Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Politique générale > François Hollande > Les Le Pen dans un État d’Urgence

Les Le Pen dans un État d’Urgence

Écrit le 2 décembre 2015

 Triste constat, et solutions ?

Les élections Régionales sont passées, dans toutes les Régions, la Nation française a tranché sur le proche futur qu’elle se souhaite dans sa Région, pour 6 ans.

Au 1er tour, le couperet des résultats est tombé : l’abstention, qui n’a rien d’un parti politique et n’est pas reconnue (à juste titre) en démocratie (où le peuple exerce lui-même sa souveraineté) constitue le 1er suffrage avec 50 %.

C’est une « terra incognita », un terreau d’opinions publiques ou citoyennes « non-connues ». Où le pire peut côtoyer le meilleur, mais silencieuse dans les urnes.Grand temps de s’en préoccuper.
Un votant potentiel sur deux n’a pas eu le courage ou la motivation de s’arracher à son fauteuil ou à son canapé pour rejoindre son bureau de Vote. Il a donc délégué les yeux fermés son proche futur aux vrais votants. Pari risqué.

Et écoutons notre jeune génération, qui a refusé de voter à 70 %. Il y a malaise, gros malaise à tendance violente. Nourri par l’incompréhension, attisé par la non-considération, le ras-le-bol est dans l’air du temps (qui se réchauffe, mais pour d’autres raisons !). Captant bien un Monde en révolution, notre jeunesse ne trouve pas de grandes oreilles politiques (et pourtant, elle crie !) aptes à écouter et décoder ses besoins et ses visions.

Et puis, évidemment, nous sommes forcés d’admettre la prévisible et forte poussée de l’anti-démocratique et raciste Front National (FN  ), l’épine gravement plantée dans le talon français. Lisez la presse de nos nations voisines, elle ironise. Elle suit avec avidité les résultats du scrutin. Presque jeune, très familial malgré les tribunaux, le grand souhait de ce petit Parti malpropre était de jouer dans la cour des Grands. Le Vote l’a calmé. Mais pour combien de temps ?

 les Le Pen dans l’urgence

Selon l’interprétation donnée au nom de la liste élue, 12 ou 13 communes françaises sur 36 700 (soit 0,0354 % !) ont confié leurs clés à un maire étiquette F.N. . C’est une poussière invisible et qui, de plus, ne brille pas par sa compétence en gestion communale (dont la plus grosse municipalité, Béziers, Hérault, 71 000 hab, dirigée par Robert Ménard, hors le 7e secteur de Marseille). 0 Départements, 0 Régions. Le F.N. joue encore dans la cour des [petits] gamins. Les électeurs savent la valeur du pouvoir donné.

Le F.N. n’administrera aucune Région (mais le coup passa si près que … !)

Règles de l’État d’Urgence

L’état d’urgence est d’abord lié à un aléa ou événement exceptionnel. Inscrite dans la Loi en 1955, cette procédure est aussi d’un usage très exceptionnel. C’est lors d’un Conseil des Ministres, convoqué par le Président de la République qu’il peut être déclaré, après rapports du 1er Ministre et de ceux de l’Intérieur et de la Justice. Ce décret prend immédiatement effet dans le périmètre délimité. Les Préfets concernés reçoivent pouvoirs de Police et de Gendarmerie, l’Autorité Judiciaire est écartée des initiatives.

L’Exécutif (Président + Ministres) prend tous les pouvoirs : frontières, lieux publics, circulation des personnes et des biens, zones de sécurité, hôpitaux, écoles, assignation de personnes à résidence, etc. Il s’agit donc d’une procédure martiale (loi d’exception confiant le maintien de l’ordre aux autorités militaires). Si son activation est rarissime, elle provoque forcément çà et là quelques abus quasi-inévitables des forces de l’ordre (parfois, on note de la fumée sans que le feu soit vraiment déclaré). Bizarre que quelques écologistes ou autres remuants aient été inquiétés ou malmenés. Errare humanum est (l’erreur est humaine) !
[Nota : Gros danger : si l’État d’Urgence se grave dans la Constitution, n’importe quel Président(e), isolé(e) du Parlement, pourra l’instaurer par simple décret.]

 État d’Urgence sous Le Pen

Pensons 2017. Pensons Élection Présidentielle. Osons imaginer que M. Le Pen (adrénaline …) soit élue. Bon, la Nation, par son Vote, a choisi la voie de l’inconnu et de l’obscurité. Continuons ..

Et si sa première décision, en tant que Président et avec des Ministres à ses bottes, était de décréter l’État d’Urgence dans toute la France ? C’est une fable, un délire issu de la pensée en alerte, mais qui n’est pas sans fondations. Projeté par les Urnes au pouvoir ultime, le Président, lors de son Investiture, ressent déjà que son programme populiste, basique et farfelu, en un mot ’irréaliste’, ne fera pas longtemps illusion. Ses sbires nommés au Gouvernement plus par instinct clanique que guidés par ’l’Intérêt National’ sont une somme d’incompétence et d’inexpérience. Alors, que décider ?

 Bon sang, mais c’est bien …

Bon sang, mais c’est bien sûr ! La populace va me zieuter sans relâche. Donc il me faut concentrer les Pouvoirs, museler ces petites voix ’écoutées’ qui causent d’opposition, lâcher sur le terrain la capacité militaire avec un chèque en blanc. Je décrète donc ’l’État d’Urgence’ sur tout le territoire français, en cochant toutes les options restrictives. Je saurai bien faire mousser un prétexte inexcusable (migrants en surnombre, attentat, nos frontières poreuses, etc) pour déclencher la procédure en bonne … uniforme.

  Nouveau ne rime pas ...

Nouveau ne rime pas avec tout beau, en particulier (et même surtout !) en politique. D’autant que le FN   est tout sauf nouveau. Il est créé en octobre 1972, lors d’une réunion « privée » (!) du mouvement « Ordre nouveau », mouvance nationaliste et néofasciste, d’extrême-droite. Tout petit déjà, il est obscurantiste, secret. C’est inscrit dans ses gènes. J.M. Le Pen, dit ’le menhir’ assure la Présidence de 1972 à 2011, date où il la confie à sa fille, M. Le Pen. (des mauvaises langues prétendent que « la fille est le clone de son père, mais la Culture en moins »).

Après un sérieux clash entre ON (Ordre Nouveau) et LC (Ligue Communiste) dans une réunion « publique » (Paris, La Mutualité, 21/06/1973), les mouvances ON et LC sont déclarées dissoutes par Conseil des Ministres. Le FN  , né et resté dans la violence, marginal, va médiocrement végéter jusqu’en 1986 (35 Députés). En 2002, stupeur de la France voyant J.M. Le Pen qualifié au 2e tour de la Présidentielle face à J. Chirac. Alerte sans frais, mais…

JPEG - 57 ko
Vu sur un panneau électoral - Décembre 2015, Treffieux

 Sulfureuse tambouille

Depuis, les casseroles judiciaires, graves, pleuvent et s’empilent contre le F.N. tant sur l’éthique politique que sur la finance (patrimoine, évasion fiscale,etc), sans parler de conflits familiaux aux relents de caniveau. Ce Parti, c’est ’en haut’ une ’famille (un clan)’ qui n’a d’autre but que de s’enrichir et de vivre ’correctement’ des recettes et des subsides (dont subventions, remboursement des frais de campagne, micro-partis en pompe à finance, etc). Ces hauts-cadres-dirigeants, c’est le ramassis familial dont les membres sont cooptés dans le clan en frisant l’option débilitante de la consanguinité (ainsi exit Bruno Mégret, en 1998, expulsé tel un préservatif usagé, image non-dénuée de sens). Le Club des Admis du FN   a, tout à loisir, l’autorisation de plonger sa (longue) louche dans le (noir) chaudron de la cuisine familiale. Il y bout toujours un fond charbonneux, malodorant, mais roboratif financièrement.

Parfois, au petit bonheur la chance, les Urnes obligent le FN   à exercer un Mandat. Si c’est un bonus et une reconnaissance pour les ’militants de base tout Feu tout Flamme’, c’est une contrainte pour leurs dirigeants. Mettre en route des équipes et les surveiller, s’agiter des neurones fatigués, relire le programme qui tient en 4 lignes, dessiner « au doigt mouillé » la notion d’Intérêt National.

 De la Présidence en futur

L’État d’Urgence sous F. Hollande est justifié, peut-être, en tout cas plébiscité. Mais cette option est dangereuse car insuffisamment encadrée. Rien ne prouve d’ailleurs qu’elle soit efficace sur le long terme. En revanche elle crée une atmosphère anxiogène que décrivent les habitants de Paris, anxiogène et néfaste pour l’avenir de notre pays. En obligeant la France, la Belgique, l’Allemagne et autres pays à annuler de nombreuses manifestations populaires, on peut dire que les terroristes ont gagné leur funeste pari.

Cet état d’urgence, cette logique de guerre, cette surenchère sécuritaire et répressive a déjà conduit à modifier en profondeur plusieurs aspects de l’État de droit (assignations à résidence, perquisitions administratives, restrictions au droit de réunion).]

De quoi demain sera-t-il fait ? Nul ne le sait. La Présidence de la République, sauf révolution populaire ou parlementaire, sortira des Urnes tous les cinq ans.
Le Pouvoir absolu n’a rien à faire entre des mains fiévreuses du F.N. Même si ce dernier adopte encore une autre dénomination (Bleu marine ne séduit pas suffisamment, semble-t-il), le citoyen français votant gardera sa conscience.
Il faut sortir de l’État d’Urgence en n’oubliant pas que la procédure actuelle de l’État d’Urgence peut servir demain à un autre gouvernement aux desseins moins avouables …

écrit à quatre mains,PB et BP  


 La déchéance pour tous

« Le mariage pour tous » c’était le bon temps. Mais le terrorisme est passé par là. La peur a provoqué le repli sécuritaire et on parle maintenant de déchéance de nationalité, pour ceux qui sont bi-nationaux et pour ceux qui, comme vous et moi, ne sont que Français. Oh bien sûr, ce serait sous accusation de terrorisme. Mais accusation n’est pas culpabilité et la preuve ne peut être apportée qu’au bout de longs mois, de longues années.

Vous souvenez-vous de l’histoire des épiciers de Tarnac ? 2008, initialement, il s’agissait de l’enquête sur le sabotage des lignes SNCF, mais les suspects ont ensuite contesté l’instruction et déposé plusieurs plaintes, notamment pour usage de faux. Le 15 novembre 2008, cinq personnes ont été mises en examen pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste » et Julien Coupat, pour « direction ou organisation d’un groupement formé en vue de la préparation d’un acte terroriste ». Malgré les rodomontades de Sarkozy et de Alliot-Marie, malgré les multiples enquêtes et filatures, le dossier s’est dégonflé. En août 2015 la juge d’instruction Jeanne Duyé, a déclaré que l’incrimination de terrorisme ne tient pas la route. Elle a donc renvoyé Julien Coupat – désigné comme le chef de ce groupe d’anarchistes autonomes – et deux autres de ses proches devant un tribunal correctionnel pour un seul délit : association de malfaiteurs. Dans le petit bourg de Tarnac où le petit groupe gérait une épicerie-bar-essence…..

L’émotion est toujours mauvaise conseillère. On le disait pour Sarkozy. C’est vrai maintenant pour Hollande, qui, à la suite des attentats de novembre 2015, a lancé cette idée de déchéance de nationalité (sur les conseils de qui ? De Manuel Vals ?). Le Parti Socialiste est bien embarrassé, se demandant comment on a pu en arriver là et comment sortir de cette connerie. « On est tous contre la déchéance, mais qu’on ne peut pas se permettre de mettre en minorité Hollande » dit-on dans ce parti. Pas question pour le PS de déchoir les seuls Français disposant d’une autre nationalité, au risque de créer deux catégories de citoyens et de remettre en cause l’égalité de tous devant la loi. On en arrive donc à l’idée d’une déchéance pour tous ! Perspective enthousiasmante n’effrayant pas les malfaiteurs.

La mesure, qui embarrasse aussi la droite et l’extrême droite, est largement soutenue par l’opinion publique. Doit-on gouverner en France en fonction des sondages ?

Alors le gouvernement a une autre idée : étendre encore les pouvoirs de la police. Malgré la succession de lois antiterroristes votées depuis vingt ans, et notamment celle de novembre 2014 et celle sur le renseignement de juillet 2015, le gouvernement de Manuel Valls est convaincu que la police dispose d’outils insuffisants face à la menace terroriste. Et il a transmis un texte au Conseil d’État, pour examen.
Les policiers, prévoit le texte, pourront désormais contrôler l’identité de n’importe qui. Il fallait jusqu’ici une présomption d’infraction, ou une autorisation des Parquets sur un périmètre délimité et une durée limitée. Désormais, les gardiens de la paix y seront autorisés, en cas de suspicion d’activité terroriste. Par ailleurs, les forces de l’ordre peuvent aujourd’hui retenir une personne sans pièce d’identité pendant quatre heures. La nouveauté, c’est qu’elles pourront aussi le faire si cette personne, même mineure, et hors la présence d’un avocat, a une pièce d’identité. À la condition assez floue qu’il y ait « des raisons sérieuses » de penser qu’elle a un lien avec une activité terroriste. (source : Le Monde du 5/01).

La tendance est au glissement des méthodes du renseignement vers l’antiterrorisme, de celles de l’antiterrorisme vers le crime organisé, puis du crime organisé vers la délinquance ordinaire. La France s’accoutume de certaines procédures d’exception au point qu’elles se retrouvent dans le droit commun.

Comme dit Me Leclerc, Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, « Pour les terroristes c’est une victoire plus importante que d’avoir réussi à assassiner 130 personnes. Hollande n’est pas un dictateur certes, mais qui lui succédera ? Contre les armes nous devons nous défendre, y compris par la force, mais ce ne sont ni les bombes en Syrie ni le recul des libertés qui nous permettront de vaincre ces assassins obscurantistes qui préfèrent la mort à la vie »

« Ce qu’il nous faut avant tout, c’est comprendre pourquoi plus de mille jeunes Français ont été à ce jour identifiés comme étant partis faire le Jihad. Il faut bien sûr juger et punir ceux qui sont coupables quand ils sont pris. Avec tout de même cette réserve qu’on ne peut, comme le réclament à mots couverts certains, ni les condamner à mort, ce dont ils se fichent d’ailleurs, ni les soumettre à des traitements inhumains et dégradants comme l’ont fait les Américains à Guantanamo » dit-il encore [Ndlr : cela d’ailleurs n’a pas réduit le terrorisme dans le monde, bien au contraire].

« Si nous ne comprenons pas pourquoi ils sont partis et si nous continuons à dresser des murs sociaux autour des populations pauvres, ostracisées, nous leur ouvrons la porte de la fuite vers des lieux absurdement rêvés comme des lieux de fraternité. Ces jeunes, dont les parents ou les grands-parents sont souvent venus des anciennes colonies françaises et dont la religion n’est le plus souvent qu’un vague repère identitaire, voient bien qu’ils sont suspects, regardés avec méfiance ou avec crainte, et si ceux qui gouvernent ne se donnent pas comme tâche primordiale de les intégrer pleinement dans la société française, il les enfonceront dans la révolte et la résistance radicale qui, quand elle se pare des oripeaux de la religion, devient redoutable » (Me Leclerc)

De perquisitions brutales en assignations à résidence, jusqu’à la stigmatisation du statut de binational de ceux qui n‘ont pas voulu ou souvent pu renier leurs origines, si nous sommes incapables de nouer un dialogue, alors les voies sont ouvertes pour que nous subissions toujours plus de crimes, avec à chaque fois, comme réponse, plus de recul de la société démocratique. C’est hélas cette voie qu’ouvre la réforme constitutionnelle proposée par Fr. Hollande. (Me Leclerc)