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Rude sera notre adaptation

Écrit le 25 novembre 2015

Nous voudrions dédier ce modeste article à nos enfants, à leurs enfants et à toute notre descendance à venir, partout sur Terre. S’ils ont la ’chance’ (l’Internet n’oublie jamais rien, c’est la mémoire de ce jour et de demain) de le lire un jour et de le comprendre, peut-être en riront-ils ? Alors tant mieux. Heureux dans leur condition, les adultes qu’ils seront devenus n’y verront qu’inepties et élucubrations. Sinon ...

Mais s’ils y trouvent des échos, des suppositions avérées, allongés dans leur siège préféré (dessiné par le futur), prendront-ils le temps de méditer sur le chemin improbable et sur la destinée de l’espèce humaine dans leur avenir terrestre ?

Car c’est le cœur du sujet que nous voudrions déflorer : atouts et contraintes de l’homme, l’homo sapiens (ce que nous sommes à ce jour, notre ’étiquette’) pour continuer à nous épanouir (physique, mental, sociétal) sans – trop - altérer les liens indispensables avec notre Terre nourricière. Vaste sujet, grave aussi. Chacun(e) a sa vision du futur (proche ou non). Idée : envoyez votre version à La Mée pour enrichir l’échange. Il est fort délicat d’envisager le futur à partir de données du présent et du passé. Or des végétaux, comme les fleurs, sont une élégante façon de présenter des propos un peu rudes à exprimer.

  L’étang, le nénuphar, l’abeille

Pour s’échauffer l’esprit à regarder vers l’avenir, en oubliant le présent, vous possédez un petit étang nu, que vous souhaiteriez bien coloré. Vous adorez les nénuphars, avec leurs vastes feuilles flottantes rondes qui maximisent la photosynthèse, et leurs royales fleurs dont les pétales vont du blanc au rouge sang, leurs étamines jaunes entourant jalousement le pistil, le centre de la reproduction. Et vous aimeriez bien couvrir votre étang nu.

Or vous disposez d’un seul plant de nénuphar dont vous savez seulement que ses pétales seront carmins et qu’il engendrera un nouveau plant chaque semaine (7 jours), lui, ainsi que toute sa descendance, à la seule condition que des abeilles viennent butiner le pollen.

Si les abeilles sont absentes, le nénuphar utilisera un autre mode de reproduction (c’est un but pour chaque espèce) sous- marine . Elle est plus lente, il faudra un mois pour que chaque plant fasse naître un nouveau nénuphar.

Vous savez aussi que la couleur des nouveaux plants est complètement aléatoire, imprévisible, quel que soit le mode de reproduction. Ainsi, vous admirerez une mosaïque hasardeuse de couleurs fascinantes et son parfum de rêve.

 P’tit calcul mental

Après les souhaits, les contraintes : votre étang , vous l’avez maintes fois voulu et calculé en surface, doit être recouvert complètement par les seuls nénuphars en 1 an. Pourquoi pas ? Alors vous implantez votre nénuphar bien au centre de l’étang (c’est votre idée pour que le développement soit le plus pratique et le plus harmonieux). Et vous attendez...
Puis une question obsédante vous trotte en tête : dans combien de temps mon étang sera t-il couvert à moitié ?
Si la question semble simple, la réponse certaine est impossible. Nous pouvons seulement lui donner un ’cadre probable’ en nous penchant sur les possibles aléas.

  Risque : le tendon d’Achille

Là, nous retiendrons trois hypothèses (parmi bien d’autres !), autour de notre nénuphar prêt à se multiplier :

1)- si l’abeille butine en permanence sans désemparer, le nombre de plants double chaque semaine et tout va bien. Quant à recouvrir la moitié de l’étang, certains, cédant à la facilité, avanceraient facilement un temps de 6 mois, puisque la couverture totale est prévue sur 1 an. Ce qui serait évidemment faux. La bonne réponse est 1 an moins 1 semaine, soit 51 semaines, car les plants doublent chaque semaine. Eh oui, il faut être vigilant.

2)- si l’abeille, désorientée ou (pire) morte, ne se pointe pas à l’étang, le nénuphar, en son absence, déclenchera son deuxième mode de reproduction. Il est 4 fois plus lent. L’étang ne sera recouvert que dans quatre ans. Damned. Et sa moitié, puisque c’est la question, sera couverte en 48 mois - 1 mois, soit 47 mois.

3)- l’abeille est là, les nénuphars croissent (6 mois), quand un oiseau lâche une fiente dans l’eau. Or elle contient une graine, pas de bol, d’une plante invasive (qui croque allégrement tous ses voisins végétaux), pas jolie et puante, verte et sans fleurs. Et elle se dédouble tous les 5 jours. Conflit et invasion gagnante. Partie avec 6 mois de retard sur le joli nénuphar, notre nouvelle indésirable va investir tout en 9.3 mois. Vous aurez donc un étang morne et puant en (6 + 9.3 mois = ) 1 an et 4 mois. Mais fâcheux pour vous. Et à 6 mois, le nénuphar (jour fatal) occupe à peine 0.5 % de l’étang.

  Un zeste d’humilité

Cette fable ou parodie végétale veut montrer à la fois la faramineuse ressource d’adaptation de l’organisme vivant (si vous saviez combien il s’en bat le pistil, le nénuphar, de votre gentille idée d’étang bien coloré sous un an ; il vit sa vie, à son rythme, avec ce qu’il a autour !) et à la fois la difficulté de la prédiction de l’avenir vue par l’œil humain (sa lumière n’éclaire qu’à peine la prochaine seconde, même pas le bout de son nez, même si votre modestie en ressort froissée). Malgré la volonté et l’ingéniosité du cerveau humain, le résultat souhaité est aléatoire. Il faut en retenir les notions d’expansion bloquée, de vitesse compétitive, d’adaptation lente, d’environnement influent, de menace nouvelle.

Et si nous remplacions chaque plant végétal par un être humain ? Oh, oserais-je poursuivre cette bien cocasse pensée ? Pourtant, en y regardant de plus près !.. . Bien sûr, il faudrait, pour rendre notre parabole ci-dessus crédible, réinitialiser tous les paramètres pour lui donner des bases humaines. Sachant que l’objectif est la reproduction, je laisse flotter votre imaginaire et en tirer votre scénario favori.

Mais le nénuphar existait en Égypte, sur le fleuve-roi Nil, bien avant le règne des Pharaons, qui l’ont gravé dans la pierre. Et il leur a survécu. Bon, d’accord ! C’est vrai aussi que le végétal et l’homme ont quatre besoins vitaux en commun : eau, nourriture, source d’énergie pour croître et reproduction. La plante, après quelques essais avortés, a, en gros, trouvé la recette : tout embarquer dans ses gènes et s’en remettre au destin. Des racines pour l’eau et les nutriments, des feuilles comme centrale thermique solaire (photosynthèse), échanges gazeux et eau de pluie, et pistil + étamines, avec l’aide à dispersion (insecte, vent) pour la reproduction.

Quant à l’humain, si nous devions lister l’invraisemblable ’bazar’ utile à satisfaire ces quatre besoins de base, dix pages n’y suffiraient pas ! (sans parler de tous ses autres besoins, jugés ce jour indispensables). La seule transition énergétique, qui est dans l’air, mangerait deux pages. Pour exemple, la Cop21 (195 pays représentés, 45 000 participants, coût 200 millions €) censée limiter la température de notre air ne sera qu’une autre réunion gargantuesque, sans nul accord contraignant en sortie mais possiblement une ’légère’ prise de conscience du drame.

Quand nous vous disions, en sous-titre que l’homme, qui se proclame (tout seul) le meilleur et le plus grand ordonnateur de son environnement, aurait grand besoin d’une sérieuse claque pour rabattre de sa fierté et de penser à sa descendance plus qu’à lui-même. Humilité. Si l’homo sapiens a en général les deux pieds sur Terre et au sec (privilège pour marcher), il n’est pas prouvé qu’il ait en permanence la tête sur les épaules.

  Échelle de temps

Notre Tour Eiffel parisienne initiale, hors fondations et ses antennes ajoutées, mesure 312 mètres de haut. Admettons, si vous le voulez bien, que cette fabuleuse hauteur (à cette époque) soit notre base de comparaison avec l’apparition de la vie sur Terre : 0,0 mm = début ; 312 mètres = la vie ce jour.

Basculons du temps humain vers le temps planétaire, géologique. Nos savants, tant qu’ils savent, datent le début de la vie à 4,5 milliards d’années. Ils datent le début de l’ère homo sapiens (nous) à environ 30 mille ans (selon interprétation). Donc, sur notre échelle de 312 mètres, la durée de l’ère homo sapiens ne représente à ce jour que l’épaisseur de la dernière couche de peinture du dernier coup de pinceau sur le haut de la Tour Eiffel, soit moins d’un millimètre ! Autant dire presque rien du tout. À peine une minime étincelle. Et pourtant quelle influence (bonne ou néfaste pour lui-même) en si peu de temps.

Et la vitesse du changement que l’homme s’impose à lui-même par la compétition, la sélection et surtout l’appât du gain ne cesse d’accélérer son rythme. Cette vitesse, cette accélération ébouriffante est si sidérante qu’elle laisse, sans autre forme de compassion, tomber dans le fossé des êtres dont la résilience (résistance à absorber un choc) et la capacité d’adaptation sont moindres.

Plus grave, elle réveille des instincts de peur (de l’autre, de l’avenir, …) et nous conduit plus à nous ’emmurer’, à nous replier sur notre petit ’nous-mêmes’, qu’à nous ouvrir et offrir notre tête nue aux vents tourbillonnants et pourtant si riches de nouvelles aventures Retour vers la loi du plus fort ? C’est une possibilité à prendre très au sérieux, même si la ’force’ change elle aussi de nature.

  Limites de l’espace de vie

Notre scène de théâtre prend forme : 1- une planète quasi-ronde, dénommée Terre (d’abord Gaïa, déesse-mère en Grèce, puis Terra-Mater, terre-mère, pour les Romains, nom issu de la mythologie), de substance minérale, dont la surface est finie (non-expansible), dont la croûte externe est solidifiée et recouverte à 71 % d’eau ; 2- une couche d’air (atmosphère) l’entourant, mélange gazeux propice à la multiplication de la vie, sous l’énergie puissante de l’astre-Soleil ; 3- sur la croûte terrestre, au sec ou dans l’eau, la vie foisonne à tout-va.

En simplifiant un peu, les multiples rameaux de la vie, issus d’une lente évolution et sélection sur 4,5 milliards d’années (goûtons bien ce chiffre par rapport à notre temps quotidien) peuvent se résumer en trois branches principales : 1- le règne végétal, qui va des algues au pommier en passant par les lichens ; 2- le règne animal qui va du requin au loup en passant bien sûr par l’humain, nous, l’homo sapiens (eh oui !) ; 3- un règne un peu ’fourre-tout’, mais légitime, qui va des bactéries à certains virus en passant par des champignons.

Toute ces vies qui bourgeonnent sur Terre (qui est un support fini et fermé) sont en constant déséquilibre, des rameaux se développant au détriment d’autres. Notre rameau, celui de l’homo sapiens ou humain, issu du règne animal, est sans conteste le plus extraordinaire acteur de changement du Monde en une durée temporelle aussi infime.

  Et l’Humain n’a pas chômé !

Si vous le voulez bien, mettons de côté le mythe hasardeux de la rencontre d’Adam et Eve. Bien que la Science peine encore, il est fort probable que ’l’homme de Cro-Magnon’ soit un proche ancêtre de homo sapiens, de l’humain moderne que nous sommes. Il a lui-même beaucoup évolué depuis sa naissance il y a plus de 30 000 ans. Il est rigolo de noter que ’sapiens’ en latin veut dire ’sage’ ! Montant lentement en nombre, en conscience et inventivité (donc en besoins à satisfaire), il a besogné d’arrache-pied pour assurer son propre confort.

Tout en se multipliant jusqu’à coloniser tous les continents (à la dérive) sauf l’Antarctique, il n’a eu de cesse et continue à vouloir domestiquer et s’approprier à son profit toutes les ressources utiles (flore, faune, substrats, matières, …) et aptes à consolider sa supériorité (conscience, mémoire, langage) et rendre sa vie plus aisée (germe de l’idée de progrès).

Oui, l’humain a bossé fort, et en particulier depuis près de 200 ans (l’an 1850 est une bonne base) sans trop se soucier de l’héritage laissé à sa descendance. Là, en 2015, le rameau homo sapiens se compte mondialement à 7,35 milliards de bouches humaines à nourrir, et surtout à faire boire. Une partie, pour diverses raisons, est en errance mais l’accueil ailleurs est tout sauf spontané. L’espèce humaine frôle déjà le seuil de saturation, alors que des projections crédibles avancent les 10 milliards vers 2050. Par la simple densité humaine, les tensions et conflits (de toute nature) s’exacerbent et se multiplient. Les affrontements gagnent même, outre nations, religions, politiques, etc, l’individu contre son prochain. C’est grave. La compétition pour la survie débute.

En deux siècles (et en particulier sur le XXe, mais ça continue joyeusement), l’homo sapiens (l’homme sage !) a réussi au niveau mondial certaines performances notables : apprivoiser le feu pour conduire comme premier pas vers la bombe atomique ; traquer et exploiter avec succès sur et dans notre Terre des minerais rares et des énergies fossiles ; artificialiser (bétonner) 12 à 18 % (selon sources) de nos terres arables émergées ; enrichir le reste de nos terres nourricières de molécules chimiques de synthèse que la Nature ne sait ni dégrader ni retenir ; polluer par inadvertance nos fleuves et rivières, rendant l’eau non-potable et donc obligeant son retraitement ; avoir considéré nos mers et océans comme des poubelles avec l’idée simpliste de la dilution invisible ; injecter dans l’air que nous respirons des gaz et particules nocifs ; et, un petit dernier pour la route, modifier à la hausse la température de nos climats habituels. Nous en passons, et des meilleures, à vous de les écrire à La Mée pour enrichir le débat.

 Homo sapiens est-il sage ?

Résumons nous en simplifiant : L’humain ’moderne’ (homo sapiens) s’est multiplié vite pour atteindre ce jour 7,35 milliards (Mrd) d’individus (6 Mrd en 2000). L’évolution future de notre effectif est tout sauf simple à prévoir. Mais les prévisions de l’ONU donnent une idée : 9,7 Mrd en 2050, possiblement 11 Mrd en 2100 ( le pic absolu), puis une baisse au-delà. D’autre part, en un gros siècle dernier, notre homo a réussi à appauvrir la Terre de matières rares ; à polluer la terre, les fleuves, les océans et l’atmosphère qu’il est même en train de réchauffer.

Le progrès, ce dur tourbillon qui nous pousse, a donc des effets toxiques. Un autre est que la loi du ’rendement maximum’ impose accélération et précipitation, ce qui entraîne logiquement un taux d’erreurs contre-productives. Mais il ne faut jamais jeter le bébé avec l’eau du bain. Il a fortement contribué à améliorer nos conditions de vie, le confort de notre quotidien. Une liste de ses avantages serait trop longue. Qui accepterait de rétrograder dans son niveau de vie sans ciller ? Et pourtant, voici un sérieux tournant.

Gardons en tête que la biodiversité (flore,faune) diminue face à la pression démographique humaine qui augmente. L’empreinte écologique humaine (le mot à la mode …) est terrifiante.

Il flotte dans l’air une impression de divorce, de refus, venant de tous les bords.
Chacun sent une frustration, un besoin non-comblé, un doute sur ses capacités, une inquiétude face à l’avenir. La matraque du consumérisme a frappé. Il devient évident qu’une nouvelle forme de civilisation, très différente, plus individualiste, moins humaniste, pointe son nez. C’est à se demander si nos enfants ne seront pas nommés un jour néo-humains ou même humanoïdes.

La nation française, bien mal informée, se croit à l’abri de toute secousse économique ou autre et se flatte (se gargarise ?), dans son miroir déformé, de sa gloire passée et maintenant bien lointaine. De grâce, cessons d’invoquer ces vieilles lunes décaties depuis des lustres et affrontons sans peur les défis qu’offrent la mondialisation. Car l’État français est bien le prochain pays sur la liste des nations risquant une sorte de mise sous tutelle, avec sa dose de dureté, de rigueur et son pendant d’austérité, comme l’Espagne ou l’Italie. Oublions notre bien-aimée et bien pratique ’exception’ française. La France n’est qu’un petit confetti sur la croûte terrestre, à la dérive comme tous les continents.

Mais poursuivons. Les pays dits ’occidentaux’, soit en gros 15 % de la population mondiale, sont friands et se goinfrent de confort, avec un gaspillage insensé. Ils captent, par l’argent, environ 75 % de la consommation mondiale. Gros déséquilibre, d’où énorme risque de rééquilibrage par tout moyen. Et ce risque s’amplifie car l’Occident, quasi repu, entame son déclin. Ce que tout le monde nie, œuf corse ! Les USÀ vivotent, l’Europe, nid de ’prés carrés’, ne cesse de chercher son identité, l’Océanie se débrouille, le Canada se tâte. Et le pouvoir financier, le vrai et seul nerf de la guerre, glisse inéluctablement vers l’Est asiatique. Oh oui, un sévère virage de société attend notre descendance, innocente, au coin de la rue, dans ce siècle et surtout dans le prochain.

  Le juste prix du confort

Notre confort habituel a à la fois un coût et un prix. Nous (peut-être), nos enfants (probablement) etc (certainement) subirons ce changement sans brutalité, sauf événement violent (des humains meurent de faim, de soif, et par défaut de soins sanitaires alors que d’autres s’offrent le luxe de gaspiller). Non, des ressources rares vont devenir très rares puis s’épuiser. Une sélection progressive se fera par les prix. De nouvelles technologies (énergétique, numérique, spatial, …) combleront certains trous et amortiront la hausse. Nos enfants devront s’orienter et s’adapter dans un nouvel Ordre économique. Et rude sera l’ajustement. Envisageons sans peur une remise en cause de nos acquis.

Eau, terre, nénuphar, abeille, énergie et humain doivent cohabiter. Big défi pour demain. Au moins, retenons ceci : ce jour,l’humanité, qui vit sur la planète Terre, consomme les ressources d’une planète et demie. Que laisserons- nous à nos enfants ?

    • Pascal, de Blain