’Algérie ? Sans oublier l’insécurité que les guerres coloniales ont transportée sur toute la planète et récemment le sentiment d’insécurité lié aux attentats du 11 septembre 2001 à New-York, et du 8 mai 2002 à Karachi (Pakistan). Sans oublier non plus les interventions en Irak, les dégâts « collatéraux » en ex-Yougoslavie ou en Afghanistan ainsi que l’insécurité permanente dans laquelle vivent les Palestiniens du fait des tergiversations des Occidentaux dont celles de notre propre gouvernement.

D’autres formes

Mais il y a bien d’autres formes d’insécurité. Citons :

L’insécurité sociale : c’est celle que ressentent les tout petits revenus, les personnes qui n’ont quasiment aucun espoir de voir un jour leur situation s’améliorer (invalides, handicapés, petites retraites, smicards ou RMIstes) (2).Qui a dit, pendant la récente campagne électorale, que les « plans sociaux » continuaient (Soissons, Fécamp, etc) ? Autant de situations locales de désespérance, génératrices d’insécurité.

L’insécurité de l’emploi est très mal ressentie, aussi bien pour ceux qui ont un emploi et ont peur de le perdre, que pour ceux qui n’ont pas de travail et rêvent d’en trouver un. Les charrettes de licenciements massifs ne peuvent être ignorées même si patronat et gouvernement ont appris à les gérer de plus en plus discrètement. On ne peut oublier non plus la démultiplication des emplois précaires, petits boulots et emplois-jeunes. Même si certaines réponses à court terme peuvent un temps faire illusion, quelle perspective d’organisation de vie peut-on avoir quand on craint de se retrouver à galérer deux ou trois ans plus tard ?

L’insécurité au travail : la remontée du nombre d’accidents du travail ne peut être passée sous silence pas plus que les conséquences plus sournoises pour la santé de nombre d’emplois, les plus évidentes étant les cancers dus à l’inhalation d’amiante et à l’exposition aux radiations nucléaires. Dans l’insécurité au travail on peut ranger aussi nombre de cas de harcèlement moral, générateurs de stress et de mal-être, voire de maladie.

L’insécurité du logement est souvent liée au travail précaire : il y a tant de personnes, seules ou en couple, qui ne parviennent pas à trouver un logement correct (même pas en HLM), parce qu’ils ont de trop faibles revenus ou tout simplement parce qu’ils n’ont qu’un emploi d’intérim. Ne parlons pas alors de l’accession à la propriété !

L’insécurité alimentaire : la catastrophe sanitaire de la maladie de la vache folle, évitée de justesse, ne peut être oubliée, pas plus qu’on ne peut cesser de s’interroger sur les cultures OGM, et sur les pesticides (des études concordantes prouvent que même dans les premières selles du nouveau-né, on trouve du lindane, du DDT, du malathion, du chlordane et autres insecticides à effets cancérigènes)

L’insécurité routière : on l’oublie celle-là, parce que ça nous arrange d’avoir une voiture et parce qu’on ne veut pas voir les milliers de morts et de handicapés générés chaque année, en France, par notre liberté de circuler. 8078 morts en France en l’an 2000, par accident ou dans le mois qui suit l’accident. 162 117 blessés, dont 3000, par an, restent handicapés à plus de 50 %.

Le sentiment d’insécurité est souvent lié au sentiment d’injustice, d’inégalité. Comment une société peut-elle justifier les fortunes colossales gagnées ou volées (y a-t-il une différence fondamentale ?) par quelques-uns, que ce soit par la Bourse, les gains de productivité, les licenciements, le show biz ou ce qui usurpe le nom de sport. Comment une société peut-elle impunément vanter (notamment par la télévision), la victoire des forts sur les faibles, l’individualisme, l’élimination des maillons faibles... ? Alors ceux qui se sentent faibles, écrasés, se sentent réellement en insécurité, écartés d’un certain nombre de jouissances de la vie, rejetés. Ils ont alors deux solutions, deux seulement. L’une, se procurer ce qu’ils désirent, par la violence. L’autre, se renfermer sur eux-mêmes quitte à, un jour d’élection, rejeter à leur tour ceux qu’ils estiment responsables de leur mal-être.

Il faut donc être bien loin des réalités vécues par le commun des mortels pour penser que seule la diminution du chômage pourrait avoir une incidence sur l’insécurité. En quoi la perspective d’une vie précaire avec des emplois peu rémunérateurs, évalués à peine au-dessus du non-travail, pourrait-elle persuader nombre de personnes en difficulté et en particulier les jeunes qu’ils ont à partager cette communauté de destin qui fonde une société ?

Correction

Alors on peut bien prévoir toutes les prisons que l’on veut, toutes les « maisons de correction » pour jeunes en rupture de vie sociale, on ne résoudra pas le problème. L’emprisonnement peut constituer une solution à court terme, un éventuel répit, mais certainement qu’un regain d’intérêt et de soutien aux organismes et associations d’éducation populaire constituerait un investissement toujours plus porteur sur la durée.

« Nous rejetons les tendances sécuritaires à l’américaine, nous ne croyons pas à une société complètement sûre et aseptisée. Nous voulons que l’action s’exerce d’abord sur les causes fondamentales de la violence et de l’insécurité. Ce n’est qu’à partir de là que l’action vers les auteurs de violences pourra avoir un sens et trouver des issues. Nous rejetons la méfiance exprimée a priori à l’encontre des jeunes et ses manifestations les plus évidentes que sont les contrôles réguliers et le comportement peu respectueux de la police envers les jeunes » dit le journal « Rouge et Vert » (1). Nous ajouterons que l’action sur les causes n’exclut pas la répression !

Oui, la gauche est à reconstruire, mais sur d’autres bases que la soumission aux thèses libérales, et/ou sécuritaires.


(1) lire en particulier le numéro 101 de « Rouge et Vert », Rennes - 02 99 31 06 37

(2) On lira à ce sujet, dans son livre « la flamme et la cendre » (éditions Grasset), ce qu’écrit Dominique Strauss-Kahn, économiste socialiste. Il situe les « classes moyennes » comme gagnant plus de 25 000 F par mois. Il reconnaît lui-même qu’elles représentent moins de 10 % de la population. Que fait-on alors des autres ?

DSK précise : « du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire » Il propose alors de prendre appui sur un « groupe intermédiaire », « armature de notre société » dont les membres « en assurent la stabilité, en raison des objectifs intergénérationnels qu’ils poursuivent : la transmission à leur enfants d’un patrimoine culturel et éducatif d’une part, d’un patrimoine immobilier et quelquefois financier d’autre part, qui sont les signes de leur attachement à l’économie de marché »

Avec de tels propos, il ne faut pas s’étonner si un certain nombre de défavorisés ont choisi d’apporter leurs voix aux candidats qui les faisaient rêver d’autre chose, Arlette Laguiller, Olivier Besancenot ou ... Le Pen, les extrêmes, peu réalistes, certes, mais porteurs, croient-ils, d’un espoir d’une vie meilleure.


Ecrit le 22 mai 2002

La ba-balle

« Rapporte ! » disait le maître à son chien-chien en parlant de la ba-balle qu’il avait envoyée au loin. Jeu innocent ...

Moins innocent : la dernière invention du gouvernement qui, sous un prétexte sé-cu-ri-tai-re a décidé d’équiper la police de « flash-ball » (un flash-ball ? Des flash-balls, des flash-balles ? Problème d’orthographe), des fusils à balles de caoutchouc qui peuvent porter jusqu’à une distance de 12 mètres, des armes qui ne doivent pas être utilisées à moins de 5 m ; et qui sont, dit-on, aussi efficaces qu’un « coup de poing décoché par un champion de boxe ». Il y a de la bavure dans l’air, surtout avec certains policiers qui sont des « tireurs précoces » !

La balle en caoutchouc est chère : 9,58 € le coup (près de 63 francs l’objet). A ce prix-là, il y aura intérêt à les ramasser, si tant est qu’elles ne sont pas à usage unique, les baballes. Et si ce sont les cibles qui ramassent les balles et qui les renvoient , on fera quoi ? A moins que ce ne soit un délit, pour un non-policier, de tenir une baballe dans la menotte ?

On peut s’inquiéter du risque de défoulement de certains policiers aux mains fébriles : pouvoir enfin tirer dans le tas, avec des balles qui ne tuent pas (mais peuvent blesser gravement), quelle jouissance de faire un carton ! ( les hommes sont ce qu’ils sont !). En congrès à Bron, dans la banlieue de Lyon, le syndicat majoritaire chez les 13.000 CRS a tancé jeudi 16 mai le nouveau gouvernement, qui a fait de la lutte contre l’insécurité une priorité, le mettant en garde contre les « effets de mode » et « d’annonce » BP  

100 % répressif

Trève de plaisanteries. L’avalanche des récentes mesures annoncées par le Ministre de l’Intérieur appellent du MRAP (mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) les plus grandes réserves. Il s’inquiète de l’escalade vers le 100 % répressif.

En effet, si le MRAP estime légitime le nécessaire combat contre l’insécurité, qui impose des mesures plurielles conjuguant prévention et répression, « les dernières directives, dont la généralisation des « flash balls » dans le cadre de la police de proximité, constituent un double message : d’une part l’enterrement de la mission de prévention et de dialogue dévolue aux forces de l’ordre ; d’autre part, dans un contexte de tensions avivées entre la police et la population, ce genre de mesures porte en germe la potentielle multiplication de bavures et de nouvelles violences, dont les première victimes seraient les citoyens eux-mêmes. »

(communiqué du 17 mai 2002).


Le couteau

(29 mai 2002) : Le discours « sécuritaire » de l’actuelle municipalité de Châteaubriant lors de sa dernière campagne électorale, le recrutement de nouveaux policiers, le fait qu’ils fassent des rondes tard le soir, tout ça ne fait rien qu’augmenter le sentiment d’insécurité. Au point qu’un commerçant, arrivé il y a quelques mois, ne sort plus le soir qu’avec UN COUTEAU OUVERT DANS SA POCHE ! Le pauvre homme, il risque de se blesser !

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