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Tengrillade : c’est fini

Nous avions un site internet consacré à l’incendie de l’abattoir Tendriade le 12 septembre 1999 à Châteaubriant. Nous avons dû le fermer suite à une mise en demeure de la société Tendriade (voir article 515).

Les textes sont cependant ici, car ils font désormais partie de l’histoire industrielle de Châteaubriant. Nous n’y mettons nullement en cause la qualité des produits « Tendriade » mais seulement l’attitude de la Direction dans les suites qu’elle a données à l’incendie du 12 septembre 1999.

Date ??

 Tengrillade

Sur le front de l’emploi, la situation évolue vite . On sait que Tendriade (que d’aucuns appellent Tengrillade depuis le fameux incendie de septembre 1999) s’est installée à Chateaubourg avec les Éts Collet, brûlant ainsi la politesse à la SVA (société vitréenne d’abattage).

Celle-ci a décidé d’étendre son abattage de bœufs en s’installant à Martigné-Ferchaud. Une centaine d’emplois seraient créés à terme, avec perspective de doubler.

C’est une bonne nouvelle pour notre bassin d’emploi, étant donné que Martigné-Ferchaud n’est qu’à 15 km de Châteaubriant. Du coup, les salariés de Tendriade, qui devaient aller travailler à Chateaubourg, font le choix de Martigné-Ferchaud ! Bénéficieront-ils des mesures de reclassement promises par Tendriade ? Cela reviendrait à faire subventionner, par Tendriade, une activité concurrente. On rigole ! On dit d’ailleurs que Tendriade aurait des problèmes de recrutement pour son atelier de Chateaubourg. Et que, de plus, elle aurait, à Chateaubourg, des difficultés liées ... à une station d’épuration. Bien fait ! Rappelons que Châteaubriant a dû, ces dernières années, réaliser d’onéreux travaux pour que Tendriade ait une station à elle... et qu’ensuite, l’entreprise s’en est allée. Si elle rencontre des problèmes d’assainissement à Chateaubourg, c’est une sorte de vengeance du sort !


 Fuite d’ammoniac à l’abattoir

Le personnel évacué, les bêtes perdues : l’abattoir Tendriade de Châteaubriant ne s’est pas vanté de cette bonne journée ! Dans la semaine après Pâques, lors de travaux de construction d’un nouveau frigo, une manœuvre malencontreuse a conduit à la rupture d’un tuyau, que l’on croyait purgé mais qui, finalement, contenait de l’ammoniac : 3 kg d’ammoniac se sont échappés. Des mesures de sécurité ont été prises aussitôt, le personnel a été évacué, les bêtes abattues dans la journée (450 veaux et 250 bovins) ont été classées « viande à haut risque » et détruites. Grosse perte pour l’entreprise, on parle de 3 à 5 millions de francs. Le Sous-Préfet a été avisé, les pompiers se sont déplacés, l’Inspection du Travail aussi. Le maire n’a pas été prévenu. Les riverains non plus

On peut se féliciter de ce que l’entreprise a su prendre immédiatement les mesures de sécurité nécessaires. Mais on ne comprend pas pourquoi elle a éprouvé le besoin de cacher les faits. Est-ce pour éviter d’alarmer les riverains ? Ceux-ci, en tout cas, se demandent si, en d’autres circonstances, on ne leur a pas caché « des choses »

Il reste environ 850 kg d’ammoniac sur le site. Il y en a eu jusqu’à 3,5 tonnes.


 Viol, à fond

Du côté de l’entreprise VIOL, un « tour de table » a eu lieu à la Préfecture mercredi 22 mars 2000, en présence d’un représentant du Ministère. Tout va bien de ce côté et le développement de VIOL, qui rachète l’abattoir incendié de Tendriade, semble avoir récolté le maximum des aides possibles. Par ailleurs l’entreprise VIOL ne craint pas la venue de la SVA à Vitré « au contraire » dit même la Direction.

Le journal l’Eclaireur du 6 octobre 2000, sous la signature de son rédacteur en chef Loïc Bourdel, a publié un article bien documenté sur le rachat de l’abattoir Tendriade par les Éts Viol, quelques jours auparavant.

Article bien documenté mais incomplet, c’est pourquoi, après avoir pris les renseignements nécessaires, nous y revenons.

A la lecture de l’article de l’Eclaireur, on découvre le projet des Éts Viol, les aides du Conseil Général, du Conseil Régional, de l’Etat et des fonds européens, mais ce qui n’apparaît pas, c’est l’aide de la ville de Châteaubriant. Aide non pas financière, mais technique.

 Remontons dans le temps

12 septembre 1999, l’incendie de l’abattoir Tendriade. La ville a mené de nombreuses démarches de ce côté (relire La Mée du 26 janvier 2000 et le bulletin municipal n° 61 de février 2000)

20 septembre 1999 : Martine Buron, avec Henri Baron (Conseiller Régional) et Gérard Riflet (adjoint aux affaires économiques), montent au ministère de l’agriculture pour s’occuper du dossier Tendriade, mais aussi aborder la question de l’abattage de bovins dans la région castelbriantaise

28 septembre 1999, Henri Baron s’entretient du problème avec M. Fouillade, directeur de l’OFIVAL (Office des Viandes)

19 octobre 1999, la ville de Châteaubriant accueille M. SARTON, du Ministère de l’Agriculture, chef du bureau de l’industrie de la viande. Il vient voir, le matin, le problème de Tendriade et l’après-midi il rencontre les Éts Viol, en présence de Martine Buron

Le 2 février 2000, quelques jours après l’annonce par Tendriade, de son départ vers Châteaubourg, une rencontre de techniciens permet d’évaluer le projet de rachat de l’abattoir par les Éts Viol, et les aides financières possibles. A cette réunion participent la direction Viol, le Codela (comité d’expansion de Loire-Atlantique) et le service économique de la ville de Châteaubriant en la personne de Philippe Bonnin.

Le 9 février 2000, Martine Buron demande au Préfet de réunir tous les financeurs possibles.

Le 17 février 2000 : la ville transmet à M. Sarton le projet de financement concernant les Éts Viol

Le 22 mars 2000 : le Préfet réunit tous les partenaires possibles, en présence de Martine Buron. Il y a là aussi Henri Baron (invité par le Préfet en tant que Conseiller Régional du secteur et membre de la commission des affaires économiques), et des techniciens du Conseil Général, du Codela, de Ouest-Atlantique, de la Sous-Préfecture, de la Direction des services vétérinaires et de la Direction Départementale de l’Agriculture. Mme Viol-Lévêque y défend son dossier avec intelligence et conviction et montre qu’elle « fait le poids » en tant que chef d’entreprise. Le plan de financement est mis au point, chaque structure annonçant les aides qu’elle peut apporter en subventions et avances remboursables.

Le 27 avril 2000 : réunion à Paris à la DATAR (délégation à l’aménagement du territoire). Y participent Martine Buron, et Philippe Bonnin, avec Mme Viol-Lévêque. Il s’agit de préciser ce que sera la P.A.T (prime à l’aménagement du territoire) : 25 000 F par emploi créé.

Henri Baron, pour sa part, suit constamment le dossier, notamment du côté de l’OFIVAL (Office des Viandes) pour essayer de maximaliser les aides possibles.

 Les aides attribuées

Voici donc, en gros, les élements financiers du dossier :

Rachat de l’abattoir, en l’état (en mauvais état, après l’incendie !) : 22 millions de francs, plus 1 million de frais.

Equipements prévus : 19 millions de francs (avec notamment la prévention du bruit et des vibrations, l’habillage des fumières dans un local fermé pour réduire les odeurs, et le confinement de l’ammoniac (toutes choses que les riverains réclamaient depuis longtemps et que Tendriade ne réalisait pas : on peut se demander, a posteriori, si Tendriade ne faisait pas traîner les choses parce qu’il avait un autre projet industriel, celui qui s’est concrétisé avec les Éts Collet à Chateaubourg) ... et un abattoir neuf !

Les aides apportées sont :

1) pour la partie rachat :

Par le Conseil Régional : 1 MF (un million de francs) de subvention et 1,8 MF d’avance remboursable sur 10 ans.

Par le Conseil Général : 1 MF de subvention et 1 MF d’avance remboursable

Par le Feder (fonds européens) : 1,1 MF de subvention

2) pour la partie équipements :

Par l’Etat (prime à l’aménagement du territoire) : 2,5 MF, pas encore attribués officiellement, mais qui correspondent à 25 000 F par emploi créé, avec prévision de 100 emplois en 3 ans

Par le Feoga (fonds agricoles européens) : 3,9 MF envisagés.

Il faut savoir qu’il y a aussi des subventions possibles du côté de l’OFIVAL (office des viandes) et une exonération de taxe professionnelle pour la partie « exten-sion » de l’abattoir.

Voici donc ce qu’il fallait ajouter : se réjouir de l’audace des Éts Viol qui ont su saisir une opportunité pour se développer, et pour créer des emplois, se féliciter aussi de l’action de la municipalité de Châteaubriant pour monter le dossier financier et nouer les contacts nécessaires avec les différents financeurs (dont le Ministère de l’agriculture, et les instances européennes)


Ecrit le 12 septembre 2000, un an après l’incendie

 Tendriade : un an après

Le 12 septembre 1999 est une date dont tout le monde ici se souvient. L’annonce de cet incendie destructeur aux Etablissements Tendriade à Châteaubriant entraînait une émotion bouleversante qui a incité tout le personnel concerné à donner le maximum de son savoir-faire professionnel. « Nous avons travaillé dans les différentes entreprises qui ont accepté de louer leurs locaux pour la transformation de la viande de veau. On doit souligner l’efficacité et la rapidité avec laquelle tout ce système a été mis en place par la Direction pour sauver le « fond de commerce ». Expression prononcée plusieurs fois et tout le monde y a cru » disent les salariés

Les semaines et les mois ont passé, aujourd’hui la déception est grande. Le transfert du « fond de commerce » à Chateaubourg surprend. En effet rester sur le site de Châteaubriant paraissait une solution possible. Elle aurait d’ailleurs été soutenue par les élus locaux qui proposaient terrains, subventions et avantages financiers importants.

« Cependant il semble que la volonté de délocaliser l’entreprise était une idée maîtresse et irrévocable. Il n’empêche que cette affaire présentée comme économique devient un casse-tête. En effet cette délocalisation engendre un grave problème, une pénurie indéniable de personnel. TENDRIADE traverse une période de crise évidente de recrutement, elle se met à la recherche active de personnel :

Mais qui va accepter de faire ce travail dur sale et mal payé ?
De quel droit certaines personnes s’attribuent-elles le pouvoir de dire qu’un salaire de 6 000 F est suffisant ?
Pour quand la considération du personnel productif ? »

« Nous sommes les victimes de cette décision. Si l’entreprise a cette importance, serait ce sans les travailleurs manuels ? » insistent les salariés avec une forte désillusion.

Malgré tout chacun à la volonté de continuer son poste consciencieusement.

Communiqué de membres du personnel de Tendriade, 12 septembre 2000

(NDLR : Tendriade fait partie du groupe Lactalis, dont les pratiques ont été contestées par la Direction de la Consommation et de la répression des fraudes)


(article du 2 mai 2001)

 Tendriade : c’est fini

Les derniers salariés de Tendriade ont quitté Châteaubriant le 6 avril 2001.

Une partie des salariés est allée travailler dans le nouvel abattoir à Chateaubourg.

D’autres ont préféré prendre leurs indemnités et chercher un travail aux alentours de Châteaubriant.

La vente des bâtiments de Tendriade à la Société Viol, a permis l’extension de cette dernière société (limitée actuellement par la crise de la vache folle et par la fièvre aphteuse), permettant de reprendre un certain nombre de salariés de Tendriade.

Dans l’ensemble des salariés, l’amertume est permanente, avec le sentiment que, dans cette affaire, le fric a compté davantage que les hommes.

Il reste de tout cela le sentiment d’un beau gâchis, l’interrogation lancinante sur les causes d’un incendie que d’aucuns qualifient de « providentiel » (pour l’entreprise), mais qui fut destructeur pour le pays de Châteaubriant   et qui a pu causer, pour partie, la non-réélection du maire, Martine Buron, malgré tous les efforts faits par la municipalité pour aider Tendriade et conserver l’entreprise sur place.

Le groupe Lactalis se porte bien, lui.

B.Poiraud


NOTES:

1 franc = 6,55957 €