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Petites histoires de la Grande Guerre

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Écrit le 18 novembre 2015

Le général Irastorza et 500 gosses, c’était au Théâtre de Verre   à Châteaubriant le 10 novembre 2015. Conférence intéressante, les jeunes élèves se sont fort bien tenus, même si c’était parfois un peu ardu pour les plus jeunes ! Plus qu’une Histoire, il leur a raconté les faits méconnus et les petits mensonges de la Grande Guerre.

« Pourquoi une commémoration ? » a-t-il dit. « Parce que la France est un vieux pays, avec une histoire très riche. La commémoration, c’est se souvenir des moments heureux et malheureux, des grandes épreuves, des ruptures qui marquent cette histoire » et il a fait mention de la Bataille de Bouvines, 27 juillet 1214, du temps du roi Philippe Auguste, bataille qui marque l’émergence de la notion d’État.

 La mort industrielle

La Grande Guerre 1914-1918 est la première grande guerre industrielle, un immense terrain d’essai pour les nouvelles technologies militaires issues de la révolution industrielle. La mort est devenue industrielle, elle frappera massivement : 10 millions de morts, et des pays rayés de la carte, 20 millions de blessés, 700 000 veuves, un million et demi d’enfants qui ne sont pas nés. La bataille de Verdun, ce fut 550 tués par jour. La Bataille de la Somme, ce fut 1180 tués par jour. Une saignée terrible. Seuls un tiers des soldats montés au front reviendront intacts … et on ne prend pas en compte les troubles psychologiques ! Et dans les années qui ont suivi la guerre, la mortalité sera cinq fois supérieure à la normale ! « La guerre est l’horreur absolue » dit le général Irastorza qui appelle à la vigilance.

 Frontières et pantalons rouges

Pour le général Irastorza, les ’’politiques’’ tentent de maintenir leur pays en paix, mais les militaires préparent la guerre, au cas où. En 1914, les militaires n’ont rien vu venir. Nos frontières avec l’Allemagne faisaient 600 km, il aurait fallu une division tous les 4 km, soit 150 divisions. La France n’en avait que la moitié. Au Nord de la France, la Belgique était un pays neutre. « Nous sommes tranquilles de ce côté » disait-on, mais, dès le 4 août 1914, l’Allemagne passait outre, envahissant la Belgique et pénétrant en France. Un général, pourtant, le général Michel, avait proposé de mettre des unités de réserve sur la frontière franco-belge … mais il a été viré une quinzaine de jours avant le début de la guerre.

On dit que la France était mal équipée. Pour le général Irastorza c’est faux. L’armée française avait des canons et notamment le fameux canon de 75. La France avait 212 places fortes, de Dunkerque à l’Italie et 800 000 soldats en réserve dans ces forts et 4000 canons lourds.

Les Soldats français portaient des pantalons rouges, les chefs les reconnaissaient à la couleur de leurs tuniques. Les ennemis les repéraient bien aussi. Ce rouge venait d’une teinture achetée aux Allemands. Mais avec la guerre, il a fallu trouver autre chose. Le Bleu horizon par exemple.

Les Français n’avaient pas de casques, les Allemands en avaient, des casques en carton bouilli ou en cuir bouilli. Pourquoi des casques à pointe ? Pour dévier les coups de sabre et protéger les oreilles.

 Union sacrée et carnet B

Le général Irastorza évoque aussi l’union sacrée du pays au début de la guerre et se porte en faux contre cette affirmation. La guerre est allée si vite en août 1914 que les opinions publiques n’ont pas eu le temps de s’organiser. On nous dit que les soldats sont partis ’’la fleur au fusil’’. Pour le général Irastorza, il faut plutôt voir là le résultat de l’alcool. « Les femmes, surtout à la campagne, avaient bien compris, elles, ce qui allait leur arriver »… soins aux enfants, travail aux champs et à l’usine, soutien aux soldats.

Il y a eu peu d’insoumis au début de la guerre. Le gouvernement disposait du « carnet B », document qui contenait les noms des suspects et notamment des militants antimilitaristes. Le 29 juillet Messimy, ministre de la guerre, déclarait : « Laissez-moi la guillotine et je garantis la victoire. [….] Que ces gens-là ne s’imaginent pas qu’ils seront simplement enfermés en prison. Il faut qu’ils sachent que nous les enverrons aux premières lignes de feu : s’ils ne marchent pas, eh bien, ils recevront des balles par devant et par derrière. Après quoi, nous en serons débarrassés. ».

Jean Jaurès, orateur et parlementaire socialiste, s’est notamment illustré par son pacifisme et son opposition au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il a été assassiné par Raoul Villain le 31 juillet 1914, trois jours avant le début de la Grande Guerre [Villain sera acquitté le 29 mars 1919 pour cet acte de patriotisme !]

On dit : « Les Allemands étaient plus nombreux que les Français ». C’est vrai parce que leur pays est plus important, et parce que, dès le début, le gouvernement allemand a mobilisé les réservistes. « Mais pour la bataille de la Marne, les Allemands ont perdu, sans doute, à cause de l’âge de leurs combattants » dit M. Irastorza.

Et à propos de cette bataille de la Marne, M. Irastorza dit que l’histoire des taxis est une (belle) légende. C’est vrai que 6000 à 7000 hommes ont été acheminés de cette façon, mais cela représentait peu face au million de combattants qui se trouvaient là, de chaque côté.

Et puis vint un jour où les munitions manquèrent. Les combattants creusèrent des tranchées de chaque côté de la frontière. Les tranchées des Allemands étaient destinées à durer : c’est pourquoi elles ont été bien faites. Celles des Français devaient être éphémères, simple point d’appui dans une guerre offensive. Mais elle durèrent … Et sur 700 km la guerre s’enlisa jusqu’à ce 11 novembre 1918, jour d’armistice, sans qu’aucun vainqueur ne soit proclamé.

 Évolution des armes

La Grande Guerre c’est une évolution des armes.
– l’artillerie lourde ; la France a construit 26 000 canons ! Mais ils gonflaient et explosaient. « On a eu plus de canons détruits par malfaçon que par attaque allemande »
– une grosse innovation : les camions, pour remplacer les chevaux.
– les premiers chars sont apparus en 1915, ils étaient menés par 8 personnes : un chef, un pilote, 4 canonniers et 2 pour passer les vitesses,
– les sous-marins : la France a coulé 5000 bateaux, soit 13 millions de tonnes ! Soit 1800 Tours Eiffel,
– les avions : au début de la guerre il y avait 160 avions en France et 6 ballons dirigeables. Pendant cette guerre il y a eu 200 000 avions fabriqués, dont 50 000 en France. « Mais ils n’étaient pas solides »
– les mines « On fabriquait des tunnels, on les faisait péter. C’était la destruction complète »,
– les gaz, terrifiants. Ils ont tué peu de personnes, mais de nombreux combattants ont eu les poumons brûlés. À noter que les ours, qui accompagnaient les armées russes, détectaient fort bien les gaz à distance.

On dit que la guerre a occasionné de nombreuses évolutions techniques. Pour le général Irastorza, il n ’y a pas eu de progrès grâce à la guerre. La guerre fut un accélérateur mais « à un prix humain démesuré, inadmissible ».

 Les femmes

À propos des femmes, le général Irastoza raconte que nombre d’entre elles travaillaient dans les usines d’armement et que des salles d’allaitement avaient été instituées. Mais le temps des tétées n’était pas compté comme temps de travail ! Dans les champs, les femmes traînaient les charrues. Pour des facilités de travail, elles se sont coupé les cheveux et ont porté des pantalons (ce qui, en plus, économisait du tissu). Au retour, ces innovations n’ont pas plus aux soldats et les femmes n’ont pas obtenu le droit de vote.

Le général Irastorza évoque le rôle des femmes comme infirmières, et la petite éclusière de la Somme, et Marie Curie inventant des véhicules équipés d’unités de radiologie permettant de se rendre sur les différents fronts de guerre en France.

Il raconte, à la fin de la guerre, la misère des enfants dont le père était porté disparu et qui, n’étaient pas officiellement orphelins de guerre, vivaient très difficilement, faute de secours.

Il raconte aussi comment l’Allemagne, en 14-18, a connu très peu de destructions, mais mourait de faim ! Vingt ans plus tard, lors de la seconde guerre mondiale, le souvenir de cette famine a conduit les Allemands à faire une razzia en France, notamment sur les produits alimentaires.

Il n’oublie pas non plus les animaux : l’éléphant du zoo réquisitionné pour transporter du bois, les pigeons porteurs de messages, les chiens de secours aux blessés, les chevaux de la cavalerie, les bœufs destinés à l’alimentation, et le chien Rintintin qui accompagna l’aviateur et caporal américain Lee Duncan avant de s’en aller en Amérique avec son jeune maître.

 Les clairons

Et nous arrivons à la fin de la guerre, après 52 mois de conflit. Trois clairons ont laissé leur nom dans l’histoire, Pierre Sellier, Octave Delalucque (qui ne se souvenait plus des notes) et André Violette qui se trouvait alors en Belgique : « J’ai sonné comme jamais je n’avais sonné. Ce fut d’abord le grand silence et puis la joie indescriptible des camarades et de la population ». Ensuite, tous les régiments ayant un clairon ont sonné le cessez-le-feu général le 11 novembre 1918 à 11 h.

Et c’est le Traité de Versailles avec ses 440 articles … qui sait que l’article 246 dit que « dans les six mois qui suivront la signature du susdit traité, l’Allemagne devra remettre à l’Angleterre le crâne du sultan MKuava ». Petite histoire de la Grande Guerre ...

Le général Irastorza termine son récit en évoquant le discours de Maurice Genevoix le 18 juillet 1968 : « Il faut avoir senti, à la poussée d’un parapet contre l’épaule, la brutalité effrayante d’un percuteur qui éclate ; avoir entendu pendant des heures, du fond de l’ombre, en reconnaissant toutes les voix, monter les gémissements des blessés ; avoir tenu contre soi un garçon de 20 ans, la minute d’avant sain et fort, qu’une balle à la pointe du cœur n’a pas tué en le frappant, et qui meurt sans une plainte, les yeux ouverts et le visage paisible, mais de lentes larmes roulant sur ses joues (…). L’histoire a besoin de vous ».


Ecrit le 18 novembre 2015

 Echos

Témoignages : la municipalité avait prévu deux témoignages sur la guerre de 1939-1945, Célestin Deroche et André Sinenberg. Mais on ne l’a su qu’en arrivant à l’heure prévue. Dommage.
Catherine Ciron a insisté sur l’importance des témoignages. Rappelons que le livre ’’Telles furent nos jeunes années’’ a collecté énormément de témoignages sur cette période.

Horaires : sur le beau document en tricolore annonçant les manifestations de la semaine du souvenir, la conférence du Général Irastorza, pour le grand public, était prévu le lundi 9. Mais elle a eu lieu le mardi 10. De même, la conférence de Mme Grinspan, rescapée d’Auschwitz, annoncée (imprimée) pour le mardi à 14.30 a commencé à 14h...

Intégrité : la personne présentant la cérémonie au Monument aux Morts, le 11 novembre, a parlé du sacrifice de nombreux Français, pour défendre ’’l’intégralité’’ de notre Pays’. Les personnes présentes se sont dit que l’intégrité a été bien altérée !

237 morts : c’est le nombre de Castelbriantais dont le nom figure sur le monument aux morts de Châteaubriant. L’appel des 71 noms de ceux qui sont morts en 1915 a été fait lors de la cérémonie et les jeunes du Conseil Municipal des Jeunes ont planté 71 petits drapeaux dans une barquette de pensées.

Cinq plus une : des jeunes de ’’Préparation militaire’’ de Nantes, sont venus à la cérémonie de Châteaubriant. Cinq jeunes marins avec béret à pompon rouge et col marin, et une jeune femme avec petit chapeau à pompon rouge et pas de col marin.
Mais c’est cette jeune fille, 20 ans, que son chef a appelée pour qu’elle arrange le bas des pantalons de ses compagnons. Les traditions ont la vie dure : la femme à genoux aux pieds des hommes !

 Pierre Lebret

Pierre Lebret, de Moisdon la Rivière, a actuellement 87 ans. En 1944, le 3 août, à l’âge de 16 ans, alors qu’il était engagé volontaire dans les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), il a fait acte de sang-froid et de bravoure dans un coup de main à Saint Martin du Fouilloux, ce qui lui a valu la Croix de Guerre avec étoile de bronze. Le 11 novembre 2015, il a été décoré de la Légion d’Honneur.

 Donatien Hamon

Donatien Hamon, de Derval, ancien combattant de la guerre 39-45, a eu 100 ans le 22 Octobre. Gravement blessé en Hollande en mai 1940, il y sera soigné et a garder toujours des contacts avec Wemeldingue l’endroit où il a été blessé. Cette année, le Colonel Blacquière de l’ambassade des Pays Bas à Paris et Louis Brugghe et Andries sont venus aussi de Hollande lui remettre la médaille d ela Défense. Le Colonel Jean Allain Gauthier responsable de la Légion d’Honneur du secteur est venu lui remettre une coupe.
Donatien est retourné plusieurs fois en Hollande et a gardé des contacts avec les infirmières dont une est revenue souvent le voir à Derval. Donatien Hamon garde en souvenir et reconnaissance, ces personnes qui l’ont sauvé et soigné. Et comme il le dit toujours : « je suis Français de sang et Hollandais dans mon cœur ».

Le 31 Octobre le député Yves Daniel est venu fêter son anniversaire.

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